‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 63 sur 72 · KEN PEN CHOUO YI TS’IE YEOU POU P’1 NAI YE P'O SENG CHE(N · texte numérisé non relu

KEN PEN CHOUO YI TS’IE YEOU POU P’1 NAI YE P'O SENG CHE(N

m'avez aussi sans cesse arraché des poils ; — si votre bouche m'appelle « oncle vénérable », — c'est parce que vous désirez chercher quelque échappatoire.

La brebis répliqua :

Votre queue se relourne derrière votre dos, — et mot je suis venue en vous faisant face ; — pourquoi m'accusez-vous injustement — d'avoir constamment marché sur la queue de Votre Seigneurie ?

Le loup reprit :

Les quatre continents, aussi bien que les mers et les

îles, — loul cela est ma queue ; — si vous ne les avez pas foulés aux pieds, — de quel endroit éles-vous donc venue ?

La brebis répondit :

Lorsque j'élais avec mes parents elmes amis, — j'ai entendu dire que tout cela était votre queue (1) ; — aussi n’osai- Je point marcher sur la terre — et je suis venue à travers l’espace. |

Le loup dit:

C’est, 6 brebis, votre chute du haut des airs — qu a causé une panique parmi les cerfs sauvages de la forêt — el m'a privé de l'animal que je devais manger ce malin. — N'est-ce pas là la preuve claire que vous êtes coupable ?

Alors, bien que la brebis proférât des appels lamentables et se répandit en paroles pitoyables, le loup, que ses actesantérieursrendaient malfaisant, se refusa à la laisser partir; il lui coupa donc la tête et la dévora en même temps que sa chair.

(1) La brebis ne se permet pas de le contredire.

(Trip., XVII, 3, p. 44 v°.)

(Le Bodhisattva), autrefois, dans la condition bovine était un grand taureau ; régulièrement au milieu de la nuit il se rendait dans un champ de haricots chez le roi de ce pays et y mangeait à son gré ; puis, quand le soleil montait à l'horizon, il rentrait dans la ville et s’endormait tout naturellement. Or il y eut un âne qui vint auprès de ce bœuf et lui tint ce langage : « Oncle vénérable, pourquoi votre épiderme, votre peau, votre sang et votre chair sont-ils en si parfait état de santé ? Je n'ai jamais vu qu'on vous lâchât pour un moment en liberté. » Le bœuf répondit: « Mon neveu, chaque nuit, je sors pour aller manger les haricots du roi; avant que l’aube ait paru, je reviens chez moi. » L’âne lui ayant demandé s’il pourrait le suivre et aller manger avec lui, le bœuf lui dit : « Mon neveu, votre bouche brait fort et le son s’en entend au loin ; il ne faut pas que, à cause de ce bruit, nous soyons faits prisonniers. » L'âne répliqua : « Oncle vénérable, si je vais là-bas, je ne produirai pas le moindre son. »

Ils allèrent donc ensemble dans le champ, où ils pénétrèrent tous deux en brisant la clôture, et se mirent à manger la récolte du roi ; tant que l’âne ne fut pas rassasié, il resta silencieux sans rien dire ; mais, quand son ventre fut plein, il dit : « Mon oncle, je vais chanter. » Le bœuf lui répondit : « Retenez ce son encore un instant ; attendez que je sois sorti et alors je vous autoriserai, mon neveu, à faire entendre votre chant. » Ayant ainsi parlé, il sortit du jardin au plus vite. L’âne, resté en arrière, se mit alors à braire. Aussitôt les gardiens des champs du roi se saisirent de lui et coururent dire à la foule : « Le champ de

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haricots appartenant au roi, c’est cet âne qui le dévorait entièrement ; il faut ne le relâcher qu'après lui avoir infligé une honte cruelle. » Alors les gardiens coupèrent à l’âne ses deux oreilles ; en même temps, ils prirent un mortier en bois qu'ils suspendirent à sa gorge ; en le battant douloureusement et en le fouettant jusqu'aux os, ils le chassèrent au dehors. Cet âne, couvert de honte, errait de-çà et de-là lorsque le bœuf, l'ayant vu, se rendit auprès de lui et prononça cette gâthà :

Excellent chanteur, qui aimez bien chanter, — c'est par votre chant que vous vous êtes atliré cela. — Quand on a vu que vous saviez chanter, — on vous a coupé les deux orerlles.

