Le mot E£ parait être ici substitué au caractère Æ
fleur « remède qui chasse (les maladies) » et prononça alors cette gâthà :
La brise souffle sur la fleur « remède qui chasse (les maladies) »; — c'est un parfum vraiment délicieux ; — jé crois être dans l'île de la mer, — au temps où je demeurais avec Miao-jong.
En entendant cette gâthà, le roi Fan-cheou (Brahmadatta) ordonna aux eunuques de chercher partout qui avait élevé la voix. On lui répondit: « C’est un homme souffrant des yeux qui a prononcé ces paroles. » Le roi l’'appela et lui demanda: « Est-ce vous qui avez chanté ? » Sur sa réponse affirmative, il ajouta: « Chantez-moi cela encore une fois pour que je l’entende. » Chou-tsi se dit : « Ne serait-ce pas que le roi a pris plaisir à entendre cette belle chanson ? je vais la lui chanter ; peut-être m’accordera-t-il une récompense. » IL prononça donc de nouveau cette gâthà :
La brise souffle sur la fleur, « remède qui chasse » (les maladies) ; — c’est un parfum vraiment délicieux ; — je crois être dans l’île de la mer, — au temps où je demeurais avec Miao-jong.
Le roi lui demanda: « Cette île de la mer dont vous parlez, est-elle loin ou près d'ici? » Il répondit par cette gâthà :
L'endroit où habitait Miao-jong — est à cent yojanas d'ici; — au delà de la grande mer — se trouve l’île qui est vraiment délicieuse.
A l’ouie de ces paroles, le roi répliqua par cette gâthà :
Vous avez pu connaître par des récits ou par des gens qui l’ont vue — celle que j'aime ; — si c’est bien la personne de Miao-jong (dont vous avez jouit), — vous devez m'en décrire les particularités.
L’aveugle répondit par cette gâthà :
Entre ses reins se trouve le signe du svastika ; — devant sa poitrine il y a un rond ; — constamment elle tresse des
{leurs appelées « remède qui chasse » (les maladies) — el elle les apporte au souverain des hommes.
En entendant ces paroles, le roi songea : « Cette femme est de mauvaise conduite; quoique je l’eusse placée dans une île de la mer, elle a encore trouvé le moyen d’avoir des relations illicites. Elle ne peut plus me servir et il faut que je la donne à cet homme. » Rempli de colère dans son cœur, il prononça donc cette gâthà :
Miao-jong parée de tous ses joyaux, — remetlez-la à cet aveugle ; — il faut les renvoyer montés sur un âne — el les chasser hors de la ville.
Tous deux furent donc chassés par le roi. L’aveugle, emmenant avec lui sa femme, se reposait au hasard des lieux où il se trouvait; une fois, comme le jour était sur son déclin, il chercha asile dans un temple des devas qui était abandonné et qu se trouvait au milieu d’un grand village; il comptait s’y installer pour quelque temps ; or, pendant la nuit, une bande de cinq cents brigands pénétra dans ce village ; les habitants s’en aperçurent et les exterminèrent; seul le chef des brigands s’enfuit dans le temple des devas dont il ferma la porte derrière lui. Les gens du village vinrent et demandèrent qui était dans le temple. L'aveugle répondit : « Je suis un étranger et je n'appartiens point à la bande des brigands. » Les gens lui dirent : «S'il y a (avec vous) quelque brigand, il faut que vous le fassiez sortir. » Alors le chef des brigands déclara à Miao-jong : « À quoi vous sert cet aveugle ? il importe de le faire sortir afin que vous et moi ayons la vie sauve, » Miao-jong y consentit et poussa dehors l’aveugle: en voyant celui-ci, les habitants du village lui coupèrent aussitôt la tête.
