‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 46 sur 93 · PACS CER TN AU PIRE · texte numérisé non relu

PACS CER TN AU PIRE

Sûtra de Mi-lan.

Voici ce que j'ai entendu raconter: « Un jour le Buddha se trouvait à Crâvasti, dans le Jetavana, dans le jardin d’Anâthapindada. Tous les cramanas demeuraient alors dans la retraite et méditaient profondément sur le fait que les hommes de leur temps pratiquaient le mal et se plaisaient aux désirs sensuels sans qu'aucun d’eux se lassât des cinq sortes de joies. Quelles sont ces cinq sortes de joies ? Ce sont les formes pour les yeux, les sons pour les oreilles, les parfums pour le nez, les saveurs pour la bouche, les touchers doux et polis pour le corps. Et en effet, quand il s’agit de ces cinq désirs sensuels, quel est celui qui s’en lasse aussi longtemps que dure sa vie? Après que le milieu du jour fut passé, tous les çramanas se rendirent auprès du Buddha, se prosternèrent à ses pieds, puis reculèrent et se tinrent debout en disant : « O notre Honoré du monde, les gens ignorants de notre temps sont émus par les cinq désirs sensuels et cela dure jusqu'à ce que leur vie prenne fin; en est-il qui s’en lassent? » Le

Buddha leur dit : « Je vois que, dans le monde, on ne se lasse point de ces cinq désirs sensuels.

Autrefois il y avait cinq cents marchands qui étaient allés en mer pour faire fortune ; parmi eux se trouvait un homme prudent et sage nommé Wi-lan (1), qui était un maitre et un guide pour la foule. Dans la mer se trouvait un poisson divin nommé mo-kie (makara) qui heurta et brisa le bateau en sorte que tous périrent. Mi-lan put à grand'peine se sauver en montant à cheval sur une planche ; poussé par le vent, il aborda au rivage ; le nom de cette localité était Pi-mo; étant monté sur le rivage, il errait de ci et de là, espérant reprendre des forces et se reposer; il aperçut un petit sentier dans lequel il s’engagea; il vit de loin une ville d'argent; les arbres y étaient luxuriants et au milieu d’eux il y avait des étangs pour se baigner; (cette ville) avait un pourtour qui formait quatre faces ; de l’eau douce l’entourait. Quatre belles femmes aussi gracieuses que des déesses vinrent à la rencontre (de Mi-lan) et lui dirent : « Pour traverser la vaste mer, les fatigues que vous avez endurées ont été nombreuses; nous vous félicitons fort d’être heureusement arrivé maintenant dans cette ville d'argent; au milieu de cette ville est un

(1) Dans l’Avadâna çataka, le nom de ce personnage est en sanscrit Maitrakanyaka; dans le Jâtaka 439, son nom est en pâli Mittavindaka; sur les bas-reliefs de Pagan, son nom est Mittavinanda; enfin, en chinois, nous relevons, à côté de la transcription Mi-lan 5 Fi la transcription Mi-lien 5 3% dans le texte du ÆXing lu yi siang (Trip., XXXVI, 8, p. 54 v°-55 r°). Quelles que soient les différences qu'on relève entre ces noms, il semble bien qu’on puisse y discerner un élément initial commun qui se ramènerait à Mithra ou Mihil ou Mihr; on sait que, dès le commencement de notre ère, le nom de Mithra s'était altéré en Mihir, comme l'atteste le nom de Meherdates attribué par Tacite (A. XI, 10) à Mithridate V. D'autre part, il est vraisemblable que la légende indienne du supplice de Mi-lan, de même que la légende grecque du supplice d'Ixion, dérivent de la fausse interprétation d'une image représentant le dieu du soleil avec la roue qui est son attribut (sur le symbolisme de la roue, voyez le beau mémoire de H. Gaidoz dans la Revue archéologique, 1884 et 1885). On peut donc se demander si Mi-lan n'était pas à l'origine Mithra, le génie de la lumière céleste.

palais fait de toutes sortes de substances précieuses (1) : or jaune, argent blanc, cristal de roche, lieou-li (vaidûürya), corail, ambre et {ch'ü-k’iu (musâragarbha) ; toutes quatre, nous serons à votre service ; nous nous coucherons tard et nous lèverons de bon matin, étant entièrement à vos ordres. Nous désirons que vous n’alliez point en quelque autre endroit. » Mi-lan entra dans la ville et monta dans le palais fait des sept substances précieuses ; il avait toutes les satisfactions qu’il pouvait souhaiter, et tout ce qu'il désirait il l’obtenait. Après être resté là pendant plus de mille années, Mi-lan fit cette réflexion : « Ces femmes merveilleuses ne veulent pas que je m'en aille ; auraientelles un motif pour cela? » Il attendit que les quatre femmes fussent endormies, puis il s’esquiva furtivement et partit.

