LE
réflexion, il se plaça en amont et lâcha une marmite de terre qui descendit en suivant le courant. Quand les gens qui étaient sur le rivage la virent, ils pensèrent que c'était le voleur, et, saisissant des bâtons, ils frappèrent sur la marmite de terre qui se brisa et alors ils reconnurent que ce n’était point le voleur ; il en fut de même une seconde fois, puis une troisième fois; quand cela se fut répété plus de dix fois, les gens qui étaient sur le rivage, ayant vu souvent ces marmites de terre, les négligèrent et ne les frappèrent plus. Alors ce rusé voleur plaçca une marmite sur sa tête et se mit à descendre en suivant le courant; il arriva à l’endroit où était la fille du roi, monta dans son bateau, et, tenant en main un couteau acéré, il lui dit : « Ne criez pas ; si vous criez, je vous tuerai. » La princesse, saisie de peur, n’osa pas crier ; il s’unit donc à elle pour se réjouir ; après quoi, il s’en alla. Dès que la fille vit que le voleur était parti, elle se mit à pousser de grands cris et à se lamenter en disant: « Ce voleur m'a possédée par violence et maintenant il est parti. » Les gardes qui étaient sur la rive répondirent à la fille du roi: « Au moment où vous vous livriez à la volupté, vous vous êtes réjouie en silence ; maintenant que le voleur est parti, vous vous mettez à pleurer. Où irons-nous maintenant chercher le voleur? » Les gens qui étaient sur la rive racontèrent au roi ce qui s’était passé; le roi leur dit : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas mieux monté la garde et que vous ayez laissé arriver une telle chose ? »
Or, cette fille du roi, après qu’elle se fut unie avec le voleur, devint enceinte ; quand les dix mois furent révolus, elle enfanta un fils. Ce rusé voleur, apprenant que la fille du roi avait enfanté un fils, conçut cette pensée: « Maintenant il faut que je fasse quelques réjouissances pour mon fils. » Il se transforma donc en un serviteur du palais et, sortant de chez le roi, il dit à la foule : « Le roi promulgue l’ordonnance que voici: Puisque ma fille a enfanté
un fils, vous tous, gens du royaume, livrez-vous à la joie comme il vous plaira pendant cette nuit; volez-vous les uns aux autres des vêtements ou des richesses et agissez à votre fantaisie. » À l’annonce de ces paroles, les ministres et les gens du peuple se laissèrent aller à la joie ; le tumulte qu'ils faisaient fut entendu du roi qui demanda à la foule : « Vous tous, gens du royaume, pourquoi êtes-vous si bruyants ? » On lui répondit: « Nous avons auparavant reçu un ordre de Votre Majesté nous prescrivant d'agir ainsi, » En entendant cela, le roi reconnut qu'il y avait là encore quelque tour de ce rusé voleur ; il fit alors cette réflexion : « Si je ne parviens pas à m’emparer de ce rusé voleur, je renoncerai à la royauté. » Il eut donc recours à l’artifice suivant: il fit construire une grande salle ; quand cette salle fut terminée, l'enfant était déjà âgé de cinq ans. Le roi ordonna à ses ministres de publier au son du tambour une ordonnance pour appeler à se rendre dans la salle tous les gens du royaume quiavaient des fils ; si quelqu'un d’entre eux ne venait pas, il serait arrêté et mis à mort. Les habitants du pays entrèrent donc tous dans la salle ; parmi eux se trouvait aussi ce rusé voleur. Alors le roi prit une couronne de fleurs qu'il remit au fils du voleur en lui disant : « Allez dans cette foule en tenant à la main cette couronne, et, quand vous verrez votre père, donnez-la lui. » D'autre part, il avait ordonné à des gens apostés de suivre l'enfant et de se saisir aussitôt de l’homme à qui il donnerait la couronne. Or cet enfant, tenant en main la couronne, entra dans la foule, et, grâce à la puissance du karman, il reconnut effectivement son père etlui donnala couronne. Aussitôtles gens apostés se saisirent du rusé voleur et l’amenèrent au roi.
Le roi rassembla tous ses ministres et délibéra avec eux sur cette affaire. La question étant de savoir quelle sentence il convenait de porter contre un tel criminel, la
réponse fut qu'il fallait le tuer. Mais le roi fit cette réflexion : « Cet homme est un sage voleur ; pourquoi le ferait-on périr? » Il dit donc à ses ministres : « Cet homme est un brave et il est en même temps doué d'intelligence. » Il le maria à sa fille en la lui accordant pour épouse et, en outre, il lui donna la moitié de son royaume.
Le Buddha dit aux bhiksus : « Celui qui, en ce temps, était le rusé voleur, c’est moi-même ; celui qui alors était l'enfant, c’est Lo-hou-lo (Râhula). »
(Trip., XVII, 3, p. 53 ve.)
Autrefois, dans la ville de P’o-lo-ni-sseu (Vârânasi), il y avait un roi nommé fan-cheou (Brahmadatta). Un jour, il sortit pour aller chasser et mit à mort des multitudes d'êtres vivants. En marchant, il arriva dans une vallée de la montagne ; il aperçut un Xin-na-lo (Kinnara) qui était couché endormi ; auprès se tenait son épouse qui veillait sur lui. Le roi banda aussitôt son arc et tira sur le Kinnara qui, atteint dans un point vital, mourut dès la première flèche. Le roi s'empara de la femme du Kinnara et voulut la prendre pour épouse ; mais elle demanda au roi : « Je désire seulement, Ô grand roi, que vous me permettiez de faire les funérailles de mon mari ; après quoi, je vous suivrai. » Le roi songea alors: « Comment pourrait-elle s'enfuir ? je vais regarder comment elle accomplira ces cérémonies. » Ayant fait cette réflexion, il la laissa libre d'agir. Alors la femme du Kinnara entassa du bois de chauffage et y mit le feu des quatre côtés ; pleine du souvenir de son mari, elle ne tenait plus à la vie ; elle se jeta donc dans le feu, et le mari et la femme furent
brûlés ensemble. Un deva prononça du haut des airs cette gâthà :
(Ce roi) voulait chercher (un avantage) dans celte affaire ; — mais, au contraire, il rencontra encore un autre (malheur) (1); — il espérait d'abord (posséder) la déesse à la voix mélodieuse, — mais le mari et la femme périrent tous deux.
(Trip., XVII, 3, p. 67 v°-68 v°.)
Autrefois, dans la ville de P'o-lo-ni-sseu (Vârânasi), il y avait un roi dont la description est semblable à celle qui a été donnée précédemment ; or l'épouse de ce roi mit au monde un fils de roi ; le visage de cet enfant était régulier et majestueux; son teint était rose et blanc; sa figure était parfaitement circulaire comme le dessus d’un parasol ; ses mains et ses bras pendaient comme la trompe d'un éléphant; ses deux sourcils se réunissaient ; son front était large ; son nez était droit ; les articulations de ses membres étaient toutes d’une rondeur absolue. Au moment où il naquit, toutes sortes de phénomènes de bon augure se produisirent. Vingt et un jours après sa naissance, ses parents se réunirent pour célébrer une fête ; les ministres se dirent alors les uns aux autres: « Quand ce fils de roi est né, des centaines et des milliers de phénomènes de bon augure ont apparu. » À cause de cela ils lui donnèrent le nom de Chan-hing (excellenteaction). Le développement (au sujet de l’enfance du prince) a été donné plus haut,
(1) Le roi Brahmadatta voulait profiter de la mort du kinnara pour épouser de force la femme de celui-ci; mais au contraire il provoqua le suicide de sa captive.
