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pendant six jours, le roi fut puni pendant six ans, et ce
n’est qu’alors qu’il cessa de jeûner. Pour avoir fait en personne après ces six jours des offrandes (au religieux), le roi, dans la vie actuelle (1), après avoir terminé les peines des six années, vit la sagesse se réaliser en lui. A’ieou-yi(Gopà) s'était moquée du religieux; aussi, quand maintenant elle à été enceinte de Lo-yun (Râhula), elle a été gravement malade pendant six ans (2). Le fils aîné du roi, pour avoir placé le religieux au plus profond du parc, resta pendant six ans dans l'obscurité (du ventre de sa mère). L'homme ignorant et doublement aveugle ne discerne pas ce qu'il doit éviter et ce qu'il doit rechercher, et ilse tourne avec de mauvais sentiments vers le Buddha et les çramanas. Le brahmane à qui on coupe les mains et on arrache la langue n’endure ainsi que des souffrances d’une seule génération. Mais s’il a follement battu avec sa main (le Buddha ou les çramanas) et s’il a proféré des injures mensongères avec sa bouche, après sa mort il entrera dans (l'enfer de) la Grande Montagne; les démons de la Grande Montagne lui arracheront sa langue qu’ils mettront sur du sable brûlant et qu'ils laboureront avec des bœufs; en outre, avec des clous ardentsils cloueront ses cinq membres; il demandera la mort sans l'obtenir; tels seront ses tourments. Ayez donc soin d'agir sans faute. » |
Telle est la manière dont la pâramità de patience religieuse du Bodhisattva pratique la patience des injures.
(1) C'est donc le Buddha lui-même.
(2) Cf. plus haut, p. 200, n. 1.
(Trip. VI, 5, p.73 r°-74 r°.)
Sûlra de l'expiation de la famille des Câkyas.
Autrefois, le Bodhisattva observait les défenses et tenait une conduite pure ; il accumulait les mérites et multipliait les actes de vertu; il avait ainsi obtenu la sagesse droite, vraie et sans attachement et l’illumination suprémement correcte du Tathâgata. Il habitait dans le
royaume de Chü-wei (Crâvasti) ; devas, nâgas, démons,
génies, souverains, ministres et gens du peuple le reconnaissaient tous pour leur maître et l'honoraient.
Les doctrines fallacieuses et les enseignements hérétiques, lorsqu'ils se trouvent en présence de la clarté du Buddha qui s'élève, sont comme la lueur du ver luisant qui s’évanouit quand le soleil et la lune brillent. Cependant, quand l'envie et la jalousie se produisent, elles ne tiennent plus compte du feu qui peut causer la ruine de la personne (qui se laisse aller à ces passions); c'est pourquoi le parti des hérétiques machina un stratagème et encouragea une femme, disciple (du Buddha), nommée Belle-Tête (Ciñcamänavikä) (4), à perdre celui qui est honoré entre tous les devas: les gens du pays, qui n'avaient pas encore atteint à la vérité par excellence, éprouvèrent alors des sentiments qui les faisaient réfléchir et murmurer, et ils tenaient en suspicion les cramanas; le roi aussi s'étonnait. Mais les doctrines hérétiques comportent des actions troubles: en se contestant des richesses, les hérétiques s’accusèrent les uns les autres; leur action per-
(1) Ce passage met hors de doute l'identification de « Belle-Tête » #f À avec Cinéamänavikä.
verse devint manifeste et le malheur retomba sur eux; ils se virent sur-le-champ renvoyés. Quant à l'intégrité et à la vérité, elles furent mises en pleine lumière ; les devas et les hommes en louérent l’excellence. Le roi se rendit en personne au vihâra, et, en se RERPSTR AE la tête contre terre, il se repentit de ses fautes.
