‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 8 sur 72 · CONTES BOUDDHIQUES (N · texte numérisé non relu

CONTES BOUDDHIQUES (N

sa volonté et son énergie sont pures et s'étendent au loin. Il n'est pas avide des choses de ce monde; si, plus tard, il entre en religion, il ne manquera pas de s'élever jusqu’à la sainte sagesse. » En entendant ces paroles, le père et la mère furent de nouveau saisis d’une profonde affliction; ils craignaient que leur fils,une fois devenu grand, ne les abandonnât pour entrer en religion et se demandaient par quel moyen ils parviendaient à l'en empêcher; ils firent cncore cette réflexion : « Ce qu'il y a de plus puissant dans le monde des désirs, c’est une belle femme; il nous faudra choisir et prendre pour lui une fille admirable par le moyen de laquelle nous l’attacherons. »

Quand (leur fils) eut atteint sa quinzième année, ils voulurent le marier; Kâcyapa, lorsqu'il en fut informé, fut saisi d’une grande tristesse et dit à son père et à sa mère : « Ma volonté se complait dans la pureté et la chasteté; je n'ai point besoin d’une épouse. » Kâcyapa refusa par trois fois, mais son père et sa mère lui faisaient toujours la même réponse; Kâcyapa dit alors à son père et à sa mère : «Ce n’est pas une femme ordinaire qu’il me faut pour épouse; si vous pouvez trouver une fille qui ait la couleur de l'or brun et qui soit d’une beauté sans égale, alors je la prendrai. » S'il parlait ainsi, c'était parce qu'il désirait faire certainement que cette affaire ne püût être arrangée.

Cependant son père etsa mère appelèrent à eux tous les brahmanes et les invitèrent à aller faire des recherches dans le royaume : « Si, (dirent-ils) il y a une fille qui ait le corps couleur d’or, qui ait au complet toutes les qualités physiques de la femme et qui soit d’une beauté extraordinaire, nous la prendrons. » Alors les brahmanes eurent recours à un stralagème ingénieux ; ils fabriquèrent en or fondu une déesse dont le visage était beau et dont l'éclat était merveilleux; transportant cette image céleste, ils allaient de royaume en royaume et faisaient d’une voix haute la proclamation suivante : « Toutes les filles qui

pourront voir cette déesse en or, qui l’adoreront et lui feront des offrandes, lorsqu’ensuite elles se marieront, trouveront un bon mari; son corps aura la couleur de l'or jaune, son visage sera merveilleusement beau, sa sagesse

sera sans égale, »

Dans les villages et dans les villes, toutes les filles qui entendaient cette proclamation avaient le cœur comme vidé (de tout autre désir) ; elles sortaient toutes pour aller à la rencontre (de la statue), pour l’adorer et lui faire des offrandes. Seule, une fille qui avait un corps couleur d'or et qui était d’une beauté merveilleuse resta enfermée chez elle et ne voulut pas sortir pour aller au-devant (de la statue). Les autres jeunes filles lui faisaient des remontrances en disant : « Celles qui verront la déesse en or obtiendront toutes l'objet de leurs désirs ; pourquoi êtes vous seule à ne pas sortir pour aller à sa rencontre ? » Elle répondit: « Ma volonté est de rester chaste et je ne me plais point à d’autres souhaits. » Les autres jeunes filles lui dirent encore : « Bien que vous n’ayez à formuler aucun souhait, venez avec nous pour contempler (la déesse ); quel mal cela pourrait-il vous faire ? » Alors donc toutes les jeunes filles, l’'emmenant avec elles, sortirent au-devant de la déesse en or.

Quand cette fille fut arrivée, la lumineuse pureté de son éclat l’emportait en clarté sur l'éclat de la déesse en or dont l’or n’était plus visible. Aussitôt que les brahmanes l'eurent vue, ils revinrent faire leur rapport au notable en lui racontant en détail tout ce qui s'était passé. Le notable chargea alors un entremetteur de se rendre dans la famille de cette fille pour exposer ses désirs ; le pere et la mère de la fille avaient déjà auparavant entendu parler de la réputation de Kâçyapa; ils accueillirent avec déférence les propositions qu'on leur apportait et l'accord s'établit donc entre les deux parties.

Quand cette jeune fille en fut informée, elle fut boule-

sée par un profond chagrin; mais, contrainte par son père et sa mère et ne pouvant faire autrement, elle se rendit dans la demeure du notable. Après son arrivée, elle eut une entrevue avec Kâcyapa ; tous deux, se tenant en face l'un de l'autre, étaient bien résolus à rester purs, et, quoique mari et femme, ils n’éprouvaient pas le moindre sentiment affectueux ; la femme de Kâçyapa conclut alors avec son mari cette convention sous la foi du serment : « Moiet vous demeurerons dans des chambres séparées et nous aurons grand soin de ne jamais nous toucher. » Le mari et la femme demeurèrent donc chacun dans une chambre distincte.

