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pas aussi une bonne action? » Îl prit donc {ce trésor). L'homme qui avait été recueilli dans l’eau aperçut (cet or), et dit : « Donnez-m'’en la moitié. » Le Bodhisattva lui fit cadeau de dix livres. Cet homme reprit : « C’est en violant une tombe que vous vous êtes emparé de cet or. Combien grave est le châtiment que vous avez encouru ! Si vous ne me donnez pas la moitié (de ce trésor), je vous dénoncerai aux magistrats. » Le Bodhisattva répondit : « Les pauvres gens sont dans le dénuement; je désire leur faire des libéralités aussi bien qu’à vous. Vous cependant, vous voulez tout accaparer ; n'est-ce pas injuste aussi de votre part? » L'homme alla donc le dénoncer aux magistrats. Le Bodhisattva se vit arrêté et ne sut comment se disculper. Il se borna à confier sa destinée aux trois Vénérables (Buddha, Dharma, Samgha) en se repentant de ses fautes et en s’accusant de ses péchés; il fit le vœu bienveillant que tous les êtres échappassent promptement aux huit difficultés et ne fussent pas en butte à la haine comme il l’était lui-même actuellement.
Le serpent et le renard tinrent un conciliabule pour aviser aux moyens à prendre. Le serpent dit : « Je le sauverai. » Prenant donc dans sa bouche une médecine excellente, il ouvrit les barrières et pénétra dans la prison. Il vit que le Bodhisattva avait l'air abattu ; il s’en affligea et son cœur fut ému de compassion. Il lui dit : « Prenez cette médecine avec vous; je vais mordre l’héritier présomptif, et, comme le venin sera très violent, personne ne pourra le guérir. Vous, Ô sage, vous ferez savoir que vous avez cette médecine et, dès que vous aurez appliqué la médecine (à l’héritier présomptif), il se rétablira. » Le Bodhisattva resta silencieux et le serpent fit comme il avait dit. Quand l'héritier présomptif fut près de mourir, le roi rendit une ordonnance où il proclamait que celui qui pourrait le guérir, il l’associerait au gouvernement. Le Bodhisattva informa le souverain (qu’il possédait une mé-
decine), et, dès qu'il l’eut appliquée, le malade se rétablit. |
Le roi, tout joyeux, lui demanda d’où lui venait (cette médecine) et le prisonnier lui exposa tout ce qui s’était passé. Le roi, déconcerté, se fit à lui-même des reproches en disant : « J’ai été fort peu éclairé. » IL fit alors périr l'homme (qui autrefois avait été recueilli) dans l’eau et accorda une amnistie générale à tout le royaume. Il donna (au Bodhisattva) le titre de conseiller d’état. Le prenant par la main, il l'introduisit dans son palais, s’assit avec lui et lui dit: « O sage, quels livres avez-vous expliqués et quelle doctrine avez-vous embrassée pour avoir une bonté qui égale le soleil et la lune, une affection qui s'étend à tous les êtres? » Il répondit : « J’ai expliqué les livres saints du Buddha et j'ai embrassé la doctrine du Buddha. » Le roi demanda : « Y a-t-il des principes essentiels du Buddha? » Il répondit : «Il y en a. » Le Buddha a exposé les quatre impermanences (1); pour ceux qui observent ce principe, tous les maux prennent fin et de brillants bonheurs sont abondants. » Le roi dit (2) : « C’est fort bien ; le Buddha dit qu'il n'y a pas de réalité des corps et je le crois. Mais, si on ne peut pas protéger son propre corps, combien moins encore pourra-t-on protéger le territoire d’un royaume ? Je m'’afflige de ce que les rois mes prédécesseurs n'aient pas entendu parler de la sagesse sans supérieure, droite et vraie, de l’impermanence, de la souffrance et du vide, de la non-réalité des corps. » Le roi
(1) Les dictionnaires numériques ne fournissent pas l'expression [A JE 7: il serait donc difficile de déterminer quelles sont exactement les quatre impermanences : en général, dans les textes où il est question de l'impermanence, on commence par affirmer celle du Ciel et de la Terre, puis celle du mont Sumeru, puis celle des devas, des hommes, des démons et des nâgas; mais il évident que plusieurs énumérations diverses sont possibles.
(2) A partir d'ici, je suis le texte du Æing lu yi siang qui supprime un long exposé théologique dénué d'intérêt.
aussitôt vida ses trésors pour faire des libéralités aux pauvres gens; il traita comme ses enfants les veufs, les
veuves et les orphelins; tout son royaume fut très heu-
reux; les hommes marchaient en riant. Levant les yeux vers le ciel, Le roi dit : « Voici jusqu’à quel point est parvenue la transformation surnaturelle produite par le Bodhisattva; les quatre régions de l’espace célèbrent la vertu et on est arrivé à une paix universelle. »
Le Buddha dit aux çramanas : « (Celui quien ce temps était) le Bodhisattva, c'était moi-même; le roi, c'était Maitreya; la tortue, c'était Ânanda:; le renard, c'était le fils du héron (Câriputra); le serpent, c'était Maudgalyàyana ; l'homme qui avait été ballotté sur les eaux, c'était Devadatta. »
Telle est la manière dont la pâramità de charité du Bodhisattva pratique la libéralité.
