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Autrefois, il y avait un roi qui dirigeait bien les hommes
et les animaux ; il tenait éloignés tous les ennemis ; les
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céréales des cinq sortes mürissaient en abondance ; le peuple en éprouvait une grande joie; (ce roi) était modéré, juste et bon, bienfaisant, doué de piété filiale et affectueux ; il pratiquait la libéralité et observait les défenses.
Dans ce royaume, il y avait alors un chasseur d’éléphants qui était fort pauvre et avait en outre beaucoup d'enfants; ces enfants lui réclamaient chacun à boire et à manger ; sa femme lui dit alors : « Vous restez chez vous dans la pauvreté, et voici à quel point nous souffrons de la faim et du froid. Pourquoi ne vous adonnez-vous pas avec énergie à votre profession ? » Le chasseur répondit à sa femme : « Que voulez-vous que je fasse ? » Sa femme lui dit: «Il vous faut vous livrer actuellement aux occupations de vos pères. » Alors, ce chasseur prépara des provisions de bouche, prit tout l’attirail du chasseur etse rendit à côté des montagnes neigeuses.
En ce temps, il y avait un éléphant blanc à six défenses qui demeurait au pied de ces montagnes, Tous les êtres qui sont nés dans la condition d’éléphant ont une certaine intelligence ; (cet éléphant) fit donc cette réflexion : « Pourquoi les hommes veulent-ils nous tuer ? Ils veulent nous tuer à cause de nos défenses. » Alors cet éléphant, quand son grand-père mourut le premier, prit ses défenses etles cacha en un lieu; puis, quand son père mourut, il prit aussi ses défenses et les cacha en un lieu. Il sortait hors du troupeau des éléphants et allait à sa fantaisie manger de-ci et de-là.
En ce temps, le chasseur, allant chasser d’endroit en endroit, traversa la forêt de la montagne et arriva au point où se tenait l'éléphant ; l'éléphant vit de loin le chasseur et pensa : « Quel est cet homme qui arrive ici ? Ne seraitce pas un chasseur qui veut venir pour que je sois tué ? » Alors, il leva sa trompe et appela en criant le chasseur. Celui-ci était expérimenté dans l’art d'observer les éléphants et se dit : « Si je ne vais pas, je serai certainement
mis à mal par lui ». Il alla donc auprès de l'éléphant, qui lui demanda : « Que venez-vous chercher ? » Le chasseur lui exposa quelles étaient ses intentions en venant. L’éléphant lui dit : « Si (vous vous engagez à) ne plus venir, je vous donnerai ce qu’il vous faut. » Le chasseur répliqua : « Quand j'aurai obtenu quelque chose, je ne désirerai même plus sortir de chez moi; à plus forte raison ne viendrai-je pas jusqu'ici. » L’éléphant lui donna alors les défenses de son grand-père qu'il avait cachées précédemment.
Le chasseur les ayant en sa possession, revenait tout joyeux dans son pays lorsqu'il fit cette réflexion : « Si je rentre chez moi avec ces défenses, ma femme et mes enfants n’en retireront pas pour bien longtemps de quoi se vêtir et se nourrir ; il faut que j'aille dans un endroit caché pour y jouir seul (de mon gain). Tant que je serai fort et robuste, j'aurai femme et enfants (1) ; mais si un beau jour je viens à disparaître (ma femme et mes enfants) n'auront plus même cinq pièces de monnaie à se partager (2). »
Prenant donc les défenses avec lui, il se rendit chez un marchand de vin ; en le voyant venir de loin, le marchand de vin se dit: « D'où vient cette homme ? Je ferai certainement aujourd’hui quelque petit profit. » Alors, il disposa un lit et des coussins, et, se chargeant à la place (du chasseur) des défenses d’éléphant, il l’invita à s'asseoir avec lui ; profitant de ce que l’autre était affamé et altéré, il lui donna du vin de manière à l’enivrer ; puis, le voyant ivre, il lui demanda de lui signer un contrat ; quoique (le chasseur) n'eût reçu que peu de vin, le contrat en mentionnait
(1) On attendrait plutôt : « J'aurai de quoi subvenir aux besoins de ma femmeetde mes enfants. »
(2) Si je comprendsbien ce passage, le chasseur dit que, dans l'intérêt même de sa femme et de ses enfants, il fera mieux de jouir seul de son gain, afin de conserver sa vigueur qui assure la subsistance de sa famille.
une très grande quantité. Le lendemain, son ivresse étant dissipée, (le chasseur) demanda encore du vin; le marchand lui dit: « Pourquoi en demandez-vous derechef ? vous semblez n'être pas encore dans votre bon sens ; il nous faut faire nos comptes ; s’il reste de l’argent, je vous donnerai de nouveau (du vin). » Quand les comptes furent terminés, il ne restait pas une seule pièce de monnaie.