Comme vous n'avez pas pu imposer silence à votre bouche — et que vous n'avez pas suivi les conseils de votre excellent ami, — on ne vous a pas seulement coupé les oreilles, — mais encore un pilon et un mortier sont suspendus à votre cou.

L’âne répliqua par cette autre gâthà :

Celui qui n'a plus de dents doit peu parler ; — vieux bœuf, ne lenez pas de longs discours ; — allez seulement manger pendant la nuit; — mais, avant longtemps, vous serez chargé de liens.

CRPID NN EEES Ab oS)

Autrefois dans un village, demeurait un maitre de maison qui possédait un grand bœuf doué de toutes les qualités. Or ce notable avait invité chez lui les cramanas et les brahmanes, les gens sans appui et sans ressources et les marchands qui étaient dans le dénuement ; il avait disposé pour eux tous des offrandes, et après leur avoir

fait des libéralités, il avait pris congé d’eux et les avait laissés partir. Le grand bœuf doué de toutes les qualités alla se promener où il lui plaisait sans être retenu par aucun lien ; se trouvant ainsi en liberté et vaguant à sa guise, à la recherche des eaux et des herbes, il se trouva engagé dans un marais et s’enfonça dans la vase sans pouvoir en sortir. Or, vers le coucher du soleil, le maître de maison, averti par quelqu'un, alla à la recherche de son bœuf ; étant arrivé auprès de lui, il fit cette réflexion: « La vase est profonde et le bœuf est grand ; je ne puis à moi seul le retirer ; j'attendrai jusqu’à demain matin pour venir, avec plusieurs autres personnes (1), le sauver. » Le bœuf lui dit alors : « Prenez une corde munie d’un nœud coulant (2), attachez la à ma corne et placez (le nœud coulant) devant moi; j'attendrai ainsi que vous veniez au matin ; si quelque loup (3) s'approche pour me faire violence, je me servirai de la corde à nœud coulant en agitant ma corne pour l’effrayer. » Cet homme donc lia une corde à sa corne et y fit à quelque distance un nœud coulant qu'il placa à terre, puis il partit. Quand la nuit fut tombée, un loup arriva qui vit de loin le bœuf et lui tint ce langage : « Quel est celui qui, en ce lieu, vole des racines de lotus ? » Le bœuf répondit : «Je me suis enfoncé dans la boue et ne puis en sortir; ce n'est point que j'aie eu un désir de voler pour m’emparer du bien d’autrui. » Entendant cette parole, leloup lui dit : « Cet excellent repas qui m'est

destiné, comment est-il venu de lui-même? » Il s’approcha

(1) Au lieu de FE lisez À -

(2) La rédaction du texte n'est pas claire, mais la suite du récit montre bien ce dont il s’agit : le bœuf demande qu'on attache à une de ses cornes une corde munie d'un nœud coulant qui est posé à terre devant lui; plus tard, quand le loup aura sauté sur son dos, il lancera en l'air d'un coup de corne le nœud coulant qui viendra s’enrouler autour de la gorge du loup.

(3) L'édition de Corée écrit #& 4% «un singe ou une marmotte (?) »

La leçon A « loup » des autres éditions est préférable.

donc du bœuf dans l'intention de le faire périr. Le bœuf dit au loup: « Il vous faut vous éloigner de moi si vous ne voulez pas que je vous traite mal; n’agissez pas en sorte que votre corps soit en butte à de cruelles souffrances. » Le loup, quoique entendant cet avertissement, ne tint pas compte de ces paroles ; il vint à côté du bœuf pour se saisir de lui. Alors Pou-li-cha-p'o (Vrsabha), voyant qu’il ne suivait pas son conseil, lui dit cette gâthà :

Je ne suis point quelqu'un qui vole des racines de nénu- Pphar, — ni qui dérobe des lotus ; — si vous êtes animé du désir de me manger, — montez sur mon dos pour me dépecer à partir de là.

Le loup répliqua : « C’est maintenant justement le moment où je dois, à partir de l’arrière de votre dos, vous dévorer graduellement. » Il se jeta donc sur le dos du bœuf'et baissa la gueule pour le manger. Le bœuf alors, avec sa corne, lanca le nœud coulant dont il entoura la gorge du loup, et aussitôt, agitant le lien, il fittournoyer en l'air le corps du loup en lui disant cette gâthà :

Vous êles un beau jeune homme, — qui, pour s'amuser, danse dans les airs (1); — exhibez vos talents dans un vitlage ; — dans la rase campagne, il n'y a pas de donaleur.

