SA UE LÉ
noblesse. » Le souverain des dévas envoya aussitôt un médecin céleste qui enduisit son corps d’une drogue
divine ; ses blessures guérirent et il fut plus beau et plus
fort qu'auparavant; les plaies de son corps en un instant soudain furent toutes guéries ; Cakra se recula pour se prosterner, tourna trois fois autour du roi et se retira plein de joie. A partir de ce moment, le roi fut plus libéral encore qu'avant.
Telle est la manière dont la pâramità de charité du Bodhisattva pratique la libéralité.
(Frip:, N1,:5,-p.-51 r°-51 v°.)
Autrefois le Bodhisattva était pauvre et misérable; en compagnie d’une bande de marchands il se rendit dans les royaumes étrangers; ces gens étaient tous résolus à croire au Buddha; ils faisaient des libéralités à ceux qui étaient dans le dénuement; ils secouraient la foule des êtres vivants ; ces gens dirent donc ensemble au Bodhisattva : « Ceux qui constituent notre groupe ont tous de la bonté et de la bienveillance ; vous, quelle libéralité ferez-vous? » H répondit : « Le corps est de la catégorie des choses d'emprunt; il est inévitable qu’on le perde ; or, je considère que les poissons de la mer, petits et grands, s’entredévorent; mon cœur s’en afflige ; je veux substituer mon corps à ceux de ces poissons qui sont petits et je leur permettrai ainsi de prolonger un instant leur vie. » À ces mots, il se jeta dans la mer; les grands poissons de la mer furent rassasiés et les petits purent continuer à vivre.
L'âme de cet homme transmigra et il devint un roi des esturgeons; son corps mesurait plusieurs /i. Or, sur Île
bord de la mer se trouvait un royaume qui souffrait de la sécheresse; les gens y mouraient de faim et s’y entredévoraient. Le poisson dit en versant des larmes : « Cette multitude d'êtres vivants est fort tourmentée; quelles ne sont pas ses souffrances! Cependant mon corps a de la chair sur une étendue de plusieurs li; il pourrait subvenir aux besoins de ce peuple pendant dix jours ou un mois. »
A ces mots, il mit en mouvement son corps et monta sur la
rive de ce royaume; tous les gens du pays entreprirent de le dévorer pour soutenir leur existence; on emporta de sa chair pendant plusieurs mois et le poisson vivaittoujours (1).
Un dieu céleste descendit et lui dit : « Les souffrances que vous endurez sont-elles supportables? Pourquoi ne renoncez-vous pas à la vie pour vous affranchir ainsi de ces tourments? » Le poisson répondit : « Si je mettais fin à mon existence, mon âme s’enirait et mon corps se pourrirait; par la suite, les gens du peuple seraient affamés et recommenceraient à s’entre-dévorer; c’est ce que je ne puis supporter de voir et c’est de cela que mon cœur est ému. » Le deva reprit: « O Bodhisattva, vous avez en vous une bonté qu'il serait difficile d’égaler. » Le deva, pénétré d'émotion, ajouta : « Certainement vous deviendrez Buddha et vous sauverez de leurs souffrances tous les êtres vivants. » Or, un homme coupa avec une hache la tête du poisson qui mourut alors.
Son âme fut dirigée de manière à entrer dans la personne de l'héritier présomptif du roi; dès sa naissance, ce prince eut l'intelligence d’un saint supérieur ; par les quatre sortes de bienfaisance (2) il exerca une vaste bienveillance; sa charité égalait le ciel et la terre ; il avait
(1) Cf. dans l’Avadäna çataka (trad. Feer, pp. 114-116) l’histoire du roi Padmaka qui se change en poisson Rohita pour donner sa propre chair à manger aux hommes.
(2) D'après la mahâvyutpatti, 2 35, les quatre bienfaisances sont : dânä, hbéralité; priyavâdità, affabilité; arthaïaryà, gouvernement bienfaisant; samânarthatà, impartialité.