Il vit de loin une ville d’or où huit femmes merveilleuses vinrent à sa rencontre et s’exprimèrent comme les précédentes ; la beauté de ces femmes merveilleuses dépassait encore celle des quatre premières. Le palais précieux qui se trouvait au milieu de la ville se nommait Siao-mo (2); les vraies perles claires comme la lune et les joyaux de toutes sortes qui s’y trouvaient l’emportaient (sur tout ce qui était dans la ville d'argent.) (Mi-lan) vécut là pendant plusieurs milliers de myriades d'années, puis il eut ce soupcon : « Ces huit femmes ne me permettent pas de m’en aller; y a-t-il quelque cause à cela? » Il attendit qu’elles fussent sorties et couchées, puis il s’esquiva furtivement et partit. |

Il aperçut derechef une ville de cristal d’où seize femmes merveilleuses sortirent pour venir à sa rencontre ; elles s'exprimèrent comme les précédentes ; elles exigèrent qu'il entrât avec elles dans la ville et qu’il montât dans le

(1) Le texte du Æing lu yi siang (Trip., XXXVI, 3, p. 54 v°) nous apprend que le nom de ce palais était Lo-man He #5, ce qui correspond au nom de Ramanaka qu’on trouve dans l’Avadâna-çataka.

(2) Sadämattam, dit l’Avadäna-cataka.

palais fait des sept substances précieuses (2); la ville, le palais, les joyaux de toutes sortes et la beauté des femmes merveilleuses l’emportaient sur ce qui a été décrit précédemment. Mi-lan demeura là sans se lasser pendant un nombre d’années qui se compte par milliers de myriades de centaines de mille. Il attendit alors que les femmes fussent sorties et couchées, puis il s’esquiva et partit.

Il vit encore une ville précieuse en lieou-li (vaidürya) dont l'éclat était magnifique. Trente-deux femmes en sortirent pour venir à sa rencontre et le saluèrent en s’agenouillant ; elles s’exprimèrent avec respect comme l’avaient fait les précédentes; elles le prièrent avec instances d’entrer dans la ville et de monter dans le palais fait des sept substances précieuses ; le nom du palais était Yu-fan (A); ce qu'on y trouvait en fait de joyaux de toutes sortes, de réjouissances, de nourriture savoureuse et de belles femmes l’emportait sur tout ce qui était dans les villes précédentes. Mi-lan demeura là pendant un nombre d’années extrêmement long comme ceux dont il a été parlé plus haut. Il attendit encore que les femmes fussent sorties et couchées, puis il s’esquiva et partit.

Il aperçut de loin une ville de fer, mais personne ne vint à sa rencontre. Mi-lan fit cette réflexion : « Les quatre femmes de la ville d'argent, les huit de Ia ville d’or, les seize de la ville de cristal de roche, les trente-deux de la ville de lieou-li (vaidürya), femmes merveilleuses qui illuminaient le monde, sont venues les unes après les autres avec respect à ma rencontre ; si maintenant les femmes ne viennent pas à ma rencontre, c'est sans doute à cause de leur haute dignité. » Quand il eut fait une fois le tour de

(2) D'après le texte du Xing lu yi siang,le nom du palais était Lo-mo 74 FÆ, mais ce témoignage ne s'accorde pas avec celui de l'Avadânaçataka qui donne à la troisième ville le nom de Nandana.

