CHAPITRE IV
IT. — Cilapäramità
(PRIS NE Spa 02:v-08. 10)
Quand on parle de la pâramità de moralité (çila), qu'entend-on par là? Étre insensé et stupide, cruel et violent, se plaire à détruire la vie des êtres vivants, être avide, voleur, luxurieux et malpropre, être fourbe, injurieux, menteur, et artificieux dans son langage, être jaloux, colérique et ne plus se posséder, mettre en péril ses parents et faire périr les saints, parler mal du Buddha et importuner les sages, s'emparer des ustensiles d’un temple ancestral, nourrir de mauvais projets pour nuire aux trois Vénérables (Buddha, Dharma, Samgha), ce sont là les plus graves défauts ; ceux qui les ont aimeraient mieux se voir couper et hâcher en morceaux sur la place publique plutôt que de jamais croire aux trois Joyaux (Triratna) bouddhiques et aux quatre Bienfaits (1) qui assurent le salut de tous les êtres.
(1) Le Xiao ich'eng fa chou (Trip., XXX VII, 3, p. 68 v°) explique l’expression pu , comme désignant «les quatre bienfaiteurs » qui sont, pour le religieux : 1° le père et la mère; 2° le maître; 3 le roi; 4° le bienfaiteur (dânapati). Si l'expression s’applique à la fois aux religieux et aux laïques, les quatre bienfaiteurs sont : 1° le père affectueux et la mère compalissante ; 2° tous les êtres qui sont les uns à l’égard des autres comme des
Autrefois le Bodhisattva était un homme pur et croyant. Dans le royaume où il demeurait, le roi pratiquait la vraie doctrine ; il exhortait et guidait ses ministres et son peuple et leur faisait connaître les trois Vénérables (Buddha, Dharma, Samgha). Ceux qui observaient les défenses et qui se soumettaient aux abstinences, il diminuait pour eux les taxes et les exemptait des corvées. Les gens du peuple, grands et petits, voyant que le roi honorait les sages, feignaient pour la plupart d’être bons, mais pratiquaient des doctrines hérétiques.
Le roi examina ce que valait la conduite de son peuple en ce qui concerne les défenses du Buddha; il reconnut que ces gens étaient bons en apparence, mais souillés en réalité, et qu’ils étaient éloignés de la pure conversion que produit le Buddha. Il eut alors recours à un stratasème et fit promulguer l’édit suivant : « Ceux qui se permettront de pratiquer la religion bouddhique seront passibles d’être mis à mort sur la place publique. » Aussitôt tous ceux qui n'étaient bons que par feinte abandonnèrent la vraie doctrine et, suivant le penchant de leurs cœurs, revinrent à leurs hérésies premières. |
Le Bodhisattva était un vieillard ; il possédait en lui la sagesse correcte, vraie, vaste et lumineuse ; en apprenant l'édit qui avait été rendu, il s’écria avec surprise : « Si, en
renonçant à la vraie doctrine pour suivre l’hérésie, on
obtenait de devenir souverain et roi, d’avoir une longévité égale en durée au soleil et à la lune, d’avoir une richesse
et une noblesse sans égale, de jouir des six joies (1) au-.
pères et des mères envers leurs enfants; 3° le roi qui gouverne suivant
de bonnes lois; 4° les trois Joyaux (Triratna) qui profitent à tous les êtres et les réjouissent. — Dans la phrase que nous traduisons, il me semble que l'expression M] est l'équivalent de l'expression u' &.
Æ, et désigne les quatre sortes de bienfaits qui sont : libéralité, affabi- |
lité, gouvernement bienfaisant, impartialité (cf. p. 2, n. 12).
(1) Les satisfactions des six organes des sens qui sont : l'œil, l'oreille, :
le nez, la langue, le corps et la pensée (manas).