Alors le loup répondit à son tour par cette gâthà :

Je ne suis point quelqu'un qui danse — et je ne suis pas non plus un beau jeune homme ; — Cakra, rot des devas, me lance une échelle (2) — pour que j'aille auprès du deva Brahma.

Le roi-bœuf répliqua par cette gàthà:

Ce n'est point en réalité Cakra, roi des devas, — qui vous lance son échelle pour que vous alliez auprès du deva Brahma. — Le nœud coulant de la corde serre étroitement votre cou — el votre vie en ce moment va prendre fin.

(1) Comme un danseur de corde.

(2) Il veut faire croire que la corde au bout de laquelle il se trouve est une échelle qui lui permettra de monter au ciel.

(Trip., XVII, 3, p. 45 v°-46-r°.)

Autrefois dans un village, vivait un habile mécanicien qui savait fort bien comprendreles machines. Demeurant dans ce village, il y prit pour femme la fille d’une famille bien considérée, analogue à la sienne ; ce fut une union bien assortie à laquelle il trouva plaisir et contentement; en peu de temps, sa femme devint enceinte, et, au bout de huit ou neuf mois, elle mit au monde un fils; quand trois fois sept jours se furent écoulés après la naissance de cet enfant, on célébra une fête pour lui donner un nom; on l’appela X’iao-jong (joli visage). On l’éleva comme il convient et petit à petit il devint grand. Avant qu'il fût longtemps, son père mourut.

Ce fils se rendit ensuite dans un autre village et à son tour il étudia l’art des machines auprès d’un mécanicien. Puis il alla dans une autre ville pour chercher de lieu en lieu à se marier; or un notable qui se trouvait avec sa fille devant sa porte, lui promit sa fille en mariage, mais en lui donnant cet avertissement: « A tel jour exactement, rendez-vous promptement à mon appel et je consentirai au mariage; mais, Si Vous n'arrivez pas à temps, ce ne sera pas ma faute (si le mariage n’a pas lieu). »

K'1ao-jong, étant revenu chez lui, alla dire au mécanicien: « Dans tel village il y a une fille qu’on m'a promise en mariage ; le jour heureux est proche et le rendezvous est imminent; si je puis arriver à l’époque fixée, le père certainement ne manquera pas à sa parole ; mais si je ne suis pas exact, il dit que ce ne sera pas sa faute si le mariage n’a pas lieu. » Le mécanicien lui répondit « Puisqu'il en est ainsi, je me rendrai avec vous à ce ren-

nu à «+ Mn Été

dez-vous urgent ; un jour favorable et une époque heureuse sont assurément difficiles à rencontrer une seconde fois. »

Il prit donc un paon fait en bois et monta dessus avec lui ; la distance (à travers l’espace) ne fut plus longue pour eux et ils arrivérent promptement au jour fixé; les gens de cet endroit regardèrent tous (la machine) ; ils virent qu’elle était supérieure à tout ce qu'on avait fait et en admirèrent

l’ingéniosité. Lorsque le jeune homme eut donné les ca-

deaux de noces, il prit la fille et s’en retourna avec elle ; (lui, sa femme etle mécanicien) montèrent donc tous trois ensemble sur le paon ; le mécanisme se mit en mouvement et soudain s’éleva dans les airs ; avant qu’une durée de vingt-quatre heures se fût écoulée, ils se trouvèrent soudain de retour dans leur pays.

Après qu'ils furent arrivés, le mécanicien dit à la mère du jeune homme : « Cette machine, il vous faut la cacher ; si votre fils vous la demande, gardez-vous de la lui donner; en effet, il serait capable de la faire partir, mais il ne saurait point encore comment la faire revenir ; ne permettez pas que votre fils coure au-devant des dangers. »

