‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 66 sur 72 · KEN PEN CHOUO YI TS’IE YEOU POU P'I NAI YE YAO CHE (N · texte numérisé non relu

KEN PEN CHOUO YI TS’IE YEOU POU P'I NAI YE YAO CHE (N

tuer. » Les hommes se mirent donc en devoir de couper les arbres ; ils les abattirent tous et ne laissèrent qu’un seul arbre tout autour duquel ils disposèrent des épines ; ils placèrent un homme qui devait exercer une surveillance constante afin d’avertir les autres lorsque les singes seraient tous montés sur l’arbre.

Parmi tous ces singes, il y en eut un qui vint dire au roi-singe : « L'arbre à kakis est maintenant parvenu à maturité ; 1l nous faut y aller ensemble pour cueillir les fruits et les manger. Les singes se rassemblèrent donc sur l'arbre à kakis. Quand les hommes en furent informés, ils accoururent munis de couteaux et d’armes au pied de l'arbre et se disposèrent à abattre celui-ci. Ces singes, saisis de frayeur, allaient et venaient de branche en branche. Seul le roi-singe ne manifestait pas la moindre inquiétude et continuait paisiblement à manger des fruits. Les singes dirent à leur roi: « Nous nous trouvons en péril ; comment pouvez-vous manger des fruits sans avoir aucune crainte ? » Le roi-singe leur répondit par cette gâthà :

Toules les fois qu'un homme est en bulle aux difficultés, — quelque obstacle (1) se produit de lui-même. — L'arbre est gros et en définitive on aura peine à le couper. — IT vous faut manger sans crainte.

Or, dans le nombre de ces singes, il y avait un petit singe qui se trouvait dans le village où précédemment il avait été pris et attaché (2); il se frappait les joues et s’affligeait. D’autres singes (3), voyant son chagrin, se mirent à consoler leur congénère en lui disant : « Pourquoi vous affligez-vous et restez-vous là à vous frapper les joues ? »

(1) Il faut entendre : quelque obstacle qui empêchera d'agir ceux qui veulent du mal à cet homme.

(2) Avant que les singes fussent montés sur l'arbre, l'un d'eux avait été pris par les gens du village qui l'avaient emporté chez eux et attaché.

(3) Des singes qui ne faisaient pas partie de la bande des cinq cents singes.

Le petit singe répondit : « Excellents amis, sachez-le, comment pourrais-je ne pas m'affliger ? Puisque les gens de ce village veulent tuer tous mes parents, comment pourrais-je ne pas m'affliger ? » Ses interlocuteurs lui ayant demandé pourquoi il ne faisait pas présentement tous ses efforts (pour les secourir), le petit singe leur répondit : « Je me trouve attaché; comment pourrais-je faire tous mes efforts ? » Les autres répliquèrent: « Nous allons vous délivrer. » Quand le petit singe eut été mis en liberté par eux, il sema aussitôt le feu dans le village qui flamba de tous côtés. Les gens du village poussèrent de grandes clameurs; quand les hommes qui coupaient l'arbre entendirent ces appels, ils furent tous frappés de frayeur et se dirent les uns aux autres : « Ces singes sont loin de nous et ne peuvent guère nous faire de mal ; puisqu'il y a un incendie, il faut pour le moment que nous allions là-bas afin de porter secours. » Ils coururent donc tous au village ; alors cette multitude de singes descendit de l'arbre, et, sauvée du danger, s’enfuit. |

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(Autrefois le Bodhisattva) était un oiseau qui avait une

double personnalité ; sur un seul corps il avait deux têtes’

dont l’une se nommait 7 a-mo (Dharma), et dont l’autre se nommait AÀ-la-mo (Adharma). En ce temps 7'a-mo mangeait des fruits bons et doux ; mais ensuite A-/a-mo mangea un fruit vénéneux. Tous deux furent alors tristes et désolés et se mirent àfaire des projets l’un à l’égard de l’autre. L’un d’eux formula ce méchant souhait : «Puissé-je dans toutes les conditions où je serai, d'existence

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en existence, être pour vous un mauvais compagnon qui sera capable de vous nuire. » Le second conçut ce vœu : « Puissé-je, dans toutes les conditions où je serai, d’existence en existence, faire toujours agir mes sentiments de bienveillance envers vous et vous être utile (1) ».