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tant qu’on le désire, même alors je n’agirais point ainsi. Quand bien même ma vie ne duferait que lé temps qu’il faut pour manger une bouchée, si je pouvais apercevoir là conversion parfaitement vraie produite par les trois Vénérables (Buddha, Dharma, Samgha), je me réjouirais d'accepter un tel sort. Au contraire, si, en gardant dans ma pensée des écrits laïques par dizaines et centaines de mille, je pouvais demeurer dans un palais de deva et avoir la longévité la plus extrême des devas, mais si j'ignorais les trois Vénérables et que je n’entendisse point les livres sacrés du Buddha, c’est là un sort que je ne souhaite point. Je supporterais volontiers d’être mis à mort pour avoir accepté les préceptes du Buddha. Un livre saint dit ceci : « Les êtres vivants se précipitent en foule dans les trois voies mauvaises; il Leur est difficile d'obtenir la condition humaine, difficile de se trouver dans le pays du centre (Madhyadeca), difficile d’avoir au complet les six organes des sens (1), difficile de naître dans un royaume religieux, difficile d'approcher le Buddha, difficile de voir que les livres saints sont dignes de foi, difficile de pénétrer Les sens profonds et de comprendre les idées subtiles, difficile de rencontrer un cramana de noble conduite et de lui faire des offrandes avec un cœur pur, difficile de rencontrer le Buddha et de recevoir de lui une prédiction. » Or, par une manifestation des actions méritoires que j'ai accomplies dans mes existences antérieures, j'ai pu maintenant voir les livres saints du Buddha et j'ai obtenu de servir Les trois Joyaux. Même si je devais m’exposer au supplice cruel d’être haché comme de la viande en saumure par des gens pervers et souffrir le supplice par l’eau bouillante et par le feu, je n'abandonnerais jamais la vraie doctrine pour suivre les opinions fallacieuses. »
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Le roi ordonna à ses officiers de rechercher quels étaient ceux qui contrevenaient à ses ordres et de les faire périr sur la place publique. Les enquêteurs virent que le Bodhisattva avait une résolution ferme et immuable, qu’il servait les trois Vénérables, et que sa pensée parfaite n’était point entamée ; ils se saisirent aussitôt de lui et en informèrent le roi; celui-ci ordonna qu'on le fit périr sur la place publique, mais il envoya secrètement des gens pour l’épier et entendre ce qu’il disait.
En se rendant à la mort, le Bodhisattva donna à son fils les instructions suivantes : « Depuis que le ciel et la terre ont commencé d'exister et depuis qu’il y a des hommes, les êtres vivants qui se trouvaient en foule dans ce monde ont, à cause des six organes des sens, troublé leur conduite, plus encore que s'ils avaient été fous ou ivres ; la cause en est qu’ils voient rarement la conversion pure et claire que dirigent les trois Vénérables (Buddha, Dharma, Samgha), Vous qui avez le bonheur de connaître la Loi, gardez-vous de jamais l'abandonner. Si en effet on renonce à la pratique de la Loi bouddhique pour adopter les faux principes des démons trompeurs, la perte du royaume est assurée. J'aimerais mieux sacrifier mon corps que de m'éloigner de la vérité. Le roi maintenant est inique et se trompe ; ne lui obéissez pas. »
L'enquêteur ayant fait son rapport, le roi reconnut que (le Bodhisattva) pratiquait la vraie doctrine ; plein de joie, il l'invita à venir; il le prit par la main et le fit monter dans la salle principale, puis il lui dit : « Vous pouvez vraiment être appelé un disciple du Buddha. » I1le nomma alors conseiller d'état et lui confia le gouvernement. Ceux qui avaient renoncé aux purs enseignements du Buddha, il les chargea de nouveau d'impôts et de corvées. Alors dans toute l'étendue du royaume, il n’y eut plus personne qui ne mit en honneur la pratique du bien.
Le Buddha dit aux çramanas : « Celui qui en ce temps
était le roi du pays, c'était Maitreya ; l’homme pur et croyant, c'était moi-même. »
Telle est la manière dont la pâramità de ferme résoution du Bodhisattva observe la moralité (cila).
CErIDSS VE 5 p 630101)
Autrefois le Bodhisattva était un roi-éléphant ; sa pensée était vaste et s’étendait au loin; il connaissait clairement l’existence du Buddha, l’existence de la Loi, l'existence de l’assemblée des bhiksus et constamment il avait recours à ces trois refuges (triçarana); sans cesse, avec une bienveillance universelle, il secourait tous les êtres vivants ; il avait fait vœu avec serment d'obtenir un jour la dignité de Buddha afin de sauver tous les êtres. Il était suivi de cinq cents éléphants. Il avait deux épouses ; or, un jour, ce roi-éléphant trouva dans l’eau une fleur de lotus dont la couleur était ravissante et il en
fit don à son épouse principale ; quand celle-ci reçut la
fleur, elle dit toute joyeuse : « Le froid glacial est encore extrême ; comment se fait-il qu’il puisse y avoir une telle fleur? » L’épouse secondaire, dévorée de jalousie, fit ce serment : «Il arrivera une occasion où avec un poison redoutable je vous ferai périr en vous empoisonnant. »
Puis elle mourut de rage concentrée ; son âme transmigra et renaquit en la personne de la fille d’une bonne famille ; cette fille avait une beauté extraordinaire; sa perspicacité était pénétrante ; elle avait des connaissances étendues sur l'antiquité et le temps présent; elle observait en haut les phénomènes astronomiques ; elle comprenait les phases de croissance et de décroissance. Le roi,
ayant appris que telles étaient ses qualités, lui offrit des présents de noces et la prit pour femme; dès qu'elle arriva, elle disserta sur l'art de gouverner le royaume et ses avis furent d'accord avec ceux des plus fidèles ministres; le roi l’aimait et la COEPOrUES il se conformait aussitôt à toutes ses paroles.
