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dit :) « Je suis sorti du monde ; pourquoi m'associerais-je au roi pour l'aider dans de telles besognes ? » Il dit donc au roi: « Permettez-moi de sortir du monde. — Mais vous êtes déjà sorti du monde, répliqua le roi; pourquoi venez-vous de dire que vous désirez de nouveau sortir du monde ? » Il répondit: « O grand roi, maintenant je prends part à tous ces supplices et je fais souffrir des êtres vivants; comment peut-on dire de moi que je suis sorti du monde ? » Le roi lui demanda alors : « O maître, dans quelle secte désirez-vous maintenant sortir du monde?» Il répondit: « O grand roi, je désire sortir du monde en m'appliquant à la vie d’ermite. » Le roi lui dit: « Soit; sortez du monde comme il vous plaira. »
Quand (Kâçyapa) se fut éloigné à une petite distance de la ville, il trouva une montagne à cent sommets, où il y avait des eaux courantes et des étangs pour se baigner et où les fleurs et les fruits étaient magnifiques et abondants ; il se rendit donc dans cette montagne et y construisit un ermitage ; dans cette montagne il se livra à la pratique de la sagesse hérétique ; il obtint la contemplation (samâdhi) d'ordre séculier et suscita en lui les cinq pénétrations surnaturelles (abhijñàs).
Dans le dernier mois du printemps, comme il avait mangé des fruits et des graines, les quatre éléments dont était composé son corps furent en désunion et c'est pourquoi, quand il urina, il laissa couler de la souillure. En ce temps, des cerfs et des biches en rut se poursuivaient en troupe les uns les autres ; (une de ces biches), qui était altérée, chercha de l’eau et but cette urine ; la souillure s’attacha à sa langue, puis la biche se lécha les parties génitales ; tant il est vrai que les conséquences des actes pour les êtres vivants ne peuvent être prévues ; à la suite de cela, (la biche) devint enceinte ; elle restait toujours à côté de l’ermitage à manger de l’herbe et à boire de l'eau.
Quand le terme de ses mois fut arrivé, elle mitau monde
un petit garçon; en ce moment, l’ascète était sorti pour aller cueillir des fruits ; à cause des souffrances de l’enfantement, la biche poussa un grand brâmement plaintif; en entendant brâmer la biche, l’ascète pensa avec anxiété que quelque bête méchante lui faisait du mal et il voulut aller à son secours ; il la vit alors enfanter un petit garçon ; à ce spectacle, l’ascète fut frappé d’étonnement et pensa: « Comment se fait-il qu'un animal en enfantant puisse enfanter un être humain ? » Il entra donc en contemplation et aperçut la cause originelle (de cet événement) ; c'était ainsi son fils ; aussitôt il conçut de l'amour pour ce petit garçon ; il l’enveloppa d’un vêtement de peau, le prit, le rapporta et l’éleva ; l'ascète le soulevait dans ses bras et la biche l'allaitait comme une mère. Petit à petit, il devint grand ; son nom fut Bigarrure-de-Cerf (Lou-pan) ; à cause de la mère qui l’avait mis au monde, son corps se trouvait tacheté comme celui de sa mère, et voilà pourquoi on le surnomma Bigarrure-de-Cerf.
Quand ce garcon eut grandi peu à peu et qu’il atteignit l’âge de sept ans, il se montra obéissant envers ses aînés et respectueux envers ses supérieurs, bon et affable, doué de piété filiale et affectueux ; il allait recueillir de l'eau et des fruits pour en faire offrande à l’ascète. Or, l'ascète, songeant que, dans le monde, rien n’est plus à craindre que les femmes, donna donc des avertissements à son fils en lui disant: « Il n’y a rien qui soit plus grandement redoutable que les femmes; il n’est rien qui ne vienne d'elles quand il y a destruction de bonne conduite et ruine de vertu. » Alors il enseigna (à son fils) la contemplation (samädhi) et le transforma par les cinq pénétrations (abhijñàs).
Cependant, comme on dit:
Lesétres vivants de toute sorte — reviennentsansexception à la mort; — suivant la direction qu'a prise leur conduite, — ils reçoivent d'eux-mêmes leur rétribution. — Ceux qui
ont fait le bien naissent dans les cieux ; — ceux qui ont mal agi entrent dans les enfers ; — ceux qui ont pratiqué la sagesse el mené une conduite pure, — quand la clepsydre est finie, obliennent le Nirväna.
Alors donc la vie de l’ascète prit fin. Le jeune garçon pratiqua dans le calme une conduite pure ; il obtint les quatre dhyânas hérétiques et suscita en lui les cinq pénétrations surnaturelles ; il avait une grande force divine ; il pouvait déplacer les montagnes et arrêter les cours d’eau, toucher de la main le soleil et la lune. En ce temps, Che-l'i-houan (Gakra Devendra), étant monté sur l'éléphant Dragon-Blanc (1), faisait une tournée d'inspection dans le monde pour voir quels étaient les gens qui témoignaient de la piété filiale et de l'obéissance à leur père et à leur mère, ceux qui faisaient des offrandes aux cramanas et aux brahmanes, ceux encore qui savaient faire des libéralités, observer les défenses et tenir une conduite pure ; au moment où il allait, inspectantle monde, il vit le fils de l'ascète. (Cakra,) roi des devas se dit: « Si ce jeune garçon désire devenir Cakra, roi (des devas), ou le roi Brahma, il peut obtenir l’une et l’autre place; il faut au plus tôt le perdre. » — Suivant le dicton :
Tous les devas et les hommes dans le monde — et les êtres vivants de loule sorte — sans exception se laissent charger de liens — el, quand leur vie est finie, ils Lombent dans les conditions mauvaises.
