‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 70 sur 72 · PI NAI YE (N · texte numérisé non relu

PI NAI YE (N

mative, ses belles-filles lui donnèrent tout ce qui restait ; il en mangea de nouveau et ses yeux devinrent clairs; il jeta ses regards à su et à droite et aperçut toutes choses distinctement. Il s’en réjouit secrètement, mais, par ruse, il ferma les yeux et ne se leva pas.

Ses belles-filles, comme au temps où ses yeux étaient malades, commirent toutes sortes de mauvaises actions en sa présence ; le brahmane saisit alors un bâton etse leva brusquement en leur disant : « Maintenant, je vous vois ; n’agissez plus ainsi. » Alors toutes ces femmes furent atterrées et ne répondirent rien.

(Prin XNA 9 pb 314-395 P.)

Dans les temps passés, il y avait un grand roi qui se nommait F'an-mo-ta-lo (Brahmadatta). Il y avait alors dans la région du Nord'un marchand qui faisait le commerce des chevaux ; il était venu dans le royaume du Milieu (Madhyadeça) en chassant devant lui cinq cents chevaux; or ce marchand possédait une jument qui soudain se trouva enceinte ; elle portait un petit de l'espèce des chevaux intelligents (2) ; à partir du jour où elle conçut, tous les autres chevaux de la horde cessèrent de hennir ; le marchand se disait donc : « Tous ces chevaux auraient-ils une maladie ? Comment se fait-il que, depuis plusieurs jours, ils

(1) Cf. l'analyse de ce conte par M. Ed. Huber (B. E. F. E. O.,t. VI,

(2) Il s'agit d’un açvâjâneya, ou cheval du roi Cakravartin, Le mot « intelligent » qu'emploie le traducteur chinois, paraît provenir d'une fausse étymologie du mot âjäneya qu'on aurait rattaché à la racine jnà —

connaître, au lieu de jan — naître.

n'aient plus henni et qu'ils ne bondissent plus? » Plus tard, quand la jument donna le jour à son petit, les cinq cent chevaux restèrent immobiles, l'oreille basse, et n’osèrent plus renâcler en faisant du bruit. Ce que voyant, le marchand eut alors cette pensée : « Pourquoi cela se produit-il ? C’est cet animal de malheur qui, en donnant le jour à un cheval dans la harde, a fait que tous mes chevaux sont devenus malades. » Il monta constamment cette jument et ne lui donna ni herbes, ni céréales de bonne qualité.

En allant par étapes successives vers le sud, il arriva sur le territoire du royaume du Milieu; quand il eut atteint un village nommé Kong-che (Püjita — servir), il fut surpris par les pluies de l’été. Ce marchand fit alors cette réflexion : « Si je pars, tous mes chevaux auront les pieds mouillés ; ils en contracteront quelque maladie et j’éprouverai beaucoup de pertes. Il convient donc que je m'’arrête ici pour y séjourner. » Quand il se fut fixé là, dans le voisinage, les gens du village, chacun suivant les talents industriels qu'il avait, lui offrirent des objets remarquables. Quand l'été fut terminé, la caravane se disposa à partir ; tous les artisans vinrent alors pour l'accompagner et pour prendre congé. Le chef marchand leur paya les objets qu'il avait recus d'eux précédemment. Or il y avait un maître potier qui, auparavant, avait présenté des vases d'argile au marchand ; apprenant que ce dernier allait partir, sa femme lui dit : « Il vous faut aller prendre congé du marchand ; peut-être vous donnera-t-il quelque souvenir et vous paiera-t-il par quelque objet. » Ayant entendu le conseil de sa femme, le maître potier prit une boule d'argile et en façonna une empreinte destinée à porter bonheur ; il la présenta au marchand qui, après l'avoir regardée, lui dit: « Homme, vous venez trop tard ; tout ce que je possédais, je l’ai déjà donné. Quel objet pourrais-je vous remettre pour vous manifester ma

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