390 KEN PEN CHOUO YI TSTE YEOU POU
L'enfant grandit peu à peu; or ce Chan-hing avait un naturel très compatissant ; il concevait des sentiments de pitié pour tous les êtres vivants et il se plaisait constamment à faire des libéralités ; il faisait la charité aux çramanas, aux brahmanes et à tous les pauvres voyageurs venus de loin.Cependant le roi son père dità Chan-hing : « Dorénavant, ilne faut plus que vous pratiquiez ainsi sans cesse la charité ; les richesses accumulées dans le trésor du royaume n’y suffiraient point. » Sur ces entrefaites l'épouse du roi donna encore le jour à un fils; à la naissance de cet enfant, apparurent simultanément toutes sortes de calamités et d'événements de mauvais augure. Aussi, quand on lui choisit un nom l’appella-t-on Ngo-hing (mauvaise-action). Cet enfant à son tour devint grand.
Le Buddha dit aux bhiksus : dans ce monde, c’est une loi constante que, lorsque quelqu'un pratique la libéralité, tous les hommes l’aiment et sa renommée se répand au loin. Le roi d’un autre royaume apprit que Chanhing se plaisait à faire la charité ; il désira aussitôt lui donner sa fille pour femme. Il remit donc des joyaux, des chars et des serviteurs en grand nombre à un ambassadeur qu'il chargea de porter une lettre au roi du royaume de P'’o-lo-ni-sseu (Vârânasi) pour l’informer de ses intentions ; celui-ci, en étant informé, fut très joyeux et consentit au mariage. Chan-hing vint alors dire au roi son père : « Je ne veux pas dépenser les richesses de votre trésor. Je vais aller en mer pour chercher moi-même des joyaux. Quand j'en aurai trouvé, je me marierai. » Le roi y consentit.
Ayant obtenu cet assentiment, Chan-hing prépara avec joie ses bagages, se munit de provisions de bouche et sedisposa à partir. Ce que voyant, Vgo-hing fit cette réflexion: « Maintenant mon frère aîné est aimé et respecté de tous les hommes des royaumes étrangers. Quand il sera allé en mer et qu'il aura recueilli des joyaux, dès qu’il aura pu
P'I NAïi YE PO SENG CHE (N° 381) 391
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revenir, le roi notre père, les grands ministres et tous les habitants du royaume concevront pour lui un respect plus grand encore; notre père certainement le désignera par brevet comme le (futur) souverain et moi je n'aurai aucune part du royaume. Il faut donc que je trouve quelque moyen d’aller en mer avec lui ; j'attendrai l’occasion de le faire périr et je pourrai seul revenir ; joyeux ou non, mon père me nommera alors par brevet prince héritier. » Après avoir eu cette pensée, il se renditauprès de son père et lui dit: «Je désire, à la suite de mon frère ainé, aller en mer pour chercher des joyaux. » Le roi consentit à sa demande ; Vgo-hing, tout joyeux, prépara lui aussi ses bagages.
Or Chan-hing alla par la ville, frappant du tambour et agitant une cloche, pour annoncer à tous: « Je me propose d’aller en mer; que ceux qui sont disposés à me suivre se munissent de provisions de bouche, préparent leurs bagages et partent avec moi. Je serai le chef des marchands et je pourrai les protéger contre tous les dangers sur l’eau et sur terre ferme; je pourrai les protéger entièrement, en sorte qu'ils n'aient rien à craindre, et d’ailleurs ils n’auront aucun droit à payer. » Quand il eut ainsi parlé, il se trouva cinq cents hommes qui vinrent auprès du prince héritier et lui dirent qu'ils demandaient à le suivre. |
On choisit donc un jour favorable et ils partirent tous ensemble. La description détaillée (de ce départ) est semblable à celle qui a été donnée plus haut. Quand ils furent arrivés en mer, le frère aîné dit à son frère cadet : « Si, au milieu de la mer, le bateau vient à subir quelque malheur et à se briser, cramponnez-vous à moi et n'ayez aucune crainte. » ÂVgo-hing répondit qu'il obéirait aux instructions de son frère aîné. Le bateau eut un vent favorable et arriva à l’endroit des joyaux. Les matelots dirent alors au prince héritier et à tous les marchands :
« Vous aviez autrefois entendu parler de l’ile aux joyaux; c'est cet endroit même ; il s’y trouve toutes sortes de joyaux que vous pourrez recueillir comme il vous plaira, » A ces paroles, les marchands sautèrent de joie, puis ils descendirent du bateau et recueillirent toutes sortes de joyaux; ils en remplirent le vaisseau comme si c’eût été du chanvre ou du blé. Le prince héritier Chan-hing prit des perles qui font se réaliser les désirs et les attacha à ses reins.
Quand on fut revenu dans le bateau, on prit le chemin du retour pour atteindre la rive d’où on était parti. Maisil arrivaque le poisson mo-kie(makara) frappa et brisale bateau. Ngo-hing se cramponna alors à son frère aîné ; les gens du bateau et les joyaux disparurent tous au fond des eaux. Seul, Vgo-hing, grâce à la force merveilleuse de son frère aîné, put atteindre la rive d’où ils étaient paris. Quand Chan-hing fut sorti de la mer, il se trouva épuisé par les grands efforts qu’il avait faits et s’endormit. Ngo-hing épiait son frère aîné ; quand il aperçut les perles précieuses qu'il avait autour de ses reins, il fit cette réflexion : « Mon frère aîné a trouvé de belles perles et moi j'ai perdu tout ce que j'avais acquis ; je vais maintenant crever les yeux de mon frère aîné pour le rendre aveugle ; je prendrai ses perles et je reviendrai seul. » Il commenca donc par lui dérober ses joyaux, puis, avec une épine acérée, 1l creva les yeux de son frère aîné et l’aveugla. Il l’abandonna alors et partit.
Chan-hing, qui n'avait plus d’yeux, ne savait plus où était le chemin du retour. Quelque temps après, un gardien de bœufs le vit et lui demanda d’où il venait. L’aveugle lui raconta tout ce que nous avons exposé plus haut. Quand le gardien de bœufs en fut informé, il conçut de la compassion et le ramena dans sa maison.