Crip ANT bp 80 2

Alors les bhiksus dirent encore au Buddha : « O bhadanta, honoré du monde, quel acte avez-vous autrefois commis pour que, même après avoir réalisé en vous l'intelligence parfaite, vous soyez encore sujet à des douleurs qui vous font souffrir du dos ? » Le Buddha dit: « O bhiksus, quand le Tathâgata a vécu autrefois dans d’autres conditions, les actes qu’il a alors accomplis, il en supporte aujourd’hui encore les conséquences ainsi que cela a été déjà été exposé en détail. O bhiksus, dans les temps passés, il y avait un lutteur qui allait de royaume en royaume. Il arriva dans la ville d’un roi ; or ce roi, lui aussi, avait un grand lutteur d’une force sans égale. Ces deux lutteurs se connaissaient, et, parce qu’ils désiraient des récompenses de prix et des vêtements, ils luttèrent l’un contre l’autre. C’est une règle qu’observent toujours les lutteurs de commencer par se serrer la main; ils reconnaissent ainsi qui est le plus fort et qui est le plus faible. Quand le lutteur venu du dehors eut pris la main du lutteur du roi, il sut que cet homme fort ne pourrait pas être vainqueur. Le lutteur de la ville du roi dit à celui qui était venu du dehors: « Sachez que toute ma

(1) Ta-mo, c’est le Buddha ; A-fa-mo, c'est Devadatta.

Le

famille est ici et a constamment demeuré dans la ville royale où elle jouit d’une bonne réputation depuis plusieurs générations. Je sais que vous êtes fort; ne m’accablez pas de vos coups, afin que ma famille ne soit pas blâmée ; j'ai une jolie fille que je vous donnerai en mariage. » Quand l’autre eut entendu ces paroles, il assuma silencieusement le rôle du plus faible, et pendant trois séances il en fut ainsi, mais comme en définitive on ne lui avait pas donné la fille, il en concut de l’impatience ; lorsque vint la quatrième séance, au moment où il luttait contre son adversaire, il trouva le moyen de le soulever en l'air et, avec toute la force que lui donnait la colère, il le jeta à terre. Le lutteur du roi eut l’épine dorsale rompue et mourut. Or, à bhiksus, qui pensez-vous qu'étaient ces gens? dans les temps anciens, le lutteur qui vint du dehors, qui se battit contre le lutteur du roi et qui le fit périr en lui brisant l’épine dorsale, ce n’est personne autre que moi. À cause de cette mauvaise action, pendant d'innombrables centaines et milliers d'années, je suis tombé dans les enfers et j'y ai subi toutes sortes de punitions; par un effet de ce qui reste de cette action, même après avoir réalisé en moi l'intelligence parfaite, je suis encore sujet à avoir des douleurs dans le dos. »

ExTRAITSs DU KEN PEN CHOUO YI TS'IE YEOU POU | PNALYE

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Autrefois, dans une forêt sauvage demeurait une lionne qui était pleine ; toute lionne, lorsque le jour où elle va mettre bas est proche, rassemble à l'avance beaucoup de viande et ensuite elle met bas ses petits. Cette lionne donc, afin de se procurer de la viande, se rendit dans l’endroit où était un troupeau de bœufs et se mit à le poursuivre. Or une vache qui avait récemment mis au jour un veau, marchait la dernière parce qu’elle voulait protéger son petit ; elle fut alors tuée par la lionne qui l’emporta dans la forêt sauvage ; le veau, pressé par son désir de téter, suivit sa mère morte. Quand la lionne fut arrivée dans son lieu de résidence, elle l’apercçut et se dit: « Ce petit veau, je vais aussi le prendre.» Mais

