N° FE
(Trip., VI, 5, p. 52 r°-52 ve.)
Autrefois, le Bodhisattva était roi d'un grand royaume ; il administrait son peuple avec justice et son cœur n'avait aucune partialité; cependant il ne sortait jamais pour inspecter le pays; son conseiller d'état lui déclara : « Je voudrais que vous fassiez une tournée au dehors ». Le roi l’approuva, et, dès le lendemain, il sortit; le peuple était joyeux et avait généralement tout ce qu’il lui fallait; le roi remarqua que les gens riches du royaumeMemeuraient dans des maisons fort élégantes; les tuiles étaient des tuiles d’or ; les vêtements dont ces hommes étaient revétus illuminaient la route. Le roi pensa que son royaume était prospère et il en éprouva beaucoup de joie; mais, revenu dans son palais, il réfléchit à ce qu'il avait vu et se dit : « Tous ces maîtres de maison, de quel profit sont-ils pour le royaume? j’ordonne qu’on dresse la liste de leurs richesses qu'on prendra pour approvisionner l’armée. »
Or, un maître de maison, dont la richesse privée s’élevait à trente millions de pièces de monnaie, présenta au roi une offrande de peu de valeur; le roi, irrité, dit : « Comment osez-vous me tromper ouvertement ? » L'autre répondit : « Depuis ma jeunesse, pour gagner ma vie, j'ai constamment eu des richesses privées ; quant aux objets précieux qui sont dans ma demeure, cinq personnes se
E Le L ” de nt hot dËrtes 0); Ch pat te
les sont partagés et ce n’est pas moi qui les possède. » Le roi lui ayant demandé ce qu'il entendait par « richesses privées », il répondit.: « Mon cœur songe aux pratiques bouddhiques ; ma bouche répand les enseignements bouddhiques ; mon corps accomplit les actes bouddhiques ; je sacrifie la part des cinq personnes pour élever un temple honorable au Buddha; je sers avec respect l'assemblée des sages et je leur fournis des vêtements et de la nourriture; je nourris avec bienveillance les êtres qui rampent, ceux qui volent, ceux qui se tortillent, ceux qui remuent, ceux qui avancent comme des insectes et ceux qui marchent ; je ne fais point aux autres ce que je n’aimerais pas qu'on me fit; la vertu productrice de bonheur, qui me suit partout où je vais, comme l’ombre accompagne le corps, c'est ce que j'appelle mes richesses privées. Quant aux cinq personnes qui se partagent mon avoir, l’une est l’eau, la seconde est le feu, la troisième est le voleur, la quatrième est le magistrat, la cinquième est la fin de l'existence (1); Le corps, ainsi que les objets précieux qui sont à ces (Cinq) personnes, on les abandonne dans ce monde ; quant à soi-même, on doit tout seul s’en aller. Cette porte de tous les malheurs qu’est la richesse, on ne sait jusqu'où elle peut mener. Pour moi, je considère le monde comme une illusion trompeuse, et c’est pourquoi je ne me permets pas de posséder ma fortune. Si je fais le compte de ce qui est la part des cinq personnes, je puis bien avoir un million; cette richesse est un nid à calamités ; je crains toujours d’être mis en péril par elle; comment me permettrais-je de la posséder? Je désire que la foule de vos soldats vienne l'emporter pour me débarrasser de ce souci. » Le roi dit : « Très véridiques sont ces paroles. »
(1) En d'autres termes, les richesses de ce monde sont sans cesse
menacées par les inondations, les incendies, les voleurs, les procès, la mort. Elles ne nous appartiennent donc pas réellement.
rite PEU, CES Gel eds 7 + Lol out =>. LE el Al Nes n + 7 pe , CE PT ALT A + TU
Il le renvoya donc, puis il entra dans la maison de puri-
fication, calma son cœur et réfléchit profondément; il se sentit alors éclairé et dit : « Si même notre corps nous
ne pouvons pas le protéger, à combien plus forte raison …
un royaume, une femme, un fils et toutes les autres choses, comment pourrait-on les avoir perpétuellement ? » Il se mit aussitôt à composer et à écrire des livres saints bouddhiques ; il en récitait le texte et en commentait le
sens ; les souillures et les liens de son cœur furent sup-.