À la suite de cela, le roi, éprouvant quelque honte, fit faire des propositions par un entremetteur et demanda à épouser la sœur cadette du Buddha; (il voulait), grâce à la force que lui donnerait l’union ainsi contractée, mettre fin à son différend avec la famille des Câkyas. Le Bienheureux dit: « J'ai quitté le monde pour me faire cçrâmana ; je ne m'occupe plus des affaires temporelles ; tout ce qui concerne le mariage dépend entièrement du roi mon père. » Alors donc le roi envoya des ambassadeurs (auprès du roi père du Buddha), pour lui exprimer son respect et lui exposer ses intentions de contracter un mariage; les membres de la famille des Câkyas refusaient d'y consentir, mais le roi (père du Buddha) dit : « Le Buddha demeure dans le royaume de ce roi et c’est de là que viennent nos relations avec ce dernier. L'homme intelligent n’a pas de haine; ce sont les sots qui ont des ennemis. Ma fille est l'enfant d’une concubine de rang inférieur ; vaudrait-elle la peine qu'un dissentiment se produisit à cause d’elle? » Le roi donna donc son consentement et l'union fut aussitôt célébrée; un fils, capable de succéder au roi, en naquit (A).
(Quand le jeune prince fut devenu grand), il demanda à rendre visite à ses oncles etse rendit donc dans le royaume des Çâkyas. En ce temps précisément, le Buddha allait revenir pour prêcher les Câkyas ; les Câkyas en étaient tout joyeux; ils élevèrent un vihâra pour le Buddha, ils firent dans le sol un creux de trois pieds de profondeur
(1) C'est le futur Virudhaka, roi de Kocçala.
et le remplirent du parfum de /chan-l'an(Candana = santal), ils rassemblèrent tout ce qu’il y avait de précieux dans le royaume pour en faire le vihâra du Buddha et cette cons: truction fut étincelante et magnifique comme un palais des devas ; la renommée s’en répandit dans les royaumes voisins et il n’y eut personne qui ne sautât de joie. Or, avant que le Buddha eût pris place (sur le siège qui avait été préparé pour lui), ce prince de naissance secondaire (dont nous avons parlé plus haut) vit ce bâtiment et dit : « La somptuosité de ce vihâra et la beauté de toutes ces matières précieuses n’ont leurs égales que dans le palais du souverain des devas. » Il dit encore : « Avant que le Buddha soit venu ici, je m'assiérai une fois sur son siège et ce sera là un acte que je ne regretterai pas jusqu’à la fin de mes jours.» Un certain T’eou-k’ia-mo (Duskâma ou Duhkhakâma) (1), courtisan ami du prince, lui répondit : « Quel mal y aurait-il à cela ? » Il monta donc sur le siège.
Un vaillant soldat de la famille des Çâkyas l’en reprit d’une voix forte, disant : « Même le souverain des devas ne s'assiérait pas sur l'honorable siège du Bienheureux. Comment le fils d’une servante se permet-il de monter sur ce siège ? » Il brisa donc le siège et en mit un autre à la place. Quand le prince fut sorti, il dit à son ami : « L’affront qu'on vient de me faire ne saurait être surpassé. Si je deviens roi, n'oubliez pas cela. » L’ami lui dit : « Nous sommes d'accord. »
Puis le prince entoura de soins sa mère dans le désir d'être nommé héritier présomptif. Sa mère usa de toutes ses séductions pour demander ce que désirait son fils ; le roi lui répondit : « Depuis l'antiquité jusqu’à nos jours, jamais on n’a entendu parler de chose pareille ; cessez de tenir ces discours inconsidérés qui n'attireraient sur vous
(1) Dans le Ts'eng yi a han king (Trip., XII, 2, p. 30 ve), ce personnage est appelé le fils de brahmane Hao-k'ou #f T #$ x& + ; Hao-k'ou (« aimer-souffrance ») est une traduction et non une transcription.
