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tions envers vous ? Il a dit ceci : «Si le lion au beau pelage
a de quoi manger, c'est entièrement à ma force qu'il le doit. » Il a prononcé cette stance : ;
. «Quoiqu'il ait-la parure de son beau pelage —et qu'il soit redouté des hommes épuisés el malingres, — Beau-pelage ne l'emporte pas sur moi.» — Voilà ce qu'a dit « Belles-dents. »
Le lion au beau pelage dit: « Comment pourrai-je reconnaître (qu’il est animé de mauvaises intentions envers moi) ? » Le chacal à double langage lui répondit : « Quand
demain le tigre aux belles dents viendra vous voir, s’il ferme les yeux pour lécher vos poils, vous reconnaîtrez ainsi qu’il a de mauvaises intentions. » Quand il eut ainsi parlé, il alla dire au tigre : « Savez-vous que le lion au beau pelage a de mauvaises intentions envers vous ? Il a dit ceci : « Si Belles-dents a de quoi manger, c’est entièrement à ma force qu'il le doit. » Ila prononcé cette stance :
« Quoiqu'il ait la parure de ses belles dents, — et qu'il soit redouté des hommes épuisés el malingres, — Belles-
dents ne l'emporte pas sur moi. » — Voilà ce qu'a dit Beau-
pelage ». | |
(Le tigre dit) : « Comment pourrai-je reconnaitre (qu'il est animé de mauvaises intentions envers moi) ? » (Le chacal) répondit: « Quand demain Beau-pelage viendra vous voir, s’il ferme les yeux pour lécher vos poils, vous reconnaîtrez ainsi qu'il a de mauvaises dispositions. »
De ces deux bons amis, l’un, le tigre, conçut un sentiment de crainte et c'est pourquoi il alla le premier à l’endroit où se tenait le lion et lui dit : « Vous avez concu de mauvaises intentions à mon égard. Vous avez parlé ainsi: « Si Belles-dents a de quoi manger, c'est entièrement à ma force qu'il le doit. » En outre, vous avez prononcé cette stance :
« Quoiqu'il ail la parure de ses belles dents, — el qu'il soil redoulé des hommes épuisés el malingres, — Belles-dents
ne l'emporte pas sur moi». — Avez-vous lenu ce langage? »
Le lion dit : « Qui vous a raconté cela ? » — « C’est le chacal à double langage », répondit l’autre. Beau-pelage lui demanda à son tour : « Vous avez concu de mauvaises intentions à mon égard. Vous avez parlé ainsi : « Si Beau- « pelage a de quoi manger, c’est entièrement à ma force « qu'il le doit. » En outre, vous avez prononcé cette stance :
« Quoiqu'il ait la parure de son beau pelage, — et qu'il h.soil redouté des hommes épuisés el malingres, — Beau- : pelage ne l'emporte pas sur moi. » — Anez-vous lenu ce "4 langage ? »
« Non », répondit le tigre. Le tigre dit au lion : » Si vous avez tenu ce méchant langage, nous ne pouvons plus for- È mer une paire de bons amis. » Beau-pelage dit : « C’est ce chacal à double langage qui a ainsi parlé. Quelle était son idée ? N’était-il pas content de demeurer avec nous ? » | Il prononca alors ces stances :
«S1vous croyez celle méchante personne, — alors promplement vous vous séparerez désunis ; — pour toujours vous : aurez en vous du chagrin à cause de cela ; — la colère et le regret ne quitteront plus votre cœur. — Tous ceux qui sont bons amis — ne se séparent pas à cause de ce que dit autrui ; — sion ne croit pas (le calomnialeur) et qu'on veuille se débarrasser de lui, — il faut chercher quelque moyen approprié. — Ceux qu croient les autres et qui se séparent, — sont dévorés par eux. — Ne croyons pas Double-langage — el au contraire ensemble soyons bien unis. — Les sentiments que nous avons, disons-les nous l'un à l’autre ; — notre conscience sera pure el nos paroles aimables. — IT faut que nous soyons d'excellents amis, — qui sont bien unis l’un à l’autre comme l'eau s’unit au lait. — Maintenant, ce mauvais petit animal, — depuis sa naissance a un nalurelspontanément mauvais ; — avecune seule tête, 1l a double langue ; — tuons-le et alors nous serons bien unis.»
Aussitôt donc le tigre etle lion, ayant bien établi com-
ment les choses s'étaient réellement passées, saisirent ensemble le chacal et le brisèrent en deux morceaux.
Le Buddha dit: « Si même des animaux, par l'effet d’un fourbe, peuvent être privés de tranquillité et de joie, à combien plus forte raison n’en sera-t-il pas de même quand il s'agira d'hommes ? »
No
(Trip., XVI, 4, p. 56 r°-59 v°.)
