‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 65 sur 72 · CRE · texte numérisé non relu

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d’être assis en contemplation. Cependant les rats sortirent du trou pour se promener ; ils virent le vieux chat qui, dans une attitude immobile, restait assis en contemplation. Ces rats lui demandèrent : « O mon oncle, que faites-vous là présentement ? » Le vieux chat leur répondit : « Autrefois, quand j'étais jeune et que ma force était grande, j'ai commis des crimes innombrables ; maintenant je désire pratiquer une conduite productrice de bonheur afin d’effacer mes anciens péchés. » En entendant ce discours, les rats conçurent tous l’excellente pensée que maintenant le vieux chat mettait en pratique la loi vertueuse ; alors donc, avec les autres rats, ils tournèrent autour du vieux chat en le laissant à leur droite, et, après avoir fait trois tours, ils rentrèrent dans leur trou. Mais le vieux chat prit celui d’entre eux qui était le plus en arrière et le mangea. En peu de temps, les rats diminuërent en nombre. Quand le roi des rats s’en fut aperçu, il songea : « Le nombre de mes rats diminue graduellement, tandis que la santé de ce vieux chat devient fort prospère. Il y a à cela quelque cause. » Ce roi des rats se mit alors à faire des examens et constata que, dans les excréments du vieux chat il y avait des poils et des os de rat; ayant ainsi reconnu que c'était le vieux chat qui mangeait ses rats, il pensa qu'il voulait surveiller avec attention le moment où le chat se saisirait d’un rat; il observa de l’inté. rieur de son trou le vieux chat et il le vit qui prenait le dernier des rats et le dévorait. Après avoir vu cela, le roi des rats prononça cette gâthâ, en se tenant debout hors de portée (du chat) :

Vieux chal, votre corps engraisse peu à peu, — landis que la foule de mes rats diminue graduellement. — Si vous mangiez des céréales, des fruils, des racines el des feuilles, — il ne devrait pas y avoir dans vos excréments des poils el des os.

Quand, maintenant, vous vous livrez à La contemplalion,

on ne peul pas dire que ce soil par vertu ; c'est en vue de votre profil que vous feignez d'être un personnage qui fait le bien. Je vous souhaile bonne santé ettranquillité, mais, pour ce qui est de moi et de mes rals, vous n'en mangerez maintenant plus.

(Trip., XVII, 3, p. 89 r°-v°.)

Autrefois il y avait un chacal qui était fort glouton ; il parcourait les villages en cherchant partout de quoi manger. Un jour, il vint chez un teinturier et, par inat-. tention, tomba dans un baquet plein d’indigo; le teinturier, l'ayant apercu, le retira et le jeta à terre ; alors, le chacal se roula dans de la cendre, puis, voyant que son corps était tout souillé et malpropre, il entra dans le fleuve, s’y baigna et partit. Les poils de son corps étaient devenus lisses et paraissaient de couleur indigo. Or, la foule des chacals, voyant la couleur extraordinaire de son pelage, en concut un profond étonnement; ils se réunirent pour lui demander qui il était ; il répondit: « Je suis lenvoyé du souverain Çakra, roi des devas; il m'a donné mandat d’être roi des animaux. » Les autres chacals songèrent alors que, bien que son corps fût celui d’un chacal, sa couleur n'était pas celle de leur race ; ils en informèrent donc un lion qui, à son tour, Le dit au grand roi-lion ; celui-ci envoya un émissaire en le chargeant de faire une enquête pour discerner le vrai du faux.

Quand ce délégué fut arrivé, il vit ce chacal couleur d’indigo monté sur un grand éléphant blanc ; les animaux divers l’entouraient de toutes parts comme s'ils eussent servi le roi des animaux. Après avoir assisté à ce

spectacle, le délégué revint aupres de son roi et lui raconta ce qui vient d’être dit. Quand le roi-lion eut entendu ce rapport, il se rendit avec toute son armée à l'endroit où se trouvait cette autre multitude; il vit le roi-chacal monté sur un grand éléphant blanc; la multitude des animaux l’entourait ; les tigres ainsi que les léopards et les bêtes très fortes se tenaient à ses côtés; quant aux autres petits chacals, ils demeuraient au loin et à l'écart.

(Le roi-lion) en conçut dans son cœur de l'indignation et il imagina alors un stratagème : il délégua un des chacals en le chargeant d'appeler la mère du roi. Cette mère demanda (à l’envoyé) : « Dans l’endroit où est mon fils, qui sont ses compagnons ? » Le chacal répondit : « Parmi eux il y a des lions, des tigres et des éléphants. Moi, je demeure dans une administration extérieure. » La mère répliqua : « Si vous partez, cela causera certainement la mort de mon fils. » En même temps elle pro-

nonça cette gâthà :

Je suis heureuse au milieu des ravins de la montagne ; — en tout temps je puis boire de l'eau pure et fraîche. — Si mon fils ne fait pas entendre le glapissement du chacal, — il pourra rester sur l'éléphant et jouir de la tranquillité el de la jote.