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que l’opprobre. » Cependant, grâce aux séductions qu’elle exerçait à l’intérieur du palais, et grâce aux paroles subtiles de ministres diserts, le roi finit par nommer deux héritiers présomptifs entre lesquels il partagea le gouvernement de son peuple. Quand le grand roi mourut, on fit donc deux royaumes et les gens du peuple allèrent du côté qui leur plaisait; les bons et les méchants se divisèrent en deux courants distincts : les bons servirent le frère aîné et les méchants accoururent auprès du cadet. L’ami devint le conseiller d'État de ce dernier ; il mit en bon état les boucliers et les lances, fit tous les préparatifs militaires puis rappela l’aventure d'autrefois au roi qui dit : « Soit! »
Ayant donc donné des marques de faveur à ses braves généraux et à ses vaillants guerriers, le roi se mit en route ; or, il aperçut le Buddha qui était assis au bord du chemin sous un arbre à demi desséché ; le roi s’approcha et lui dit en se prosternant : « Y a-t-il un motif pour que vous ne vous soyez pas assis sous un arbre bien vivant et que vous vous soyez établi sous un arbre à demi desséché ? » Le Bienheureux répondit: « Cet arbre se nomme Câkya; j'aime son nom, et, par la doctrine de bonté, je le sauverai du péril où il se trouve; je fertiliserai sa partie desséchée et lui ferai don de la vie. » Le roi, tout déconcerté, se sentit confus et dit : « La bonté du Buddha est vaste et universelle ; elle s’étend jusqu'aux herbes et aux arbres; combien plus encore s’appliquera-t-elle aux hommes ! » Alors il fit battre en retraite son armée.
(A quelque temps de là), le conseiller d'État, en observant en haut les astres du ciel, y vit que la famille des Câkyas, par l'effet du bonheur que lui assuraient ses existences antérieures, allait provoquer des malheurs (pour le roi etson pays) et il en informa derechef le roi; l’armée entra donc de nouveau en campagne ; quelques 1 avant qu'elle fût arrivée à la ville des Câkyas, les flèches lancées du milieu de la ville par les arcs et les arbalètes sifflèrent comm
le vent et la pluie, coupant les lampes des oriflammes, tranchant les coupoles des dais, perçant les cuirasses, tranchant les brides; hommes et chevaux s’enfuirent terrifiés et il n’y eut personne qui n’eût perdu lesprit. Le roi encore une fois revint en toute hâte.
Les Çâkyas s’adressèrent au Buddha pour lui demander ce qu'ils devaient faire contre les attaques. Il leur dit : « Fortifiez les portes et supprimez les ponts qui traversent le fossé. » Le roi ayant de nouveau fait sortir son armée, Maudgalyäyana dit (au Buddha) : « Je désire me servir de ma puissance surnaturelle d’arhat pour me transformer en un filet céleste qui protégera la ville sur un front de quarante /1 de chaque côté. Que pourra alors le roi contre les ÇCàkyas ? » Le Bienheureux lui dit : « Comment cela pourrait-il empêcher le crime d’être commis ? » (Maudgalyâyana) dit encore : « Je ferai bondir (les Câkyas) et je les déposerai dans un ksetra situé ailleurs. » (Le Bienheu- reux) répliqua : « Comment cela pourrait-il empêcher le crime d'être commis ? » Maudgalyâyana dit : « Je puis repousser ce qui a une forme visible, mais que pourrais-je faire contre un crime qui n'a pas de forme ? » Le Bienheureux répondit : « Quand on sème le mal, le malheur naît; qui pourrait empêcher cela ? Prenez un enfant des Câkyas et mettez-le au fond de mon bol pour vérifier l'exactitude de ce que je vous dis.» Maudgalyâvana fit ce qui lui était ainsi ordonné.
Cependant les vieillards (du clan) des Câkyas, conformément aux instructions qu'ils avaient recues précédemment, gardaient la porte. Mâra se transforma en un vieillard vertueux et apostropha les Câkyas en leur disant : « Le roi vous demande de passer par votre pays pour aller en quelque autre endroit; si vous lui barrez le passage, plus tard votre faute s’en trouvera augmentée. Ceux qui se conduisent en disciples du Buddha pourraient-ils agir ainsi? » Mâra, déployant toute son énergie, arracha le
cadenas ; il poussa la porte et les soldats entrèrent comme l'eau qui déborde quand la digue est rompue. Le Çäkya Mo-nan (Mahânâman) était le général en chef ; il avait étudié sous le même maître que le roi défunt, père du roi, et il avait juré avec lui d’être ami jusqu'àla mort; il dit au roi : « Arrêtez vos cruels guerriers pendant le moment d’un repas pour permettre aux gens qui sont dans la ville de sortir en sécurité et d’avoir la vie sauve. » Le roi y me. consentit. Alors le général en chef s’approcha de la rivière : et se tourna vers le Buddha; il se prosterna, versa des 3 pleurs et dit : « Au prix de ma chétive existence, j'intercède pour tous ces pauvres gens. Je désire faire que tous les êtres vivants dans les dix régions mettent tous en pratique la religion bouddhique, qu'ils aient de l’abnégation et secourent la foule des êtres, que leur bienfaisance égale le ciel et la terre, qu’ils n’aient pas une méchanceté de loup ou de serpent pour nuire aux êtres vivants comme le fait maintenant ce roi pervers ». Il entra sous l’eau et 4 attacha ses cheveux à une racine d’arbre ; au bout d’un instant, sa vie prit fin.