Chan-hing était de nature un excellent joueur de luth; tandis qu'il était dans la maison de cet homme, il se mit
à jouer parfois du luth. La femme du gardien de bœufs conçut alors de l’amour pour lui ; elle se sentit animée de désirs impurs et dit à l’aveugle : « Commettez avec moi une action secrète. » L’aveugle se boucha aussitôt les oreilles avec ses deux mains et dit : « Ne prononcez pas une telle parole, car je ne veux pas l'entendre. Vous êtes ma sœur cadette; comment pouvez-vous parler ainsi ? »
Le Buddha dit aux bhiksus : Dans le monde, c’est une règle constante que tout être doué de sentiment, lorsqu’il est animé par la passion sensuelle, conçoit de la haine si on ne consent pas à ce qu’il désire. Cette femme donc, voyant que l’aveugle n’accédait pas à sa demande, en conçut de la haine contre lui ; elle résolut de le calomnier et dit à son mari : « Cet homme privé d’yeux a voulu me souiller; pourquoi nourrissez-vous cet homme pervers dans votre maison ? »
Le Buddha dit derechef aux bhiksus : Dans le monde, c'est une règle constante que tout être doué de sentiment, lorsque sa femme est outragée par autrui, en conçoit de l'irritation ; de toutes les sortes de colères, celle-là est la plus forte. Pour cette raison donc, le gardien de bœufs, quand il eut entendu les paroles de sa femme, en concut une véhémente indignation contre l’aveugle ; il fit cette réflexion : « Cet homme est grandement coupable ; mais, puisqu'il est maintenant privé d’yeux, il a déjà recu sa punition ; il ne faut pas le faire périr ; je me bornerai à le chasser hors de chez moi. » En conséquence, il le chassa donc hors de sa demeure.
Cet homme privé des yeux partit en emportant son luth dans ses bras ; il parcourait les villes en mendiant pour obtenir de quoi vivre. Par la suite, le roi son père étant venu à mourir, son frère cadet Vgo-hing lui succéda sur le trône. Cependant l'homme privé de ses yeux avançait graduellement en mendiant et il arriva dans la capitale du royaume où se trouvait (celle qui aurait dû être) sa
femme. Cette femme était devenue plus âgée et les princes des divers royaumes la demandaient en mariage à l'envi. Le roi, père de la fille, dit à celle-ci : « Auparavant, lorsque je vous ai donnée en mariage, le prince Chan-hing est allé en mer, mais son bateau s’est perdu-et lui-même est mort; maintenant, d’autres princes sont venus à l’envi demander votre main; si je ne vous marie pas à l’un d'eux, je crains que les princes n’en concçoivent de Pirritation. C’est pourquoi maintenant, je serai équitable à votre égard et vous laisserai agir suivant votre cœur. » Sa fille lui répondit: « O roi mon père, je désire seulement que, sur votre ordre, les gens du royaume ornent et nettoient la ville, qu’on rassemble les hommes des autres royaumes, et alors que je puisse faire moi-même mon choix. » Le roi consentit à la demande de sa fille ; il promulgua donc cet ordre à l’intérieur de son territoire et dans les divers royaumes étrangers : « J'ai une fille que je désire marier ; je rassemblerai les hommes de tous les pays pour qu’elle choisisse elle-même celui qui deviendra mon gendre. »
Aussitôt done on orna et on para les murailles et les fossés de la ville de manière qu’elle fût comme un parc de plaisance ; puis on fit cette annonce au son du tambour : « Maintenant, parmi tous les hommes qui sont dans la ville et parmi tous ceux qui sont venus de loin des quatre côtés de l’espace, ma fille cherchera un mari et le choisira à son gré. Vous tous donc, faites-vous aussi beaux que vous le pourrez et venez à cette réunion. »
Le lendemain, dès le point du jour, on para la fille du roi qui sortit accompagnée de toutes les belles filles; elles étaient semblables aux merveilleuses devis qui, dans le jardin des délices, habitent la forêt aux fleurs élégantes. La fille du roi passa alors successivement en revue la multitude des hommes qui étaient dans la ville et qui se comptaient par centaines, par milliers et par
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myriades, pour se chercher un mari. En ce moment, Chan-hing était debout à l'écart et restait là en jouant du luth ; par la force des actions antérieures qui dominent les êtres doué8 de sentiments, et par une conjonction des causes, Chan-hing et la fille du roi serencontrèrent. Quand la fille du roi l’entendit jouer, son cœur conçut des sentiments d'affection et d’admiration ; elle jeta donc de loin sur lui une couronne de fleurs en disant : « Cet homme sera mon époux et mon maître. » Alors les gens de la foule furent attristés et échangèrent des paroles de blâme, disant : « Maintenant, dans cette multitude, il y avait plusieurs hommes de noble famille, des princes et des hauts dignitaires de divers pays, pleins de noblesse et de supériorité, dans la fleur de l’âge et dignes d’être aimés ; dans cette ville même, il yavait des jeunes gens d’une beauté merveilleuse ; pourquoi la princesse les a-t-elle rejetés pour choisir un aveugle dont elle fait son mari et son maître ? »
Quand le ministre intime du roi eut vu ce qui s'était passé, son cœur en fut pénétré de chagrin et il vint aussitôt Informer le roi, disant : « O roi, le mari que vous avez permis à votre fille de choisir à son gré est trouvé. » « Qui est-il? » demanda le roi. « C’est un aveugle », répondit le ministre. À cette nouvelle, le roi saisi de tristesse, fit appeler sa fille et lui demanda: « Mon enfant, quelle idée avez-vous eue ? Dans cette ville, il y avait en grand nombre des hommes sages, ministres et grands dignitaires, pleins de noblesse et de supériorité; il y avait aussi plus d'un homme venu de contrées lointaines dans les quatre directions de l’espace. Pourquoi ne vous ont-ils pas plu et avez-vous choisi un aveugle ? » La fille répondit à son père : « C’est lui que j'aime. — S'il en est ainsi, reprit le roi, allez donc le rejoindre; pourquoi restez-Vvous ICI? »
La princesse se rendit donc auprès de l’aveugle et lui
dit: « Vous êtes mon mari. » Il lui répondit: «Ne serait-ce pas que vous avez eu cette pensée contraire à la sagesse : Je pourrai avoir des rapports avec d’autres hommes (1) ? — Je n’ai point eu le désir de tenir une telle conduite, » répliqua la princesse. « Comment pourrais-je savoir (que vous dites vrai) ? » demanda l’aveugle. La princesse alors, avec une absolue sincérité, prononça cette parole véridique: « Voici la preuve que je dis vrai: J'ai eu le sentiment que le prince Chan-hing était là où vous vous trouviez ; j'en ai éprouvé de la joie et de l’amour ; je n’ai point eu d'autre disposition d'esprit. S'il en est réellement ainsi, puisse un de vos yeux redevenir comme il était auparavant. » À l'instant où la jeune fille prononça cette parole véridique, l’aveugle recouvra la vue d’un de ses yeux; il dit alors : « O sage fille, je suis Chan-hing; c'est mon frère cadet Vgo-hing qui a commis une mauvaise action envers moi. — Comment pourrai-je savoir, demanda la princesse, que vous êtes réellement Chan-hing ? » Il prononça aussitôt cette parole véridique : « Au moment où Ngo-hing m'a percé les yeux, je n'ai pas conçu à son égard la moindre haine ; si cette parole est vraie, puisse mon autre œil redevenir comme auparavant. » Quand il eut prononcé cette parole véridique, ses deux yeux se retrouvèrent clairvoyants.
