‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 69 sur 72 · LAN ES · texte numérisé non relu

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ils eurent constaté ce qui était arrivé, dirent à leur père: « O bon père, en vérité votre vertu productrice de bonheur a pris fin ; dans les marmites mêmes où nous avons vu qu'on mettait du riz blanc et qu’on plaçait du bon. beurre, ces aliments se sont transformés, après la cuisson, en riz rouge et en vinaigre. »

Ayant entendu ces paroles, leur père fit cette réflexion : « Depuis mon jeune âge, je n'ai commis aucune tromperie; quand j'ai eu recours à des moyens de gagner ma vie, je n’ai jamais recherché les richesses par des procédés illicites ; pourquoi maintenant mon activité productrice de bonheur aurait-elle pris fin ? il faut que ce soit ces femmes à la conduite mauvaise qui ont eu recours à quelque artifice pour se jouer de moi. » Le vieillard attendit donc un moment oùil n’y avait personne ; il entra seul dans la cuisine et palpa les ustensiles de ménage ; il saisit à tâtons les deux marmites et constata que toutes les deux avaient une cloison à l’intérieur ; il prit alors ces marmites, les cacha dans un lieu secret, et, lorsque ses fils revinrent, il les leur présenta en leur disant : « Il vous faut savoir que ce n'est pas mon bonheur qui a pris fin; c'est maintenant le bonheur des marmites qui a pris fin. » Il prononca cette gâthà :

Mes fils, il vous faul savoir — que les aulres marmiles ont un orifice el une panse uniques ; — mainlenant, si mon aclivilé productrice de bonheur a pris fin, — c'est parce que une seule marmile s’est trouvée avoir deux panses.

En voyant cela, les fils s’irritèrent contre leurs épouses et frappérent avec sévérité chacun la sienne en leur disant : « Si vous agissez encore ainsi, nous vous battrons cruellement et nous vous chasserons de la maison. » Après qu’elles eurent entendu ces paroles, Les femmes se dirent : « Ce vieux brahmane a lié partie avec ses fils dans l’intention de nous nuire. Il faut que nous trouvions quelque autre moyen pour interrompre son principe de vie.» En

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ce moment, un charmeur de serpents vint à entrer dans leur demeure ; elles lui demandèrent s’il avait un serpent venimeux à vendre. Il répondit : « Quelle sorte de serpent voulez-vous ? Le voulez-vous vivant ou mort ? » Elles dirent qu’elles le voulaient mort. Il songea alors : « Dans quelle intention ces femmes me demandent-elles un serpent mort ? Ne serait-ce pas parce qu'elles ont le désir de faire périr le vieux brahmane ? » Il leur dit : « Quel prix voulez-vous y mettre ? — Celui que vous exigerez », répondirent-elles. Or, pour ce qui est des serpents venimeux, quand on les tourmente, leur venin se loge en deux endroits, à savoir la tête et la queue. Le charmeur de serpents fit donc sortir un serpent noir; il l’irrita en le frappant avec une baguette, puis, il lui coupa la tête et la queue ;il prit alors la partie centrale et la remit aux femmes. Quand celles-ci l’eurent en leur possession, elles se mirent à en faire du bouillon ; après que le bouillon eut été cuit, elles l’apportèrent au vieillard en lui disant : « O grand vieillard, nous avons du bon bouillon de viande ; pouvez-vous en manger ? » Le brahmane pensa alors: «Où ont-elles pris de la viande pour me faire du bouillon ? Ne serait-ce pas quelque tour par lequel elles veulent me tuer ? » Mais il pensa ensuite : « Je suis maintenant vieux et malade. Il n'y a personne qui souhaite me conserver ; à quoi me sert de vivre ? Que ce soit à tort où à raison, je vais en manger. » Il dit donc à ses belles-filles : « S'ilest vrai que vous ayez du bouillon de viande, donnez-le moi à manger. »

Or, par la force des effluves de ce bouillon, les pellicules qui recouvraient ses yeux s’ouvrirent, et, petit à petit, il put discerner les objets. Cependant, par ruse, il dit: « Je me meurs, je me meurs. » En l’entendant parler ainsi, ses belles-filles, qui désiraient que sa vie se terminât promptement, lui dirent : « Il y a encore du bouillon ; voulez-vous achever de le manger ? » Sur sa réponse affir-

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