(1) Yu-tan est la transcription de uttara; le nom complet doit être uttara de Brahmottara (cf. Avadâna-çataka).

la ville, il y eut un démon qui lui en ouvrit la porte. Mi-lan entra dans la ville et aperçut aussitôt un autre démon; le nom de ce démon était Æiu-yin (1); une roue de fer ardente courait sur sa tête ; Le démon qui était préposé à la garde du condamné prit la roue de la tête de cet homme et la posa sur la tête de Mi-lan dont la cervelle se répandit et dont le corps fut dévoré par le feu ; Mi-lan, tout en pleurs, . dit : « De quatre, les femmes sont devenues huit; de huit, elles sont devenues seize; de seize, elles sont devenues trente-deux; j'ai joui des splendeurs de la salle Siao-mo et de la salle Yu-tan. Mais, parce que je me suis montré insatiable, voici ce qui m'arrive. Quand serai-je délivré de ce supplice ? » Le démon gardien lui répondit : « Ce nombre d'années durera jusqu’à ce que quelqu'un vienne comme vous-même êtes venu ; alors vous pourrez échapper à ce tourment. » La roue de fer resta sur la tête de Mi-lan pendant six cent mille années, au bout desquelles il en fut débarrassé.

Le Buddha dit aux çramanas : « Mi-lan, c'était moimême. Si cela m'arriva, voici quelle en est la cause : au temps où je ne servais pas encore les trois Vénérables, j'avais l’esprit stupide et troublé et je croyais aux hérésies; ma mère, après s'être baignée, avait revêtu de nouveaux vêtements et s'était endormie; or, je marchai sur la tête de ma mère (2); c'est pourquoi (le maître des enfers de) la Grande Montagne fit broyer ma tête par une roue de

(1) La rédaction du ÆXing lu yi siang montre nettement que le démon gardien de la ville et le damné appelé Xiu-yin sont deux personnages distincts : « … il aperçut de loin une ville de fer ; mais, dans cette ville,

il n’y eut personne qui vint à sa rencontre. Mi-lien entra par la porte de la ville ; il s’y trouvait un démon qui l'interrogea. Mi-lien se mit à marcher à ses côtés; dans la ville, il aperçut un homme appelé Æiu-yin; une roue de fer brùlante tournait sur sa tête; cet homme lui dit : « Parce que je suis entré successivement comme vous dans les diverses villes, mais que je n'ai pu y demeurer satisfait, pour cette raison, cette roue de fer brûlante tourne sur ma tête. »

(2) D'après l’Avadâäna-çataka, Maitrakanyaka frappa du pied sa mère à la tête parce qu'elle voulait s’opposer à son départ.

fer. D'autre part, le huitième jour du quatrième mois, j'avais observé les huit abstentions (1) en m'en réjouissant dans mon cœur ; c'est pourquoi j'obtins les longues séries d'années où je vécus dans les villes précieuses, voyant tous mes désirs accomplis et obtenant tout ce que je demandais. Mais je remarquai que rien dans ce monde ne saurait me satisfaire, et ne m'arrêtai que lorsque j'eus obtenu la sagesse ». Le Buddha dit aux çramanas : «Quand Mi-lan fut sorti des enfers de la Grande Montagne, il ferma son cœur aux trois choses mauvaises, il enleva de sa bouche les quatre tranchants, il réprima dans son corps les trois fautes (3) ; il fut pieusement obéissant envers ses parents et servit personnellement les trois Vénérables (4); il porta sur sa tête Les défenses comme un bonnet; il se revêtit des défenses comme d’un vêtement; il prit avec lui les défenses comme des provisions de route; il savoura les défenses comme un mets exquis; qu’il mangeât ou qu'il se reposât, qu’il füt assis ou qu’il marchât, jamais il n'oubliait les défenses du Buddha, ne füt-ce même que pendant le temps qu'il faut pour faire une enjambée; grâce aux défenses, sa vertu arriva à la perfection et il devint lui-même Buddha. Quand les hommes vulgaires agissent, ils ne témoignent pas de piété filiale envers leurs parents et ne servent pas avec respect leurs maîtres; mais j'ob-

(1) À 54 RE . Ce sont: 1° ne pas tuer; 2° ne pas voler ; 3° ne pas commettre d'actes de débauche ; 4° ne pas mentir ; 5° ne pas boire de vin ; 6° ne pas s'asseoir sur grand lit haut et spacieux; 7° ne pas se parer de guirlandes de fleurs et de colliers précieux et ne pas s’oindre le corps ou embaumer ses vêtements avec une huile parfumée; 8° ne pas chanter, danser ou jouer soi-même la comédie et ne pas aller intentionnellement voir et entendre d’autres personnes se livrant à ces actes , ne pas manger passé midi (Dict. Xiao tch'eng fa chou).