La princesse emmena alors avec elle or auprès du roi son père et dit à celui-ci: « Voici mon mari. » Comme le roi ne pouvait la croire, elle lui raconta tout ce, qui s'était passé auparavant. Le roi, émerveillé, ordonna aussitôt de célébrer une cérémonie magnifique. Quand le mariage fut accompli, il fournit à Chan-hing beaucoup de soldats et des chevaux pour qu’il pût retourner dans sa ville et en chasser Vgo-hing; puis Chan-hing fut officiel-
1. Il soupçonne la princesse d’avoir voulu épouser un aveugle afin que l'infirmité de son mari lui permit de se livrer impunément à la débauche avec d'autres hommes.
lement mis sur le trône comme successeur du roi son père.
(ffips EVIL 3, pr 75 V0
Autrefois il y avait, dans la ville de P'o-lo-ni-sseu (Vârànasi, Bénarès), un roi nommé Fan-cheou (Brahmadatta). Son peuple était tranquille, heureux et prospère. Or, dans cette ville il y avait les deux chiens du roi, l’un noir et l'autre blanc, qui dévorèrent la selle, la bride, les courroies et les cordes (du harnachement servant au cheval du roi). À quelque temps de là, le roi voulut aller au combat et il ordonna à ses ministres de préparer vite son équipement. Ses ministres virent alors que le harnachement avait été rongé par des chiens et ne pouvait plus servir. Ils en informèrent le roi qui en conçut de l'irritation et ordonna de faire périr tous les chiens. Tous les chiens de la ville se trouvant exposés à la mort, s’enfuirent donc et sortirent du royaume. Sur ces entrefaites, un chien d'un autre pays vint du dehors, et, voyant ces chiens qui s’enfuyaient saisis de terreur, il leur demanda pourquoi ils agissaient ainsi. Les chiens de la ville l’ayant informé de ce qui s'était passé, il reprit : « Pourquoi ne dites-vous pas cela au grand roi ? » Les chiens de la ville répliquérent : « Qui oserait parler au roi? » Le chien étranger leur dit : « Restez ici; cette nuit même j'irai informer le roi.» Il se rendit donc chez le roi, et s’avançant avec une démarche correcte, il prononça cette gâthà :
Grand roi, dans votre palais, vous avez deux chiens, — l’un blanc et l'autre noir, tous deux beaux et forts ; — c’est eux, el non pas nous, qu'il faut mettre à mort, — car, luer
ceux qui ne doivent pas être lués est contraire à la raison:
Après avoir entendu cette gâthä, le roi dit à ses minis tres : « Il importe que vous me trouviez celui qui a prononcé cette gâthà et que vous l’ameniez en ma présence. » Les ministres firent des recherches pour savoir qui avait prononcé cette gâthà devant le roi pendant la nuit; quelqu'un déclara que c'était un chien étranger qui était venu réciter au roi cette gâthà. Le roi dit alors à ses ministres de se livrer à une enquête pour savoir si c'étaient vraiment les deux chiens du palais ou bien si c’étaient les autres chiens qui avaient mangé (son harnachement). Les ministres tinrent une délibération disant : « Le roi ordonne une enquête ; comment ferons-nous un examen approfondi ? » Parmi eux, quelqu'un émit cet avis : « À quoi sert de discuter longtemps ? prenez simplement des cheveux et mettez-les dans la gueule des chiens ; s’il en est qui ont mangé du cuir, il faudra bien qu'ils le recrachent. » En effet, lorsqu'on eut mis des cheveux dans la gueule des deux chiens du palais royal, ils vomirent aussitôt le cuir qu'ils avaient mangé. On en informa le roi qui dit : « Il faut châtier ces deux chiens ; les autres n’ont fait aucun mal. »
CPripe x N TI ED UOTE)
Autrefois, il y eut pendant sept jours des pluies extraordinaires qui ne s’arrêtaient point; une mangouste se réfugia dans un trou; un rat aussi entra dans ce trou ; enfin un serpent venimeux, cherchant quelque endroit où se mettre à l'abri de la pluie, y pénétra aussi. Cependant la mangouste voulut tuer le rat; le serpent venimeux lui
dit alors : « Vous et nous, sommes en grande détresse : il ne faut pas que vous ayez le désir de vous faire du mal l’un à l’autre. Que chacun de nous soit assuré de rester tranquille. »
Ce serpent venimeux et ses compagnons portaient chacun un nom ; le serpent venimeux se nommait /Vqai-kiun (aimable-prince); la mangouste se nommait Yeou-hi (avoirjoie); leratsenommait/Zeng-ho-cheou (don du fleuve Gange). Or, Nqai-kiun et Yeou-hi dirent à Heng-ho-cheou : « Vous êtes vaillant et fort ; il faut que vous alliez pour nous en quelque autre lieu afin de chercher de quoi boire et manger et de nous l’apporter. » Ce rat avait un caractère sincère et franc et un cœur sage et excellent. Il se mit donc de toutes ses forces en quête de nourriture pour le serpent et la mangouste.
Avant qu'il fût revenu, la mangouste dit au serpent : « Si, après avoir cherché de la nourriture, il n’en a pas trouvé et revient à vide, je le mangerai. » Quand le serpent eut entendu ces mots, il pensa : « Cette mangouste se trouve dans la détresse et c’est pourquoi elle veut tuer ce rat. Or, je crains que celui-ci, après avoir cherché de la nourriture, n’en ait pas trouvé et revienne à vide. Il sera alors certainement dévoré. Je vais d'avance prévenir ce rat. » Après avoir fait cette réflexion, il envoya une lettre pour avertir le rat en lui disant ceci : « Voici ce qu'a dit la mangouste : si le rat n’a pas de nourriture et revient à vide, certainement je le dévorerai. »
Or, le rat s'était donné de la peine pour chercher de quoi boire et de quoi manger, mais n'avait rien trouvé; il pensa alors : « Puisque maintenant je n'ai pas trouvé de nourriture, si je vais là-bas à vide, certainement on me mangera. » Le rat envoya donc à son tour une lettre au serpent en lui répondant par cette gàthà :
Si des hommes qui sont dans la diselle n'ont pas des sentiments de bienveillance, — lorsque le feu de la faim
les lourmenlera, ils concevront de l'exaspération. — Le grand service que vous m'avez rendu, j'y réponds par celle parole ; — mais je ne reviendrai plus maintenant auprès
de vous.
(Trip: XVTHH,8,p, 81 r°-v9.
Autrefois, dans la ville de la Résidence royale (Râjagrha), il y eut un roi qui avait promulgué une loi ordonnant à ses sujets d’établir deux cimetières (mo-chü-na, çmaçâna), l’un pour y déposer les hommes, l’autre pour y déposer les femmes; dans le bois réservé aux cadavres des hommes, on déposait les hommes; dans le bois réservé aux ‘cadavres des femmes, on déposait les femmes (1). Par la suite, un eunuque vint à mourir; on l’emporta au plus profond du cimetière ; mais le gardien du bois réservé aux cadavres des hommes refusa de le laisser déposer et le gardien du bois réservé aux cadavres des femmes ne permit pas non plus qu’on le déposât ; on ne put donc le mettre dans aucun de ces deux endroits; non loin de la ville de la Résidence royale il y avait un bois où les fleurs, les arbres, les taillis et les fruits étaient abondants et agréables ; toutes sortes d'oiseaux y faisaient entendre un harmonieux ramage ; un ascète y demeurait; il se nourrissait de racines et de fruits ; il buvait aux sources d’eau pure; il se revétait de vêtements faits avec de l'écorce d'arbre. Non loin de ce lieu, dans un endroit labouré, se trouvait un ricin; les porteurs du cadavre le déposèrent au pied de ce ricin.
