‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 7 sur 72 · RUE · texte numérisé non relu

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vous laisse intentionnellement cette femme pour que vous puissiez passer la nuit avec elle. »

Quand le maître de la maison fut rentré chez lui, la femme en bois se tenait droite auprès de la lampe ; l'hôte l'appela, mais la femme ne vint pas; l'hôte pensa que c'était parce que cette femme avait honte qu’elle ne venait pas; il s’avança donc et la tira par la main; il reconnut alors qu'elle était en bois. Plein de confusion, il réfléchit et se dit: «Le maître de la maison m'a trompé; je vais lui rendre la pareille. » Le peintre imagina donc un stratagème ; sur la muraille il peignit sa propre image, revétue d’habits identiques à ceux de son propre corps, une corde lui serrant le cou, et ayant tout l’air d’un homme mort par strangulation ; il représenta par la peinture des mouches posées sur sa bouche et des oiseaux la becquetant. Après qu'il eut fini, il ferma la porte et se cacha sous le lit.

Quant le jour fut venu, le maître de la maison sortit; voyant que la porte n'était pas encore ouverte, il regarda à travers; il ne vit que l’image sur le mur de son hôte pendu; le maître de la maison, fort effrayé, pensa qu'il était réellement mort; il enfonça aussitôt la porte et entra pour couper la corde avec un couteau. Le peintre sortit alors de dessous le lit et l'artisan qui travaillait le bois fut très confus. Le peintre lui dit : « Vous avez pu me tromper, mais moi aussi j'ai pu vous tromper. » L'hôte et le maître de la maison étant parvenus à leurs fins, aucun d'eux n'avait été humilié par l’autre; ils se dirent l’un à l’autre : « En ce monde, les hommes se trompent mutuellement; en quoi cela est-il différent de ce qui vient de se passer ? » Alors ces deux hommes reconnurent en vérité ce qu'est la tromperie; chacun renonca à tout ce qu'il aimait pour sortir du monde et entrer en religion.

(Prips XIX, 7, pe)

Le père de X1a-che (Kâcyapa) s'appelait Ni-kiu-lu-l'o (Nyagrodha) ; c'était un homme du pays de Mo-kie (Magadha) ; il était issu de la race des Brahmanes; grâce à l’heureuse efficacité de ses vies antérieures, il était né dans ce monde avec une grande richesse; par ses objets de valeur précieux et rares il était le premier dans ce royaume ; sa richesse n’était inférieure que d’un millième à celle du roi du pays. Lui et sa femme demeuraient solitaires car ils étaient privés de toute progéniture. Dans le voisinage, près de leur habitation, se trouvait le dieu d’un grand arbre; fréquemment, ce mari et cette femme allaient implorer ce dieu de l'arbre parce qu'ils désiraient avoir un fils; d'année en année, sans interruption, ils lui offraient en sacrifice les trois victimes (1); mais, comme leur demande restait toujours sans résultat, ces gens s'irritèrent et ils signifièrent au dieu de l'arbre un délai rigoureux en lui disant: « Pendant encore sept jours nous vous servirons de tout notre cœur; mais si encore cette fois nous ne sommes pas exaucés, nous vous abattrons en vous coupant; nous vous jetterons à l’entrée de la route principale et nous vous brülerons par le feu. »

En entendant ces paroles le dieu de l'arbre fut fort effrayé; il ne savait par quel moyen leur faire avoir un fils ; il monta donc se plaindre au devarâja Si-yi (Praçânta titta ?) et lui exposa toute cette affaire; le devarâja Si-yi, prenant alors avec lui le dieu de l'arbre, se rendit auprès de Cakra, roi des devas, et lui exposa ce dont il s'était

(1: Je traduis le mot cheng « maître » comme s’il était l'équivalent du mot cheng « victime ».

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plaint; Cakra observa aussitôt avec le regard céleste le monde des désirs (Kämadhâtu), mais il ne trouva personne qui füt capable de devenir ce fils; Çakra, roi des devas, s’adressa alors au roi des devas, Brahma, et lui raconta toute l'affaire; Le roi Brahma examina donc avec son regard céleste le monde qui est sous sa dépendance; il aperçut un Brahmadeva qui était sur le point de terminer sa vie; il lui dit donc: « Il vous faut descendre naître dans le Yen-feou Fi (Jambudvipa) pour y être le fils du brahmane Ni-kiu-lu-lo (Nyagrodha), dans le royaume de Mo-kie (Magadha). » Le Brahmadeva répondit. « Les Brahmanes ont un grand nombre d'opinions hérétiques; si je

descends naître dans le monde, je ne saurais être le fils

de l’un deux.» Le roi Brahma lui répondit : « Ce Brahmane a eu au temps de ses naissances antérieures une grande vertu; parmi tous les êtres qui sont dans le monde des désirs, il n’y en a aucun qui soit capable de devenir son fils; si vous allez naître (en cette qualité), je donnerai l’ordre à Cakra, roi des devas, de vous prendre dans ses bras et de vous protéger de manière à ce que vous ne tombiez pasà mi-chemin dans les opinions hérétiques.» Le Brahmadeva déclara qu’il consentait et qu'il ne s’opposerait pas aux saintes iInjonctions.

Cakra, roi des devas, revint alors dans le monde des désirs et donna ses ordres au dieu de l’arbre en lui racontant toute cette affaire; Le dieu de l’arbre fort joyeux, revint dire au maître de maison : « Ne vous tourmentez pas, ne soyez pas en colère; dans sept jours d'ici je ferai certainement que vous aurez un fils. » Conformément à sa parole, quand sept jours se furent écoulés, la femme s’aperçut tout à coup qu’elle était enceinte ; au bout de dix mois, son fils naquit; le corps (de cet enfant) avait la couleur de l'or et répandait une clarté; un devin consulta les sorts et dit: « Cet enfant, grâce au bonheur que lui vaut ses vies antérieures, possède une grande vertu imposante ;

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