(2) — BE. 1° Rendre le mal pour le mal; 2° faire du mal à quine vous a rien fait; 3° rendre le mal pour le bien (Dict. Xiao tch'eng fa chou). (3) Je suppose que l'expression =. = SR doit être l'équivalent de

l'expression E° = % qui désigne 1° le meurtre; 2 le vol: 3 la débauche.

(4) Buddha, Dharma, Samgha.

serve que, par la suite, ils s’attirent de terribles châtiments : tel fut le cas pour Mi-lan. En effet, quand on fait le mal, le malheur s'ensuit comme l’ombre accompagne le corps ; quand on renonce à l’hérésie et qu’on met en honneur la vraie doctrine, tous les maux disparaissent. » Quand le Buddha eut fini de prononcer le texte saint, les çramanas lui rendirent hommage avec joie.

CErip: NES: p: 66, v°-67 rt)

Sûtra du saint roi Ting-cheng.

Voici ce que j'ai entendu dire : « Un jour le Buddha se trouvait à Crâvasti, dans le Jetavana, dans le jardin d’Anàthapindada ; or Ânanda, demeurant solitaire, réfléchissait profondément à ce fait que, parmi tous les êtres, depuis le début de leur vie jusqu’à la fin, il y en a peu qui soient rassasiés des cinq désirs ; après que le milieu du jour fut passé, il se rendit auprès du Buddha et, après s’être prosterné, il recula et dit : « O Honoré du monde, me trouvant assis solitaire, j'ai profondément réfléchi au fait que parmi tous les êtres vivants, ceux qui savent se borner sont rares, tandis que ceux qui ne se rassasient point des cinq désirs sont en foule. » L’Honoré du monde le loua en disant: « Fort bien! Fort bien! Il en est comme vous le dites, et voici (une histoire) qui le prouve :

« Dans les temps anciens, il y avait un roi nommé T'ingcheng (Mürdhaja) (1) ; à l’est et à l’ouest, au sud et au nord,

(1) JH /Æ. Ce nom, qui signifie « né du sommet de la tête » (Mürdhaja), est expliqué par le fait que le roi ainsi nommé était issu d'une excroissance qui avait poussé sur le sommet de la tête du roi Utposadha.

il n’était personne qui ne lui fût soumis. Ce roi avait sept joyaux : une roue d'or volante, un éléphant blanc, un cheval de couleur brune, une perle claire comme la lune, une épouse belle comme le jade, un sage premier ministre, un ministre directeur d'armée ; ces sept joyaux du roi, on en voit rarement de tels dans le monde. Il avait en outre mille fils qui étaient beaux et élégants, intelligents et instruits ; leur sagesse avait une réputation universelle; leur bravoure et leur force domptaient la multitude et ils étaient tels que des lions. Comme le roi était saint et en même temps bon, tout le monde se plaisait à lui être soumis et sa longévité se comptait par centaines de milliers (d’années). Le roi conçut cette pensée : « Je possède le pays de Kiu-ye-ni (Godani) dont le territoire a trois cent vingt mille / en long.et en large ; la population y est abondante; les cinq sortes de céréales y prospèrent; les gens très riches (sont si nombreux que) leurs maisons se touchent ; tout ce qui est rare dans le monde, mon royaume le possède simultanément. Quoi qu’il en soit ainsi, je désire que le ciel souverain fasse pleuvoir pendant sept jours et sept nuits des pièces de monnaie d’or et d'argent; s’il me fait une telle faveur, ne sera-ce pas bien? » Le ciel exauça son souhait et fit pleuvoir des pièces de monnaie des deux substances précieuses de manière à en couvrir tout le pays ; l’éclat de ces joyaux célestes grandement illuminait le royaume. Le roi en éprouva une joie illimitée et tout le monde vint se prosterner devant lui pour le féliciter. Chaque jour, il se livrait au plaisir et aux divertissements avec ses ministres et tous les gens du peuple proclamaient que cela était fort bien.

On appelle aussi ce personnage Mândhâtar, parce que, lorsqu'il naquit, toutes les femmes du harem royal eurent spontanément du lait; aussi chacune d'elles s’écriait-elle : « Puisse-t-il me téter! Puisse-t-il me téter !» (Schiefner, dans Mélanges asiatiques, VIII, p. 450). Dans le Râmâyana et le Visnu Puräna, ce roi est appelé Mândhâtri (LassEN, /nd. Alterthumskunde, vol. I, Anhang, p. vi).