Or, il y avait un chacal qui, sentant l'odeur du cadavre,
(1) Le texte dit le contraire ; mais l'erreur parait évidente ; aussi l’ai-je rectifiée dans ma traduction.
DATES pie LA JÈ si"
bi NA YE P'O SENG CHE (N° 384) 401 vint en se laissant guider par les émanations et se mit à dévorer l'homme mort. D'autre part, un corbeau se tenait caché sur: le ricin; il fit alors cette réflexion : « Je vais bien flatter ce -chacal et il faudra alors qu’il me donne quelque chose à manger. » Le corbeau le loua donc par cette gâthà : | |
Votre poitrail est comme celui d'un lion : — votre ventre, d'autre part, ressemble à celui d'un roi des bœufs; — je vous rends hommage, 6 rot des animaux ; — donnez-moi
quelque chose à manger.
Le chacal, ayant jété ses s regards de tous côtés, répondit par cette gâthà :
Qui demeure dans le feuillage de l'arbre? — C'est le plus remarquable parmi les êtres lard venus dans ce monde ; — la couleur de son corps illumine tous les lieux ; — il est comme une boule faile de substances précieuses.
Le corbeau répliqua par cette gâthà :
Je puis rendre beaucoup de services : — c'est pourquoi je suis venu quand je vous ai vu; — maintenant je vous rends hommage, 6 rot des animaux; — si vous avez quelques
restes de nourrilure, donnez-les mor.
Le chacal répondit ensuite par cette gâthà :
Votre cou est comme celui d’un paon : — le corbeau est un oiseau charmant ; — son chant esl le plus merveilleux ; — je vous permets de venir prendre de la nourrilure.
Alors le corbeau descendit de l'arbre et se mit en compagnie du chacal à manger le mort. Quand l’ascète vit cela, il prononça à son tour celte gäthà :
Maintes fois, je vous ai vus — a!ler ensemble, élres sans vergogne ; — parmi les arbres, celui-ci est le plus méprisable (1); — ce que vous mangez est ce qu'il y a de plus vil parmi les hommes.
(1} Au lieu de }£ UT qui ne me parail présenter aucun sens, je propose delire : K F #.
En entendant ces paroles, le corbeau répondit par cette gâthà :
Le lion et le paon mangent — et ensemble ils se nourrissent d'un aliment de la meilleure qualité ; — homme chauve qui venez ici, — de quoi vous mélez-vous ?
Alors l’ascète irrité répliqua par cette gâthà :
Le corbeau est le plus méprisable des oiseaux ; — le chacal est le plus vil des quadrupèdes ; — le ricin ne mérile pas le nom d'arbre ; — l'ennuque est ce qu'il y a de plus bas parmi les hommes ; — entre les fiqures que peut avoir le sol, la forme triangulaire est la plus laide (1); — on voit bien que ces êtres ne savent pas ce que c'est que la honte.
Le corbeau conçut alors une grande irritation ; il alla se percher sur l'autel où l’ascète sacrifiait au feu et, après avoir regardé de tous côtés s'il ne risquait pas qu'on lui fit du mal, il souilla de sa fiente le milieu de l'autel, renversa la cruche d’eau qu’il brisa, puis il s’en alla. Quand l’ascète revint, il ne vit plus que l’ordure de la fiente répandue sur l'autel et la cruche d’eau renversée qui s'était brisée. Après examen, l'ascète reconnut que c'était le corbeau qui avait fait cette souillure et qui avait brisé la cruche à eau ; il prononça alors ces gâthâs :
Cet être pervers, — sans vergogne et fort irrilé, — a sali l'autel où je sacrifiais au feu — et de plus a réduit en morceaux ma cruche à eau.
Que celui qui est d'une certaine espèce et celui qui est d'une autre espèce — ne parlent point ensemble (2) ; — quand
(1) Les formes sont au nombre de cinq : le carré, le rond, la forme de tambour, la forme de demi-lune, la forme triangrlaire (Dict. num. à l'expression 71 #£ À). Il est vraisemblable, quoiqu’on ne nous l'ait pas dit, que l'endroit où étaient le chacal et le corbeau avait une configuration triangulaire.
2) L'ascète regrette d’avoir parlé au chacal et au corbeau qui ne sont point de la même espèce que lui, et, d’une manière plus générale, il montre que, moins on parle, mieux cela vaut.
il faut parler, qu'on échange peu de paroles; — c’est en ne parlant pas qu'on est le plus heureux.
ÉPFrip: XNVILES, pr 61 V8 7.)
Autrefois, à P’o-lo-ni-sseu (Värânasi), il y avait un roi nommé Po-kiao-hiang qui gouvernait et instruisait son royaume. Ce royaume était florissant; la population y était prospère et tout le monde y était heureux. Dans un autre royaume voisin, il y avait une fille de roi que (le roi Po-kiao-hiang) épousa; il se livra avec elle à La joie et aux divertissements et demeura là, prenant de l'agrément avec elle ; par la suite, elle devint enceinte et mit au monde une fille. Cette fille grandit peu à peu, et à son tour, elle devint enceinte ; quand le terme fut venu, elle donna le jours à un fils qui était beau de visage, en sorte que tous se plaisaient à le regarder ; sa famille réunit une assemblée de personnes et invita les ministres à discuter au sujet (du nom qu'il fallait donner à) l’enfant ; comme cet enfant était né au moment où le soleil commençait à paraître on lui donna le nom de 7ch'ou (commencement); on attacha à sa personne huit nourrices pour le soigner et le nourrir ; on se mit donc à le nourrir de cette façon : il se nourrissait de lait, de beurre, de caillé cru, et de beurre produit par la cuisson ; comme une fleur de lotus dans l’eau, ce fils grandit rapidemment; puis on Île fit étudier; on lui enseigna l’écriture, les nombres du calendrier, le calcul : les méthodes de toutes les connaissances et de toutes les habitudes mécaniques, l'art de monter sur un éléphant et celui de lancer des flèches avec l'arc et avec l'arbalète, ce qui concerne la conduite
d'un roi, tout cela ille comprit partaitement. Puis le vieux
roi le nomma héritier présomptif (1).
