NT PT
a dant
nues d 2
resle élendu par lerre évanoui; — ce malheur a élé attiré par sa sottise. — tel est le résultat de sa stupide crédulité.
N'ron7:
(Trip:, XN,8;.p:15 v°-16 r°.)
Autrefois, il y avait une ville appelée Po-lo-nai (Vârànasi) et un royaume appelé Ara-che (Kâci). En ce temps, il y avait un roi nommé Réputation (Wing-tch'eng). Les gens de ce pays étaient tous habiles en toutes sortes d'arts, au moyen desquels ils gagnaient leur vie ; c’est ainsi que les uns faisaient de la musique et chantaient ; d’autres fabriquaient des ustensiles en or et en argent ou préparaient des parures, telles que cordons ornés pour les cheveux et colliers de pierres précieuses ; d’autres domptaient des éléphants et des chevaux et pratiquaient toutes les diverses sciences ; il n’y avait aucune sorte d'habileté qui n’existât parmi eux; c’est de cette manière qu'ils gagnaient leur vie. Si quelqu'un était inapte à tout art et à toute science, on l’appelait un imbécile; si quelqu'un était un voleur, on lui donnait aussi le nom d’imbécile.
Or, il y eut un homme qui volait; les gens du pays l’amenèrent, lié, au roi et lui dirent : « O grand roi, cet homme a tenu une conduite d’imbécile. Nous désirons que vous le punissiez. » Le roi dit: « Non pas; non pas. Si des hommes gaspillent leurs richesses et si des hommes volent, pourquoi me mettrais-je à faire le mal avec eux (en les punissant)? »
Le roi songea alors au moyen qu'il pourrait employer pour s'acquitter des devoirs royaux, de manière que ses sujets ne fussent pas informés (qu'il ne punissait pas les coupables) et de manière que les mauvaises pratiques ne
se produisissent pas; il fit encore cette réflexion: « Depuis les temps passés jusqu'à maintenant, il ne s’est présenté qu'un seul imbécile; de tels imbéciles ne peuvent donc atteindre le nombre de mille avant ma mort (1).» Il prit alors cet imbécile et le remit à un de ses grands ministres (en lui disant): « Il me faut mille de ces imbéciles pour en faire un groupe important; quand ce nombre sera atteint, faites-le moi savoir. » Le ministre alors s’empara de cet homme et l’enchaïîna en un certain endroit. Le roi fit ensuite cette réflexion : « Il ne faudrait pas que cet imbécile vint à mourir de faim. » Il dit alors au grand ministre de le lui amener. (Quand il l'eut vu, il lui trouva mauvaise mine et) fit cette recommandation instante à son ministre: « Veillez bien sur cet homme et ne le laissez pas maigrir, mettez-le dans mon bois d'açokas ; que ses désirs des cinq sortes soient satisfaits ; qu'on lui donne des réjouissances. » Après avoir reçu ces instructions, le grand ministre traita l’imbécile conformément aux ordres du LOr
Alors il y eut un autre imbécile qui apprit que le roi, après avoir pris (le premier) imbécile, l'avait installé dans son parc de plaisance et lui donnait des réjouissances ; il vint se livrer au grand ministre en lui disant: « Je suis un imbécile. » Pour se conformer aux intentions du roi, le grand ministre le mena aussitôt dans le parc de plaisance. Cette scène se renouvela et, en peu de temps, le nombre (de ces gens) atteignit le chiffre de mille.
Le ministre vint dire au roi : « Les imbéciles ont atteint le nombre de mille. De quelle manière maintenant faut-il promptement juger? » En entendant ces paroles, le roi fut pénétré de tristesse; (ilse disait): «Depuislestempsanciens
(1) En d’autres termes, le roi pense qu'il ne se trouvera pas, pendant le temps qui lui reste à vivre, mille hommes qui agiront mal; il va donc promettre de châtier le premier coupable, dès que celui-ci aura été rejoint
par neuf cent quatre-vingt-dix-neuf de ses sembables ; il espère ainsi n'avoir, en réalité, jamais à le punir.
jusqu’à maintenant, pendant un long espace de temps, il ne s’était produit qu’un seul imbécile ; comment se fait-il que maintenant, avant qu’une brève durée se soit écoulée, il y en ait un millier? C’est sans doute que, dans une période de décadence, les mauvaises pratiques augmentent. » Le roi ordonna à ses ministres de se rendre dans le parc de plaisance pour arroser et balayer, brûler des parfums, suspendre des oriflammes et des dais en soie et pour préparer toutes sortes de boissons et de nourritures exquises; ses ministres se conformèrent à ses instructions et firent tout ce qu'avait ordonné le roi. Alors, le roi sortit pour se promener -et se rendit dans le parc de plaisance avec tous ses ministres et la multitude des dix-huit catégories.
Quand le roi se fut assis, il demanda à ses ministres : « Où se trouvent les imbéciles ? Appelez-les pour qu'ils viennent. » Les imbéciles arrivèrent tous et le roi les regarda ; comme ils étaient depuis longtemps dans le parc, leurs vêtements étaient couverts de souillure, leurs ongles étaient longs et leur chevelure en désordre; le roi ordonna alors à ses ministres : « Emmenez les imbéciles ; baignez-les, mettez-leur des vêtements neufs, coupez-leur les cheveux et rognez-leur les ongles; puis, vous me les ramènerez. » Quand ils furent revenus, on leur donna toutes sortes de boissons et d’aliments, on leur fit présent d'objets de valeur et ils purent prendre à leur gré tout ce dont ils avaient besoin. Le roi prescrivit alors ceci aux imbéciles : « Retournez chez vous; soignez vos pères et vos mères ; travaillez avec zèle à votre profession ; ne commettez plus de vols. » Quand les imbéciles entendirent la proclamation que leur faisait le roi, ils y obéirent, tout joyeux. Puis, le roi de ce pays remit la dignité royale à l'héritier présomptif ; il sortit du monde et se rendit dans la montagne pour y étudier la doctrine des ermites ; alors le roi prononça ces gâthäs :
J'avais d'abord recherché mulle imbéciles — pour les réunir el je pensais qu'il serait difficile de les trouver. — Comment se fait-il qu'en si peu de lemps — le nombre de mille ait été brusquement atteint ?
Les mauvaises pratiques jour et nuit se développent ; — celle grande réunion (d'imbéciles), maintenant j y mets fin ; — je désire me séparer des hommes méchants de ce monde ; — le lemps est venu où il faut que je quitte la vie laïque.
(Émis NS 8 :p-460 7%)
Le Buddha dit aux bhiksus assemblés : Au temps des générations passées, il y avait un brahmane qui ne possédait aucune richesse et qui subvenait à sa vie en mendiant. Ce brahmane avait une femme qui n’avait enfanté aucun fils. Dans la maison se trouvait un na-kiu-lo (nakula) F1] qui vint à mettre bas un petit. Alors, comme le brahmane n'avait pas de fils, il considéra ce petit du nakula comme son fils, et le petit du nakula à son tour regarda le brahmane comme son père. Lorsque le brahmane allait chez les personnes assemblées dans d’autres demeures, tantôt il obtenait du lait et du beurre, tantôt il obtenait des gâteaux etde la viande; il revenait chez lui en les rapportant et en faisait part au nakula. Cependant, plus tard, la femme du brahmane se trouva tout à coup enceinte; lorsque sa grossesse fut arrivée à terme, elle enfanta un fils; elle conçut alors cette pensée : « Ce nakula a mis bas un petit qui porte bonheur et c’est ce qui m’a permis d’avoir un enfant. »
{1) C'est la mangouste ou ichneumon.
Un jour, le brahmane voulut sortir pour aller mendier de la nourriture; il donna à sa femme un ordre en ces termes : « Si vous sortez, emportez avec vous l'enfant ; ayez soin de ne pas le laisser en arrière. » Quand la femme du brahmane eut fini de donner à manger à l’enfant, elle se rendit dans une maison voisine afin d'emprunter un pilon pour décortiquer du grain. En ce moment, le petit -enfant était tout imprégné de l’odeur du beurre; il y eut alors un serpent venimeux qui vint, attiré par cette odeur; ouvrant sa gueule et crachant son venin, il voulait tuer le petit enfant. Le nakula concut cette pensée : « Mon père est sorti et ma mère n’est pas là non plus. Pourquoi ce serpent venimeux veut-il tuer mon frère cadet ? »
Suivant le dicton :
Le serpent venimeux el le nakula, — le corbeau qui vole et le hibou chauve, — le çramana et le brahmane, — la seconde mère et le fils du premier lit, — toujours se portent muluellement haine et envie — et, pleins de venin, veulent se faire du mal l'un à l’autre. |
Aussitôt donc le nakula tua le serpent venimeux et le coupa en sept morceaux. Puis il conçut cette pensée : « J'ai maintenant tué le serpent et j'ai sauvé la vie à mon frère cadet; si mon père et ma mère le savent, ils ne manqueront pas de me récompenser. » Il se barbouilla la gueule de sang et se tint devant la porte, voulant faire ainsi que son père et sa mère le vissent et fussent joyeux.
Or le brahmane revenait justement de dehors; il aperçut de loin sa femme sortie de la maison; il s’irrita et dit: «Je l'avais avertie que, lorsqu'elle sortirait, elle devait emporter l'enfant ; pourquoi est-elle partie seule? » Le père voulut franchir la porte, mais il vit le nakula dont la gueule était ensanglantée et il conçut alors cette pensée : « Tandis que nous, le mari et la femme, étions absents, ce nakula resté en arrière n’a-t-il pas tué et dévoré notre fils? » Dans sa colère, il dit: « Nous n'avons nourri cet
animal que pour qu’il nous fasse du mal. » S’avançant donc, il frappa de son bâton et tua le nakula. Quand il eut franchi la porte, il vit lui-même son fils qui, assis au milieu de la cour, suçait son doigt et jouait; il aperçut en outre les sept tronçons du serpent sur le sol. Quand il eut vu cela, il eut un chagrin et un repentir profonds. Puis le brahmane se fit d’amers reproches (disant :) « Ce nakula avait au plus haut point des sentiments humains; il a . Sauvé la vie de mon fils. Pour moi, je n'ai pas fait un examen attentif, et avec précipitation je l’ai tué; cela est douloureux, cela est digne de compassion. » Aussitôt il tomba à terre évanoui.