GONTES BOUDHDIQUES (N° 40) 139

- Après avoir éprouvé des félicités sans terme pendant plusieurs milliers et myriades d’années, le roi conçut encore cette pensée : « J'ai le territoire d'Occident (Apara Godani), qui est grand de trois cent vingt mille /1, j'ai la glorieuse possession des sept joyaux, j'ai mille fils, un : royaume florissant et les pièces de monnaie précieuses que le ciel a fait pleuvoir; il n’y a jamais rien eu de tel * dans le monde. Quoi qu’il en soit ainsi, j'ai entendu dire que, dans la région du sud, il y a le pays de Yen-feou-l1 cd

(Jambudvipa) dont le territoire a deux cent quatre-vingt mille li en long et en large ; la population y est nombreuse; il n’est rien qu’on n’y désire sans l'obtenir; si je possédais ce pays, ne serait-ce pas un nouveau sujet de joie ? » À peine le roi eut-il conçu cette pensée que la roue d’or se dirigea vers le sud ; les sept joyaux et les quatre parties de l’armée s’élevant avec légèreté, partirent en volant et arrivérent ensemble dans ce pays. Le roi de l'endroit, ses ministres et son peuple se soumirent tous avec joie ; le prince et les sujets de ce pays étaient dans la joie tout le long du jour. Le roi s’arrêta là pour prêcher et convertir. | Après un nombre d'années égal à celui qui a été mentionné plus haut, le roi conçut encore cette pensée : « Je possède le pays d'Occident et maintenant j'ai gagné le pays du sud. De tous les joyaux des devas et des hommes, quel est celui que j'aie demandé sans l'obtenir ? Or, j'ai entendu parler du ‘pays de Fou-yu-tai (Pürvavideha) qui est du côté de l'Est; il a un ‘territoire de trois cent soixante mille li; le prince et le peuple de cette région ont tout ce qu'ils désirent en fait de joyaux, de céréales et d’objets précieux. Si j'obtenais la possession de ce territoire, ne serait-ce pas un nouveau sujet de joie? » Sa bouche venait de proférer ces paroles que déjà la roue d’or se dirigeait du côté de l'Est; les sept joyaux et les quatre armes de guerre y allèrent ensemble en volant. Le souverain (de ce pays), ainsi que ses ministres

et son peuple, furent tous heureux de se soumettre. Derechef le roi convertit le prince et son peuple par la bonté de la vraie Loi.

Après un nombre d'années égal à celui qui a été mentionné précédemment, les maisons où on chérissait la vertu étaient si nombreuses qu’elles se touchaient. Le roi conçut encore cette pensée : « Je possède la région de l'Occident, la région du Sud, la région de l'Orient; parmi tous les joyaux des devas et des hommes, il n’est rien de précieux que je n’aie. Maintenant j'ai entendu parler du pays de Yu-tan-yue (Uttaravati), qui est du côté du nord; si je pouvais le posséder et y régner, ne serait-ce pas encore une bonne chose? » Dès qu’il eut ouvert la bouche pour formuler ce souhait, la roue d’or se dirigea du côté du nord ; les sept joyaux et les quatre parties de l’armée s’envolèrent simultanément comme il a été dit plus haut. En arrivant dans ce pays (le roi et ses gens) virent de loin un sol vert comme des plumes de martinpêcheur ; le roi demanda : « Voyez-vous ce sol vert? » « Oui », lui répondit-on. Il dit : « C’est le pays de Yu-lanyue (Uttaravati). » Ils aperçurent ensuite un sol blanc et le roi demanda : « Voyez vous ce sol blanc ? » « Nous le voyons », lui répondit-on; le roi dit: « C’est là du riz tout pilé ; mangez-en. » Ils virent ensuite une multitude d’arbres à joyaux : des vêtements souples et beaux, des bracelets, des bagues, des colliers et toutes sortes d’objets merveilleux étaient pendus à ces arbres. Le roi dit : « Voyez-vous cela? » « Oui », lui répondit-on. « Mettez tout cela sur vous. » Le roi gouverna avec bonté et convertit le peuple par son indulgence.

Après avoir demeuré là pendant de longues années, aussi nombreuses que celles dont il a été parlé plus haut, le roi concut encore cette pensée : « Je possédais trois des parties du monde et maintenant j'ai obtenu la contrée du nord qui est grande de quatre cent mille Z. Je désire

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