Par la suite, le jeune homme demanda à mainte reprise le paon à sa mère, en lui disant: « Je monterai sur cette machine en bois et je désire pour un instant faire quelques évolutions afin que la multitude des hommes soit pleine de déférence envers moi. » La mère lui répondit : « Votre maître m'a laissé autrefois cet avertissement: Quand votre fils demandera la machine, il ne faut pas qu’elle lui soit donnée ; il saurait monter dessus et partir, mais il ne serait pas capable de revenir ; ne permettez pas qu'ainsi il se mette en péril. » Le fils répliqua à sa mère: « Je connais également l’art de partir et celui de revenir ; mon maitre avait un caractère avare et c’est pourquoi il ne permettait pas que la machine me füt donnée. »

Le cœur des femmes est faible ; se voyant à plusieurs

reprises implorée, la mère donna donc la machine à son fils ; quand celui-ci l’eut en sa possession, il déclancha le mécanisme et, montant droit en haut, se transporta jusqu'aux nues; la multitude s’exclama d’admiration, mais, quand son maître le vit, il diten soupirant : « Maintenant que ce garçon est parti, il ne reviendra plus. » En effet, quand le jeune homme tourna encore une fois le mécanisme, la machine alla de l'avant et ne revint pas: elle arriva au-dessus de la grande mer ; il y eut beaucoup de pluie et peu de beau temps ; toutes les cordes de manœuvre se pourrirent et se rompirent et la machine tomba en morceaux comme la grêle dans la mer; ainsi périt le jeune homme. Un deva, voyant cela, prononca cette gâthà :

Celui qui étlail entièrement animé de compassion avait donné des conseils profilables ; — (le jeune homme) n'a pas suivi ses avis el s'est laissé aller à ses désirs ; — sur la machine en bois, sans son maître, il est monté el est parti ; — mais en définitive il a vu sa personne noyée dans la grande mer. |

(Ep XNA pr5 17-521)

Autrefois, dans un bourg, il y avait un notable qui prit pour femme la fille d’un autre notable son voisin ; peu après, (l'épouse) se trouva enceinte et mit au monde un fils. Le mari dit alors à sa femme : « Maintenant que nous avons ce fils, il dépensera pour son entretien notre avoir, mais (plus tard) en revanche il pourra nous rembourser de nos frais; maintenant je vais prendre des marchandises de toutes sortes et me rendre sur mer pour faire le négoce. Vous, restez en arrière; veillez sur cet

enfant et occupez-vous bien des affaires de la maison. » Sa femme lui ayant répondu qu’elle observerait ses instructions, le notable alla en mer; mais un ouragan survint et son vaisseau se brisa ; avec toutes ses marchandises il alla au fond de l’eau et ne revint plus.

Quand sa femme eut appris qu'il était mort, elle prit le deuil et fit les cérémonies propitiatoires; puis elle alla louer ses services ; en même temps, tous ses parents la secoururent ; elle put ainsi subvenir à l'entretien de son fils et l’amener graduellement jusqu'à l’âge l’homme.

Or, à côté de sa demeure il y avait un excellent tisserand qui, grâce à son habileté dans ce métier, gagnait sa vie. La femme du notable défunt s’aperçut de cela et fit cette réflexion : « Aller sur mer pour se livrer au négoce est une occupation qui ne vaut pas celle du tisserand habile dans son métier; parmi ceux qui vont sur mer, nombreux sont ceux qui meurentet ne reviennent jamais. Ceux au contraire qui font du tissage peuvent toujours rester chez eux et trouvent constamment moyen de préserver leur vie. » Elle fit encore cette réflexion : « Maintenant, je vais faire apprendre le tissage à mon fils. » Ayant conçu cette pensée, elle alla avec son fils chez le tisserand et lui dit : « O mon grand frère aîné, enseignez le tissage à votre neveu que voici. » Le tisserand y ayant consenti, elle lui laissa son fils pour qu'il lui apprit le tissage. Ce fils était intelligent ; en peu de temps son instruction fut terminée; sans cesse, travaillant au même métier que le maître tisserand, il fabriquait avec lui de doubles tissus. Tous les bénéfices qu'il faisait, il se proposait de les remettre à sa mère; cependant, ce qu'il gagnait et remettait (à sa mère) était insuffisant pour les besoins journaliers : au contraire, les gains du maître tisserand lui permettaient largement de satisfaire tous ses désirs. Le neveu demanda done à son oncle : « Mainte-