Alors dans l’espace il y eut un deva qui prononça cette gâthà :
Il faut faire un examen attentif; — gardez-vous d'agir avec précipitation dans un accès de colère; — quand la bienfaisante affection d'excellents amis se rompt, — et quand injustement on fait du mal à quelqu'un avec qui on était en bons rapports, — on est comparable au brahmane — qui tua ce nakula.
ÉPRID ON RNA
Il était autrefois le roi d’un royaume; il nourrissait deux perroquets, dont l’un se nommait Lo-ta (Râdha), et l’autre, Po-lo (Prosthapâda). Tous deux connaissaient le langage des hommes. Le roi les chérissait fort ; il les avait mis dans une cage d’or et, quand il leur donnait à manger, c'était à sa propre table. Or, il y eut un haut fonctionnaire qui offrit au grand roi un singe enfant; comme les hommes sont disposés à aimer la nouveauté, le roi se
mit aussitôt à le chérir ; les boissons et les aliments dont il le nourrit l’emportèrent sur ce qu’il donnait aux perroquets. Alors le perroquet Po-lo, s'adressant à Lo-{a, prononça cette gâthä (1): |
Auparavant nous mangions avec le roi — la meilleure nourriture qui fût au monde ; — maintenant, frustrés par le singe, — il nous faut ensemble nous éloigner dans les airs.
Mais ZLo-la lui répondit : « Tout cela, cependant, ne sera pas éternel ; maintenant le singe enfant, avant qu'il soit longtemps, devra à son tour être privé de ce traitement privilégié. » Puis, s'adressant à Po-lo, il prononça cette gâthà : |
Le profit et la ruine, aussi bien que la calomnie et l'éloge, — la réputation et le blâme, comme la souffrance et le bonheur, — tout cela n'est pas d'essence permanente ; — comment cela pourrait-il causer de la tristesse ou de la Jote ?
Po-lo répliqua alors par cette gâthà :
Ce qui frappe notre vue, ce sont des spectacles qui ne nous réjouissent pas — et il n'y a aucun sujet de salisfaelion ; — nous n'entendons que le son des calomnies — sans que jamais on nous loue; — déployons notre volonté d'oiseaux qui volent (2) ; — à quoi bon endurer ces souffrances ?
Au temps où ce singe enfant était petit, l'aspect de ses poils était luisant et doux ; il gambadait et sautait et les hommes aimaient à jouer avec lui; mais à mesure qu'il grandit, les poils qui le couvraient s’altérèrent et les hommes eurent de la répulsion à le voir ; les oreilles dressées et la gueule ouverte, il effrayait les petits
(1) Des cinq stances qui figurent dans ce conte, la première, la seconde et la quatrième coïncident exactement avec la première, la seconde et la quatrième du jâtaka pâli (Jätaka, n° 329) ; la troisième est absente de la rédaction pâlie ; la cinquième concorde pour les deux premiers vers
avec la troisième du pâli.
(2) C'est-à-dire : envolons-nous.
enfants. Alors, le perroquet Lo-la prononça cette gâthà en s'adressant à Po-lo :
Les oreilles droiles et le visage froncé, — prêt à mordre, il effraie les jeunes garçons ; — il se met dans le cas de s'attirer des châliments ; — avant longtemps il perdra 4 sa nourrilure avantageuse.
Ce singe étant devenu grand, le roi cessa de l'aimer ; | il ordonna donc à ceux qui étaient à ses côtés de l’atta- cher à un pieu de la mangeoire pour les chevaux. En ce | temps, le fils du roi, qui était tout jeune, vint à passer auprès du singe en tenant dans sa main à boire et à man- | ger. Le singe lui demanda de la nourriture, mais le fils |
du roi ne voulut pas lui en donner ; le singe, irrité, déchira de ses griffes le visage du fils du roi et mit en pièces ses vêtements ; tout effrayé, le fils du roi éleva la voix et poussa de grands cris. Le roi demanda à ceux qui étaient auprès de lui pourquoi son fils pleurait, et on lui raconta ce qui était arrivé. Le roi, fort en colère, ordonna qu’on frappât (Le singe) à mort et qu'on le jetât dans un fossé, pour qu'il fût mangé par les man-l'o.
Alors, le perroquet Po-lo, s'adressant à Lo-la, prononca cette gâthà :
Vous êles un être doué de sagesse, — car vous avez prévu ce qui n’était point encore réalité. — Cet animal, par son manque de connaissance, a causé sa propre perte ; — il est mangé par les man-lo..
Le Buddha dit aux bhiksus assemblés : « Celui qui en ce temps était le perroquet Lo-la, qui d'autre était-ce, sinon moi-même? Quant au perroquet Po-lo, c'était Ânanda. »
(Prin, XN:8,:p..28 V°-29/r°.)
Autrefois, il plut sans discontinuer pendant sept jours, à une époque qui n'était pas (la saison des pluies); les gardiens de troupeaux, pendant sept jours, ne sortirent pas. En ce temps, il y eut un loup à jeun qui rôdait affamé et parcourait toutes les bourgades ; il arriva dans sept villages sans avoir absolument rien trouvé. Alors, il se domina en se faisant ces remontrances : « Pourquoi ne considérerais-je pas comme peu important d’avoir traversé sept villages sans trouver absolument rien ? Il vaut mieux maintenant que je reste immobile en observant le jeûne. » Il revint donc dans la forêt de la montagne et, s'étant mis dans une caverne, il prononça ce vœu: « Que tous les êtres vivants soient en tranquillité. » Puis, disposant son corps en ordre, il s’assit paisiblement, ferma les yeux et se livra à la réflexion.
Or, c’est une loi que Cakra, roi des devas, lorsqu'’arrivent les jours de jeûne qui sont le huitième, le quatorzième et le quinzième jours de chaque lune, monte sur l'éléphant Dragon-Blanc Y1-lo (Aïrâvata) et descend examiner dans le monde quels sont parmi les êtres de toute espèce ceux qui obéissent pieusement à leur père et à leur mère, qui font des offrandes de nourriture aux cramanas et aux brahmanes, qui se conduisent avec libéralité et observent les défenses, qui pratiquent la conduite de Brahma et qui acceptent les huit défenses.
En ce temps donc, Cakra Devendra, au cours de sa tournée d'inspection, arriva à cette caverne de la montagne ; il vit ce loup qui, les yeux fermés, se livrait à la réflexion ; 11 conçut alors cette pensée : « Eh ! pour un
loup, il est fort extraordinaire ; même un homme n'aurait pas de tels sentiments. Comment à plus forte raison un loup peut-il se conduire ainsi ? »
Il voulut alors le mettre à l'épreuve pour savoir s’il était sincère ou non ; Cakra donc se transforma en un mouton et se tint devant la caverne ; à haute voix il appelait le troupeau ; le loup, voyant le mouton, pensa alors : 4 « Il est merveilleux que le bonheur qui rétribue le jeûne ; arrive si soudainement; j'ai parcouru sept villages en | cherchant à manger sans rien pouvoir prendre et mainte- 7 4 nant, après avoir observé le jeûne un instant, la viande | vient d'elle-même ; ma cuisine étant approvisionnée, il ne s’agit plus que de manger ; après que j'aurai mangé, j'observerai le jeüne. » :
Alors il sortit hors de la caverne et s’élança à l’endroit | où était le mouton. Le mouton, voyant venir le loup, 4 s'enfuit tout effrayé ; le. loup se précipita à sa poursuite, | mais le mouton courait sans s’arrêter ; quand la poursuite eut été longue, le mouton se changea en un chien qui, la gueule ouverte et les oreilles en arrêt, vint à son tour donner la chasse au loup, en aboyant contre lui d’une manière précipitée. Le loup, voyant venir le chien, s’enfuit, tout effrayé, mais le chien le poursuivait avec ardeur et c’est à peine s’il put échapper.
Revenu dans son antre, ileut cette pensée : « Je désirais le manger, mais c’est lui au contraire qui a voulu me dévorer. » Alors Çakra, roi (des devas), se présenta devant le loup sous la forme d’un mouton boiteux qui restait là en bélant. Le loup pensa : « Auparavant, c'était un chien que mes yeux obscurcis par la faim ont pris pour un mouton. Mais maintenant ce que je vois, c'est bien vraiment un mouton. » Il le considéra encore attentivement et vit que par ses oreilles, ses cornes, ses poils et sa queue, c'était bien véritablement un mouton; il sortit donc et courut sur lui ; le mouton de nouveau s’enfuit tout
effrayé ; au moment où il allait être atteint, il se transforma encore une fois en un chien qui au contraire donna la chasse au loup et il en fut comme précédemment.
(Le loup se dit :) « Je désirais le manger et c’est lui au contraire qui a voulu me dévorer, » Alors Gakra, roi des devas, se transforma devant le loup en un agneau qui bélait au troupeau et appelait sa mère. Mais le loup dit avec irritation : « Quand même vous seriez un morceau de viande, je ne sortirais plus ; à combien plus forte raison (ne sortirai-je pas) puisque vous êtes un agneau et que vous désirez que je sois trompé. » Il retourna à l’observation du jeûne et se mit à méditer d’un cœur paisible.