Lorsque le jour fut revenu, le chef des brigands partit en emmenant Miao-jong avec lui. Ils arrivèrent sur le bord d’un fleuve où il n’y avait ni barque ni radeau, en sorte qu’ils ne pouvaient traverser. Le brigand dit à la
femme : « Sage personne, puisque les eaux du fleuve sont très hautes, nous n’avons aucun moyen de passer ensemble. Restez provisoirement ici et prenez un bain; tous les joyaux que vous possédez, je les transporterai d’abord, et, après les avoir disposés sur l’autre rive, je reviendrai vous prendre. » La femme lui dit : « Comme il vous plaira »; elle ôta donc ses vêtements et tous ses joyaux et les donna au chef des brigands, puis elle entra dans l’eau et s’assit. Elle concut alors cette pensée : « Est-ce que cet homme ne va pas partir en emportant tout ce que je possède ? » Elle lui cria de loin :
Le grand fleuve a maintenant des eaux fort haules; — mes joyaux, vous les avez pris ; — voict la pensée que je conçois : — je crains maintenant que vous ne parliez en me les dérobant.
Le chef des brigands, entendant ces paroles, répondit de loin par cette gâthà :
Votre mari innocent, vous l'avez fait tuer ; — qui pourrait croire que vous avez pour moi des sentiments d'affection ? — lous les joyaux que vous possédiez, je les emporte, — car je crains que, si vous en trouvez l'occasion, vous ne me fassiez à moi aussi du mal.
Ainsi le chef des brigands partit en abandonnant la femme et en emportant tout ce qu’elle possédait.
Cette femme alors sortit toute nue du fleuve ; elle entra dans un fourré d'herbes et s'y arrêta. Nonloin de là étaitun vieux chacal quitenait dans sa gueuleun morceau de viande et qui allait le long du fleuve; en ce moment, un poisson bondit hors du fleuve et fut projeté sur le rivage; à cette vue, le chacal lâcha la chair qu’il tenait dans sa gueule afin de prendre le poisson; mais le poisson rentra dans l’eau et le morceau de viande fut saisi par un oiseau de proie ; le chacal perdit à la fois l’un et l’autre, et, l’oreille basse, il était contristé. Or, Wiao-jong, du milieu du fourré d'herbes, avait vu de loin le chacal; elle lui dit cette gâthà :
- Le morceau de chair a élé emporté par un oiseau de proie ; — le poisson est rentré" dans le fleuve ; — l’un et l'autre ont élé tous deux perdus ; — on voit qu'il est sans ulilité de vous affliger.
En entendant cette gâthà, le chacal regarda de tous côtés sans voir personne; il prononca alors cette gâthà : |
Je ne suis point quelqu'un qui est joyeux et qui rit —et Je ne me livre point non plus au chant ni à la danse ; — quelle est la personne qui dans ce fourré d'herbes — se moque de mot par ses paroles ?
Miao-jong, qui l'avait entendu, du milieu des herbes répondit au chacal : « Je suis Wiao-jong. » À ces mots, le chacal irrité l’injuria, disant: « Vous qui êtes un être criminel, comment se fait-il que vous n’ayez pas honte de vous-même et que vous veniez au contraire me railler. » Il lui répliqua par cette gâthà : :
Voire ancien époux est mort de mort violente ; — votre nouveau mari est parti en emportant ce que vous possédiez ; — ni d'un côlé ni de l'autre vous n'avez de refuge; — quoique accablée de tristesse, vous chantez dans les herbes.
Miao-jong, l'ayant entendu, répondit par cette gâthà :
Maintenant je vais relourner dans ma première demeure ; — avec un cœur fidèle je servirait un seul mari; — comme Je crains d’être méprisée de ma famille, — je ne commettrai plus de folies.
Le chacal répondit par ces gâthâs (1) :
Sion pouvait faire que l’eau du Gange — coulàt à rebours, ou que le corbeau fût blanc, — ou que le Jambu produisit des lo-lo (tâla, fruit de palmier), — alors vous pourriez resler fidèle à un seul homme.
Si le corbeau el le hibou — restaient ensemble perchés
() Des stances analogues à celles qu'on va lire se trouvent dans le Kin kouang ming tsouei cheng wang king. (Trip., 1v, 9, p. #r.); elles ont été traduites par Stanislas Julien (Les Avadäânas, L. 11, p. 111-115).
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sur le même arbre — et vivaient en bonne harmonie, — alors vous pourriez resler fidèle à un seul homme.
Si on pouvail faire que le serpent et la mangouste — se diverlissent dans le même trou — el que lous deux eussent l’un pour l'autre des sentiments d'affection, — alors vous pourriez rester fidèle à un seul homme.