Le vieux roi avait une concubine royale de premier rang nommée J'a-mo et un principal ministre nommé Tsai-nieou. Le vieux roi aimait fort ce ministre et avait confiance en lui. Le roi s’étant livré au plaisir avec sa concubine, celle-ci fut enceinte ; un devin consulta les sorts et déclara qu’elle mettrait au monde un fils; ce fils tuerait certainement le roi (2) et prendrait pour lui la dignité royale. À quelque temps de là, le (vieux) roi devint malade ; on lui fit prendre des racines, des herbes, des feuilles, des fleurs, toutes sortes de plantes médicinales et de drogues, mais sa maladie ne put être guérie. Le grand roi fit alors cette réflexion : « Maintenant, il faudra qu'on mette sur le trône ie prince héritier et qu'on l'installe dans la dignité royale; mais, après que je serai mort, le prince héritier tuera certainement ma première concubine. » S’étant encore demandé à quel
moyen il pourrait bien avoir recours, ilappela son prin-
cipal ministre pour délibérer à ce sujet ; il lui donna en abondance des richesses utiles, puis il lui confia Za-mo pour qu'elle restàt à côté de lui etille chargea de la protéger. Il lui dit: « Vous êtes mon grand ministre le plus intime ; quant à ma femme 7J'a-mo, elle est ma femme la plus chérie ; je sais maintenant que ma mort est certaine; après que je serai mort, lorsque le prince héritier aura pris le pouvoir suprême, il faudra que vous veilliez sur ma femme Ta-mo avec affection et que vous la protégiez, afin qu'on ne la fasse point périr. » Le ministre répondit au roi: « J’agirai ainsi et je ne permettrai point qu'on tue
(1) Quoiqu’on ne nous dise pas qui cet enfant avait eu pour père, nous voyons qu'il était le petit-fils du vieux roi puisqu'il avait pour mère la fille de son épouse principale.
‘2) Le roi dont il s'agit ici est le prince héritier, petit-fils du vieux roi.
L'enfant qui devait naître de Ta-mo étant le propre fils du vieux roi, était plus qualifié que le prince héritier pour monter sur le trône.
votre femme Za-mo. » Le roi prononca alors cette gâäthà.
Toul ce qui forme un agrégat doit se dissoudre ; — tout ce qui est élevé doit s'effondrer ; — lout ce qui est uni doit se séparer ; — loul ce qui a vie revient en définitive à la
| mort.
. Après qu'il eut prononcé cette gâthà, sa vie prit fin. On éleva un stüpa où on mit des étendards, des fleurs et des joyaux, puis, quand on y eut enterré le roi, on donna le titre de grand roi au prince héritier. | |
Quand le prince héritier fut monté sur le trône, il ordonna à ses ministres de faire périr T'a-mo. Le grand ministre Tsai-nieou dit alors au grand roi : « Vous n'avez pas fait un examen attentif; pourquoi tuer sans raison Ta-mo ? Maintenant elle est enceinte et nous ne pouvons pas encore savoir si elle enfantera un fils ou une fille ; si elle donne le jour à un fils, alors on pourra la faire périr. » Le roi répondit au grand ministre : « On peut aussi agir de la sorte ; vous veillerez sur cela. »
Quand le terme fut venu, T'a-mo enfanta un fils; le même jour, une femme d’un pêcheur mit au monde une fille; on donna une somme d’argent au pêcheur et on échangea le garcon contre la fille. Le grand ministre dit alors au roi: « T'a-mo a enfanté une fille. » Le roi dit: « C'est fort bien; me voici délivré. »
Par la suite, le pêcheur éleva le garçon qui grandit peu à peu ; on le fit entrer à l’école et lire des livres ; il devint capable d'agencer des phrases et fut fort habile à faire des compositions littéraires ; il eut alors la réputation de quelqu'un qui est habile à faire des compositions littéraires. Le grand ministre vint dire à Ta-mo : « Votre fils est maintenant fort habile à faire des compositions littéraires. » l'a-mo répondit: « Je voudrais bien voir son visage; trouvez quelque moyen pour me l’amener.» Le ministre répliqua : « Qu'avez-vous besoin de le voir? ilne faut pas que vous le regardiez. » Constatant cependant qu'elle
aimait fort son fils, le grand ministre eut recours à un arüfice ; sur son conseil, le garçon prit en main un poisson et, paraissant être un marchand de poissons, il se rendit à l'endroit où était sa mère ; sa mère le vit de loin. Le devin ayant consulté les sorts, dit : « Cet homme qui tient un poisson tuera certainement notre roi et s’emparera de la dignité royale. » Ce propos fut transmis de l’un à l’autre et parvint ainsi jusqu’au roi ; quand le roien fut informé, il dit à ses ministres : « Il faut qu’on s’empare au plus tôt du fils de pêcheur et qu’on ne le laisse pas échapper. » Cette parole se transmit de l’un à l’autre et arriva jusqu’au fils de pêcheur qui s'enfuit aussitôt vers l'Est pour se cacher.
Il entra chez une vieille femme qui, l'ayant vu, le cacha dans un lieu obscur et enduisit de safran tout son corps, en sorte qu’il avait la couleur d’un homme mort. Des gens le prirent sur leurs épaules et l’emportèrent dans un cimetière (mo-chô-na, cmaçâna) reculé où ils le déposèrent dans la forêt. Il se leva alors et partit. Cependant, près de là, il y avait un homme qui cueillait des fleurs et des fruits dans la forêt et qui de loin le vit se lever du milieu des morts et s'enfuir; cet homme qui cueillait des fruits le poursuivit, mais, avant d’être allé loin, il s'arrêta. Les émissaires du roi arrivèrent ensuite et demandèrent à cet homme qui cueillait des fruits : « Avez-vous vu quelqu'un qui avait tel et tel aspect ? » L'autre répondit : « Je lai vu passer par ce chemin. » Aussitôt ils s’élancèrent à sa poursuite pour se saisir de lui.
Le fils de pêcheur, saisi de frayeur, entra dans la maison d'un blanchisseur ; celui-ci le mit dans un paquet de vêtements qu'il chargea sur un âne ; puis, arrivé sur le bord du fleuve, dans un endroit où il n’y avait personne, il le délivra ; le fils de pécheur se leva alors, regarda de tous côtés, et, ne voyant personne, s'enfuit en courant. Sur la route il rencontra un homme qui, le voyant marcher
rapidement sur le chemin, alla en avertir les gens du roi qui le recherchaient. Les émissaires du roi se mirent de nouveau à sa recherche ; quand ils arrivèrent dans un village, ils demandèrent où il se trouvait ; l’homme qui l'avait vu leur dit: «Il a passé par là. » |
Alors, (le fils de pêcheur), se trouvant serré de près par les émissaires, se réfugia chez un artisan qui travaillait le cuir et faisait des souliers ; il lui raconta de point en point tout ce qui lui était arrivé en lui disant: « Je suis serré de près par (ces gens du) roi qui maintenant ont l’intention de me tuer ». Il raconta tout ce que nous avons dit en détail, puis il ajouta, en s'adressant à cet artisan : « Je désire que, par compassion pour moi, vous me fassiez une paire de souliers dont le talon soit devant et dont la pointe soit derrière ; quand on suivra la trace de mes pas, personne ne saura où je suis allé ». Le cordonnier lui répondit: « Je n’ai jamais fait de pareils souliers. » Il prononça alors cette gâthà :
J'ai déjà vu des souliers de toutes sortes de formes ; — j'en ai fait de toutes les dimensions possibles, — mais Jamais je n'ai fait de tels souliers — qui eussent le talon devant el le nez derrière.