Cakra, roi des devas, sachant que le cœur du loup était revenu à l'idée du jeûne, continua intentionnellement à se tenir devant lui sous la forme d’un mouton ou d'un agneau. Le loup lui dit alors cette gâthà :
Même si vous éliez vraiment un moulon, — je ne voudrais cependant point sorkir. — À combien plus forte raison (ne sorlirai-je pas) puisque vous êles encore une hallucinalion — qui, comme précédemment, m'effraiera. — Voyant que je suis relourné au jeûne, — vous venez de nouveau pour que je sois mis à l'épreuve ; — mais, quand bien même vous seriez un morceau de viande, — je ne saurais vous croire ; — à combien plus forte raison, puisque vous êéles un moulon ou un agneau — qui appelle et bêle pour me tromper.
Alors l’Honoré du monde prononça cette gâthà :
S'il y a un homme sorti du monde — qui observe les défenses avec un cœur léger el turbulent, — il ne sail pas renoncer au profit (quand il se présente) — et il est semblable au loup qui se livrail au jeûne.
(Trip... XN,8,-p,29 v°--30 2°;
Autrefois il y avait un royaume nommé ÆX1a-che (Kâçi) et une ville nommée Po-lo-nat (Vârânasi). En ce temps, la population de ce royaume était riche et heureuse ; les trois passions empoisonnées (1) y brülaient et s’y développaient. Il y eut un brahmane pauvre qui vint d’un village écarté et entra dans la ville; c'était un jour de fête ; les hommes de la ville étaient, les uns montés sur des éléphants, les autres sur des chevaux ; les uns étaient en char, les autres en palanquin ; ils se baignaient, se frottaient de parfums et revétaient des habits neufs ; ils satisfaisaient leurs désirs des cinq sortes et se livraient à toutes sortes de divertissements.
Alors dans le cœur de ce brahmane se produisit la soif du désir et il demanda à quelqu'un: « Comment tous ces gens ont-ils fait pour avoir tant de joie ? » On répondit au brahmane : « Ne le savez-vous point ? — Non», répliqua-t-il. Alors son interlocuteur dit au brahmane : « Ces gens, dans des vies antérieures, ont accompli des œuvres méritoires ; en outre, dans la vie actuelle, ils ont fait des efforts pour acquérir des richesses ; et c’est pourquoi ils ont obtenu cette joie. » Le brahmane pensa alors à part lui: « Tous ces gens ont des mains, des pieds et quatre membres qui ne diffèrent point des miens; il me faut donc maintenant m’appliquer uniquement à faire travailler mon corps et à déployer ma force et je pourrai
(1) La cupidité Ë, la colère HE, l'égarement DE (Dict. Ta ming san tsang fa chou).
obtenir des richesses qui me permettront de me livrer aux réjouissances tout comme ces gens. »
Revenu donc chez lui, il dit à sa femme : « Je veux aller au loin employer mes forces à rechercher des richesses. » Sa femme lui répondit : « En allant ici et là mendier dans le voisinage, vous trouverez promptement de quoi donner à manger et à boire à vos enfants ; à quoi bon aller au loin ? » Le brahmane lui dit: « Puisque je n'ai pu atteindre l’objet de mon entreprise, il me faut aller au loin. » Sa femme, réfléchissant que, puisqu'il voulait partir, elle ne savait plus comment l’en empêcher, dit au brahmane : « Partez ou restez, comme il vous plaira; mais ayez grand soin de votre personne. » Le brahmane fit cette recommandation à sa femme : « Appliquez-vous à bien veiller sur nos enfants. »
Alors le brahmane s’en alla donc ; arrivé dans un village sur le bord de la mer, il vit des marchands qui s'étaient réunis pour célébrer un sacrifice et qui publiaient dans les rues une invitation demandant qui voulait les suivre sur mer et aller avec eux acquérir des objets précieux. Le brahmane ayant répondu qu’il désirait aller sur mer, les marchands l'interrogèrent sur ce qu'il avait en argent et en marchandises ; il répondit : « Je n'ai ni argent nl Mmarchandises ; mais je désire vous suivre pour mendier ma nourriture et je prononcerai des vœux en votre faveur. » Les marchands, pensant alors tous qu'il leur porterait bonheur, l’engagèrent à monter sur leur bateau.
Ils eurent un vent favorable et arrivèrent à un bourg dans une île de la mer; le brahmane entra dans le village pour mendier sa nourriture et employa toutes ses forces à rechercher des richesses; il obtint trente-deux lingots d’or pur et quatorze perles mani. Puis, avec ses compagnons, il revint dans Le Jambudvipa ; quand le bateau eut touché à un îlot du rivage, le brahmane se mit à se vanter grandement en disant aux marchands : « Partir en
emportant des denrées et revenir maintenant en en ayant obtenu d’autres, qu'est-ce que cela a d’extraordinaire ? Moi, je suis d’abord allé les mains vides et voici les trésors que j'ai acquis ; c'est là ce qu’on peut appeler merveilleux. » Ne pouvant dominer sa joie, il brandissait ses joyaux et les agitait dans ses mains sans s'arrêter, si bien qu'il lâcha ces objets précieux qui tombèrent dans la mer.
Alors le brahmane fut pénétré d'une grande tristesse : « Je me suis donné (disait-il', des peines extrêmes pour acquérir ces joyaux ; comment se fait-il qu’en un matin ils soient soudain tombés dans l’eau ? Il me faut maintenant transvaser la mer pour rechercher mes joyaux. » Étant donc monté sur le rivage il se mit en quête d’une bonne pièce de bois et, quand il l’eut trouvée, il la porta à un charpenter en lui disant: « Je viens vous déranger pour que vous me fassiez une écope en bois. » Quand le charpen- : tier l’eut terminée, le tourneur la faconna au tour et le
forgeron la doubla de métal.
Quand le brahmane eut son écope, il alla au bord de la mer ; il releva ses vêtements et mit à nu ses bras dans l'intention de transvaser l’eau de la mer. En ce moment, il y eut un dieu de la mer qui fit cette réflexion : « Que veut faire ce brahmane ? il faut que je le lui demande. » Il prit donc la forme d’un brahmane et, s’étant rendu auprès de lui, prononça cette gâthà:
Vous avez relevé vos vêlements el mis à nu vos bras: — très affairé, vous semblez vous livrer à une occupation urgente. — Je suis donc venu vous demander — ce que vous vouliez faire.
Le brahmane répondit par cette gâtha :
Maintenant cette eau de la grande mer — qui, vaste et profonde, est la souveraine de tous les cours d’eau, — j'ai inventé présentement un moyen — par lequel je me propose de la transvaser afin qu'elle soit épuisée.
MO HO SENG TCHE LU (No 351) 311
Le dieu de la mer alors prononça encore cette gâthà :
La grande mer, souveräine de tous les cours d'eau, — quelle faute a-t-elle commise envers vous, — pour que vous ayez inventé un moyen — afin de la transvaser de manière à ce qu’elle soit épuisée ?
Le brahmane répliqua par cette gâthà :
J'ai supporté de grandes peines — el j'ai traversé la mer pour acquérir des objets précieux, — (à savoir) trente-deux lingots d'or véritable — el quatorze (perles) mani. — En quiltant le baleau pour monter sur le rivage, — mon sac de joyaux est lombé dans la mer ; — c'est pour rechercher mes joyaux — que je transvaserai el épuiserai la grande mer.
Le dieu de la mer riposta par cette gâthà :
La grande mer est fort profonde et vaste ; — elle est la souveraine des cent fleuves el de tous les cours d’eau ; — même en y consacrant des centaines el des milliers d'années, — vous ne parviendriez pas à l’épuiser en la transvasant.
Le brahmane répondit par cette gâthà :
Les longues allernances du soleil et de la lune se poursuivent sans fin ; — l’écope de bois el sa doublure de fer seront difficilement endommagées ; — j'emploiterai mes forces et appliquerai mon activité sans relâche ; — pourquoi craindrais-je que celle mer ne puisse pas être mise à sec?
Quand le brahmane eut prononcé cette gâthà, il se mit à transvaser l’eau de la mer, mais à mesure qu'il la transportait sur le rivage, l’eau retournait dans la mer. Alors le dieu de la mer observa ce brahmane pour voir si sa résolution ne se relâcherait pas et si elle était véritablement ferme et inébranlable. Après l'avoir observé, il constata que ce brahmane avait une volonté qui s’appliquait tout entière à son objet et ne reculait point. Le dieu de la mer songea alors que, même en transvasant l’eau de la
mer pendant cent ans, (ce brahmane) n’arriverait pas à en diminuer l'épaisseur d’un cheveu ; ému par son application parfaite, il lui rendit ses joyaux ; puis le dieu de la mer dit au brahmane cette gâthà :
L'homme qui fail tous ses efforts, qui s'ingénie, — et qui a une résolution inlassable, — par l'activité de son application produit (sur les dieux) une émolion telle, — qu'il retrouve son bien, quoiqu'il l'ait perdu.
(Frip: XN, 8;-p:38 v-3hr.)
Autrefois, dans les montagnes parfumées il y avait la résidence d’un ermite. Non loin de la montagne se trouvait un étang dans lequel vivait une tortue ; (cette tortue) sortit de l’eau de l'étang pour manger, et, après avoir mangé, elle s’endormit la face tournée vers le soleil et la bouche grande ouverte. En ce temps il y avait dans les montagnes parfumées des singes ; (l’un d’eux) entra dans l'étang pour y boire de l’eau, après quoi il monta sur le rivage ; voyant cette tortue qui dormait la bouche grande ouverte, il éprouva le désir de commettre un acte obscène ; il mit donc ses parties génitales dans la bouche de la tortue ; celle-ci s’en aperçut, referma la bouche et rentra (la tête) à l’intérieur de ses six carapaces. C’est à quoi s'applique ce que dit cette gâthà :
Quand un homme stupide empoigne quelque chose, — c'est comme lorsque la tortue prend quelque chose avec sa bouche ; — en vain y appliquerait-on la poigne d'un mo-lo (malla — athlète) ; — à moins d'employer une hache, on n'arrivera pas à détacher (ce qui est ainsi retenu).