Cette femme lui dit un jour : « J'ai rêvé que je voyais un éléphant à six défenses; je désire avoir ses défenses. pour en faire une petite table ornée de pendeloques. Si, Ô roi, vous ne me les procurez pas, j'en mourrai. » Le roi lui dit : « Ne prononcez pas des paroles déraisonnables ; si on vous entendait, on se moquerait de vous. » Son épouse ne cessa pas cependant de parler de cela et son cœur en concevait un chagrin intense. Le roi convoqua alors quatre de ses ministres pour tenir une délibération, il leur dit qu’il avait lui-même fait ce rêve et ajouta : « Y a-t-il jamais eu un tel éléphant? » Un des ministres répondit que cet éléphant n’existait pas ; un autre dit que le roi n’avait pas eu ce songe; le troisième dit qu'il avait entendu parler de cet éléphant qui devait se trouver dans une contrée fort lointaine; le quatrième dit que si on pouvait le faire venir, le souverain Çakra devrait arriver ici même (1). Puis les quatre ministres firent appel aux archers des quatre points cardinaux pour les interroger. L’archer du Sud dit : « Mon père défunt m'a souvent dit que cet éléphant existait; mais il se trouve fort loin et il
sera difficile à faire venir. » |
Le ministre ayant informé le roi que cet homme savait ce dont il s'agissait, Le roi donna une audience à l’archer ; l'épouse royale dit à ce dernier : « Marchez tout droit vers le Sud pendant trois mille Li; vous rencontrerez alors
(1) En d'autres termes, un tel éléphant ne pourrait être que la monture de Çakra. L'éléphant Airâvata, monture d'Indra (Çakra) pour les brahmaaistes, était un éléphant à trois têtes et par conséquent à six défenses ; voyez Feer, dans Journ. 4s., janv.-fév. 1895, p. 51.
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des montagnes; vous vous avancerez dans ces montagnes pendant plus de deux jours et vous arriverez à l'endroit où est l'éléphant ; sur le bord de la route, vous creuserez une fosse ; vous vous raserez la barbe et les cheveux et vous revétirez un vêtement de çramana ; puis, vous tenant dans la fosse, vous tirerez vos flèches sur l'éléphant ; vous lui couperez ses défenses et vous m’en apporterez deux. »
L’archer marcha suivant ces instructions et parvint à l'endroit où l'éléphant prenait ses ébats. Avant que de tirer sur lui, il revêtit un habit de religieux, prit en main un bol à aumônes et s’établit dans la fosse. Le roi-éléphant aperçut ce çramana ; il inclina la tête et lui dit : « Salut,
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ô religieux; pour quelle raison détruisez-vous ma vie? »
L'autre répondit : « Je désire avoir vos défenses. » L’élé-
| phant reprit : «Mes souffrances sont difficiles à supporter;
| emportez promptement mes défenses. Ne troublez pas
| mon cœur de peur que je ne conçoive de mauvaises pensées ; celui qui se livre aux mauvaises pensées, après sa mort entre dans les conditions d’habitant des enfers de la Grande Montagne, ou de démon affamé, ou d’animal. Au contraire, celui qui est plein de patience, qui pratique la bienveillance et qui rend le bien pour le mal, tient la conduite supérieure qui est digne d’un Bodhisattva ; même si on lui taille Les os et qu’on lui coupe la chair, il ne s'éloignera jamais de cette conduite; celui qui tient une telle conduite, après sa mort montera aussitôt dans les cieux et atteindra promptement au Nirvâna. » L'homme lui ayant coupé ses défenses, l'éléphant lui dit : « O religieux, il vous faut vous retirer à reculons de peur que le troupeau des éléphants ne vous suive d’après la trace de vos pieds. »
Quand l’éléphant eut vu que l’homme s'était éloigné, vaincu par la souffrance il tomba à terre en poussant un grand cri et mourut soudain; aussitôt il naquit en haut dans les cieux. Le troupeau des éléphants accourut de
tous côtés et tous disaient : « Quel est l'homme qui a tué notre roi? » Ils allèrent à sa recherche sans pouvoir le trouver ; puis ils revinrent garder leur roi en poussant des lamentations.
