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où il était dit : « Vous avez commis un crime de lèsemajesté ; je n’ai pas voulu vous faire périr en ma présence; mais, dès que cette lettre vous sera arrivée, arrachez les prunelles de vos yeux, et remettez-les à mon envoyé qui me les rapportera. »
Quand l’envoyé fut parti et fut arrivé, tous les ministres du prince dirent : « Cet envoyé fauteur de tromperie et de trouble ne vient pas de la part du grand roi. » Le prince répliqua : « Voici les dents de devant du roi; maintenant la bonne foi du messager est évidente. Or, celui qui tient à sa personne et résiste à son père commet ce qu'on appelle une grande rébellion. » Alors donc il se livra pendant trois jours à des réjouissances avec tous ses ministres; 1l parcourut le territoire de son royaume en secourant les misérables et en aidant ceux qui étaient dans le dénuement; en proposant pour modèle l’exemple du Buddha, il enseigna le peuple avec des sentiments de bienveillance. Puis il fit appel à quelqu'un qui fût capable de lui arracher les yeux ; un marchand d'herbes (1) les lui ayant enlevés, il les remit à l’envoyé qui les plaça dans une boîte et les emporta promptement dans son pays. Le conseiller d'État les donna à la concubine favorite qui les suspendit devant son lit et proféra des injures en disant: « Êtes-vous content de n’avoir pas accédé à mes désirs maintenant qu’on vous a crevé les yeux ? »
Le grand roi rêva qu'une guêpe venimeuse avait piqué les yeux du prince-héritier ; il se réveilla en sanglotant et dit : « Serait-il arrivé quelque infortune étrange à mon fils? » La favorite lui répondit : « O roi, c’est parce que vous pensez à lui avec trop d'intensité que vous avez eu ce songe. Sans doute il n’est rien arrivé d’étrange. »
Cependant le prince-héritier cherchait à gagner de quoi manger pour soutenir sa vie en jouant du luth (vinà) ; en
(1) Un candala, disent Hiuan-tsang et le Divyävadäna.
parcourant successivement les divers royaumes, il finit par arriver dans le pays du roi qui était le père de la reine sa femme; ce roi, apprenant qu’un merveilleux joueur de luth était venu, l’appela pour l'entendre ; le prince commença par chanter une élégie sur les vertus du roi défunt et termina par des plaintes sur l’orphelin qui était resté sans père. Sa femme comprit le sens de ce chant et s’écria en sanglotant : « Est-il possible que mon mari soit à ce point malheureux ? » Le roi lui ayant demandé ce qu’elle voulait dire, elle lui exposa toute cette histoire, puis elle. prit congé de son père en ajoutant : « Cette résolution m'est imposée par mon devoir d’épouse ; une femme qui prend deux maris différents n’est pas chaste ; je désire accompagner mon mari dont la piété filiale est parfaite. » Son père et sa mère se lamentèrent.
La femme du prince emmena celui-ci dans son pays d'origine. Le roi, ayant appris la venue d’un merveilleux joueur de luth, l’appela et le fit jouer ; quoique la physio-
nomie du prince fût ravagée par le chagrin, il le reconnut :
à sa voix et lui dit: « N’êtes-vous pas mon fils Fa-houei ? » Le prince-héritier se jeta à terre en sanglotant. Le roi, la reine, les femmes du harem, ainsi que tous les gens du royaume, grands et petits, furent tous émus de compassion ; la femme du prince leur exposa tout ce qui s'était passé. Le roi dit: « Hélas ! une femme qui n’est pas bonne est semblable à du riz excellent dans lequel on a mêlé du poison. Le Buddha nous a enseigné à nous éloigner d'elle; n’a-t-il pas eu raison ? » Il fit alors arrêter son conseiller ainsi que sa favorite et les fit battre avec des branches épineuses, puis il fit verser de l'huile bouillante. dans leurs blessures qui, en séchant, se fendirent; ensuite on creusa une fosse et on les y enterra vivants.