Le père de Kâçyapa attendit le moment où son fils était sorti et envoya secrètement des gens abattre et supprimer une des chambres, obligeant ainsi Käcyapa à partager la chambre de sa femme; mais, quoiqu'ils fussent dans la même chambre, ils gardèrent deux lits séparés. Le père envoya derechef des gens enlever un des lits. Bien que l'époux et l'épouse n’eussent plus qu'un lit en commun, la femme fit encore avec son mari cette convention jurée : « Quand je dormirai, vous marcherez en long et en large ; quand vous dormirez, je marcherai en long et en large. »

Une fois que cette femme s'était endormie en laissant pendre son bras à terre, un grand serpent venimeux voulut venir la mordre; Kâcyapa, l'ayant vu, éprouva un sentiment de compassion ; il prit un vêtement dont il entoura la main (de sa femme) et la releva pour la placer sur le lit. Aussitôt (la dormeuse) fut réveillée par l'effroi et dit à Kâcyapa en lui jetant des regards irrités : « Comment pouvez-vous violer le pacte que nous avons fait auparavant ? » Kâcyapa répondit: « Votre bras pendait à terre et un serpent venimeux voulait le mordre ; c’est pourquoi je suis venu à votre aide; mais je ne vous ai pas touchée intentionnellement. » Comme le serpent venimeux était

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resté près de là, il le montra du doigt à son épouse qui comprit ce qui s'était passé.

Alors le mari et la femme tinrent conseil entre eux et se dirent : « Pourquoi n’entrons nous pas en religion afin de nous adonner à la sagesse ? » Ils quittèrent donc tous deux leurs parents, et, entrant en religion, pratiquèrent la sagesse parmi les solitudes des montagnes. En ce temps, il y avait un brahmane qui, avec cinq cents disciples, demeurait aussi dans les montagnes ; quand il vit Kâçyapa et sa femme, il prononça des paroles de blâme en disant : « La règle de ceux qui entrent en religion veut que chacun reste chaste et pur; comment serait-il admissible qu'un mari et sa femme aillent ensemble? » Alors Kâçyapa abandonna sa femme ; au prix de cinq cents onces d’or il acheta un fin vêtement de religieux et alla s'établir dans une autre forêt.

Sa femme se réfugia auprès du brahmane en lui demandant d’être son disciple ; mais, quand les cinq cents disciples du brahmane virent cette femme qui était fort belle, ils eurent de jour en jour une conduite plus impudique ; la femme ne pouvant plus garder son indépendance et ne pouvant plus supporter (ces obsessions) vint se plaindre à son maître ; le maître édicta à cause d’elle des défenses qu’il imposa à ses disciples pour les obliger à refréner leurs passions. |

Plus tard, Kâcyapa se trouva au temps où le Buddha avait fait son apparition dans ce monde; il entendit la Loi, se convertit et obtint (la dignité d”) Arhat. Apprenant que sa femme d’autrefois se trouvait auprès d’un brahmane, il la fit venir pour qu'elle se rendit auprès du Buddha; le Buddha lui expliqua la Loi et elle obtint (la dignité d° Arhat; les cheveux de sa tête tombèrent d'eux-mêmes et le vêtement religieux se trouva (spontanément) sur son corps; elle devint bhiksuni et alla de lieu en lieu préchant et convertissant. Or, il arriva justement alors que

le roi Po-sseu-ni (Prasenajit) tint une grande assemblée et toutes les bhiksunis furent alors autorisées à entrer dans le palais royal; (l’ex-femme de Kâcyapa) enseigna et convertit toutes les femmes du roi et les engagea toutes à observer un jour d’abstinence; le soir venu, le roi

rentra dans son palais et manda ses femmes ; toutes dirent

qu'elles observaient l’abstinence et aucune d’elles ne voulut

venir; le roi entra en fureur et dit à ses envoyés : « Qui a

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enseigné à mes femmes à pratiquer l’abstinence ? » Les envoyés répondirent que c'était la bhiksunïi une telle. Le roi aussitôt l’appela en sa présence et ordonna que pendant quatre-vingt-dix jours elle subirait à la place de toutes les autres femmes ses désirs sensuels. Tout cela fut un effet en retour de causes et de vœux qui remontaient à des existences passées et c'est pourquoi, bien qu'ayant obtenu (la dignité d”) Arhat, elle ne put pas éloigner d'elle (ces outrages) (1). |

CÉRIDEAPA SESD EN)

Autrefois il y avait un frère aîné et un frère cadet qui

étaient sortis du monde pour étudier la sagesse. Le frère

aîné songeait constamment à s’adonner à la contemplation et de toute son énergie il pratiquait la sagesse; il obtint le fruit d’Arhat et la compréhension pure des six pénétrations (abhijñà). Le frère cadet songeait constamment à étendre ses connaissanes et à apprendre beaucoup; il se plaisait à mettre en vente sa renommée et désirait se couvrir de gloire. Le frère aîné s’efforçait toujours d’ensei-