Le Buddha se trouvait dans la ville de Chü-wei (Grâ- vasti). En ce temps, dans le royaume de A-che-mo-kia-ap'an-Hi(Açmaka avanti) (1),1l y avait un bourg nommé Wangsa-po (Vâsava) ; là demeurait un maître de maison puissant et riche; son opulence était considérable ; il avait en abondance des biens de toutes sortes ; une seule chose lui manquait, à savoir qu'il n’avait pas de fils ; vainement il avait adressé des prières instantes en vue d’avoir un fils à tous les dieux du ciel et de la terre, aux dieux des étangs, aux dieux de la famille, au grand dieu des carrefours, au grand dieu pleinement sage, au dieu hautement sage, au deva Ta-fseu-lsat (Mahecvara), au deva Na-lo-yen (Nârâyana), au deva Wei-nieou (Visnu) et même au deva So-p'o-lo.
Cependant, lorsque le jour où il devait avoir un fils fut arrivé, sa femme s'aperçut qu’elle était enceinte. Les femmes, qui ont une nature subtile (panditajätiya), possèdent quatre connaissances qu'elles ne partagent avec personne (âvenika) : en premier lieu, elles savent quand un homme les aime ; en second lieu, elles savent quand un
(1) Ce royaume est celui de la ville d'Ujjayini (actuel Ujain).
homme ne les aime pas ; en troisième lieu, elles savent quand elles sont enceintes ; en quatrième lieu, elles savent des œuvres de qui elles sont devenues enceintes.
Cette femme donc, sachant qu’elle était enceinte, en informa son mari; à cette nouvelle, le maître de maison sentit son cœur bondir de joie; pensant que peut-être elle mettrait au monde un fils, il lui donna de la bonne nourriture, la lava et la purifia, l'oignit de parfums, la fit reposer en temps opportun, de manière à ce que son corps [üt parfaitement à l'aise. Partout où elle allait, plusieurs personnes l'accompagnaient et empéchaient qu’elle eût aucun ennui.
Quand les neuf mois furent écoulés, elle accoucha et
enfanta un fils qui portait à ses oreilles des anneaux d’or;
cet enfant était beau et ceux qui le virent se réjouirent. (Quand le maître de maison fut informé de cette naissance, son cœur bondit de joie ; il rassembla tous les brahmanes qui savaient prédire l'avenir d’après la physionomie, pour qu'ils examinassent le nouveau-né et il leur demanda ce que seraient la vertu et la force de cet enfant ; les brahmanes lui dirent : « O maître de maison, cet enfant possède réellement une vertu productrice de bonheur et une force imposante. » Le maïtre de maison leur dit alors de lui donner un non ; en ce temps, la cou- Llume du royaume était de donner un nom suivant deux principes : suivant l’un, on tenait compte des constellations ; suivant l'autre, on tenait compte des présages favorables; ces hommes demandèrent donc au maïtre de maison à quel moment cet enfant était né, et, quand il leur eut dit qu'il était né en tel jour, les brahmanes, après avoir fait leurs calculs, lui dirent : « Cet enfant est né en un jour qui dépend de la constellation cha-men (cravana). » On J'appela donc Cha-men (Gravana — Crona).
Puis, le maitre de maison réunit les brahmanes ainsi que tous les laïques habiles à apprécier les qualités des joyaux
d’or,etil leur montra les oreilles de l’enfant, en leur deman-
dant quelle était la valeur des anneaux qui y étaient fixés. Ces gens lui répondirent : « O maître de maison, les anneaux qui sont aux oreilles de cet enfant n’ont pas été faits dans ce monde; il est difficile d'en évaluer le prix; à notre estimation, ils peuvent valoir 100.000 pièces d’or pur. » Ainsi, le nom de l'enfant était Cha-men (Gravana — Crona), et, comme les anneaux de ses oreilles (eul)
valaient 100.000 (yi) pièces, tout le monde le nomma Cha-
men (Grona) Y1-eul (Kotikarna), et c'est sous ce nom qu’il fut connu de tous.
Ce maître de maison ordonna à cinq nourrices différentes de l’élever; quelles étaient ces cinq nourrices ? La première soignait son corps; la seconde le nettoyait; la troisième l’allaitait; la quatrième lui portait bonheur; la cinquième l’amusait. On appelait nourrice qui soignait son corps, celle qui soignait sa tête, ses mains, ses pieds, ses oreilles, son nez, et ses doigts; on appelait nourrice qui le nettoyait, celle qui de temps en temps le baignait et Le lavait; on appelait nourrice qui l’allaitait, celle qui le faisait boire et manger et qui le nourrissait de son lait; on appelait nourrice qui lui portait bonheur, celle qui, lorsqu'il marchait, tenait un plumeau en plumes de paon et avait en main une fourche à trois branches pour le protéger; on appelait nourrice qui l'amusait, celle qui fabriquait pour lui toutes sortes de jouets articulés en bois représentant des hommes, des éléphants, des chevaux, des chars, des ares et des flèches et qui, suivant l’occasion, l'en amusait.