Le Buddba dit aux bhiksus : « Dans une existence antérieure, le prince-héritier vendait des perles blanches ; quant à la favorite, elle était en ce temps une jeune fille
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de famille riche qui allait en char sur la route ; le conseiller était alors son cocher. Elle appela le jeune vendeur de perles et lui dit : « Venez me montrer vos perles. » Quand elle eut pris les perles, elle ne Les acheta pas, mais elle jeta des regards luxurieux sur le jeune homme et lui tint des propos engageants. Le jeune homme irrité lui dit : « Si vous ne me rendez pas mes perles et que vous me jetiez des regards luxurieux, je vous crèverai les yeux. » La jeune fille et le cocher dirent alors tous deux: « Nous devrions vous frapper avec des verges épineuses, et, en versant de l'huile, faire se fendre votre peau, puis vous enterrer vivant. »
« Or, quand le mal et le bien ont été accomplis, le malheur et le bonheur s’ensuivent; telle l’ombre qui est attachée au corps. Quand le mal est arrivé à maturité, le châtiment se produit; tel l’écho qui répond au son. Faire lé mal et vouloir échapper à l’infortune, c’est comme si, après avoir jeté la semence, on voulait qu’elle ne germât pas. Le Bodhisattva, qui avait accepté les défenses pures du Buddha, préférait s’arracher les yeux et périr plutôt que de vivre en commettant le péché de luxure. Celui qui en ce temps était le prince-héritier Fa-houei, c'étaitmoi-même ; le conseiller, c'était Devadatta ; la favorite, c'était la femme de Devadatta. »
Telle est la manière dont la pâramitâ de ferme résolution du Bodhisattva pratique la moralité (çila). |
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Autrefois Le Bodhisattva était avec ses deux frères aînés en un temps où, par suite d’une grande sécheresse, les
hommes s'entredévoraient; tous trois allaient en cherchant de la nourriture qui leur permît de soutenir quelque peu leur vie; comme ils traversaient une région montagneuse, ils manquèrent d'aliments pendant plusieurs jours: Les deux frères aînés dirent : « Ne faut-il pas conserver nos vies en sacrifiant nos femmes ? » Le plus âgé tua donc le premier sa femme et en fit cinq parts (1); le plus jeune frère, qui était bon et compatissant, s’affligea et refusa de manger. Le second frère ayant tué à son tour sa femme, le plus jeune frère sanglota extrêmement. Les deux aînés voulurent ensuite tuer la femme du plus jeune frère, mais celui-ci leur dit : « Tuer autrui pour se sauver soi-même,cela est contraire à la doctrine bonne du Buddha; je ne le ferai point. » Emmenant donc sa femme, il entra dans la montagne et subvint à ses besoins en recueillant des fruits.
Quand il eut demeuré dans la montagne pendant plusieurs années, il arriva que sa femme entretint des rapports adultères avec un homme boiteux qui habitait cette montagne; elle projeta de tuer son mari et lui dit avec fourberie : « C’est moi qui, selon la justice, devrais travailler à vous nourrir; or, c'est vous (au contraire) qui vous en occupez; demain je vous accompagnerai et je désire endurer avec vous toutes les fatigues. » Il lui répondit : « La montagne est pleine de dangers et d’obstacles ; ne venez pas. » À trois reprises, elle s’y refusa; ils partirent donc ensemble. Quand la femme vit un endroit où la montagne était escarpée et le ravin profond, elle poussa son mari et le fit tomber; mais, au bord de la rivière se trouvait un dieu qui le recueillit et l’'empêcha de se faire du mal. Toute joyeuse d’avoir atteint son but, la femme revint demeurer avec le boiteux.
Son mari descendit la rivière et aperçut des marchands
(1) A savoir pour les trois hommes et pour les deux femmes restantes.
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à qui il raconta toute son histoire ; ceux-ci eurent compassion de lui et l’emmenèrent avec eux dans un royaume prospère ; or, le roi de ce royaume venait de mourir sans laisser d’héritier; les principaux ministres déclinaient les uns après les autres (le titre royal) et on n’avait mis personne sur le trône. Un brahmane ayant été invité à con-
sulter le sort, il dit que si parmi les voyageurs il s’en
trouvait un qui présentât les marques requises, on devrait le nommer roi. En apercevant le Bodhisattva, le brahmane
s’écria : « Fort bien! voici un homme supérieur doué de
sagesse ; il est capable de protéger la multitude du peuple avec une bonté semblable à celle du ciel. » Tous les fonctionnaires et les gens du commun versaient des larmes de joie et il n'était personne qui ne souhaitât longue vie (au Bodhisattva) ; on l’amena en char dans le pays et on lui donna la dignité souveraine. Il gouverna aussitôt le peuple avec les quatre sortes (de bienfaisance) et les diverses doctrines hérétiques furent toutes supprimées; il imposa les cinq défenses et répandit Les dix actions excellentes ; dans tout le pays, on observa les défenses. Alors (Çakra), souverain des devas,protégea ce royaume ; les démons aux artifices malfaisants s’enfuirent; les influences funestes disparurent ; céréales et fruits furent en abondance; les royaumes voisins se convertirent etagirent bien; les ennemis se réconcilièrent; les gens, portant sur leur dos leurs petits enfants emmaillottés, accoururent en foule comme des nuages.