(1) Cette traduction chinoise du Mülasarvâstiväda nikâäva vinaya a été faite en l'année 703 par } i-{sing. Elle occupeles fascicules 8 et9 du tome XVI dans le Tripitaka de Tôkyô. Elle est mentionnée dans le Catalogue de Nanjio sous le n° 1118.

ensuite elle fit cette réflexion : « Il ne faut pas que je le tue ; si je mets au monde un petit, ce sera pour lui un ami etils s’amuseront ensemble. » Elle mit bas alors un petit et elle allaita en même temps le lionceau et le veau ; ceux-ci grandirent peu à peu. Plus tard, la lionne tomba malade et se sentit près de mourir ; elle appela alors les deux petits et leur donna cet avertissement : « Vous êtes deux enfants que j'ai nourris du même lait et je n’ai fait aucune différence entre vous ; vous devez donc être frères ; mais il faut que vous sachiez que, dans ce monde, les gens habiles à semer la discussion, qui forgent des discours flatteurs, remplissent tout le Jambudvipa. Après que je serai morte, il importe que vous vous regardiez l’un l'autre avec amitié et que vous ne prêtiez pas l'oreille aux paroles qui vous rendraient hostiles l’un à l’autre. » Après qu'elle eut ainsi parlé, elle mourut.

(Le Buddha dit) : « Vous tous, ô bhiksus, sachez que (la mort) est la règle constante pour toutes les lois »; puis il prononça cette gâthà :

Tout ce qui forme un agréqat doit se dissoudre ; — out ce qui est élevé doit s'effondrer ; — tout ce qui est uni doit se séparer ; — tout ce qui a vie revient en définitive à la mort.

Après que la vie de la lionne eut pris fin, il arriva que, par la suite, son petit prit de beaux cerfs de grande taille ; il eut pour se nourrir de la viande chaude et du sang chaud et il grandit en stature de jour en jour ; quant au bœuf, à cause de la force qu'il avait tirée de la lionne, il mangeait autant qu'il lui plaisait des herbes luxuriantes qu'il trouvait et il devint gras et robuste. Or un vieux chacal fit cette réflexion: « Je vais essayer de voir où demeure ce roi-lion ». Il le suivit donc par derrière et arriva au milieu de la forêt ; il vit que le roi-lion et le roibœuf étaient deux bons amis; il eut alors cette pensée : « Tous deux devront entrer dans mon ventre ; il faut que

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jinvente un stratagème pour les désunir en sorte qu ils s’entre-tuent. »

Le chacal attendit donc que le lion fût parti, puis il vint auprès du roi-bœuf et se tint là, les oreilles pendantes. C’est une coutume du pays du Saint que, lorsqu'on s'adresse à quelqu'un de plus âgé que soi, on lui dise « mon oncle», et que,lorsqu’on s'adresse à quelqu'un de plus jeune que soi, on lui dise « mon neveu ». Le bœuf, voyant que le chacal était vieux, l’interpella en ces termes : « Mon oncle, est-ce le vent chaud qui a soufflé sur votre corps pour que, accablé de lassitude, vous laissiez pendre vos oreilles? » Le chacal répondit : « Mon neveu, comment ne s’agirait-il que du vent chaud qui aurait soufflé sur mon corps ? c'est bien plutôt parce que j'ai appris une nouvelle qui est comme un feu dévorant. » Le bœuf ayant demandé quelle était cette nouvelle, le chacal répondit : « J'ai entendu le lion prononcer ces paroles : « Ce bœuf qui amasse de la chair (1) où peut-il bien être allé ? lorsque je n'aurai plus de viande, je le tuerai, afin de remplir ma bouche et mon ventre. » Le bœuf répliqua : « Mon oncle, ne parlez pas ainsi. Quand notre mère mourut, elle nous donna à tous deux cet avertissement : « Vous êtes deux enfants que j'ai nourris du même lait (2)... que yous ne prêtiez pas l’oreilleaux paroles qui vous rendraient hostiles l’un à l’autre. » Le chacal reprit: « Mon neveu, puisque telles sont vos dispositions,

(1)Les mots JE A HZ 2F ne peuvent signifier que « ce bœuf qui est un amas de chair » ; il est probable cependant qu'il faut lire JE 2 J “# et traduire : « Ce bœuf qui amasse de la chair. » Plus loin, en effet, le chacal prétendra que le bœuf a dit, en parlant du lion JE ff i fi $ : « Ce

lion qui dévore de l'herbe. » Ainsi, nous avons affaire ici à une double calomnie du chacal voulant faire croire que le lion accusait faussement le bœuf dé lui nuire en amassant de la chair, et que le bœuf reprochait

injustement au lion de lui manger son herbe.