primés ; il admit en sa présence des sujets intègres et accepta leurs remontrances loyales; il promulgua une grande amnistie dans son royaume; il rendit au peuple ses objets précieux ; il établit une hiérarchie régulière
parmi ses fonctionnaires ; il mit en discussion des mesures libérales et justes ; il s’adressa à ses ministres as-
semblés en ces termes : « Ceux qui n’ont pas vu le sens profond et les défenses importantes des livres saints bouddhiques sont des sourds et des aveugles. Ce maître de maison est riche en effet, et c’est moi qui suis pauvre (1). » Il ordonna alors que dans le territoire de son royaume on distribuât toutes ses richesses pour donner l’aumône aux pauvres et satisfaire les besoins du peuple ; il édifia des temples bouddhiques, y suspendit des soies et y brüla des parfums ; il offrit des repas à tous les cramanas ; lui-même observait les six jours d’abstinence (2). Quand il se fut ainsi conduit pendant trois ans, les quatre côtés
(1) Au point de vue religieux, cet homme est riche et moi je suis pauvre.
(2j Les six jours d'abstinence ;< %# H (uposadha) sont le &, le 14, le 15, le 23, le 29 et le 30 de chaque mois. En ces jours-là, les quatre devarajas inspectent le monde, soit par l'intermédiaire de leurs délégués f 4 (le 8 et le 23), soit par l'intermédiaire de leurs princes héritiers K F (le 14 et le 29), soit en personne ET 5 (le 15 et le 30); ils prennent alors note de tout ce que les êtres vivants font de bien ou de mal
et en informent Cakra, souverain des devas (Xiao fch'eng fa chou, Trip. de Tôkyô, XXXVI, 3, p. 124 r°).
- Fr.
EME OBLRS RAA EE,
Me
Fe L:
#4 à a à ‘ ÿ At
de son royaume étaient devenus tranquilles et Les brigands avaient entièrement disparu; les cinq sortes de céréales venaient à maturité et le peuple ne souffrait plus de la faim et du froid. Par la suite, quand le roi mourut, il
naquit en haut dans le second ciel (1).
Le Buddha dit aux çramanas : « Celui qui en ce temps était le roi, c’est moi-même ; le maître de maison, c’est le fils du Héron (Çâriputra); celui qui engagea le roi à inspecter son royaume, c'est ÀA-nan (Ânanda). »
Telle est la manière dont la pâramitâ de charité du Bodhisattva pratique la libéralité.
Cris NI6,D-92:%05)
Autrefois le Bodhisattva était un grand maître de maison (2) nommé Sten-lan (Rsinanda ?); il était extrêmement riche; il avait vu les règles claires du Buddha; il avait compris que le monde est impermanent, que la gloire et la renommée sont difficiles à conserver, que les richesses ne sont pas inhérentes à la personne, que seul le mérite de la libéralité est indestructible. Cet homme annonça donc au peuple que, si quelqu'un était dans l’indigence, il n’avait qu’à venir prendre chez lui tout ce qu'il désirait ; il se conduisit ainsi pendant quelques mois; mais en ce temps, le gouvernement était doux et le peuple était dans l'abondance; il n’y avait point d’indigents.
Sien-l'an fit cette réflexion : « Il me faut acheter des médicaments pour faire du bien à tous les malades. » Il
(Dar Æ mue (2) X Æ 7%.
2e CONTES BOUDPDHIQUE% (N° 8)
acheta donc d'excellents médicaments et sauva la vie. de tous les êtres vivants ; ses soins affectueux s’étendirent en tous lieux; il n’y eut rien que ses bienfaits n’atteignissent; sa bonté qui dura plusieurs années eut un parfum.de vertu qui s’exhala au loin. Des quatre points cardinaux tous les malades accouraient, et, du premier au dernier, ils louaient sa grande bienfaisance en égalant sa vertu au ciel.