Tous sont enchaïnés par les deux liens de lPavarice et de l'envie.
Chez les devas, il y a les tambours des trois moments. Au moment où les devas livrent bataille aux asuras, on frappe le premier tambour ; au moment où toutes les fleurs s’'épanouissent dans Île jardin de Æiu-p'i-lo (Kuvera) (2), on
(1) Le nom de l'éléphant d’Indra est Airâvala ; mais on lui adjoint souvent l’épithète de Dragon-Blanc ; voyez, plus loin, le conte n° 351. (2) Le jardin de Kuvera s'appelle Caitraratha.
frappe le second tambour ; au moment où on réunit (les devas) dans la salle de conférences de l'excellente Loi (Sudharmä) pour qu'ils entendent l'excellente Loi, on frappe le troisième tambour. Che-Fi-houan (Cakra Devendra) frappa donc le tambour de l'explication de la Loi, et, par centaines et par milliers, des devas innombrables vinrent se rassembler ; tous demandèrent à Cakra quel ordre il avait à leur communiquer. Cakra, roi (des devas), leur dit: « Dans le Yen-feou-fi (Jambudvipa), il y a un fils d’ascète qui est nommé Bigarrure-de-Cerf ; il possède de grands mérites ; je voudrais trouver un moyen de causer sa perte. » En entendant ces paroles, les devas ne furent pas contents ; ils se dirent alors : « Causer la perte de cet homme, c'est diminuer (pour l'avenir) le nombre des devas et renforcer les asuras. » (Cependant,) parmi (les devas), il yen eut dont le cœur indifférent ne s'arrêta pas (à ces considérations) et ne fit aucun cas du succès ou de la défaite ; en outre, ils se réjouissaient d'aider (Çakra) dans son désir de causer la perte (du jeune homme).
Il y eut un deva qui prit le premier la parole pour dire : « Qui doit aller ? » Quelqu'un dit alors que c'était une devi qui devait aller. Tous ces devas allèrent donc examiner les divers jardins ; ils allèrent dans les jardins de plaisirs, dans les jardins des couleurs mélangées et dans les jardins grossiers, (pour voir) quelle
devi devrait aller et pour la convoquer aussitôt. Aussi- *
tôt, par centaines et par milliers, les devis vinrent toutes se rassembler. Il y avait une devi nommée A-/an-feou (Alambusà) ; ses cheveux étaient mélangés, car elle avait des cheveux de quatre couleurs : bleus, jaunes, rouges et blancs ; c'est pourquoi on lui avait donné le nom de couleur mélangée !. On chargea cette devi d’aller dans le
1 Dans l'Alambusâ jàtaka, le commentateur insère des vers (vers 85 et 94 relatifs à l’entrevue d'Indra et d'Alambusà. En adressant la parole à Alambusà Indra commence par l'interpeller sous le nom de Missà (sans-
su “Ce D th AS
Yen-feou-li (Jambudvipa) pour y causer la perte du jeune homme appelé Bigarrure-de-Cerf.
Cette devi dit alors à ÇCakra, roi (des devas): « Depuis les temps anciens jusqu’à maintenant, j'ai déjà à plusieurs reprises perdu les hommes en les détournant de la conduite pure et je leur ai fait perdre leurs pénétrations surnaturelles. Je voudrais que vous envoyiez quelque autre devi belle et bien faite qui excite la joie des hommes. » Alors Cakra, roi (des devas), au milieu de cette assemblée, prononça toutes sortes de gâthâs pour encourager la devi A-lan-feou, en lui disant que c'était elle qu'il fallait charger d'aller pour causer la perte de Kiu-chô-p'in-l'eou (1); c'est ainsi que cela est raconté dans le Cheng-king (2). Alors, la devi causa la perte du jeune homme, fils de l’ascète.
CEPID XN Se pl)
Autrefois, au bord de la grande mer, il y avait un arbre
crit : Micrà) qui signifie « mélangé », et il finit en l’appelant Alambusà. Le commentateur, embarrassé par le premier de ces noms, constate d’abord que c'est la désignation de l'apsara elle-même, mais il ajoute prudemment : « Toutes les femmes, d’ailleurs, peuvent porter ce titre de missâ par le fait qu’elles mélangent le trouble de la passion chez les hommes. » D'autre part, dans la liste des huit apsaras de la région orientale (Mahävaslu, III, 308), le nom d’Alambusàä est immédiatement suivi par celui de Micrakeci, qui signifie « cheveux mélangés » ; ce dernier personnage est bien connu, Micçrakeci figurant, par exemple, dans le drame de Sakountala. Il semble, ou qu'Alambusà et Miçrà sont le dédoublement d'une seule personne, ou, inversement, que les deux personnes ainsi nommées se sont fondues en une seule (Sylvain Lévi).
(1) Ce nom se laisse restituer en Kuçabindu qui signifie ittéralement «tige de gazon — goutte » ; le terme « goutte sur le gazon » rappelle l'origine attribuée au fils du rsi.
(2) Je n'ai pas retrouvé les stances dont il est ici question dans la version chinoise du Cheng-king (Trip., XIV, 8, p. 22 r°-55 vo),