(Le chasseur) se dit alors : « Où pourrais-je bien trouver encore de l’argent? Il faut que je retourne dans la montagne pour tuer l'éléphant. » Il entra donc dans la montagne et se rendit à l'endroit où il avait déjà rencontré l'éléphant; celui-ci, voyant le chasseur, lui demanda :
Pourquoi revenez-vous ? » Le chasseur exposa à l’éléphant pourquoi il était venu; l'éléphant lui dit : « Ce que je vous avais donné précédemment, qu’en avez-vous fait ? » L'autre répondit : « Par un effet de ma sottise, je l’ai entièrement perdu en débauches.» L’éléphant reprit : « Si vous êtes capable de ne plus vous laisser aller à la débauche, je vous donnerai encore (des défenses). » Le chasseur répondit : « Comme.je regrette ce que j'ai fait auparavant, pourquoi recommencerais-je ? Si vous voulez me témoigner encore une fois votre bonté, en vérité je ne sortirai plus de chez moi. » L’éléphant prit donc les défenses de son père et les lui donna.
Quand le chasseur eut en main les défenses d’éléphant, il retourna dans son pays; mais il fit encore comme la première fois et dépensa tout follement; il ones alors : « Il me faut tuer cet eu mais quand j'irai, je ferai qu'il ne me voie pas (1). »
Comme c'était le ee mois du printemps et qu'il faisait fort chaud, ce grand éléphant était entré dans un
(1) Le procédé auquel il aura recours, comme on le voit par la suite du récit, consiste à revêtir un kasàya ou vêtement religieux en sorte que l'éléphant le prenne pour un homme incapable de faire le mal et ne se méfie pas de lui.
étang pour s y baigner; après s’être baigné, il était ressorti (de l'étang), et, en avant de la troupe des éléphants, il se reposait au frais sous un arbre. Le chasseur alors décocha une flèche empoisonnée sur ce grand éléphant et l’'atteignit entre les deux sourcils ; le sang coula et entra dans les yeux; l'éléphant releva la tête pour voir d’où la flèche était partie; il apercçut le chasseur et lui adressa de loin un enseignement (en lui disant) : « Vous êtes un homme pervers et on ne saurait vous corriger; pour moi, dans l’état où je me trouve maintenant, je pourrais encore vous tuer; mais, par respect pour le kasâäya (dont vous êtes revêtu), je ne vous tuerai pas ».
Îl appela alors le chasseur (et lui dit) : « Venez promptement me couper les défenses. » Il protégea de son corps ce chasseur, de peur que les autres éléphants ne lui fissent du mal. Il y eut alors dans la forêt des devas qui prononcèrent cette gâthà :
À l’intérieur, il n'a pas dépouillé son vêtement de sotlise ; — à l'extérieur, il s'est affublé d'un kasâya; — son cœur est toujours plein d'une perversité funeste; — le kasâya n'est point ce qui lui convient. — Le samädhi, le calme el l'absence de désirs, — l'extinction élernelle des chagrins qui tourmentent, — la paix et l'anéantissement perpéluels des sentiments extérieurs, — (c'est à l’homme qui réalise en lui tout cela que) le kasäya convient comme vélement.
CRÉID XN 8 DTA)
Autrefois, il y avait un roi qui gouvernait fort bien les hommes et les êtres et qui écartait les ennemis haineux ;
les céréales des cinq sortes mûrissaient en abondance; le peuple était fort heureux; ( ce roi) était modéré et juste, bienfaisant et bon, excellent et vertueux, doué de piété filiale et affectueux; il pratiquait la libéralité et observait les défenses; il étendait son amour sur tous les hommes et les animaux.
Ce roi avait un éléphant appelé Grand-Corps (Ta-chen) qui était méchant et difficile à soumettre; il répandait la terreur au loin et au près; en ce temps, si aucun des divers royaumes ennemis ne pouvait tenir tête (au roi), c'était parce que tous ceux qui l'avaient attaqué avaient été anéantis (par cet éléphant). Quand des gens avaient violé les lois du roi, on ordonnait que cet éléphant les tuât en les foulant aux pieds. Le roi se fiait sur la possession qu’il avait de cet éléphant et ne craignait rien.