CPPIDSN ED." 0::02r-02 9)
Autrefois le Bodhisattva tenait la conduite d’un cramana; il demeurait constamment dans les forêts de la
montagne ; son cœur bienveillant était animé de compas-
sion en songeant que tous les êtres vivants endurent des souffrances perpétuelles et évoluent dans un cycle sans fin à travers les trois mondes ; il se demandait comment il pourrait les secourir ; avec calme il méditait, recherchant le grand principe de la sagesse grâce auquel il pourrait aider la multitude des êtres. Cependant un pou, qui se trouvait dans son vêtement, ulcérait son corps et troublait sa pensée, en sorte que son intention de méditer sur la sagesse en était ébranlée; il Le rechercha avec sa main et
parvint à se saisir du pou; pénétré de compassion, il
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examina où il pourrait le mettre; justement un os d'animal se trouvait là; il l’y déposa doucement et le pou eut ainsi de quoi manger pendant septjours au bout desquels il s’en alla. |
Après toute une succession de naissances et de morts, le Bodhisattva devint Buddha; suivant les règles, il enseignait et convertissait. Une fois, une neige abondante tomba du ciel et intercepta les chemins aux voyageurs ; dans le royaume était un maître de maison qui invita le Buddha ainsi que plusieurs milliers de bhiksus et qui leur fit des offrandes pendant sept jours; il avait manifesté le plus grand respect envers eux et toute sa famille avait fait de même.
(Au bout des sept jours), la neige était toujours aussi abondante ; le Buddha dit à Ânanda : « Donnez l’ordre aux cramanas de retourner tous au vihâra. » Ânanda fit observer que le maître de maison s'était montré plein de déférence et que ses sentiments ne pouvaient s'être altérés, que la neige restait abondante et n’avait point cessé, qu'il n’y avait aucun lieu où on püt faire la quête. L’Honoré du monde répondit : « Les bonnes dispositions du maître de maison ont pris fin et il ne nous fera plus aucun don. » Le Buddha s’en alla donc, et les çramanas, lui faisant cortège, revinrent au vihâra.
Le lendemain, l’'Honoré du monde dit à Ânanda : « Allez demander l’aumône chez ce maître de maison. » Ânanda obéit à cet ordre et se mit en route: il se rendit à la porte du maître de maison; le portier le vit, mais ne lui demanda pas pourquoi il venait. Au bout d’un moment, Ânanda s'en revint; il se prosterna, s’agenouilla à deux genoux et exposa ce qui s'était passé, puis il demanda quelle en était la cause, comment il se faisait que cet homme eût eu des sentiments si peu constants et eût si rapidement changé. Le Buddha lui exposa alors tout ce que nous avons raconté plus haut, puis il ajouta : « O Ânanda, par
CONTES BOUDDUIQUES (N° 26) 95
bienveillance j'ai sauvé l’humble vie du pou et je lui ai
fait don de l’os pourri qui lui a fourni de quoi manger pendant sept jours; maintenant, nous avons reçu en offrande les présents les meilleurs qu’il y ait au monde ; notre bienfaiteur nous a rendu le bienfait qu’il avait reçu de moi dans une vie antérieure ; mais, puisque la durée de sa bienfaisance a égalé sept jours, sa bonne intention a donc pris fin et il n'est plus comme auparavant. (Si telle est la rétribution qu’on recoit pour un service rendu à un pou), quelle ne sera pas la récompense qu’on obtiendra si on fait preuve de sentiments bienveillants envers le Buddha et l'assemblée des çramanas, car ce sont des gens qui observent les défenses, qui sont purs, qui sontexempts de désirs, qui tiennent une noble conduite; à l’intérieur, ils rectifient leurs sentiments ; à l’extérieur, ils convertissent avec bienveillance ; faire avec respect un don à un seul bhiksu de noble conduite, c'est un acte plus méritoire que de se consacrer entièrement à faire, pendant plusieurs kalpas, des libéralités à la foule des gens ordinaires. La raison en est la suivante : Le bhiksu tient dans ses bras et sur son cœur les textes saints du Buddha; il possède les défenses ; il possède la contemplation; il possède l'intelligence qui délivre ; il sauve la race de ceux qui savent et qui voient (1); grâce à ces cinq vertus, il est un guide bienveillant pour la multitude des êtres vivants ; il Les fait s'éloigner des calamités que produisent toutes les souffrances des trois mondes. »
Ânanda répondit : « Quelle rencontre heureuse a faite ce maître de maison! il a pu lui-même nourrir avec bienveillance le Tathâgata, l'arhat, le samyaksambuddha, guide des devas et des hommes, il a pu en même temps nourrir tous les çramanas parmi lesquels les uns seront des srotâäpannas, des sakrdâgämins, des anâgâmins ou des
(1) La race des hommes.
arhats, tandis que les autres seront des révélateurs (1) + 1 qui établiront fermement leur grande bienveillance pour guider la foule des êtres vivants; le bonheur qu'ilenretirera est aussi difficile à mesurer que la mer, aussi diffi-
cile à peser que la terre. » Le Buddha dit : « Fort bien.
O Ânanda, il en est vraiment comme vous l'avez dit. Il
est difficile de rencontrer l’époque où apparaît un Bud-
dha; il est difficile d'entendre la Loi des livres saints ; Ne
il est difficile de faire des offrandes aux religieux
bhiksus ; telle la fleur de ngeou-t'an (udumbara ou
udambara) qui ne se produit que de temps à autre. »
Le Buddha ayant ainsi parlé, les bhiksus se réjouirent;
ils se prosternèrent et acceptèrent cette règle de conduite. Telle est la manière dont la pâramitâ de charité du Bodhisattva pratique la libéralité.
-(1) F +, un des titres réguliers des Bodhisattvas.
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