Quand ce cordonnier eut fait les souliers comme il Le lui avait dit, il s’en chaussa et s'enfuit. Comme le mur du village était élevé et qu'il n’y avait pas d’endroit où il put le franchir, il sortit en allant dans le canal.
Cependant, les émissaires du roi, en suivant la trace de ses pas, avaient reconnu qu'il était entré dans la maison du cordonnier(1). Cependant le fils de pêcheur, éprouvant des sentiments de crainte, se jeta dans l'eau. Un roi-nâga l'apercut et l’'emmenadansson palais. Or, la nouvelle futtransmise jusqu’au roi que le fils de pêcheur s'était jeté dans l'eau
(1) Mais ils ne virent pas qu'il en était sorti, puisque, grâce à l'artifice des souliers tournés à rebours, les traces de pas paraissaient aboutir à la maison du cordonnier.
et qu'il se trouvait dans le palais du nâga. Le roi donna aussitôt cet ordre à ses ministres : +
« Faites venir tout ce qu'il y a dans mon royaume de gens connaissant les formules magiques. » Alors tous les magiciens, ayant été avisés, se rendirent auprès du roi; celui-ci leur dit : « Rendez-vous dans le palais de ce nâga et obligez par des formules magiques le nâga à vous amener (le fils du pêcheur). » Après avoir recu ces instructions, ils partirent.
Dans un autre lieu désert, il y avait un yaksa nommé Pin-k'ia-lo (Pingala) qui se nourrissait constamment de poisson et de chair (1); dans l’endroit où demeurait ce yaksa, les arbres eux-mêmes se desséchaient; à plus forte raison, comment un homme aurait-il pu y conserver la vie ?
Le roi-nâga, soumis aux formules magiques de tous ces magiciens, se trouva contraint de telle sorte qu’il ne put plus sauver (le fils de pêcheur). Alors, grâce à la force physique dont il était doué, il prit le fils de pêcheur (2)... l’emporta dans l'endroit désert où demeurait le yaksa et le déposa là. Le roi-nâga dit aux magiciens : « Ce que vous avez fait n’est pas une bonne action ; ce fils de pêcheur sera tué par le yaksa ; mais nous aussi nous en éprouverons du dommage. » Les magiciens lui demandèrent: « À quel moyen avez-vous eu recours ? » Le roi-nâga répondit : «Vous avez commis une action funeste ; vous m'avez tourmenté de telle sorte que, contraint, j'ai pris le fils du pécheur et je l’ai déposé dans un lieu désert pour qu'il soit tué par ce yaksa; mais cela ne vous sera pas profitable. »
(1) C’est-à- dire qu'il dévorait des êtres vivants. (2) Je ne parviens pas à comprendre ce que signifient les mots :
X A Din É SF LA F ER TK - Ils sembleraient donner à entendre que le nâga fit un paquet dans lequel il mit le fils de pêcheur et les magiciens pour les porter tous ensemble à l'endroit où était le yaksa. Mais la suite du récit prouve que seul le fils de pêcheur fut déposé par le nâga dans le voisinage du yaksa.
Ca mu tal de te ni sdtinntsi ads de nf
Alors les magiciens s’en allèrent les uns après les autres et retournèrent dans leur pays; ils dirent au roi: « Nous avons tourmenté le roi-nâga qui, contraint et poussé à bout, a transporté le fils de pêcheur dans un lieu désert où il sera mangé par le yaksa Pin-k'ia-lo (Pingala). » Le roi leur dit : « Vous avez fort bien agi ; mais il vous faut encore prendre des informations; peut-être n'est-il pas mort. »
Le fils de pêcheur, se trouvant dans le lieu désert, allait tantôt vers l’est, tantôt vers l’ouest. Or le yaksa Pin-k'ia-lo (Pingala) se tenait dans un endroit où étaient rassemblés autour de lui plusieurs chiens féroces. Quand le fils du pêcheur vit de loin ces chiens, il se dit: « Maintenant ma mort est certaine. » Cependant, ces chiens avaient apercu l’homme ; l’un d’eux recut l'ordre de s’élancer sur ses traces et de le saisir ; ce que voyant, l’homme s'enfuit au loin et grimpa sur un arbre. Le chien resta au pied de l’arbre ; le yaksa arriva ensuite ; il dit : « Cet homme n’a sans doute pas entendu dire que le yaksa à forme humaine Pin-k'ia-lo (Pingala) demeure dans ce lieu désert et que, si des gens viennent à passer par ici, ils doivent être tous mis à mort. Maintenant, descendez (de l'arbre) et venez ici. » L'homme répondit : « Je resterai Où je suis jusqu’à la fin de mes jours. » Comme le yaksa se tenait toujours là, il enroula ses vêtements en un sit-nai (?), les attacha à son corps et resta (sur l'arbre).
Puis cet homme voulut trouver un moyen pour partir ; il descenditde l'arbre et s'enfuit dans une certaine direction; le yaksa et ses chiens s’élancèrent à sa poursuite. Cet homme, se voyant suivi de près, enleva ses vêtements et les jeta sur le corps du yaksa de manière à l'en revétir complètement ; la meute des chiens prit alors le yaksa pour quelqu'un d’entre les hommes ; ils se jetèrent tous sur lui et le dévorèrent.
Ayant ainsi pu échapper, cet homme fit la réflexion sui-
vante : « J’ai un oncle qui est présentement un ascète et qui est sorti du monde ; il faut que je me rende auprès de lui. Dans l'endroit où demeure cet ascète, il y a des fleurs et des fruits, des jardins et des bois luxuriants et prospères ; toutes sortes d'oiseaux y font entendre des sons mélodieux. » En s’informant de lieu en lieu, lefils de pêcheur arriva dans l'endroit où était l’ascète. En ce moment arrivèrent aussi les émissaires du roi qui avaient pris partout des informations. Au moment où il était saisi par eux, le fils de pêcheur se jeta dans un ravin; les émissaires du roi purent saisir ses cheveux dans le vide ; ses cheveux restèrent entre leurs mains, mais luimême tomba au fond du ravin. Les émissaires du roi se dirent alors : « Cet homme est certainement mort ; nous tenons sa chevelure. » Ils vinrent auprès du roi pour lui présenter cette chevelure et lui dirent : « Maintenant nous avons mis à mort le fils de pêcheur. » Le roi fut très Joyeux et récompensa ses émissaires.