Ses richesses s'étant entièrement épuisées, il s’en alla pour recueillir des denrées précieuses; à plus de cent Li de sa demeure, il rencontra sur le bord d’une rivière plusieurs chars qui transportaient des gens gravement malades ; comme il demandait à ces hommes où ils allaient, ils répondirent : « Nous nous rendons chez Sien-l’an, dans l'espérance qu’il nous conservera ce qui nousreste de vie.» Sien-l'an aussitôt s’en revint et emprunta au roi cinq cents onces d’or; il s’en servit pour acheter des médicaments avec lesquels il soigna les malades; tous ceux-ci guérirent.
(Sien-l'an) se joignit à des marchands avec lesquels il alla sur mer pour recueillir des denrées précieuses ; il en amassa une très grande quantité, pour retourner dans leur pays, (lui et ses compagnons) abandonnèrent le bateau et allèrent à pied ; en route ils manquèrent d’eau : Sten- Pan découvrit un puits et appela ses compagnons pour qu'ils en tirassent de l'eau ; ensuite lui-même prit de cette eau pour en boire. Les marchands aperçurent alors les perles blanches qu’il avait acquises et virent qu’elles surpassaient en éclat toutes les autres perles; l’avidité est le premier des maux; elle détruit la sainteté et ruine la bonté; ils s’entendirent donc pour pousser Sien-l'an et le faire tomber dans le puits. Comme la bonté et La vertu du Bodhisattva avaient touché les divinités du ciel et ému les divinités de la terre, un dieu le recueillit et l’empécha de se faire aucun mal. Quand les marchands furent revenus
à em"
… dans leur pays, le roi leur démanda où était Sten-f'an; ils … répondirent : « Après que nous eûmes quitté notre pays,
il nous quitta et nous ne savons pas où il est. » Le roi
reprit : « Ne serait-ce pas que vous l'avez tué? » Ils Le
nièrent.
Sien-l'an aperçut dans le puits une cavité qui s’ouvrait par un orifice latéral; il s’y engagea et déboucha dans le puits d’un autre propriétaire; au bout de sept jours de marche il parvint dans son pays. Le roi lui dit : « Pour quelle raison revenez-vous les mains vides ? » Il répondit:
… « Je n’ai pas eu de chance. » Le roi se recueillit et dit : - «1ly a à cela certainement quelque cause. » Il convoqua les marchands et les interrogea en leur déclarant que, s’ils avouaient la vérité, ils auraient la vie sauve, mais que ceux qui mentiraient seraient mis à mort. Tous alors avouèrent. On les jeta en prison et on les condamna.
Sien-lan, tout en pleurs, se rendit promptement à la porte du palais et se prosterna la tête contre terre en intercédant pour les coupables. Le roi dit : « Ce serait contraire aux lois. » Sien-l’an intercéda derechef pour eux en disant : « Ces ignorants ne voyaient pas juste; aussi leur conduite ne suffit-elle pas à prouver qu'ils soient coupables; pardonnez-leur comme à des gens qui n'ont pas de discernement. » Le roi loua Sten-lan de sa bonté protectrice; il pardonna aux marchands leur exécrable forfait, mais leur ordonna de rendre (à Sten-l'an) ses richesses; les marchands dirent tous : « Si Sien-l'an n’était pas un disciple du Buddha, comment aurait-il eu une telle bonté? » Chacun d’eux renoncça à ses joyaux les plus précieux pour les lui rendre. Sien-l’an accepta (seulement) la moitié de chacune de ces offrandes. Les marchands se prosternèrent la tête contre terre et lui dirent : « Grâce à votre bienfaisante influence, notre vie a été sauvée : nous
1 Er d'Le 7 UP CES . L : 11