Le chasseur s’en revint avec les défenses ; quand le roi vit ces défenses, son cœur fut agité par la crainte ; son épouse plaçales défenses dans sa main, mais aussitôt qu’elle voulut les regarder, un coup de tonnerre la foudroya; elle mourut en crachant le sang et entra dans les enfers.
Le Buddha dit aux cramanas : « Celui qui en ce temps était le roi-éléphant, c'était moi-même ; l'épouse principale, c'était ÂL'ieou-yi (Gopâ) ; le chasseur, c'était Devadatta; l'épouse secondaire, c'était Jao-cheou (Belle-tête) (1).
Telle est la manière dont la pâramitä de ferme résolution du Bodhisattva observe la moralité (cila).
(Trip., VI, 5, p. 63 r°-63 v°.)
Autrefois le Bodhisattva était un roi-perroquet; constamment il observait la religion bouddhique; il confiait sa destinée aux trois Vénérables. En ce temps, comme il (savait qu'il) devait mourir, jusqu'à sa mort (il voulait) ne pas commettre les dix actions mauvaises; d’un cœur bienveillant, il enseignait et convertissait; les six pâramitâs étaient son principal sujet (d'explication). Cependant, le roi de ce pays aimait manger des perroquets ; en cherc:ant avec soin, un chasseur aperçut cette assemblée de perroquets; il la captura avec un filet et s'empara de toute
(1) Comme on le verra à la fin du conte n° 31, Hao-cheou n'est autre que Ciñcâ.
leur bande; il l’offrit à la cuisine royale; le chef de cuisine
les garda; ceux qui étaient assez gras, il les cuisait pour
en faire un plat.
Le roi-perroquet réfléchit profondément à ceci : si tous les êtres sont tourmentés, s'ils vont dans les enfers et perdent leur personne, s'ils transmigrent dans les trois mondes, tout cela vient de ce qu’ils mangent. Il dit alors à ceux de sa suite : « Cessez d’être avides et renoncez à manger ; votre corps maigrira et vous endurerez une légère peine, mais vous aurez quelque espoir de conserver la vie. Les gens stupides sont gloutons, et, dans leur cœur, ils ne réfléchissent pas à un avenir lointain; ils sont comme le fils de l’avare auquel le couteau de son avidité fit sentir son tranchant, car il ne savait pas que, pour avoir un peu de miel, il s’exposait au tourment d’avoir la langue coupée. Maintenant, moi, je m’abstiendrai de manger ; prenez modèle sur moi. »
Le roi-perroquet devint donc de jour en jour plus maigre ; à travers les interstices de sa cage, il parvint à bondir et put sortir. Se tenant alors debout sur la cage, il dit : « L’avidité est le plus grand des maux; l’absence de désirs est ce qu'il y a de plus remarquable parmi les bonnes choses. » Il dit encore : « Tous les Buddhas considèrent l’avidité comme une prison, comme un filet, comme un poison, comme un tranchant acéré. Vous autres, si vous renoncez à la nourriture, vous pourrez faire comme moi. »
À partir de ce moment, le Bodhisattva, dans les cas où il fut un homme du commun, soutint sa vie avec une nourriture grossière et couvrit son corps avec des vêtements en lambeaux. Il se gardait de ne pas observer, fût-ce un seul jour, des sentiments conformes à la défense concernant l’avidité ; quand son bonheur voulait qu'il fût empereur ou roi, cest avec la sagesse du Buddha qu’il considérait son royaume comme une entrave ; même quand la
félicité est si élevée et que l'abondance est si grande, qu'il est difficile de les évaluer, cependant l’impermanence et l'instabilité ne causent que souffrance et absence de joie. Tout ce qui existe vient à s’anéantir ; le corps n’est qu’une illusion trompeuse ; il est difficile à protéger comme le serait un œuf, difficile à rassasier comme le serait un loup. Ceux qui ont des yeux pour voir cela en frissonnent tous sans exception.
Le Bodhisattva, d'existence en existence, conforme sa conduite aux défenses ; c’est ainsi qu'il atteint à la sagesse suprémement parfaite des Tathâgatas Arhats, et c’est ainsi qu’il devient le maître des devas et des hommes. Le Buddha dit aux bhiksus : « Celui qui, en ce temps, était le roi-perroquet, c'était moi-même ; le roi des hommes, c'était Devadatta. »
Telle est la manière dont la pâramitâ de ferme résolution du Bodhisattva observe la moralité (çila).