nant, à mon oncle, je me livre au même travail que vous ; comment se fait-il que votre maison soit dans l’abondance, tandis que, chez nous, il n’y a jamais assez pour nos besoins ? » L’oncle répondit à son neveu : « C’est parce que je pratique deux métiers, tandis que vous, vous n’en exercez qu'un seul. » Le neveu demanda alors à son oncle: « Quel est votre second métier ? » L'autre lui répondit : « Pendant la nuit, je me livre au vol. » Le neveu déclara : « Moi aussi Je volerai avec vous. » L’oncle lui ayant répliqué qu'il ne savait pas voler, il affirma qu'il savait fort bien le faire. L’oncle fit alors cette réflexion: « Je vais d'abord le mettre à l'essai. » Ayant fait cette réflexion, il le mena alors sur la place du marché. L'oncle acheta un lièvre etil chargea son neveu de l’accommoder en lui disant : «Je vais d’abord aller me baigner; quand je reviendrai, je mangerai. » Comme l'oncle n'était pas encore revenu lorsque le lièvre eut été accommodé, le neveu en mangea une patte. Au retour du bain, l’oncle demanda si le lièvre était accommodé, et sur laréponse affirmative de son neveu, il lui dit : « Puisque le lièvre est bien accommodé, apportez-le moi pour que je le voie. » Le neveu, tenant le lièvre à bout de bras, le fit passer sous les yeux de son oncle; celui-ci, voyant qu’ilmanquait une patte au lièvre, demanda à son neveu où se trouvait la quatrième patte. Le neveu répondit: « Ce lièvre n’a jamais eu que trois pattes; comment pouvez-vous me réclamer la quatrième patte ? » L'oncle se dit alors: «Je suis depuis longtemps un voleur; mais maintenant ce neveu est un grand voleur qui m'est bien supérieur. » Ayant donc pris le lièvre, ils entrèrent ensemble chez un marchand de vin. L’oncle, s'étant assis, invita son neveu à s'asseoir avec lui; puis, quand ils eurent bu, il lui ordonna de calculer le prix du vin. Le neveu répliqua : « Quand un homme a bu du vin. c’est à lui à faire le calcul ! pour moi, puisque je n’ai rien bu, en quoi ce calcul me concerne-t-il ? O mon oncle, maintenant c’est vous qui

avez bu, c’est à vous à faire vous-mémele calcul. » L’oncle se dit : « Je suis depuis longtemps un voleur; mais maintenant ce neveu est un grand voleur qui m'est bien supérieur; si je me l’associe, il sera capable lui aussi de voler. »

Alors donc, emmenant avec lui son neveu au milieu dela nuit, il alla percer le mur d’une maison étrangère avec l'intention d’y voler des richesses. Quand le trou eut été percé,

l'oncle se disposa à y entrer la tête la première, mais son

neveu lui dit : « Mon oncle, vous n’avez pas l'expérience des méthodes des voleurs ; comment se fait-il que vous vouliez entrer dans le trou la tête la première ? cela n'est pas bon etil faut entrer dans le trou les pieds les premiers; en effet, si vous entrez la tête la première etque ceux qui sont de l'autre côté vous coupent la tête, on saura qui vous étiez et le châtiment s’étendra à votre parenté tout entière ; 1l faut maintenant que vous entriez les pieds les premiers. » Sur ce conseil, l'oncle entra les pieds les premiers. Or, le possesseur des richesses s’étant aperçu de ce qui se passait, se mit à crier : « Au voleur ! » A sa voix, tous les gens qui étaient à l’intérieur de la maison saisirent dans le trou les pieds du voleur ; le neveu, de l'extérieur, s’efforça de retirer son oncle, mais, ses forces ne pouvant résister, il craignit que le malheur ne l’atteignit lui-même; coupant donc la tête de son oncle, il se sauva en l’emportant.

Les ministres firent à ce sujet un rapport au roi qui leur dit : « Celui qui a coupé la tête et qui est parti, c'était le plus grand voleur. Il vous faut prendre le cadavre du premier voleur et le déposer dans un carrefour; vous exercerez une surveillance secrète, et si un homme vient en se lamentant pour emporter le cadavre, c'est lui qui sera l’autre voleur. Saisissez-le aussitôt. » Les ministres, obéissant à cet ordre, prirent donc le cadavre et firent comme avait dit le roi. L'autre voleur, le