1. Cette fin bizarre ne se trouve pas dans le texte tibétain traduit par Schiefner.

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gner son cadet en lui disant: « Il est difficile d'obtenir un corps d'homme; il est difficile de se trouver à l’époque où le Buddha est dans le monde. Puisque vous avez obtenu un corps d'homme, il vous faut consacrer tout votre temps à l'occupation qui seule est digne d’un homme)}).» Son frère cadet lui répondit : « Attendez que j'aie acquis une vaste érudition, que je possède l’ensemble des trois Recueils et que je sois devenu capable d’être un maître pour les hommes et alors je m'adonnerai à la contemplation (dhyäna). » Le frère aîné exposa de nouveau en détail à son frère cadet la théorie de l’impermanence, lui montrant que le souffle que nous émettons en respirant ne revient plus et que déjà nous appartenons à une génération suivante. Le frère cadet s’en tint avec obstination à sa première opinion et se refusa à suivre ses avis.

Peu de temps après, le frère cadet devint gravement malade; des médecins excellents au nombre de plusieurs dizaines, ne parvinrent pas à le secourir, et, voyant qu'il mourrait certainement, se retirèrent peu à peu; il eut alors grand'peur car il comprit qu’il allait mourir; il dit à son frère ainé: « Autrefois, par mon ignorance et mes courtes vues, je n'ai pas suivi vos avis; maintenant que ma vie va prendre fin, je sais quelle voie j'aurais dû prendre. » Ses larmes coulaient à flots, et, tourné vers son frère, il exprimait le repentir de ses fautes.

Peu après, la destinée de cet homme se termina; son frère aîné entra alors en contemplation pour voir où il était allé; il l’aperçut à l'état de fœtus chez un notable; ce notable demeurait près du temple qu'habitait le frère aîné; celui-ci se rendit donc souvent dans cette maison et chercha à devenir l'ami intime (du notable), afin de sauver son frère cadet. Quand l'enfant du notable eut atteint sa troisième année, (le notable) eut soin de faire des libéralités et (promit) que son enfant serait le disciple ‘du religieux); quand il eut quatre ans, sa nourrice le

prit dans ses bras pour aller au temple où demeurait le maitre; le temple se trouvait en haut d’une montagne et le chemin était rocailleux; la nourrice qui ne tenait pas fermement l'enfant, le lâcha et il tomba à terre; sa tête toucha sur un rocher; la cervelle sortit et il mourut.

Au moment où cet enfant allait mourir, il conçut une mauvaise pensée, car il s'irrita de ce que sa nourrice ne l'avait pas tenu fermement et lui avait attiré ce malheur ; parce qu’il avait eu ce sentiment de colère, lorsque sa vie prit fin, il tomba directement dans les grands enfers. Son frère, étant de nouveau entré en contemplation, vit qu'il était né dans les enfers; plein d’affliction il soupira en disant : «C'est bien fini! des tourments des enfers il est extrêment difficile de sauver quelqu'un; tous les Budhas eux-mêmes n'ont pu y porter remède; combien moins encore le pourrais-je faire ? »

Ceci montre que lorsqu'un homme (a en vue) la renomméeet ne sait pas s'adonner à la contemplation, il tombe ensuite dans les voies mauvaises ; même l'affection d’un père ou d’un frère aîné ne saurait le secourir.

CHERE De BV0 A)

Lo-yun-tchou (Rähulamani?) était un disciple de Chüli-fou (Câriputra) ; autrefois il avait dérobé la nourriture d'un Pratyeka Buddha, et à cause de ce crime, il était né dans la condition de démon affamé et pendant des kalpas illimités il endura des peines; quand il en eut fini avec. son corps de démon affamé, il naquit dans la condition humaine et pendant cinq cents générations il souffrit le châtiment de la faim. Dans le corps qu'il eut en dernier

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lieu, il se trouva au moment où le Buddha était dans le monde ; il entra en religion, étudia la sagesse et porta les trois vêtements du religieux; il alla de çà et de là, mendiant de la nourriture, mais personne ne voulait lui en donner ; il restait parfois cinq jours et parfois sept jours sans en obtenir.

Mou-lien (Maudgalyäyana), ayant pitié de lui, mendia de la nourriture et la lui donna; mais à peine fut-elle tombée dans le bol qu’elle fut enlevée par un grand oiseau ; Chôü-li-fou (Càriputra) (à son tour) mendia de la pourriture et la lui donna; mais à peine fut-elle tombée dans le bol qu’elle se changea en boue ; Ta-kia-ye (Mahàkâçyapa) mendia de la noûrriture et lui en fit don ; mais à peine la prenait-il pour la porter à sa bouche que sa bouche se ferma et ne laissa aucune place pour l’introduire. Le Buddha (lui-même) lui donna alors de la nourriture et par la force de sa grande compassion, réussit à la lui faire entrer dans la bouche ; le goût en était excellent. Puis, par toutes sortes de procédés, il lui expliqua en même temps la Loi. Alors, en entendant la Loi suprême et parfaite, Lo-yun-lchou éprouva simultanément de l’affliction et de la joie ; il médita de tout son cœur et obtint la sagesse qui concorde avec la vérité.

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