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Autrefois le Bodhisattva était prince-héritier; son nom était Fa-houer (1). Il était pur dans ses sentiments et intègre dans ses actes; constamment il mettait en garde
(1) £ € « Loi-perspicace »; le texte de l'édition de Corée donne la leçon }£ ff « Loi-libéralité » ; mais c'est Fa-hien (chap. X, trad. Legge, p. 31) qui seul nous donne la leçon correcte X#£ % « Loi-augmenter », cette expression étant la traduction du nom Dharma vivardhana (voy. Burnouf, /niroduction à l'histoire du Bouddhisme indien, 2° édition, p. 572). Le prince Dharma vivardhana, qui est mentionné une fois sous ce nom dans le Divyâävadâna (Burnouf, ibid., p. 359), est plus fréquemment cité sous le surnom de Kunâla qui lui avait été donné à cause de la ressemblance de ses yeux avec ceux de l'oiseau Kunäla.
Son propre cœur contre les maux qui se produisent quand ‘on marche dans les voies de l’hérésie ; il honorait les Saints ; il témoignait de la piété filiale à ses parents; il
secourait avec bienveillance la multitude des êtres vivants. Quand le prince-héritier venait rendre hommage à la cour, il attendait toujours le conseiller d’État; dans tous ses actes, il se conformait-aux rites et ne manquait Jus aux règles de convenance.
Or, la concubine favorite du roi nourrissait des désirs pervers et débauchés ; elle sortit pour attirer à elle Le
‘prince-héritier ; celui-ci se débattit violemment et parvint
à s'échapper; il frappa un léger coup sur la tête du con-
seiller en lui disant : « Allons-nous-en » ; ce geste fit tom-
ber à terre le bonnet du conseiller, et, comme celui-ci n'avait point de cheveux sur la tête, les dames du harem
se moquèrent de lui; il fut tout honteux et en conçut du ressentiment (1).
Cependant la favorite était allée auprès du roi, et, toute en pleurs, lui avait dit : « Bien que ma personne n'ait que fort peu d'importance, je n’en suis pas moins votre femme ; or, le prince-héritier, manquant à tous ses devoirs, a désiré me posséder. » Le roi répliqua : « Dans sa conduite habituelle, le prince-héritier ne pense rien qui ne soit conforme aux enseignements du Buddha, ne fait rien qui ne soit conforme aux prescriptions du Buddha; de tous côtés on loue sa vertu et il n’est personne qui le vaille dans les divers royaumes. Comment aurait-il mal agi? »
Cette calomnie habilement répétée à plusieurs reprises finit toutefois par ébranler l'esprit du roi, qui dit : « Que des personnes qui ont les mêmes os et la même chair s'entretuent, c’est ce qu’on peut appeler un trouble criminel; je n'agirai point ainsi. » Il nomma alors son fils roi
(1) Il en conçut du ressentiment contre le prince qui l'avait involontairement couvert de ridicule, et c'est pour cette raison futile qu'il devint son ennemi juré.
sur la frontière, à huit mille /: de distance de son royaume, et lui dit : « Maintenez le calme dans la région qui est en dehors de mon territoire ; prenez modèle sur le ciel pour agir avec bonté; ne nuisez pas à la vie des gens du peuple; gardez-vous, par une avidité inconsidérée, de pressurer la multitude ; honorez les vieillards comme s'ils étaient vos parents ; aimez les gens du peuple comme s'ils étaient vos enfants; ayez soin d'observer les défenses du Buddha et de vous conformer à la sagesse jusqu’à la mort. Dans le monde, il y a beaucoup de trompeurs; ne croyez qu'aux instructions qui seront marquées de l'empreinte de mes dents (1). » Le prince-héritier se prosterna et diten versant des larmes : « Je ne me permettrai pas de manquer à vos recommandations respectables. » Il se rendit alors dans le pays qui lui avait été assigné en fief. Par les cinq défenses et les dix vertus (2), il convertit avec bienveillance la population de son royaume; quand il eut occupé cette dignité pendant une année, les peuples lointains, émerveillés de sa bienveillance, accouraient sous son influence et se rassemblaient comme des nuages; il y eut ainsi une augmentation de plus de dix mille foyers. Le prince informa son père de cet état de choses en louant l’efficace de la vertu royale dont le rayonnement lointain était cause de tout cela; le roi, ainsi que la reine, s’en réjouirent et louèrent le prince. Mais la concubine, qui conservait une haine toute particulière contre lui, fit une machination perfide avec le conseiller (3) dans le dessein de faire dégrader le prince-héritier; elle attendit que le roi eût perdu conscience en s’endormant, puis, ayant contrefait son sceau avec de la cire (4), elle forgea une lettre
(1) Cf. une note de Julien dans Hiuan-tsang, Mémoires, t. I, p. 156, n. 2.
(2) 0 p::27 nt