Puis la tortue, maintenant avec énergie le singe, se mit à marcher à reculons pour entrer dans l’eau. Le singe très effrayé fit cette réflexion : « Si j’entre dans l’eau, je ne puis manquer de mourir, c'est certain.» Cependant, affaibli par la souffrance, il laissait la tortue l'emporter ; en l’entrainant tout le long (du terrain), (la tortue) tomba dans un endroit escarpé, où elle se trouva renversée sur le dos. Alors le singe prit la tortue dans ses bras et se dit : « Qui peut me délivrer de ce danger cruel ? » Ce singe savait depuis longtemps où demeurait l’ermite et pensa que celui-ci pourrait le secourir ; il alla donc vers lui en tenant la tortue dans ses bras. L’ermite, en les voyant de loin, fit cette réflexion : « Hé !quelle chose extraordinaire ! Que fait donc maintenant ce singe ? » Voulant plaisanter avec le singe, il lui dit : « O brahmane, quel objet précieux remplissant votre bol apportez-vous ici ? Quelle foi avez-vous obtenue que vous veniez vers moi. » Le singe prononça alors cette gâthà : :
Moi, singe stupide, — j'ai provoqué d'une manière haïssable un autre être qui ne m'avait fait aucun mal. — Celui qui secourt une personne en péril est un sage; — ma vie est menacée dans un bref délai ; — aujourd'hui, 6 brahmane, — Si vous ne me secourez pas, — dans un instant on aura coupé mes parties génitales — et je reviendrai épuisé el en détresse dans la forêt de la montagne.
Alors l’ermite lui répondit par cette gâthà :
J'ordonne que vous soyez délivré — et que vous retour niez dans la forêt de la montagne ; — mais je crains que, suivant la coutume des singes, — votre ancien naturel mau-
vais ne reparaisse. .
Puis ce rsi leur expliqua les choses d'autrefois en ces
termes :
O lorlue, dans une existence antérieure, — vous apparleniez au clan Kia-che (Käçyapa); — 6 singe, dans les
générations passées, vous apparleniez au clan K'iao-tch’en-
jou (Kaundinya)(1); — puisque vous avez salisfail vos désirs débauchés, — maintenant vous devez rompre cette union ; — (fille du clan) Kia-che (Kâcyapa), relâchez (ce fils du clan) K’iao-tch'en (Kaundinya) — el laissez-le retourner dans la forêt de la montagne.
(Trip., XV, 8, p.34 r°-8h v°.)
Autrefois il y avait un brahmane dont le nom de famille était Song-k'iu (Cunga ?) : il gagnait sa vie en cultivant les champs. Il demanda et obtint une épouse ; elle était belle etavenante ; ilse livra au plaisir avec elle ; puis elle enfanta une fille qui, elle aussi, était belle ; on lui choisit un nom personnel et, comme son nom de famille était Song-k’iu, on l’appela Song-k'iu (Guñgà ?).
Quand elle fut devenue grande, des brahmanes de toutes les diverses familles envoyèrent des lettres ou vinrent pour la demander (en mariage); la fille demanda alors à sa mère: « Pourquoi ces étrangers viennent-ils ? — C'est pour vous demander (en mariage) », lui fut-il répondu. La fille dit à sa mère: « Je ne désire pas me marier ; je me plais à tenir une conduite pure. » Sa mère lui répondit: « Cela ne doit pas être ; la règle est que les hommes et les femmes contractent mariage. » Sa fille insista, en disant: « Si je suis chérie de mon père et de ma mère, que personne ne m'épouse. »
Alors le père et la mère, à cause de laffection qu'ils avaient pour leur fille ne voulurent pas lui faire de la
(1) Entre ces deux clans, les mariages étaient permis (cf. la note de Rouse à la fin du Jälaka n° 273).
peine et lui résister et lui répondirent qu’elle pourrait suivre son désir. Tous leurs amis du voisinage trouvèrent cela admirable (et se dirent) : « Comment peut-il se faire qu'une fille belle et avenante soit capable de maintenir sa résolution et désire pratiquer une conduite pure ? » Tous conçurent de l’affection pour elle.
En ce temps, le brahmane allait aux champs pour travailler au labourage; sa femme avait coutume de lui apporter sa nourriture ; or 1l arriva un jour que sa femme, étant occupée, envoya sa fille Song-k'iu apporter de la nourriture au père ; en ce moment, le brahmane avait des pensées impures qui lui firent concevoir des désirs ; il forma le projet, quand sa femme viendrait, de satisfaire avec elle ses désirs. Lorsqu'il vit celle qui lui apportait à manger, il laissa là sa charrue et alla à sa rencontre ; ses sentiments de luxure l’aveuglant, il ne put reprendre son bon sens et le père fit des attouchements à sa fille à un endroit qu'on ne doit point toucher.
Alors la fille Song-k’iu resta immobile en versant des larmes. Le brahmane se dit donc en lui-même : « Cette fille Song-k'iu ne se complait pas habituellement dans la sensualité et tous les hommes l’admirent à cause de cela ; maintenant je lui ai fait des attouchements et elle n’a pas poussé de grands cris ; il semble qu’elle ait le désir de la jouissance. » Il prononça alors cette gâthà :
Maintenant j'ai touché votre corps — et, la tête baissée, vous poussez de longs soupirs ; — ne serait-ce pas que vous désirez avec mot — vous livrer aux pratiques de la sensualité? — Vous leniez auparavant une conduile pure — el tous les hommes en étaient frappés de respect; — mais maintenant vous m'apparaissez sans énergie — el vous semblez avoir des pensées profanes.
La fille Song-k'iu répondit alors à son père par ces gâthàs :
Auparavant, lorsque j'avais quelque sujet de crainte, —
je cherchais un secours en mon lendre père ; — voici que, dans l’endroil même où je prenais mon appui, — je rencontre ce désordre haïssable. — Maintenant, comme au milieu d'une jungle épaisse, — je ne sais plus à qui m'adresser ; — je suis comme l'être qui vivait dans une eau profonde — et qui se trouve plongé dans le feu. — Le lieu qui à l'origine me servait de protection — engendre maintenant pour moi la terreur ; — l'endroit où je n'avais nulle crainte produit la crainte ; — là où je me réfugrais, je rencontre au contraire le danger. — O vous, tous les dieux des arbres de la forêt, — soyez lémoins de celle violation de la Loi. — Celui qui jusqu'à la fin aurait dà me soutenir el me faire du bien, — en un jour je me vois outragée par lui. — Si la lerre ne s'ouvre pas pour me recevoir, — où pourront s'enfuir mon corps el ma vie ?
Le brahmane, entendant les paroles que prononçait sa fille, se sentit couvert de honte et aussitôt il s’en alla.
CFrip XNS SD ASENSE- RSS
Autrefois il y avait une ville appelée Po-lo-nai (Värànasi) et un royaume nommé A1a-che (Kâcçi). Il y avait un brahmane qui possédait des pois (mo-cha — mâsa) si vieux qu'on ne pouvait les cuire à point en les faisant bouillir ; il les prit et les mit sur la place du marché dans le désir de les vendre à quelqu'un; mais ilne se trouva absolument personne pour les acheter.
En ce temps, il ÿ avait un homme qui possédait chez lui un âne rétif ; il vint le vendre au marché, mais avait peine à trouver un acheteur. Alors le possesseur des vieux pois se dit: « Il faut que j'achète cet âne avec mes
PCR 7
pois. » Il alla donc dire à l’autre : « Voulez-vous me remettre l’âne et prendre ces pois ? » Le possesseur de l’âne pensa à son tour : « À quoi me sert cet âne rétif ? IL faut que je prenne les pois de cet autre. » Il répondit alors : « Affaire conclue. »
Quand (le brahmane) eut obtenu l'âne, il se réjouit, et alors, lui qui avait été le possesseur des pois, il pensa qu’il avait gagné quelque profit; il prononça donc cette gâthà :
Moi, le brahmane, j'ai fort habilement vendu — ces vieux pois gelés qui ont seize années ; — quand bien même vous y emploieriez tout votre bois de chauffage, vous n'arriveriez pas à les cuire à point en les faisant bouillir — et ils pourraient briser les dents de grands et pelits dans votre famille.
Alors le possesseur de l’âne répondit par cette gâthà :
Vous, 6 brahmane, pourquoi vous réjouir ? — Quoique vous ayez (un animal qui a) quatre patles et un beau vêlement de poil, — quand vous le chargerez d'un fardeau el que vous le mettrez sur la route, il vous fera savoir — que même si vous le piquez avec une pointe et si vous le brälez avec le feu, il ne bougera pas.
Aussitôt le possesseur des pois de répondre par cette gâthà :
Il me suffira de faire paraître un antique bâton — à l'extrémité duquel j'aurai mis une pointe de quatre pouces — pour pouvoir venir à boul de cet âne rélif ; — comment craindrais-je de ne pouvoir le maîtriser ?
Alors le possesseur de l’âne se mit en colère et prononca cette gâthà :
Quand il sera fermement dressé sur ses deux palles de devant — el lancera à loule volée ses deux pieds de derrière, — 1l brisera la rangée de devant de vos dents ; — après quoi, vous aurez appris à le connaître.
Le possesseur des pois adressa à l’âne cette gâthà :
Les piqûres venimeuses des moustiques et des laons, —
c'est seulement en agilant la queue que vous vous en prolégez ; — je vous couperai la queue à sa base — pour que vous connaissiez la souffrance.
L’âne répliqua à son tour :
Depuis mes ancélres jusqu'à moi, — nous avons lous observé celle conduile perverse ; — maintenant moi je conlinuerai certainement celle pralique — et braverai mille
morts plulôt que d'y renoncer jamais.
Alors le possesseur des pois reconnut que cet animal vicieux ne devait pas être admonesté avec des paroles sévères ; il se mit donc à lui adresser des éloges en disant : |
Votre braiement a un son lrès agréable ; — votre visage est blanc comme le jade et la neige ; — je vous choisira une épouse — avec laquelle vous irez errer dans les forêts el les marais.