(Celle qui avait été) la femme (du Bodhisattva), emportant comme un petit enfant son mari boiteux, entra dans le royaume pour demander l’aumône ; elle raconta qu'autrefois elle avait emmené son mari pour échapper à un péril, mais que maintenant elle revenait auprès d’un prince bon ; dans le royaume, grands et petits s'émerveillaient tous de sa belle conduite et disaient: « Voici une épouse sage dont l’histoire mérite d’être écrite. » La femme (du
roi) ayant dit qu'il fallait lui donner une grande récom-
pense, le roi fit venir en sa présence son (ancienne épouse) et lui demanda : « Reconnaissez-vous le Fils du Ciel (devaputra) ? » La femme, saisie de crainte, se prosterna la face contre terre. Le roi expliqua alors tout ce qui s'était passé aux gens qui étaient dans le palais ; le ministre qui exerçait le gouvernement dit : « Cette femme a mérité d’être mise à mort. » Le roi répliqua : « Tous les Buddhas ont tenu la bonté pour la chose la plus précieuse dans les trois mondes; j'aimerais mieux perdre ma propre vie que de m'’écarter de la voie de la bonté. » La femme (du roi) chargea des gens de chasser hors du royaume (l’ancienne épouse) et de balayer la trace de ses pas.
Le Buddha dit à Çâriputra : « Le roi, c'était moi-même ; Le boiteux, c'était Devadatta ; la femme, c'était Jao-cheou (1) (Belle-tête).
= Telle est la manière dont la pâramitä de ferme résolution du Bodhisattva pratique la moralité (çila).
(Frip NE, p 01-64 4%)
Autrefois le Bodhisattva était un homme du commun peuple ; il avait beaucoup étudié les livres bouddhiques et il comprenait fort bien (la doctrine des) punitions et des récompenses. Les recettes médicales de toutes sortes, ainsi que les cris des animaux, il les connaissait parfaitement. Considérant que le monde était troublé, il vécut dans la retraite et n’accepta pas de fonctions publiques ; il
(1) Dans le Jélaka (vol. II, tr. Rouse, p. 85), on lit que la femme était Ciñcà ainsi se trouve démortrée l'identité de Hao-cheou et de Ciñcà (cf. p. 64).
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mettait en honneur les défenses ea 2 et ne faisait rien qui ne füt correct.
Comme il était fort pauvre, il loua ses services à un marchand pour porter ses bagages. Tous deux mangeaient sur le bord d’une rivière qu'ils venaient de traverser lorsqu'une bande de corbeaux se mit à croasser ; Le marchand en éprouva de la crainte dans son cœur et tous les poils de son corps se hérissèrent, mais le Bodhisattva ne fit qu'en rire. Après avoir mangé, ils s’en allèrent.
Revenu dans son pays, le marchand dit au Bodhisattva en lui payant ses gages : « Quand les corbeaux ont crié, pourquoi avez-vous ri? » Il répondit : « Les corbeaux m'ont dit : Cet homme a des perles blanches d’une valeur
considérable ; tuez-le pour prendre ses perles ; quant à nous, nous désirons manger sa chair. — Voilà pourquoi
j'airi. » Le marchand reprit : « Pourquoi ne m’avez-vous pas tué? » Le Bodhisattva répondit : « N’avez-vous pas vu que Gç'aurait été là, d’après les livres bouddhiques, un crime immense comme le ciel ? Dire qu’il n'y aurait pas eu de conséquence néfaste, c'est se tromper soi-même. J’ai regardé les règles écrites droites, vraies et qui n’ont pas de supérieures et j'ai observé la pure bonté des Bodhisattvas : tous les êtres qui volent, marchent ou rampent, vous devez les aimer et ne pas les tuer; même un brin d'herbe, s’il ne vous appartient pas, vous ne devez pas le prendre; celui qui aime à tuer n'est pas bon; celui qui aime à prendre n’est pas pur. Dans une vie antérieure, j'ai eu le défaut d’aimer à prendre et maintenant je me trouve dans cette triste condition d’être fort pauvre et de devoir vous louer mes services. Si maintenant j'avais commis une nouvelle faute, j'aurais semé pour moi des châtiments sans limites et je ne me serais pas conduit en disciple du Buddha. J'aime mieux mourir pauvre et humble en obéissant à la sagesse que de vivre riche et honoré en agissant contrairement à la sagesse. » Le marchand lui dit : « Fort
bien! Les enseignements du Buddha sont véridiques. » Telle est la manière dont la pâramità de ferme résolution du Bodhisattÿa pratique la moralité (çila).