(2) Je supprime dans la traduction la reproduction textuelle des paroles qu'on a lues plus haut (p. 426, lignes 8-14).

le jour de votre mort est proche. Je vous ai donné un bon conseil, mais je n’ai pas été écouté ». Le bœuf dit : «Mon oncle, à quel signe pourrai-je reconnaître qu’il va me tuer ? » Le chacal répondit: « Mon neveu, quand ce lion sortira de son antre, il ébranlera tout son corps, poussera trois rugissements et regardera au loin dans les quatre directions de l’espace ; après avoir fait cela, il s’avancera au-devant de vous ; alors vous saurez que le moment est venu où il veut vous tuer. » Après avoir ainsi parlé, le chacal quitta le bœuf et il partit.

Il se rendit alors auprès du lion et se tint là les oreilles pendantes. Quand le lion l'eut vu, il lui demanda: « Mon oncle, est-ce le vent brülant qui a atteint votre corps pour que, accablé de lassitude, vous laissiez pendre vos oreilles ? » Le chacal répondit: « Mon neveu, comment ne s’agirait-il que du vent brülant qui aurait angoissé mon corps ? C’est bien plutôt parce que j'ai entendu une mauvaise parole qui est comme un feu dévorant. » Le lion ayant demandé qu'elle était cette nouvelle, le chacal lui répondit : « Mon neveu, j'ai entendu le roi-bœuf tenir ces propos: « Ce lion qui dévore de l’herbe, où peut-il bien être allé ? Sa mère, autrefois, a tué injustement la mienne ; maintenant je suis bien décidé à lui fendre le ventre. » Le lion répliqua : « Mon oncle, ne parlez pas ainsi. Quand notre mère mourut, elle nous donna à tous deux cet avertissement : Vous êtes deux enfants que j'ai nourris du même lait(1).. que vous ne prétiez pas l'oreille aux paroles qui vous rendraient hostiles l’un à l’autre.» Le chacal répondit: « Mon neveu, puisque telles sont vos dispositions, le jour de votre mort est proche. Je vous ai exposé ce qui vous était avantageux, mais je n'ai pas été écouté. » Le lion dit: « Mon oncle, à quel signe reconnaîtrai-je qu'il veut me tuer?» Le chacal répondit : « Mon neveu,

() CE p.427 n.2.

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quand ce roi-bœuf sortira de sa caverne, il secouera tout son corps, puis il mugira et de son sabot il grattera le sol ; après avoir fait cela, il s’avancera au-devant de vous ; vous saurez alors que le moment est venu où il veut vous tuer. » Après avoir ainsi parlé, le chacal le quitta et partit.

Or, sachez, ôÔ bhiksus, que ce roi-bœuf et ce lion, lorsqu’ils sortaient de leurs cavernes, agissaient toujours de la manière que le chacal avait décrite, sans avoir pour cela aucune mauvaise intention. À quelque temps de là, le lion sortit de son antre; il secoua tout son corps,

poussa trois rugissements, regarda au loin dans les quatre

directions, puis s’avança vers le bœuf. Le bœuf, de son côté, était sorti de sa caverne ; il avait secoué tout son corps, avait poussé un mugissement, avait gratté le sol de son sabot et s’était avancé vers le lion. C’est ce que tous deux avaient fait constamment auparavant, mais sans y prêter aucune attention. Mais, cette fois, comme ils avaient dans leur cœur une pensée de désunion, ils remarquèrent chacun ce que l’autre avait fait. Quand donc le bœuf vit le lion qui venait vers lui en agissant de cette façon, il se dit: « Il veut me tuer ». Le lion, de son côté, voyant la manière dont s’était comporté le bœuf, pensa aussi que celui-ci voulait le tuer. Aussitôt le lion abattit ses griffes sur la nuque du bœuf pendant que le bœuf crevait avec ses cornes le ventre du lion. Au bout d'un instant, tous deux étaient morts.