L'âne, entendant ces paroles douces et affectueuses, prononça alors cette gâthà :
Je puis porter une charge de huil mesures de dix boisseaux — el parcourir six cents li en un jour ; — il faut, 6 brahmane, que vous le sachiez, — puisque vous m'avez apporté l’heureuse nouvelle que j'aurai une épouse.
CRD NN, 8 DT)
Autrefois il y avait cinq cents ermites qui demeuraient dans les montagnes neigeuses. Un de ces ermites résidait dans un endroit séparé où se trouvaient des sources d’une eau excellente et où les fleurs et les fruits étaient
magnifiques et abondants. Non loin de là était la rivière Sa-lo (Sarayü ?) dans laquelle demeurait un nâga; en voyant cet ermite tenir une conduite fort digne et bien ordonnée, (le nâga) conçut de amitié pour lui. Un jour, ce nâga de la rivière vint auprès de l’ermite qui, justement alors, était assis avec les jambes croisées ; il entoura sept fois son corps autour de l’ermite et lui couvrit le sommet du crâne avec sa tête, puis il resta immobile ; chaque jour il agissait ainsi et ce n’était qu'aux moments des repas qu’il ne venait pas. L’ermite ayant le corps enserré par le nâga devait rester rigide jour et nuit et ne pouvait prendre aucun repos; son corps se dessécha et s’amaigrit et il lui vint des ulcères.
Cependant il y avait dans le voisinage quelques habitations d’hommes ; l’un de ceux-ci, qui faisait des offrandes aux ermites, alla, en se promenant à sa fantaisie, à l'endroit où se tenait cet ermite; il vit qu'il était maigre et avait des ulcères et lui demanda quelle en était la cause. L’ermite lui raconta tout ce que nous avons dit plus haut. Cet homme dit à l’ermite : « Désirez-vous faire que ce nâga ne vienne plus ? » Il dit qu'il le désirait. L'autre lui demanda : « O ermite, ce nâga porte-t-il quelque chose sur lui ? » L'ermite répondit qu'il avait seulement un collier de perles précieuses sur sa gorge. L'homme lui donna alors ce conseil : « Bornez-vous à lui demander ces perles; le nâga est de nature fort avare; il ne voudra jamais vous les donner et vous pourrez faire ainsi qu’il ne vienne plus.» Après avoir ainsi parlé il s’en alla.
Au bout d'un moment le nâga arriva et l’ermite lui demanda ses perles. Quand le nâga eut entendu le son de sa voix lui demandant les perles, il fut aussitôt méccntent, abandonna lentement (l’ermite) et se retira. Le lendemain, lorsque le nâga vint, l’ermite le vit avant même qu’il füt arrivé et lui adressa de loin cette gâthà :
Les joyaux mant qui ont de l'éclat — el qui ornent sous
forme de collier votre corps, — si, 6 nâga, vous consenlez à me les donner — nous serons d'excellents amis.
Le dragon prononça alors cette gâthà :
Je crains de perdre les perles mani — el je suis comme le chien qu’on appelle en tenantlun bâton; — vous ne sauriez oblenir mes perles précieuses — et je ne viendrai plus vous voir. — La nourrilure raffinée et toutes sortes de joyaux — me sont procurés par la puissance admirable de ces (perles) mani ; — vous ne sauriez jamais les oblenir ; — à quoi sert de me les demander avec obstination. — Beaucoup demander désunit l'amitié ; — c’est pourquoi je ne viendrai plus.
Alors il y eut dans les airs un deva qui prononça cette gâthà :
Quand la lassitude et le mépris viennent à se produire — c'est toujours parce qu'on a beaucoup demandé. — Quand le brahmane eut laissé voir à l'autre son désir, — le nâga alors se cacha dans les eaux profondes.
(Trips XN:,:8 p.15 v°-A6 7°)
Autrefois ily avait une ville appelée Po-lo-nai (Värânasi) et un royaume appelé ÆX'ia-che (Kâçi). Dans ce royaume, il y avait un roi qui gouvernait suivant la Loi; le peuple était paisible et heureux ; il ne se produisait aucun malheur.
Ce roi n'avait pas de fils lorsque soudain sa femme devint enceinte ; au bout de dix mois elle enfanta un fils qui n'avait ni yeux ni nez. Sept jours après la naissance de ce fils, on organisa une grande réunion où furent rassemblés tous les ministres, les maîtres devins et les religieux, afin de choisir un nom pour cet enfant. C’était alors
it DS, des, LL, en à os AE
la coutume locale dans le pays de ce roi de tirer un nom soit de quelque marque distinctive de bon augure, soit de quelque constellation, soit (des noms) du père et de la mère. Un brahmane demanda : « Le fils du roi a-t-il sur son corps quelque marque distinctive extraordinaire ? » Quelqu'un des assistants lui répondit : « Maintenant ce fils de roi a le visage tout plat et n’a absolument point d’yeux et de nez. » Le brahmane reprit: « Il faut donc nommer ce fils du roi Face de miroir (King mien, Âdarçamukha). » On donna à cet enfant quatre nourrices pour le soigner et l’élever ; l’une d’elles le frottait et l’essuyait, le lavait et le baignait ; la seconde le débarrassait de ses souillures ; la troisième le tenait dans ses bras; la quatrième le nourrissait de son lait ; ces quatre nourrices jour et nuit veillaient sur lui. De même que la fleur de lotus, il grandissait de jour en jour et arriva à l’âge adulte.
Quand son père mourut, on mit sur le trône Face de miroir (Âdarçamukha) pour qu’il hérität de la haute dignité royale ; or, cet héritier présomptif, dans une naissance antérieure, avait planté une tige vertueuse; quoiqu'il fût né sans yeux, il avait la faculté de voir céleste ; 1l était digne de régner sur le royaume, et la force de sa bienfaisance productrice de bonheur était grande; aussi lorsque les habitants du royaumeapprirent que l'héritier présomptif Face de miroir (Âdarcamukha) devenait roi, il n’y eut personne qui ne trouvât la chose admirable.
Cependant il y avait un grand ministre qui voulut le mettre à l'épreuve ; mais une occasion favorable ne se présentait pas. Sur ces entrefaites, le roi renditun décret pour ordonner à ses ministres d’édifier une nouvelle salle en y ciselant des sculptures élégantes et en y faisant toutes sortes de belles peintures. Ce grand ministre se dit: « J'avais toujours le désir de mettre le roi à l’épreuve; maintenant voici bien le moment. » Il prit donc un singe qu'il habilla de vêtements; ayant préparé tout lattirail d’un
Te 21
artiste, il mit ces objets dans un sac de cuir qu’il lui passa autour de l'épaule; puis, emmenant avec lui (le singe), il vintdire au roi : « O grand roi, nous avons reçu un décret ordonnant d’édifier une salle ; un artiste habile est venu : je désire que Votre Majesté lui donne les plans de la salle. » Le roi pensa dans son cœur que cet homme voulait le mettre à l'épreuve ; il prononça alors ces gâthâs :
Je considère cel animal ; — il cligne des yeux et son visage se plisse el se contracle ; — il gambade et son’ caractère est inconstant el turbulent ; — même un objet achevé, il serait capable de le qâter. — Puisque tel est son nalurel, — comment pourrait-il édifier la salle d'un palais ? Il'endommage les arbres chargés de fruits et de fleurs — el ne parvient pas à être l'ami des hommes, — à plus forte raison ne saurait-1l construire la salle d'un palais ; — ramenez-le au plus vile dans la forét sauvage.
(PPIDEXN, SD 418 248%.)
Autrefois il y avait une ville nommée Po-lo-nai (Vârànasi et un royaume appelé X'ia-che (Kâçi). En ce temps il y avait un brahmane qui, dans la campagne déserte, pratiqua un puits gratuit afin que les bergers, les ramasseurs de bois mort et d’herbes, et les passants allassent tous se désaltérer à ce puits et en même temps s’y laver.
Un jour, vers le coucher du soleil, une troupe de chacals vint à ce puits pour boire l’eau qui était répandue à terre, Le chef des chacals ne but pas de l’eau qui était à terre, mais il enfonca sa tête dans la cruche pour en
1) Ce conte a déjà été traduit par Julien (Les Avadänas, t. I, p. 88-92).
boire l’eau ; quand il eut bu cette eau, il garda la cruche sur sa tête et il l’éleva en l'air, puis il brisa, en la frappant, la cruche d’argile ; le goulot de cette cruche était d’ailleurs large pour son cou. Les autres chacals dirent à leur chef: « Même des feuilles d'arbre humides quand elles peuvent servir doivent toujours être conservées ; à plus forte raison cette cruche qui rend service aux voyageurs. » Le chef des chacals dit: «J'ai fait cela pour m'amuser; je ne veux que mon plaisir ; à quoi bon m'inquiéter d'autre chose ? »
En ce moment un voyageur dit au brahmane : « La cruche qui était sur votre puits a été brisée ». Il en mit donc une autre qui, de la même manière que précédemment, fut brisée par le chacal. Il n’en fut pas ainsi seulement une fois etil y eut jusqu'à quatorze cruches qui furent brisées. Les autres chacals firent à plusieurs reprises des remontrances (à leur chef), mais celui-ci ne les accepta pas.
Alors le brahmane se dit: « Qui cherche à me faire obstacle et à me nuire dans l’entreprise bienfaisante et vertueuse que j'ai faite en établissant un puits gratuit ? Il faut maintenant que j'aille voir comment cela arrive. » Il prit donc une cruche et alla la placer sur le puits et, d’un endroit caché, il épia ce qui se passait. Divers passants burent de l’eau et s’en allèrent, mais aucun d'eux ne cassa la cruche. Puis, quand vint le coucher du soleil, il vit la troupe de chacals arriver pour boire l’eau répandue à terre ; seul le chef des chacals but l’eau qui était dans la cruche, puis il brisa celle-ci en la frappant.