CPS NE 5 DE 6h vT)
Autrefois le Bodhisattva se trouvait fort pauvre dans le monde ; il loua ses services à des marchands et alla avec eux sur mer pour chercher quelque profit. Le bateau vint à s'arrêter et à ne plus avancer. Les marchands, grands et petits, étaient tous saisis de crainte ; ils invoquaient les dieux du ciel et dela terre pour que, d’en haut et d’en bas, ils vinssent à leur secours. Quant au pauvre homme, il se confia par trois fois (aux trois Vénérables) et observa les défenses sans les violer; il se repentait de ses fautes et se confessait trois fois par jour et trois fois par nuit; avec un cœur compatissant, il formula ce vœu : « Que, parmi tous les êtres qui sont dans les dix régions de l’espace, il n'y en ait aucun qui soit saisi de crainte comme je le suis moi-même aujourd'hui; puissé-je plus tard obtenir la dignité de Buddha pour sauver ces êtres. »
Le bateau était immobile depuis sept jours lorsqu'un dieu de la mer apparut en songe au chef des marchands et lui dittrompeusement: « Abandonnez ce pauvre homme et Je vous permettrai de partir. » Après avoir eu ce songe, le chef des marchands, tout ému de tristesse, tint (avec ses compagnons) des conciliabules secrets. Le pauvre homme en eut vent et comprit clairement tout (ce qu’ils méditaient); il leur dit donc : « Ne faites pas périr une multitude de personnes à cause de moi seul. » Le chef des marchands fit pour lui un radeau et lui donna des provi-
sions, puis il le fit descendre sur le radeau ; quand on eut repoussé le radeau au loin, le grand poisson fit chavirer le bateau et dévora les marchands; quant au pauvre homme, un vent favorable l’amena au rivage et il retourna dans son pays; ses parents aux neuf degrés en furent joyeux. C’est parce que ce pauvre homme s'était confié trois fois (aux trois Vénérables), qu’il avait observé les cinq défenses et les dix actes excellents, qu’il avait pratiqué le jeûne et la confession et qu’il avait été compatissant pour la multitude des êtres vivants, c'est pour toutes ces raisons qu'il obtint ce bonheur.— (Le Buddha dit) : « Le pauvre homme, c'était moi-même. »
Telle est la manière dont la pâramità de ferme résolution du Bodhisattva pratique la moralité (çila).
CPRIPEN IS pe01 ve)
Autrefois le Bodhisattva menait une vie cachée en observant les défenses et ne recherchait point la gloire de ce monde. Il était sous la dépendance d’un maître de maison et était le gardien d’un terrain de sépulture lui appartenant; quand quelque enterrement avait lieu, il venait prêter son concours ; celui qui conduisait le deuil en était touché et lui faisait quelque don précieux; or, tout ce que cet homme recevait ainsi, que ce füt peu ou beaucoup, il le remettait au maître de maison; celui-ci lui dit : « C’est en déployant vos propres forces que vous acquérez ces sommes; pourquoi me les rendez-vous? » Le sage lui répondit : « Je suis le gardien de votre campagne ; ces gens font leurs enterrements sur le sol qui vous appartient ; en bonne justice, ces sommes vous appartiennent. »
Le maître de maison s’écria en soupirant : « Fort bien! Y eut-il jamais parmi les sages de l’antiquité quelqu'un qui ait pu vous surpasser ? » Il choisit alors parmi ses servantes une fille de bonne conduite et en même temps de belle figure et il la lui donna comme épouse ; puis il abandonna une partie de sa fortune pour assurer son établissement. Le sage dit : « Je perfectionnerai ma conduite et je rehausserai ma vertu. » — (Le Buddha dit :)Celui qui en ce temps était le sage pauvre, c'était moi-même ; sa femme, c'était A’ieou-yt (Gopà).
Telle est la manière dont la pâramità de ferme résolution du Bodhisattva pratique la moralité (çila).