Il y eut alors dans les airs un deva qui prononça cette gâthà : |

Si on prêle l'oreille aux propos des méchants, — cerlainement il n'en résultera rien de bon ; — la lionne leur avait dit de s’aimer muluellement ; — le chacal les fil se battre à mort.

(Trip., XVI, 9, p. 12 r°-v°.)

Autrefois, dans un étang, il y avait une multitude d'oies et de tortues qui demeuraient ensemble là. Or, une de ces tortues avait fait amitié avec deux oies et une grande affection les unissait. Il advint plus tard qu'il y eut une sécheresse prolongée et que l’eau de l'étang fut près de se tarir. Les deux oies se rendirent alors auprès de la tortue et lui dirent : « Amie, il vous faut rester paisiblement dans cette vase ; pour nous, nous irons chercher ailleurs l’eau de quelque autre étang. » La tortue leur répondit : « J'ai longtemps habité avec vous et nos sentiments se conviennent ; au moment où vontse présenter des temps difficiles, que vous m’abandonniez pour aller ailleurs, c’est en vérité ce qui ne saurait être. » Les oïes lui dirent : « Qu'y voulez-vous faire ? — Emportez-moi avec vous », répliqua la tortue. Les oies ayant demandé comment elles l’emporteraient, la tortue dit : « Prenez ensemble dans votre bec un bâton dont je mordrai le milieu et nous irons de compagnie dans un.étang aux eaux claires. N'est-ce pas une bonne idée ? » Les oies répondirent : « Pour notre part, nous ne nous refusons point à vous emporter avec nous; mais vous êtes d’un tempérament bavard et vous ne savez pas maîtriser votre bouche ; il arrivera donc certainement que vous lâcherez le bâton et que vous tomberez dans l’espace; ce que voyant, nous serons fort affligées. » La tortue dit : « Je saurai maîtriser ma bouche et tenir le bâton sans parler. » Les oies, ayant alors approuvé le projet, se procurèrent un bâton ; chacune d'elles en prit une extrémité dans son bec; la tortue en saisit

ca te

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le milieu avec sa bouche et toutes trois s’envolèrent dans les airs. Elles arrivèrent à une ville et passèrent au-des-

sus de la place du marché; tous les gens de cet endroit,

voyant les oies emporter la tortue dans les airs, en conçurent une vive surprise et ils s’interpellaient les uns les autres en disant : « Braves gens, voyez ces oies qui ont dérobé ensemble une tortue. » En entendant ces paroles, la tortue supporta la chose en silence et ne dit rien. Elle arriva à une autre ville où elle passa encore une fois audessus de la place du marché ; aussitôt tous les hommes et les femmes se mirent à s’exclamer ; la tortue fit cette réflexion : « Vais-je encore avoir à supporter cette peine de rester le cou allongé et de maîtriser ma bouche sans dire mot ? » Aussitôt elle déclara : « C’est moi qui ai voulu partir; ce ne sont pas les oies qui sont venues me dérober. » Mais au moment où elle prononça ces paroles, elle lâcha le bâton et tomba sur le sol ; les enfants la frappèrent ensemble jusqu'à ce qu’elle mourût; après avoir vu cela, les oies pénétrées de tristesse et de regret s’en allèrent en volant dans les airs. Alors, dans l’espace, un deva qui avait été témoin de ces événements prononca cette gâthà :

Pour ce qui est des paroles qui seraient profilables à des amis, — si on ne sait pas les employer à propos, — on

tombe el on éprouve des peines — comme la lorlue qui avail lâché le bâlon.

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