L’écurie de cet éléphant ayant été endommagée, l’éléphant s’en alla librement à côté d’un vihâra ; il y vit les bhiksus observer des convenances strictes et une règle bien ordonnée; en outre, il les entendit réciter les livres saints (où il était dit que) ceux qui tuent des êtres vivants subissent des peines, tandis que ceux qui ne tuent pas obtiennent le bonheur. Quand l'éléphant eut entendu ces paroles, son cœur s’adoucit.
En ce temps, il y eut un criminel qui fut condamné à mort; le roi ordonna à ses officiers d’inviter l'éléphant à le faire périr en le foulant aux pieds ; mais l'éléphant flaira par trois fois avec sa trompe le criminel et n’eut aucun désir de le tuer. Celui qui était chargé de surveiller la mise à mort revint dire au roi que l'éléphant, lorsqu'il avait vu le criminel, s'était borné à le flairer avec sa trompe et n'avait eu aucunement l'intention de le tuer.
En apprenant cela, le roi fut accablé de tristesse et demanda à l’homme qui était venu (lui faire ce rapport) : « L'éléphant a-t-il bien réellement agi ainsi? — Oui, en vérité », lui fut-il répondu. Le roi convoqua ses princi-
paux ministres pour délibérer avec eux sur cette affaire.
Quand les principaux ministres furent rassemblés, le roi leur dit: « Si, maintenant, pendant mon règne, personne n'a pu me vaincre, c'est précisément parce que je me fiais à cet éléphant. Maintenant, voici tout à coup ce qui se passe ; que faut-il faire ? » Un des principaux ministres appela alors le cornac et lui demanda : « Récemment l'écurie de l'éléphant a été endommagée; en quel lieu a été l'éléphant? » Le cornac répondit : « Il a été dans un vihâra. »
Ce grand ministre était intelligent; il conjectura donc que l'éléphant avait vu Les bhiksus, avait dû entendre les préceptes des livres saints, que son cœur s'était adouci et qu’il ne désirait plus tuer les êtres vivants. Il engagea alors le cornac à établir dans le voisinage de l'écurie de l'éléphant des maisons de jeu, des boucheries et des prisons, puis d’attacher l'éléphant près de ces bâtiments. Cet éléphant vit donc les joueurs agiter les mains en ouvrant de grands yeux et crier à grand bruit; il vit les bouchers qui faisaient périr toutes sortes d'êtres vivants; il vit encore dans les prisons soumettre les gens à la question, fustiger et supplicier.
Quand l'éléphant eut vu tout cela, ses mauvais sentiments revinrent et quand le roi lui envoya un criminel, il le mit aussitôt à mort en le foulant aux pieds. Alors les devas prononcèrent cette gâthà :
Quand l'éléphant vit une discipline et des observances excellentes, — el quand, en outre, il entendit parler des peines el des récompenses, — ses bons senliments jour el nuit augmentèrent — el sa conduite méchante put graduellement disparaître. — Mais quand il se familiarisa avec de méchantes praliques, ses sentiments primitifs reparurent. — C’est seulement l'homme vraiment sage — qui ne fait que progresser sans revenir en arrière,
(Trip., XV,.8,.p. T4 v-15 r°.)
Autrefois, il y avait deux brahmanes qui se rendaient dans l'Inde du Sud pour y étudier les sûtras et les çastras hérétiques; après avoir fait cette étude, ils revinrent dans leur pays. Pendant ce retour, leur chemin vint à passer dans une plaine déserte et traversa un endroit où on gardait des troupeaux; ils virent deux béliers qui barraient la route en se battant; la coutume des béliers, quand ils se battent est, au moment où ils vont aller de l’avant, de com mencer par reculer. Le brahmane qui marchait devant était simple et crédule; il dit à son compagnon, qui était derrière lui : « Voyez ces béliers; quoiqu'ils soient des animaux à quatre pattes, ils observent la politesse; ils savent que nous, brahmanes, observons les défenses et avons beaucoup d'instruction; à plusieurs reprises, par égard pour nous, ils marchent à reculons et nous laissent le chemin libre. » Le compagnon qui était derrière lui répondit : « O brahmane, ne croyez pas inconsidérément que les moutons ont de la politesse; ce n’est pas par estime pour nous que ceux-ci laissent le chemin dibre et s’écartent de nous; mais, suivant la coutume des moutons, comme ils vont aller de l’avant, ils commencent par reculer. » Celui qui marchait le premier ne crut pas <e que l’autre lui disait; il fut heurté par les béliers et fut aussitôt renversé; il se brisa les deux genoux et resta étendu par terre, évanoui; ses vêtements et son parasol étaient lacérés et dispersés. Il y eut alors un deva qui prononça cette gâthà:
Ses vêtements sont lacérés et abimés, — il est blessé et
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