‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 53 sur 93 · INT · texte numérisé non relu

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CFRADENT. 5 De 72 V8

mA S âtra du roi-passereau.

Autrefois Le Bodhisattva était un roi-passereau; son cœur affectueux secourait tous les êtres et était plus dévoué encore qu'une mère aimante ; quand il avait pitié des difficultés et des souffrances d’autrui, ses sentiments étaient semblables à ceux de l’homme qui se sépare pour toujours de ses parents ; quand il voyait la foule des êtres accepter les ordres de la sagesse, il s’en réjouissait comme d’une satisfaction personnelle ; en chérissant les êtres et en leur faisant du bien, il était aussi (empressé) que s’il eût eu à protéger d’une blessure son propre corps.

Un tigre dévorait un animal lorsqu'un os résista à ses dents ; il en ressentit de grandes souffrances et fut près de mourir. Le passereau, voyant ce qui était arrivé, en

concçut de l’affliction et dit : « Tous les Buddhas ont considéré que le fait de se nourrir (d'êtres doués de vie) était un mal; ils ont eu bien raison. » Il entra dans la gueule (du tigre) et y piqua l’os avec son bec; chaque jour il répéta ce manège; la bouche du passereau devint ulcérée et son corps maigrit. (Enfin) l'os sortit et le tigre fut soulagé.

Le passereau s'envola sur un arbre et prononça des

paroles des livres saints bouddhiques en disant : « Tuer est une action perverse ; il n’y a pas de mal qui soit plus grand; si l’autre (animal) vous avait tué vous-même, auriez-vous été content ? Aimer les autres comme soimême, telle est la mesure qu’il faut appliquer aux autres. Alors vous aurez une bonté (aussi grande que) celle du ciel printanier ; quand celui qui est bon répand universellement son affection, le bonheur le récompense comme l'écho répond au son ; quand le méchant nuit à la foule des êtres, le malheur s'ensuit comme l’ombre accompagne (Le corps). Méditez mes paroles. » Le tigre, entendant que le passereau lui donnait des avertissements, lui dit brusquement avec irritation : « Vous venez de vous échapper de ma gueule et vous osez faire de longs discours! » Le passereau, voyant qu'il ne pouvait être converti, eut compassion de lui avec chagrin ; il partit alors en s’envolant promptement.

Le Buddha dit aux bhiksus : « Celui qui était le roipassereau, c'est moi-même ; le tigre, c’est Devadatta; le Révélateur (1), d'existence en existence, sauve la foule des êtres avec son cœur bienveillant; en vue de libérer de souci les êtres, il tourmente sa propre personne. »

Telle est la manière dont la pâramità de patience religieuse du Bodhisattva pratique la patience des injures.

(1) Cette épithète désigne le Bodhisattva.

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