Quand (le brahmane) eut vu cela, il pensa : « C’est bien ce chacal qui me suscite des difficultés dans l’entreprise bienfaisante et vertueuse que j'ai faite en établissant ce puits. » Il fabriqua alors une cruche en bois solide et difficile à briser ; il la fit de telle sorte que (le chacal) y entrerait la tête aisément, mais l’en sortirait avec peine ; il la
prit et la plaça à côté du puits ; muni d’un bâton, il monta la garde dans un endroit caché.
Après que les voyageurs eurent fini de boire, vers le coucher du soleil les chacals vinrent en bande comme précédemment boire l’eau répandue à terre ; seul le chef des chacals, après avoir bu l’eau de la cruche, se mit à la frapper sur le sol; mais il ne parvint pas à la briser. Alors le brahmane, armé de son bâton, sortit et vint tuer sous les coups le chacal.
Dans les airs un deva prononça cette gâthà :
Les paroles sensées el venant d'un cœur bienveillant, — ce méchant n'en a point accepté les remontrances ; — per.sistant dans son opiniâtrelé, il s’est alliré ce malheur — et a causé la perte de sa propre vie ; — c'est ainsi que le chacal stupide — a éprouvé ce supplice de la cruche de bois.
CÉPIDRCNS, pr A0)
Autrefois 1l y avait une ville appelée Po-lo-nai (Vàrinasi) et un royaume appelé Æ1a-che (Kâçi). Dans un enclos désert se trouvaient cinq cents singes qui erraient de-ci et de-là dans la forêt ; ils arrivèrent sous un arbre ni-kiu-lu nigrodha) au pied duquel était un puits; dans ce puits apparaissait le reflet de la lune. Quand le chef des singes vit ce reflet de la lune, il dit à ses compagnons: « Aujourd'hui la lune est morte et est tombée dans ce puits ; il nous faut unir nos efforts pour l'en sorür, afin d'empêcher que, dans le monde, il y ait une nuit perpétuelle et des ténèbres. » Tous ensemble tinrent une délibération et dirent: « Comment pourrons-nous la faire sortir ? » Le chef des singes leur dit alors : « Je connais
AR cr sasté fi UE dés TE di nat d'il mio ao, (Rs à). ts
un moyen pour la faire sortir ; je me cramponnerai à une branche de cet arbre; vous vous cramponnerez à ma queue ; en nous rattachant ainsi successivement les uns aux autres, nous pourrons alors retirer (la lune). » Aussitôt les singes se conformèrent aux paroles de leur chef; ils se cramponnèrent successivement l’un à l’autre, mais il s’en fallait encore d’un peu avant qu'ils n’atteignissent l'eau lorsque la branche de l’arbre, qui était faible, se rompit et tous les singes furent précipités dans l’eau du puits. Alors le dieu de l'arbre prononça cette gàthà :
Ces animaux grands et nombreux — dans leur stupidité se sont tous entraînés les uns les autres ; — ils ont attiré sur eux-mêmes des tourments ; — comment pourraient-ils secourir le monde ?
(Trip, XV, 8, p. 50 v°.)
Autrefois il y avait une ville appelée Po-lo-nai (Vâränasi, Bénarès) et un royaume appelé Kia-che (Kâci). En ce temps il y avait un maître de maison (grhapati) ; il possédait un esclave nommé A-mo-yeou( Amâyu ?) qui était d’un caractère méchant ; un jour, ce maître de maison (grhapati) alla se promener pour son plaisir avec de jeunes brahmanes dans un parc boisé ; tous les gens de la suite restèrent en dehors de la. porte du parc; alors A-mo-yeou, se trouvant en dehors de la porte du parc, se mit à battre les gens de la suite; ceux qui avaient été frappés vinrent se plaindre à leurs maitres respectifs ; aussitôt les jeunes brahmanes sortirent tous pour réprimander A-mo-yeou ; mais celui-ci n'accepta pas leurs observations; il répondit aux jeunes
brahmanes : « Je ne me conformerai pas à vos paroles ; si mon maître vient me réprimander, j’accepterai ce qu'il me dira. » Il continua donc à frapper (les gens) sans s’arrêter.
On alla se plaindre au maître d’'A-mo-yeou ; le maître d'A-mo-yeou possédait de naissance la faculté de voir céleste ; il aperçut que, sous l'endroit où la rixe avait lieu, se trouvaient enfouis et cachés de l'or et de l’argent; ainsi l'influence néfaste qui était en cet endroit était cause qu'on s’y battait. Il alla faire des remontrances à son esclave, et celui-ci s'arrêta aussitôt.
CURE XNE 8 "p:00 vol re")
Autrefois il y avait une ville appelée Po-lo-nai (Vârânasi) etun royaume appelé Â’1a-che (Kâci). En ce temps, le brahmane de grand savoir Fou-lou-hi (purohita) (1) était le précepteur du roi du pays ; (en même temps), il instruisait cinq cents jeunes gens.
Il y avait alors dans la maison de ce brahmane un esclave nommé Æ1a-lo-ho (Katähaka) qui était constamment chargé de servir tous ces jeunes gens. La doctrine des brahmanes ne doit pas être écoutée par des hommes appartenant à d'autres castes ; mais, comme cet esclave se tenait familièrement près (des jeunes gens) pour les servir, il trouva des occasions où, à côté de lui, (son maître) expliquait la doctrine des brahmanes aux jeunes gens ; comme cet esclave avait en lui un principe qui lui permettait d'en faire son profit, il put retenir entièrement
(1) Le titre de purohita (maitre) est pris ici pour un nom propre.
dans sa mémoire les discours qu’il entendait sur l’explication de la doctrine.
Un jour, cet esclave, ayant eu quelque démêlé avec les jeunes gens, s'enfuit dans un royaume étranger. IL prétendit faussement qu'il était Le fils du brahmane Fou-louhi et qu'il se nommait Ye-Jo-la-lo (Yajñadatta). Il dit au brahmane qui était le précepteur du roi de ce pays : « Je
suis le fils de Fou-lou-hi (purohita) qui est précepteur du
roi de Po-lo-nai(Vâränasi) Je suis venu intentionnellement ici avec le désir de me remettre entre vos mains, Ô grand maître, pour étudier la doctrine des brahmanes. » Le maître y consentit.
Cet esclave était intelligent et d’ailleurs avait déjà entendu précédemment (l’enseignement); maintenant qu’il l’entendait de nouveau pour la seconde fois, il put retenir ce qu'il entendait. Son maître, très satisfait, le chargea de donner l’enseignement aux cinq cents jeunes gens ses disciples, en lui disant : « Instruisez-les à ma place; moi je dois fréquenter chez le roi. »
Ce maitre brahmane n'avait pas de fils et n’avait qu’une fille ; il fit donc cette réflexion : « Il faut maintenant que je lui fasse épouser ma fille; Ye-jo-la-lo (Yajdañatta), restera dans ma maison et sera alors comme mon fils. » Il lui dit donc: « O Ye-jo-la-lo (Yajñadatta), il vous faut
. suivre mes avis. » L'autre lui répondit : « Je me confor-
merai à vos instructions. » (Le maître) reprit: « Ne retournez plus à Po-lo-nai (Vârânasi) ; restez toujours dans ce royaume ; je vous donne maintenant ma fille pour femme. » L'autre dit : « Je me conformerai à vos instructions. » (ŸYe-jo-la-lo) resta donc chez lui avec sa fille, et, comme un fils, il travaillait en commun avec lui à gagner leur vie; la famille devint graduellement prospère et riche.
Ce Ye-jo-la-lo (Yajñadatta) était un homme difficile à satisfaire ; quand sa femme lui préparait à manger, 1] con-
cevait de l’irritation ; ni le doux, ni l'acide, nile salé, ni le fade, ni le cru, ni le cuit ne pouvaient convenir à son goût. Sa femme se disait constamment : « S'il pouvait venir du royaume de Po-lo-nai (Vàärânasi) quelque voyageur, je lui demanderais des recettes pour préparer les boissons et les aliments et alors je m'y conformerais pour offrir à manger à mon mari. »
Or le brahmane Fou-lou-hi (purohita) fut informé de tout ce qui se passait et conçut alors cette pensée : « Mon esclave Æ1a-lo-ho s’est enfui dans un royaume étranger, ‘F8 il faut que j'aille le reprendre. Peut-être pourrai-je trouver mon esclave. » Il se rendit donc dans cet autre royaume. En ce temps Ye-jo-la-lo (Yajñadatta) était allé avec ses élèves se promener dans la forêt ; sur la route, il vit de loin venir son ancien maître et, tout effrayé, dit secrète- | ment à ses élèves : « Jeunes gens, retournez-vous en L
tous et allez vousexercer chacun pour soi à la récitation. » Quand les élèves furent partis, Ye-jo-la-lo arriva en présence de son maître et lui rendit hommage en posant son visage sur ses pieds. Il dit à son maitre : « En arrivant dans ce royaume, j'ai déclaré que vous étiez mon père; je me suis remis entre les mains d’un brahmane de grand savoir, précepteur (du roi) de ce pays, pour qu'il fût mon maitre. Comme j'ai beaucoup étudié les règles /saintes, le brahmane mon maître m'a donné sa fille en mariage. Je désire, à vénérable, que vous ne révéliez pas aujourd’hui ce qui me concerne et (que vous ne disiez pas) que j'ai dû avec les esclaves vous servir comme mon maitre. » Le brahmane, qui connaissait bien les affaires de ce monde, lui répondit: « Vous êtes réellement mon fils : à quoi bon parler de nouveau (de ce qui est passé) ? Vous avez simplement trouvé un moyen de vous faire libérer plus tôt. »
Alors Ye-jo-la-lo revint avec lui dans sa maison et dit à tous les siens: « Mon père est venu. » Sa femme, toute joyeuse, prépara des boissons et des mets de toutes
sortes ; puis, quand on eut finit de manger, elle profita d’un instant de loisir pour aller secrètement se prosterner au pied du brahmane et lui demander : « Lorsque je sers mon mari Ÿe-Jo-la-lo (Yajnadatta), les boissons et les mets que je lui sers ne conviennent jamais à son idée. Je voudrais maintenant que vous m'indiquiez ce qu'il mangeait autrefois quand il était chez vous. Je lui préparerai à boire et à manger de la manière (à laquelle il était habitué) précédemment. » Le brahmane conçut alors de l'irritation et songea : « Ah, il en est ainsi! Ah, il en est ainsi ! Cet homme se permet de tourmenter la fille d’un autre ! » Il dit donc à cette femme : « Faites seulement que je sois promptement renvoyé, et, au moment de mon départ, je vous enseignerai une gâthà. Vous n’aurez qu'à prononcer cette gâthâ pour que votre marine souffle plus mot. »
Cette femme dit alors à son mari : « Le vénérable brahmane est venu de bien loin; il faut le renvoyer promptement. » Le mari fit cette réflexion : « Comme le dit ma femme, il faut le renvoyer promptement et ne pas le laisser séjourner ici longtemps, de peur que quelque parole ne s'ébruite, ce qui ne me nuirait pas peu. » Alors il rentra chez lui pour donner de l'argent à sa femme en lui disant de faire le repas; puis il s’en alla chercher des compagnons de route à son maitre. Sa femme resta, et quand elle eut fini de servir le repas, elle se prosterna aux pieds (du brahmane) et, en prenant congé de lui, le pria de lui dire la gâthà dont il avait parlé précédemment ; il lui enseigna donc à prononcer cette gâthà :
L'homme sans père qui est allé en pays élranger — à trompé partout les gens; — une nourriture grossière élail sa nourrilure habiluelle ; — qu'il se borne à manger sans plus manifester de dégoût.