neveu, fit alors cette réflexion : « Il ne faut pas maintenant que j'aille tout droit prendre dans mes bras le cadavre de mon oncle, car il serait à craindre qu’on ne me reconnût. Il faut que je feigne la folie dans tous les carrefours : j’embrasserai tantôt des hommes ou des femmes, tantôt des arbres ou des pierres, tantôt des bœufs ou des chevaux, tantôt des porcs ou des chiens. » Ayant eu cette pensée il se mit à agir en conséquence. Les gens d’alors, le voyant de lieu en lieu embrasser des êtres divers, le tinrent tous pour fou. Alors, ce voleur, le neveu, prit dans ses bras son oncle et, après s'être affligé et avoir pleuré, il s’en alla. Les ministres firent un rapport au roi, disant qu'ils avaient bien gardé le cadavre, que seul un fou l'avait pris dans ses bras, et, après s'être lamenté, était parti, mais que personne d'autre ne s'était présenté. Le roi leur dit : « C'était ce rusé voleur ; pourquoi ne l’avez-vous pas arrêté ? Maintenant, il faut qu'on le prenne. »

Le voleur concut alors cette pensée : « Comment maintenant me dispenserais-je de faire les funérailles de mon oncle ? Il faut que je fasse ses funérailles. » Il se déguisa alors en conducteur de char, et, avec une pleine charge de fagots, il arriva promptement auprès du cadavre ; il délia les traits du bœuf et mit le feu au char puis s’enfuit ; aussitôt le feu des fagots du char consuma complètement le cadavre. Les gens qui gardaient le corps rapportèrent au roi que le cadavre du voleur avait été entièrement brülé. Le roi leur ayant demandé qui avait brülé le cadavre du voleur, ils lui exposèrent ce que nous venons de raconter; le roi leur dit : « Il vous faut savoir que ce charretier n'était autre que ce rusé voleur. Pourquoi ne l’avez-vous pas arrêté ? Maintenant, il faut qu’on le prenne. »

Or, le voleur conçut encore la pensée suivante : « Il faut maintenant que, à l'endroit où ont été faites les funérailles de mon oncle, je dépose des sacrifices. » Ayant eu cette

pensée, il se déguisa donc en un brahmatärin à la conduite pure et se mit à parcourir la capitale du royaume en mendiant sa nourriture ; puis, prenant cette nourriture, il la plaça en cinq endroits sur le lieu où le cadavre avait été brûlé et sacrifia secrètement à son oncle ; après quoi, il s’en alla. Les gens qui gardaient le cadavre rapportèrent cela au roi ; le roi dit: « C'était ce rusé voleur. Pourquoi ne l’avez-vous pas arrêté? Vous avez fort mal agi. »

Le voleur eut encore cette pensée : « Il faut maintenant que je prenne les os de mon oncle et que je les jette dans le fleuve X’1ang-k’ia (Gange). » Ayant eu cette pensée, il se déguisa en un hérétique voué aux crânes (kâpâlika) ; il se rendit à l’endroit où étaient les ossements ; il recueillit les cendres et s’en enduisit le corps; il prit les ossements calcinés, les mit dans le crâne et les jeta dans le Gange ; après quoi, il s’en alla. Les gens qui gardaient le cadavre rapportèrent au roi ce qui s'était passé ; le roi leur dit : « C'était ce rusé voleur. Pourquoi ne l’avez-vous pas arrêté ? Vous avez fort mal agi. Cessez maintenant de vous occuper de lui; c'est moi qui le prendrai. »

Alors le roi monta sur une barque et, accompagné de son cortège par devant et par derrière, vogua sur les eaux du Gange ; il avait disposé des gardes sur les rives du fleuve pour arrêter (le voleur). Le roi avait une fille qui était belle, en sorte que tous les hommes avaient plaisir à la voir ; elle aussi voguait et se divertissait sur les eaux du fleuve ; le roi lui ordonna de s’éloigner à quelque distance en lui donnant cet avertissement: « Si un homme veut se saisir de vous, poussez de grands cris. » Il ordonna d'autre part ceci aux gens postés sur les rives : « Si ma fille crie, rendez-vous aussitôt auprès d'elle, et, si vous apercevez un homme, arrêtez-le immédiatement. »

Alors ce rusé voleur pensa : « Maintenant le roi et sa fille se promènent pour se divertir sur le fleuve ; 1l faut que je me livre à la joie avec cette fille. » Ayant fait cette

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