Si on pouvait, en se servant de poils de tortue, — lisser un vêlement de merveilleuse qualité — qu'on mettrait pendant les lemps froids, — alors vous pourriez rester fidèle à un seul homme.
Si on pouvait, avec des palles de moustique, — édifier des constructions à étages — d'une solidité inébranlable, — alors vous pourriez rester fidèle à un seul homme.
Sion pouvait, avec des tiges de lolus, — construire un pont sur lequel la foule passerait — et que même les grands éléphants traverseraient, — alors vous pourriez rester fidèle à un seul homme.
Si on pouvail faire qu'au milieu de la mer, — du sein des eaux sortil une masse de feu — vers laquelle tous les hommes se lourneraient, — alors vous pourriez rester fidèle à un seul homme.
Après que le chacal eut prononcé ces gâthâs, il dit à Miao-jong : « J'ai prononcé pour le moment ces paroles moqueuses; mais je puis faire que comme auparavant, vous redeveniez la femme du roi; si je le fais, quelle récompense me donnerez-vous ? » Elle répondit : « Ami, si vous pouvez me ramener dans mon ancienne position, je vous offrirai chaque jour de la viande à manger et je ferai en sorte que vous n’en manquerez jamais. » Le chacal lui dit : « Puisqu'il en est ainsi, suivez mon conseil : il vous faut entrer dans le fleuve Gange jusqu’à ce que l’eau atteigne votre gosier, puis, les mains jointes et tournées vers le soleil vous resterez là en invoquant le ciel, J’en informerai alors le roi. »
Le chacal partit donc et se rendit à l’endroit où le roi
donnait audience ; il poussa un grand appel et tint ce langage : « Miao-jongest maintenant dans lefleuve Gange; elle a purifié son cœur et réformé sa conduite; il vous faut
promptement l’appeler et la recueillir pour la faire rentrer
dans le harem. » Le roi avait autrefois étudié le langage des chacals ; quand il eut entendu ce qui en était, il dit à ses ministres : « Il vous faut maintenant aller au bord du fleuve Gange; j'apprends que Miao-jong se livre en ce lieu aux austérités, qu’elle a changé de sentiments et a réformé ses actes; il faut donc me l’amener pour que je la voie. »
Quand les ministres eurent découvert Wiao-jong, ils la parèrent de joyaux et de vêtements et l’amenèrent au roi. Le roi eut plaisir à la voir ; il lui rendit le titre de principale épouse qu’elle avait autrefois.
Miac-jong, chaque jour, offrait au chacal de bonne viande ; mais, par la suite, elle cessa de le faire. Alors le chacal revint se poster dans un endroit proche du palais royal et il lui cria ces mots : « Wiao-Jong, si vous ne me donnez pas de bonne viande, je ferai en sorte que le roi vous batte sévèrement tout comme il l’a fait autrefois. » En entendant ces paroles, la femme fut saisie de peur et elle recommencça à donner de là viande au chacal.
ExrraiTs DU KEN PEN CHOUO YI TS'IE YEOU POU P'I NAI YE P'O SENG CHE 1)
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CARIDSNN TES DAT
Autrefois, dans un village demeurait un gros propriétaire ; ilavaitdenombreux troupeauxde moutons qu'il faisait paitre dans la campagne déserte ; or, un jour, au coucher du soleil, comme le berger s’en retournait promptement, il y eut dans le troupeau une vieille brebis affaiblie qui, ne pouvant aller aussi vite que ses compagnons, marchait seule en arrière. Soudain, sur le bord du chemin, elle rencontra un loup aflamé. Elle dit au loup :
Oncle vénérable, vous vous promenez souvent solitaire ; — vous devez goûler abondamment les joies de la retraite. — En demeurant toujours dans la forêt, — comment parvenezvous à maintenir votre énergie ?
Le loup répondit :
Vous avez constamment marché sur ma queue, — et vous
1) Cet ouvrage est la version chinoise du Samghabhedakavastu. Voyez Nanjio, Catalogue, n° 1123. Il a été traduit par Yi-tsing en l'année 710, de
même que les autres ouvrages relatifs à la discipline des Müûlasarvâstivädins.