(Le brahmane ajouta) : « Je vous donne maintenant cette
gâthà ; lorsqu'il s’irritera et se dira dégoûté parce que la
NOR, CRE Te TA é = 7.7
nourriture est mauvaise, mettez-vous alors près de lui et derrière son dos fredonnez (ces paroles), de manière à ce qu’il les entende. » Après lui avoir donné ces instructions (le brahmane) retourna dans son pays.
Après que ce Ye-jo-la-lo (Yajñadatta) eût reconduit son maître, toutes les fois qu'arrivait le moment du repas il recommencait à s'irriter; sa femme se mit alors près de son mari et essaya de prononcer la gâthà ; dès que son mari l’eut entendue, il en conçut du chagrin et fit cette réflexion : « Hé ! ce vieux bonhomme a révélé mes tares. » À partir de ce moment, il n’eut que des paroles aimables, car il craignait que sa femme ne révélât à d’autres son secret.
(ÉPIDS ANSE) D DE.)
Autrefois il y avait une ville nommée Väârânasi (Polo-nai) et un royaume nommé (Æ'ia-che (Kâci). En ce temps, le roi entretenait chez lui deux chiens qu’on attachait avec des chaînes d’or et d'argent et auxquels on donnait à manger dans des ustensiles précieux; pendant la nuit on les détachait pour qu’ils gardassent les portes.
Or ce roi fut atteint de maux de tête qui durèrent pendant douze années sans qu'on parvint à les guérir; par la suite, il y eut une amélioration graduelle; mais voici qu'une fois, au milieu de son sommeil, le roi entendit l’aboiement d'un chien ; il s’éveilla aussitôt en sursaut et ses maux de tête redoublèrent. Le roi demanda à un de ses serviteurs : « Quel est le bruit que je viens d’entendre ? » Comme on lui répondait que c'était l’aboiement d’un chien, le roi, irrité, ordonna à ses serviteurs de chas-
ee D y Ce de Cent De
Ne. ji er-céiné. à
ser au loin tous les chiens qu’ils rencontreraient. On se mit donc, conformément à cet ordre, à chasser au loin tous les chiens.
Oril y eut un chien qui demanda à celui qui le pourchassait : « Pourquoi me chassez-vous ? » L'homme lui répondit : « Le roi se portait un peu mieux, lorsque, au milieu de son sommeil, il a entendu l’aboiement d’un chien; il s'est réveillé en sursaut et est retombé plus gravement malade. C’est pourquoi je vous chasse. » Le chien lui demanda encore: « Est-ce que tous les chiens sans exception sont chassés? — Oui » lui répondit-on. Il demanda derechef: « Est-ce que les deux chiens de la maison du roi sont aussi chassés ? » L'homme répliqua: « Les deux chiens de la maison du roi ne sont pas chassés, mais tous les autres le sont. » Le chien dit alors avec colère : « Le roi agit sans raison ; il aime ceux-ci et s’irrite contre ceux-là ; il craint ceux-ci et est follement épris de ceuxlà ». Le chien prononça alors ces gâthas:
Si les chiens sont un sujet de tourment, — il fallait les chasser tous ; — or maintenant ils ne sont pas tous chassés ; — on voit par là que ce roi est sans raison.
Dans sa maison il nourrit lui-même deux chiens ; — or. il ne les renvoie pas el nous chasse seuls; — on reconnaîtra que ce rot méchant, tantôt aime el tantôt s’irrile, — lanlôt craint et lantôt est épris.
CERIDIS NES ;p408 1-55 V2 Autrefois, au pied des montagnes neigeuses, dans un
recoin caché de la montagne, il y avait un endroit tiède et tourné vers le soleil où les oiseaux de toutes sortes se
réunissaient en foule. Ils tinrent une délibération et dirent : « IInous fautaujourd’hui élire roi un oiseau afin que tous les autres le redoutent et s’abstiennent d’agir contrairement aux lois ». Tous les oiseaux approuvèrent cette proposition, puis recherchèrent qui devrait être roi.
Un oiseau dit: « Il faut choisir la grue. » — « Non, dit un autre ; la raison en est qu'elle a de hautes jambes et un long cou ; si quelqu'un des oiseaux l’offense, elle nous brisera le crâne à coups de bec. » Les oiseaux étant tombés d'accord sur ce point, l’un d’eux dit encore: «Il faut choisir le cygne pour roi ; sa couleur est d’une blancheur absolue et il est respecté de tous les autres oiseaux. » Les oiseaux répliquèrent derechef: « Cela non plus ne se peut pas : quoique l’extérieur du cygne soit blanc, son cou est long et tortu ; si son propre cou n’est pas droit, comment pourrait-il redresser les autres ? » Quelqu'un dit alors : « Voici précisément le paon ; son plumage estmagnifique et réjouitles yeux de ceux qui le regardent; il est digne d’être roi. — Non, répondit-on ; en effet, quoique son plumage soit beau, le paon est éhonté ; toutes les fois qu'il fait la roue, les vilaines parties de son corps sont en évidence (4). Voilà pourquoi il ne peut convenir. » Il y eut alors un oiseau qui dit: « Le hibou chauve est digne d'être roi ; en effet, le jour il se repose et la nuit il est vigilant ; il nous protégera ; il est donc capable d’être roi. »
Tous approuvaient cet avis, lorsqu'un perroquet, qui s'était tenu à l'écart, mais qui était plein de perspicacité, fit cette réflexion : « Pour tous les oiseaux, la règle est qu'ils dorment la nuit; pour ce hibou chauve, au contraire, la coutume est de ne pas dormir la nuit; quand tous les oiseaux se tiendront à ses côtés pour le servir, ils
(1) C'est pour la même raison que dans un autre conte, le paon ne peut être agréé comme fiancé de la fille du roi flamant Râstrapâla (cf. Extr. du Xandjour, trad. Schiefner, Mél. As. Saint-Pétersbourg, vol. XIIT, p. 101, et Jälaka n° 32).
seront jour et nuit sur leurs gardes etne pourront dormir, ce qui sera fort pénible. Si maintenant je parle à ce sujet, (le hibou) s’irritera et m'arrachera mes plumes; aussi voudrais-je bien ne pas parler ; mais alors les oiseaux de toutes sortes, tout Le long des nuits, en souffriront; mieux vaut donc me laisser arracher les plumes et ne pas m'éloigner de la droite raison. » Il se rendit alors devant l'assemblée des oiseaux, leur témoigna son respect en agitant ses ailes, puis leur dit: «Je désire que vous entendiez une stance que j'ai à vous réciter. » Tous les oiseaux lui répondirent aussitôt par cette gâthà :
Pour être intelligent, pour avoir beaucoup de connaïssances et de bon sens, — il n'est pas indispensable d’être vieux ; — bien que vous soyez encore jeune, — vous êles un sage qui doit parler en lemps opportun.
Après que le perroquet eût écouté les oiseaux lui adresser cette gâthà, 1l prononça à son tour la gâthà suivante :
Si vous voulez suivre mon avis, — vous ne prendrez pas pour roi le hibou chauve ; — même quand il est joyeux, la seule vue de son visage — frappe de crainte tous les oiseaux ; — à plus forte raison, quand il sera en colère, — vous ne pourrez regarder son visage.
« Ce que vous dites est exact », répliquèrent les oiseaux; aussitôt ils tinrent conseil entre eux et dirent: « Ce perroquet est intelligent et perspicace ; ilest digne d’être roi. » Ils le nommèrent alors roi.
Grip XN, 9 pr 090)
Autrefois il y avait une bande de gallinacés qui demeu-
rait dans une forêt d'arbres nat (âmra) ; les renards saisi-
rent et dévorèrent tous les mâles, en sorte qu'il ne resta plus qu'une femelle. Par la suite, un corbeau vint et s’accoupla avec elle. De cette union naquit un petit ; quand il fit entendre sa voix, son père prononça ces gâthàs :
Ce petit n'est pas de notre sorle ; — un père sauvage et une mère domestique — se sont réunis pour produire cel enfant, — qui n'est ni un corbeau ni une poule.