Cependant le roi avait envoyé des émissaires observer ce qui se passait ; ils revinrent lui dire ce qui était arrivé. Puis les soldats entrèrent (dans la ville) et creusèrent le sol de manière à y enterrer à mi-corps les Câkyas; des poutres transversales que tiraient des éléphants les raclèrent alors de manière à les tuer ; d’autres furent foulés aux pieds des chevaux ; d’autres furent décapités avec le sabre. En ce moment le Buddha ressentit un mal de tête qui le fit souffrir d’une manière inexprimable; le roi Brahma, le souverain Cakra et les quatre grands devarâjas, joignant les mains, se tenaient tous à côté de lui et s’affligeaient dans leur cœur à cause de cela.
Parmi les Câkvyas, il y en eut qui confièrent leur destinée auxtrois Vénérables, d’autres quirécitèrentleslivres saints, d’autres qui conçurent des sentiments de bienveillance.
Les Càakyas avaient trois villes ; avant que la soumission en fût achevée, le roi se rappelant comment le Çäkya Monan (Mahânâman) s’était tué pour demander que la multitude eût la vie sauve, et se sentant affligé à cause de cela, fit faire volte-face à ses troupes et licencia son armée(1). Ilenvoya un messager témoigner son respect (au Buddha) et lui dire : « Mes soldats sont harrassés, je rentre dans mon royaume pour faire reposer mes troupes ; quelque autre jour, je ceindrai ma ceinture et je viendrai me prosterner à vos pieds. » Le Buddha chargea le messager de remercier le roi et de l’engager à prendre bien soin de sa personne. Quand le messager se retira, le Buddha le regarda fixement. Ânanda, ses habits religieux en bon ordre, se prosterna et dit : « O Buddha, ce n’est pas vainement que vous avez fixé votre regard, et vous aviez sans doute quelque motif pour le faire. » Le Bienheureux répondit : « La peine des ÇCâkyas est terminée ; celle du roi va commencer. Dans sept jours, les démons de la Grande Montagne brüleront par le feu le roi ainsi que ses ministres et son peuple. Il serait difficile de sauver le roi de cette punition, de même qu'il était difficile de repousser loin des Çâkyas le malheur. » Le Buddha chargea alors Ânanda d’aller prendre son bol; l’homme qui avait été mis au fond du bol était mort lui aussi (2).
Le Buddha, emmenant avec lui la foule des cramanas, se rendit dans la salle de conférences des brahmanes ; en chemin il passa par l'endroit où les Câkyas avaient péri ; les uns étaient déjà morts, d’autres avaient les bras ou les jambes coupés ; en voyant venir le Buddha, quelques-uns (qui étaient encore en vie) se frappèrent les joues et réci-
(1) Comme on le verra plus loin, le roi avait attaqué une des trois villes et en avait exterminé les habitants : il exigea de la seconde ville une rançon considérable ; quant à la troisième ville, il ne put même pas la menacer.
(2) C'était la preuve qu'aucune puissance au monde n'aurait pu sauver un Çâkya.