Cependant le deva protecteur du lieu où se tenait l’ascète vint dire à celui-ci: « Votre neveu est maintenant dans la détresse. Pourquoi ne prenez-vous pas cela en considération ? » L’ascète répondit : « Si je ne le protège pas, certainement il périra. » Or cet ascète était capable d'employer une formule magique grâce à laquelle un homme pouvait se transformer en femme, et une femme devenir un homme. L’ascète enseigna donc cette formule à son neveu, puis il lui dit : « Vous n’avez plus rien à craindre. » Quand le neveu eut obtenu cet enseignement de l’ascète, il se transforma en une belle femme dont l'aspect merveilleux l’'emportait sur celui des autres femmes ; il se rendit alors dans la ville de P’o-lo-ni-sseu (Vârânasi) et s'arrêta dans le jardin du roi. Quand les gardes du jardin virent cette belle femme, ils en éprouvèrent de la surprise et vinrent promptementauprès du roi; ilsdirent au grand roi : « Il y a maintenant une jeune femme belle
et parfaite qui est dans le jardin. » En entendant cette nouvelle, le roi répondit: « Amenez-la promptement. » Alors, avec un grand cortège magnifique, on alla la chercher et on l’amena dans le palais royal. Aussitôt le roi devint fort épris de cette belle femme. Quand il eut conçu cette passion violente, le présent roi soudain mourut. (Le fils de pêcheur) changea alors son corps de femme et devint un homme. Il se mit la couronne sur la tête et donna cet ordre aux principaux ministres qui gouvernaient le pays : « Nommez-moi roi par brevet. » En grande pompe donc les ministres et officiers le nommèérent roi par brevet. Un deva prononça cette gâthà :
Tant qu'un homme n'a pas la lêle coupée, il n’est pas perdu ; — il se relèvera et pourra faire telles ou telles actions ; — quelque dommage qu'il ait subi, on ne peut dire qu'il est perdu ; — c'est ainsi que le fils du roi Po-kiao (parut) perdu (et ne le fut pas).
(Prip:, ANIL58/,p: 806 rev
Autrefois, dans une montagne, se trouvait un vaste étang plein de fleurs ; un grand éléphant habitait au bord de cet étang ; sur l’autre bord demeurait un chacal dont le corps était sale et puant. Un jour, cet éléphant sortait de l’étang où il était allé boire lorsque le chacal voulut aussi boire au bord de l'étang. Le chacal dit à l'éléphant: « Écartez-vous de mon chemin ; sinon, il faudra que nous nous battions. » L’éléphant songea: « Cet être est on ne peut plus puant et sale; si je le foule aux pieds ou si je le tue soit avec ma trompe, soit avec mes défenses, dans tous les cas, je me souillerai. Maintenant,
je vais m'en retourner et c'est avec quelque chose de sale que je le tuerai. » Il prononça cette gâthà :
Ce n'est pas avec les pieds que je vous foulerai — et je n'emploierai pas non plus ma trompe, nimes défenses ; — je vous luerai en me servant d'un objet sale ; — c’est par l'ordure qu'on lue l’ordure.
L’éléphant fit encore cette réflexion : «Je m’en irai d’un autre côté; lui me suivra certainement. » Il se dirigea donc rapidement d’un autre côté; le chacal pensa alors: « Grâce à ce que je lui ai dit, il se retire effrayé. » Il se mit à marcher sur les pas de l'éléphant. Celui-ci, le voyant près de lui, lâcha avec une violence extrême un excrément qui frappa le chacal et causa sa mort instantanée.
(Prip., -XVIESS;, pe 860%.
Autrefois, non loin, de la brousse, il y avait un village où les arbres, les fleurs etles fruits étaient en abondance. Dans le voisinage se trouvaient deux troupes de singes dont chacune comptait cinq cents singes et avait un roisinge. Le premier de ces deux rois vit en songe que les cinq cents singes de l’autre bande précipitaient le second roi dans une marmite brülante; en faisant ce rêve, il conçut un grand effroi et tous les poils de son corps se hérissèrent. S'étant alors réveillé, il appela la multitude de ses singes et leur raconta le songequ'il avait fait en disant: « Ce que j'ai vu en rêve n’e:t pas bon; il nous faut maintenant abandonner ces lieux et transporter ailleurs notre résidence.» Tous les singes lui dirent : «Conformément à votre avis, Ô grand roi, il nous faut nous éloigner. » Le
. ice
Bodhisattva est un être doué d’une grande vertu redoutable ; les songes qu'il voit ne peuvent manquer d'être véridiques.
Le premier roi appela le second roi et lui dit : « Maintenant, voici ce que j'ai vu en songe. Il faut que vous alliez vous établir ailleurs. » Cet autre roi resta incrédule et lui dit : « Faut-il ajouter foi à tout ce qu’on voit en rêve ? S'il vous plait de partir, allez ou bon vous semblera. Quand à moi, je metrouve bien iciet je ne m'en irai point. » Le premier roi, voyant qu'il était incrédule, se mit à la tête des cinq cents singes auxquels il commandait et se transporta en un autre lieu.
À quelque temps de là, une servante se trouvait rôtir du blé dans le village lorsqu'un mouton vint auprès d’elle pour manger le blé; la servante frappa avec un tison enflammé le mouton dont le corps prit feu ; le mouton, pressé par l’ardeur du feu, s'enfuit et pénétra dans le quartier des éléphants du roi; dans ce quartier, il y avait de grandes quantités de fourrage. Le mouton, pour se débarrasser du feu qui le dévorait, se jeta sur le foin ;il enflamma ainsi les herbes et les arbres et tous les éléphants recurent des brülures.
Les hommes qui étaient préposés à la garde des éléphants en avertirent le roi. Celui-ci appela un médecin et lui dit : « Mes éléphants ont subi des brülures ; trouvez promptement quelque remède pour les guérir. » Ce médecin fit alors la réflexion suivante : « Autrefois, cette troupe de singes a endommagé mes récoltes; maintenant j'ai trouvé le moyen qui me permettra de me venger d’eux. » Il dit donc au grand roi : « Puisque ces éléphants ont reçu des brûlures, il faut prendre de la graisse de singe et en enduire leurs corps ; alors ils pourront guérir. » Aussitôt le grand roi ordonna à ses ministres de se mettre promptement en quête de graisse de singe. Pour obéir à sa volonté, les ministres appelèrentles chasseurs et les invi-
tèrent à chercher en toute hâte des singes et à les apporter. Les chasseurs, conformément aux instructions qu'ils avaient reçues, allèrent en tous lieux capturer des singes. Ainsi le roi-singe incrédule et tous ses cinq cents singes furent chargés de liens et amenés auprès du roi. Ce médecin, poussé par la vieille haine qu'il avait conçue contre eux, prit tous ces singes et les jeta vivants dans une marmite bouillante.
Alors un deva prononça du haut des cieux cette gâthà :
Il ne faut pas demeurer près de personnes qui se haïssent, — aussi bien dans les villes que dans les villages et à la campagne. — Parce que la servante s'irrita contre le mouton qui mangeait du blé, — les singes furent fondus (dans la marmile).
(rip XNII/9,"p"88"°)
Autrefois, dans un autre endroit que celui-ci, vivait un roi des rats qui avait avec lui cinq cents rats, ses parents.
Il y avait aussi un chat nommé « Flamme » qui, au temps où 1l était jeune, avait mis à mort tout ce qu'il trouvait de rats ; plus tard, étant devenu vieux, il fit cette réflexion : « Autrefois. quand j'étais jeune, ma force était grande et c'est grâce à elle que je prenais les rats pour les manger. Maintenant, me voici décrépit par les ans et ma force a diminué, en sorte que je ne puis plus faire de captures ; à quel stratagème aurai-je recours pour prendre les rats ? » Après qu'il eut eu cette pensée il regarda tout autour de lui et s’apercut que, dans ce lieu, demeurait un roi des rats avec cinq cents rats qui étaient ses parents. Il se rendit auprès du trou des rats et feignit