S'il lente d'avoir la voix de son père, — on reconnaît qu'une poule l’a mis au monde ; — s’il veut avoir le cri de sa mère, — on voit bien que son père fut un corbeau.
Quand il imile le corbeau, il a le cri de la poule ; — quand il imile la poule, il a la voix du corbeau. — En s'essayant à être à la fois le corbeau et la poule, —ül n’est parfaitement ni l’un ni l’autre.
CD XNA n-6p ve) Le Buddha dit: Autrefois, il y a fort longtemps de cela,
il y avait une fille de devi qui était d’une beauté remarquable ; en ce temps vivaient aussi cinq fils de devas; le
premier se nommait Che-kia-lo (Cakra); le second, Mo-
lo-li (Mâtali); le troisième Seng-chô-ye-ti (Samjaya) ; le quatrième, Ping-chü-ye (Vijaya) (1); le cinquième, Mo-tch’a (Mathara). Quand ils virent cette fille de devi, chacun d’eux conçut de la passion pour elle; ils firent alors cette réflexion : « Nous ne pouvons posséder en commun cette femme ; il faut que nous la donnions à celui d’entre nous dont la passion sera la plus forte. » Chacun d’eux ayant approuvé cette proposition, Che-kia-lo récita cette gâthà :
(1) La transcription Ping-cho-ye correspondrait à Vimjaya; mais cette lecon est sans doute fautive et l'original sanscrit devait être Vijaya.
0 a uiat uies dée SC LS
Je me rappelle que, lorsque j'étais animé de mon désir sensuel — je ne pouvais rester tranquille ni assis, ni couché, — et, même lorsque le temps de dormir était venu, — ce n'était que lorsque mon désir s'était retiré que je pouvais retrouver le calme.
Mo-lo-li, prononça à son tour la gâthà suivante :
En ce qui vous concerne, Che-kia(-lo), dans les moments où vous dormiez, — vous pouviez encore avoir quelques instants paisibles ; — pour moi, je me souviens que, lorsque j'élais animé de mon désir sensuel, — j'avais en mot comme le son des tambours dans une bataille.
Seng-chü-ye-li prononça ensuite cette gâthà :
O Mo-lo(-li), dans votre comparaison avec le son des lambours, — il y a encore place pour quelque répit ; — mais moi, quand mon cœur élail imprégné de désir, — J'étais comme un tronc d'arbre emporté au gré d’un torrent rapide. |
Ping-chôü-ye dit alors cette gâthà :
Dans votre comparaison avec un tronc d'arbre ballotté par les flots, — il y a encore possibilité de quelque arrét : — Je me souviens que, lorsque je pensais à ma passion, — J étais comme un insecte aveugle qui n'ouvre pas les yeux.
Alors Mo-ich'a prononça à son tour la gâthà que voici :
Tout ce que vous venez de décrire les uns après les autres — ne caraclérise qu'un amusement; — mais moi, quand Je suis enfoncé dans ma passion, — je ne distingue plus entre la vie et la mort.
Alors tous ces fils de deva dirent : « C’est vous dont la passion est la plus forte. » D’un commun accord, ils lui donnèrent donc cette femme.
IT
Extraits du WOU FEN LU (1).
(rip, ANT PE ET 17 ve)
Autrefois 1l y avait un mo-na (2) (mânavaka) qui, dans la caverne d’une montagne récitait le livre des ksatriyas (3).
(1) Le Wou fen lu (B. N., n° 1122), ou discipline des Mahiçàsakas, a été traduit de 423 -à 424 par Buddhajiva (B. N., App. Il, n° 73) et un religieux de Khoten nommé Tche-cheng. I] se trouve dans les fascicules 1 et 2 du volume XVI du Tripitaka de Tôkyô. A la fin de cet ouvrage, on lit un. colophon ainsi conçu : « Le maïtre du Vinaya, Fo-Fo-che (Buddhaïjiva), originaire du Xi-pin (Cachemire), était un religieux de l’école des Micha-sai (Mahiçäsakas). Sous la grande dynastie Song, la première année king-p'ing (423), en automne, le septième mois, il arriva à Yang-tcheou (auj. Yang-tcheou fou, dans la province de Xiang-sou). Lien, roi de Lang-ya, qui avait le litre de che-ichong de (la dynastie) Tsin, ainsi que les religieux bhiksus /louei-yen et l'Hindou Tao-cheng, l'invitèrent à publier {ce livre). Fo-fo-che (Buddhajiva) établit avec soin le texte hindou [a]; un çramana de Yu-fien (Khoten), nommé Tche-cheng, en fit la traduclion. L'ouvrage fut terminé le douzième mois de l’année suivante (424). » (Suit un éloge de l'excellence de cette traduction).
[a] 4 À Mais les éditions des Song et des Yuan écrivent £}} Æ «le texte /Jou »; cette dernière leçon est peut-être meilleure, puisqu'elle justifierait le recours à un çramana de Khoten comme traducteur.
(2) Ce mot désigne un jeune homme, un étudiant.
3, Il doit être question ici d’un Râja niti câstra ou Traité de politique royale.
wOU FEN LU (N° 365) 337
Un chacal, qui demeurait auprès de lui s’appliquait à l’écouter réciter ces livres; son cœur en ayant compris quelque partie, il conçut cette pensée : « Si j’ai compris les paroles de ce livre, cela suffit pour faire de moi le roi des animaux. » Quand il eut eu cette pensée, il se leva et partit, il rencontra un chacal maigre et voulut aussitôt le tuer ; l’autre lui dit : « Pourquoi me tuer ? » IL lui répondit : « Je suis le roi des animaux ; vous ne m'êtes pas soumis et c'est pourquoi je vous tue. » L'autre répliqua: «Je souhaite n'être point tué; je me mettrai à votre suite. » Alors les deux chacals continuèrent leur route de compagnie. (Le premier chacal) rencontra encore un chacai et voulut le tuer ; les questions et les réponses furent les mêmes que précédemment, et lui aussi déclara qu'il se mettait à sa suite. Par une série de (rencontres) semblables, (le premier chacal) soumit tous les chacals; puis, au moyen de tous les chacals, il soumit tous les éléphants ; au moyen de tous les éléphants, il soumit tous les tigres ; en outre, au moyen de tous les tigres, il soumit tous les lions ; alors momentanément il put être Le roi des animaux.
Quand il fut devenu roi, il eut encore cette pensée : « Maintenant que je suis le roi des animaux, ilne me faut pas prendre femme parmi les animaux. » Il monta donc sur un éléphant blanc, et, à la tête de toute la troupe des animaux qui formaient une multitude innombrable, ik entoura de leurs rangs, qui se comptaient par plusieurs centaines de milliers, la ville de Xra-yr (Kâci). Le roi (de cette ville) envoya un ambassadeur demander : « Vous, troupe de toutes sortes d'animaux, pourquoi agissez-vous ainsi ? » Le chacal répondit: « Je suis le roi des animaux : il faut que j'épouse votre fille; si vous me la donnez, c’est bien; si vous ne me la donnez pas, j'anéantirai votre royaume. » (L’ambassadeur) revint déclarer cette réponse. Le roi assembla ses ministres et tint avec eux une déli-
bération. A l'exception d’un seul ministre, tous dirent: « Il faut donner (la princesse); quelle en est la raison ? Ce qui fait la force du royaume, c’est qu'il se confie dans ses éléphants et dans ses chevaux. Nous avons des éléphants et des chevaux, mais eux ont des lions; quand les éléphants et les chevaux sentiront l'odeur (des lions), ils seront saisis de terreur et se coucheront à terre. Au combat, nous serons certainement inférieurs et les animaux nous anéantiront. Faut-il, parce qu'on tient à une fille, causer la perte d’un royaume ? »
Or un grand ministre, qui était intelligent et faisait des combinaisons à longue échéance, dit au roi: « En observant l'antiquité etles temps modernes, je n'ai jamais appris ni vu que la fille d’un roi des hommes ait été donnée à un vilanimal. Quoique je sois faible et peu intelligent, je veux tuer ce chacal, et faire que tous les animaux se | dispersent en s’en allant chacun de son côté. » Le roi lui demanda alors : « En quoi consiste votre projet? » Le grand ministre répondit: « O roi, bornez-vous à envoyer IF un ambassadeur qui fixera la date (du combat), et, qui, le jour de la bataille, devra d'avance exprimer à ce (roi è des animaux) un désir, à savoir que les lions se battent d'abord et rugissent ensuite ; ce (roi des animaux) pensera que nous avons peur et il ne manquera pas d’ordonner aux lions de rugir d’abord et de se battre ensuite. Vous,
Ô roi, quand sera venu le jour de la bataille, vous devrez ordonner que, dans votre ville, tous soient obligés de se boucher les oreilles. »
Le roi suivit son avis ; il envoya un ambassadeur fixer la date (du combat) et en même temps exprimer le désir dont il a été parlé plus haut. Lorsque vint le jour de la bataille, il envoya encore une lettre pour réitérer cette demande. Puis il fit sortir son armée. Au moment où les armées allaient croiser le fer, le chacal ordonna en effet aux lions de commencer par rugir. Quand le chacal les
entendit, son cœur se brisa en sept morceaux ; il tomba du haut de son éléphant et chut par terre. Alors toute 1: foule des animaux au même moment se dispersa.
Le Buddha, à propos de cette his:oire, prononca des gâthâs en ces termes :
« Ce chacal était d'une arrogance excessive ; — il voulait demander à prendre femme ; — il se rendit à la ville de Kia-yi, — et déclara qu'il était le roi des animaux. Cet homme (1) lui aussi a une arrogance semblable ; — il commande à la foule de ses partisans ; — dans le royaume de Magadha, — il s'attribue le titre de rot de la Loi. »
Il dit aux bhiksus : En ce temps, le roi de AXia-yi, c'était moi-même ; le grand ministre intelligent, c'était Câriputra ; le roi chacal, c'était Devadatta.