Cet enfant, à cause de sa vertu productrice de bonheur et de sa force imposante, grandit rapidement; on lui enseigna alors l'écriture, le calcul et les sceaux 1); il connaissait fort bien la valeur relative de toutes choses. Ce village de Wang-sa-po (Vâsava) était un lieu de réunion
(1) Peut-être s'agit-il ici des mudras ou signes mystiques faits avec les mains.
pour les marchands venus des quatre points cardinaux.
Un jour des marchands venus des quatre points cardinaux
arrivèrent dans ce village et demandèrent : « Y a-t-il ici quelque homme de bien, qualifié, pour qu’on s'appuie sur lui et qu'on se fie sur lui, qui puisse nous indiquer ce qui est avantageux et ce qui ne l’est pas ? » Tout le monde
leur indiqua Cha-men Yi-eul (Crona Kotikarna) en leur
disant : « C’est un homme de bien, qualifié pour qu'on s'appuie sur lui et qu'on se fie en lui; il sait fort bien distinguer ce qui est avantageux de ce qui ne l’est pas. » Ces marchands se rendirent donc auprès de Cha-men Y'i-eul (Crona Kotikarna) et lui confièrent le soin d’être leur chef. Cha-men Yi-eul (Crona Kotikarna) demanda à ces marchands d’où ils venaient; ils répondirent qu'ils venaient de telle région et de tel royaume, et, comme il leur demandait encore ce qui était bon et ce qui était mauvais dans cette région et dans ce royaume, les marchands le lui exposèrent en détail.
En ce moment, il y eut encore d’autres marchands qui, venant de la pleine mer, arrivèrent au bourg de Wangsa-p'o (Vâsava) et demandèrent : « Y a-t-il ici quelque homme de bien (ce qui suit est identique aux lignes h-12)... Cha-men Yi-eul (Crona-Kotikarna) demanda à ces marchands &'où ils venxent ; ils répondirent qu'ils venaient de ia pleine mer et, comme il leur demandait encore ce qui était bon et ce qui était mauvais en pleine mer, les inarchands lui exposèrent en détail tout ce qu'il y avait en pleine mer, disant : « Dans la grande mer, les choses qu’on a à redouter sont: les vagues, les tortues, les poissons l'i-mi (timi), les poissons l’i-mi-k'i-lo (timingila), les poissons che-cheou-mo-lo (cicumäâra), les tourbillons, les récifs recouverts par l’eau, le vent noir, les lieux où sont de méchants dragons, les méchants raksas. O Yi-eul (Kotikarna), sur des centaines et des milliers d'hommes qui partent, parfois seulement l’un d'eux réussit à revenir ;
mais, quand il a réussi à revenir, il a des joyaux précieux de toutes sortes et peut faire des libéralités pour s’assurer dans l’avenir un bonheur qui, non seulement ne se termine pas à sa personne, mais même ne s’épuise pas en s'étendant à ses descendants pendant sept générations. »
Ces marchands voyant que Cha-men Yi-eul (Crona Kotikarna) avait une grande force redoutable firent cette réflexion : « Si cet homme devenait sa-po (sârthaväha, chef de caravane) et entrait en pleine mer avec notre bande nombreuse, nous pourrions certainement y aller et en sortir en toute sécurité. » Ces hommes lui dirent donc : « O Cha-men Yi-eul (CGrona Kotikarna), pourquoi n’allez-vous pas sur la grande mer ? » Il leur répondit : « Pourquoi faire irais-je sur la grande mer ? Là-bas, il y a beaucoup de choses à redouter. Sur des centaines et des milliers d'hommes qui partent, parfois seulement l’un d’eux réussit à revenir. » Tous ces marchands l'excitèrent et l’'encouragérent, en disant: «Les gens de toutes sortes comptent sur elle (c'est-à-dire la mer) pour sauver leur vie; même les femmes débauchées comptent sur elle pour sauver leur vie ; lorsqu'un homme cherche à faire des libéralités et à avoir une vertu productrice de bonheur, c'est là une chose excellente. » Les marchands l'ayant ainsi excité, Cha-men Yi-eul (Crona Kotikarna) accepta leurs conseils avec confiance et désira partir.
Il se rendit auprès de son père et de sa mère et leur exprima son désir d'aller en mer; son père etsa mère lui exposèrent alors tout ce qu'il avait à redouter, car ils auraient voulu le faire repentir de sa résolution et ainsi le retenir; (ils lui disaient donc :) « C’est pour gagner des richesses que les hommes vont sur la grande mer; or, dans notre demeure il y a toutes sortes d'objets précieux dont vous pouvez vous servir pour faire la charité et pour accomplir des œuvres productrices de bonheur; sept