CEPIDENE, 5, Dr 04 V0)
Autrefois le Bodhisattva était un homme du commun peuple ;ilavait confié sa vie aux trois Vénérables et observait les défenses rigoureusement. Lui et son oncle allèrent colporter des marchandises pour gagner leur vie. Comme ils étaient arrivés dans un pays étranger, l'oncle traversa le premier la rivière et s’arrêta chez une veuve ; dans cette maison il y avait une jeune fille qui dit à sa mère : « Derrière (notre habitation) se trouve un bassin pour se laver; nous devrions l’échanger à ce marchand contre des perles blanches. » La mère suivit l'avis de sa fille et montra le bassin au marchand ; celui-ci le gratta avec son couteau pour l’examiner et reconnut qu'il était fait en une matière précieuse pure; mais, par ruse, il le jeta par terre en disant : « Cet objet me salit les mains »; puis il sortit et poursuivit sa route; la mère et sa fille furent toutes honteuses.
Le jeune homme arriva ensuite ; la fille voulait de nouveau lui demander des perles, mais sa mère lui dit : « Ce qui s’est passé dernièrement doit maintenant vous servir d'avertissement. » La femme répliqua : « J'observe que ce jeune homme a l'aspect d’un homme bon; il n’est pas avide et méchant comme celui que nous avons vu auparavant. » Elle reprit donc le bassin pour le lui montrer; le jeune homme déclara : « C’est là de l'or qui donne une marque rouge quand on le frotte sur la pierre de touche; acceptez-vous d'échanger cet objet contre toutes mes marchandises ? » La mère y ayant consenti, le jeune homme ajouta : « Je vous demande de me laisser deux pièces d’or pour payer mon passage. »
Un moment après, l’oncle revint et dit aux femmes : « Maintenant je vous ferai don de ces quelques perles et j emporterai le bassin que vous possédez. » La mère répliqua : « Un excellent jeune homme nous a payé notre bassin d’or avec toutes les perles précieuses qu’il possédait et encore s'est-il excusé de l'acheter si bon marché. Si vous ne vous en allez pas promptement, nous allons vous donner des coups de bâton. » L’oncle arriva sur le bord de la rivière et, frappant du pied le sol, il criait : « Rendez-moi mon objet précieux! » Dans l'excès de son émotion, il se frappait la poitrine et il mourut en crachant le sang. Quand le neveu lui rapporta son objet en or, il vit que l’autre était mort et il s’écria en sanglotant : « C’est ainsi que l’avidité peut faire périr un homme. »
En étant de bonne foi, le Bodhisattva obtint un objet précieux; par sa cupidité et sa fourberie, Devadatta se perdit lui-même. — (Le Buddha dit :) « Le jeune homme, c'était moi-même ; l'oncle, c'était Devadatta. »
Telle est la manière dont la pâramità de ferme résolution du Bodhisattva pratique la moralité (çila).
(Trip., VI, 5, p. 64 v°-65 r°.)
Autrefois, il y a de cela des kalpas innombrables, le Bodhisattva et son frère cadet s'étaient approvisionnés de marchandises et cherchaient à faire du gain pour nourrir leurs parents. Ils arrivèrent dans un pays étranger et le Bodhisattva invita son frère cadet à aller présenter des perles au roi. En voyant la beauté du frère cadet, le roi tout joyeux l’agréa et lui promit sa fille en mariage; il lui demanda des perles par milliers et myriades. Le frère cadet revint informer son aîné; celui-ci J'accompagna auprès du roi; voyant que le visage du frère aîné était fort beau, que ses paroles étaient de saints préceptes et que son éloquence était incomparable, le roi le loua fort et transféra sur lui la promesse de donner sa fille en mariage. La fille en était toute contente, mais le frère aîné fit cette réflexion : « Le frère aîné du mari est comme un père; la femme du frère cadet est comme une fille ; il y a donc (entre la fille du roi et moi) la même parenté qu'entre un père et son enfant; comment serait-il raisonnable de nous marier ensemble ? Quoique ce roi occupe la haute dignité d’un prince parmi les hommes, il se conduit comme une bête brute. » Aussitôt donc il se retira en emmenant son frère. Montée sur une tour, la jeune fille leur cria de loin : « Puissé-je devenir un être démoniaque et malfaisant pour dévorer le foie du frère aîné! » |
Dans le cycle des naissances et des morts, le frère aîné devint un singe tandis que la fille et le frère cadet devenaient tous deux des tortues: la tortue femelle, étant