A son retour, l’envoyé dit à ses congénères: « C’est un chacal et il n’est pas de la race royale. Dans la montagne, j'ai vu moi-même sa mère. » Ses compagnons répliquèrent : «Il faut que nous le mettions à l'essai. » Ils se rendirent alors auprès (du roi-chacal). C’est une règle pour les chacals que, au moment où l’un d’eux glapit, si les autres ne glapissent pas, les poils de leur corps tombent. Comme les autres chacals avaient glapi, le roi-chacal fit cette réflexion: « Si je ne glapis pas, mes poils vont tomber à terre ; si, d’autre part, je descends de l’éléphant pour glapir, je serai certainement tué par lui; il vaut mieux maintenant que je glapisse en restant sur

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l'éléphant. » Il poussa donc un glapissement. L’éléphant, voyant qu’il avait affaire à un chacal l’enleva avec sa trompe et le tua en le foulant sous ses deux pieds de devant. Dans les airs, un deva qui avait vu la scène prononça cette gâthà :

Que ce qui doit être au-dedans soit au-dehors, — que ce qui doit être au-dehors soit au-dedans, — ce sont choses qui ne sauraient convenir, — et qui sont comparables au chacal monté sur l'éléphant.

(lripi XNUS3:;:p 89 7°)

Autrefois il y avait deux éléphants, le mari et la femme, qui demeuraient dans les solitudes de la montagne. La femelle était débauchée et avait des relations avec un autre éléphant ; séduite par lui, elle voulut le suivreets’en aller ; mais elle craignait que son mari ne s’aperçût de la chose et ne s’y opposât. Comme elle était entrée dans le fleuve avec l’éléphant son mari pour s’y baigner, elle lui dit: « Qui de nous pourra rester le plus longtemps sous l’eau sans sortir ? » Le mari s'écria que c'était lui. Ils entrèrent donc ensemble sous l’eau ; mais la femelle et son séducteur (1) profitèrent du moment où le mari n’était pas encore sorti pour s’enfuir secrètement. Après être resté longtemps sous l’eau, le mari sortit une fois et regarda, mais les deux autres éléphants étaient invisibles ; il rentra aussitôt sous l'eau (2) et fit ainsi par deux et par trois fois jusqu'à ce qu'il se trouvât extrêmement fatigué. Il sortit alors de

(1) Le texte dit simplement : « les deux autres ».

(2) I croit que sa femme est toujours sous l’eau et il continue donc le jeu commencé.

- LR ce 7: HE n'd. De

l’eau et chercha sa femme sans la voir; il explora l’eau en tous lieux et, tandis qu’il tâtait ainsi de son pied au hasard, une multitude innombrable d’êtres vivants périrent. Alors dans les airs un deva prononca cette gâthà :

Quoique le corps de cet éléphant soit bien gros, — son intelligence est fort mince ; — sa belle épouse a élé emmenée par un autre — el il lue inconsidérément toules sortes d'être doués d'intelligence.

ExTraiTs DU KEN PEN CHOUO YI TS'IE YEOU POU P'I NAI YE YAO CHE (1)

(Trip, XNIE;h, p.32 -v°-33 r°.)

Autrefois il y avait un village près duquel demeuraient cinq cents singes; toutes les moissons en herbe étaient ravagées par ces singes. Les gens du village tinrent conseil pour discuter à quels moyens ils auraient recours pour mettre fin à ce fléau. Parmi eux, quelqu'un émit l'avis qu'il fallait tuer tous ces singes à la fois et qu'ainsi on mettrait fin au fléau, et, comme on lui demandait comment on pourrait les tuer, il répondit : « Qu'on abatte tous les arbres qui sont des quatre côtés du village et qu'on laisse seulement un arbre à kakis ; quand les fruits en seront mürs, tous les singes se rassembleront sur cet arbre afin de les manger. Alors on pourra les

D) À St — Ù À 5 HE À IP € . Cet ouvrage, en 18 charitres, est relatif à la discipline des Mülasarvâstivädins ; il a été traduit au commencement du huitième siècle de notre ère par }i-ising ; il occupe, dans le Tripitaka de Tôkyô, les pages 1-80 du fascicule 4 du tome XVII. Comme ce texte chinois ne figure que dans l'édition de Corée, il ne se trouve pas mentionné dans le Catalogue de Bunyiu Nanjio.

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