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tèrent en soupirant : « Nous confions notre destinée au
Buddha, nous confions notre destinée à la Loi, nous confions notre destinée à l'assemblée des saints ; nous souhaitons que, dans les dix régions, tous les êtres vivants obtiennent une tranquillité perpétuelle et qu'aucun d’eux ne soit dans l’état où nous nous trouvons. » En ce moment des sièges qui étaient produits spontanément, sortirent de terre et cependant le sol était sans aucune fente ; les cramanas s’assirent tous. Le Buddha leur dit : « Ce roi, par ses violences et ses fautes, s’est attiré un châtiment très grand. » Puis il demanda aux çramanas : « Avez-vous jamais vu qu’un boucher, un chasseur, un pêcheur, un tendeur de filets ait pu obtenir de devenir un souverain qui se déplace en volant? » Ils lui répondirent : « Nous ne l’avons jamais vu. » Le Buddha reprit : « Fort bien ; moi non plus je ne l’ai jamais vu; s’il en est ainsi, c’est parce que ces gens n ont pas les quatre sortes de bienfaisance et qu'ils détruisent la multitude des êtres vivants. »
Le roi étant allé au bord d’un lac, la multitude de ses gens entra dans l’eau pour s’y baigner ; une divinité se transforma en un serpent venimeux qui piqua cette foule d'hommes ; le venin se mit à agir et leur corps noircit ; les uns moururent dans l’eau même, d’autres moururent après avoir fait cent pas ou un . Le roi était près d’être à mi-chemin de la route qui le ramenait dans son royaume lorsque de méchants démons se rassemblèrent comme des nuages. Dans le palais, pendant la nuit, il y eut des voix d'hommes et des cris d'animaux; les gens se groupaient en se serrant les uns contre les autres, attendant que le point du jour leur rendit la clarté ; le soleil et la lune furent éclipsés, les planètes etles constellationsfurent en désordre, les phénomènes étranges se succédaient sans interruption etil n’était personne quine fütirrité contre le roi. Le roi avait entendu dire que, suivant les avertissements donnés par le Buddha, une catastrophe due au feu surviendrait ;
en lui-même il sentait comme une brülure d’eau bouillante; il envoya un messager pour lui demander son secours en cette occurrence, mais le Buddhalui parlacomme nous avons dit plus haut. Le messager revint et raconta tout ce qui s'était passé. Le royaume fut ébranlé et s’effondra comme une rangée de tuiles. Le roi réunit ses ministres pour délibérer à ce sujet; les uns opinèrent pour (s'enfuir dans) les montagnes, d’autres pour (s'enfuir sur) l’eau ; (le roi) monta donc en bateau et prit la mer; les gens puissants et riches seuls purent l’accompagner ; les gens pauvres et misérables restèrent dans le royaume. Une femme du harem royal était montée sur le bateau ; en prévision du feu, elle enleva les vêtements dont elle était revêtue ; elle détacha une perle à produire le feu et la plaça sur ses vêtements (1). Ce jour-là, les nuages s’élevèrent et s’accumulèrent; le vent et la pluie firent rage ; les câbles furent rompus et le bateau flotta à la dérive. Les ministres et le peuple disaient tous : « Ce roi qui va périr a amené ces maux terribles par sa conduite perverse. » Vers midi, le soleil parut et enflamma la (perle) produisant le feu et cette perle produisant le feu se changea en feu. L'incendie commença par le bateau du roi; les démons de la Grande Montagne accumulèrent de tous côtés les coups de foudre et tous les gens du pays entrèrent vivants dans les enfers de la Grande Montagne. Les personnes qui étaient restées sur le rivage en furent quittes pour la peur.
En ce jour même le Buddha concut la contemplation de bienveillance. Les cramanas ayant demandé à Ânanda si le Buddha ne sortirait pas, Ânanda leur répondit : « Tout le royaume est en grand deuil; le Buddha a conçu la contemplation de bienveillance et c’est à cause de cela qu'il ne sort pas. Le lendemain matin, le Buddha sortit ;
(1) La rédaction est ici assez obscure. Le terme P£ É& désigne en chinois l'instrument (vraisemblablement une lentille de eristal) au moyen duquel on prenait le feu au soleil.
les çramanas se prosternèrent la tête contre terre. Çakra, Brahma, les quatre devarâjas, les nâgas de toutes sortes, les démons, les génies, les souverains, les ministres et les
gens du peuple se prosternèrent et se placèrent sur leurs sièges. Ânanda, ayant ses vétements en bon ordre, demanda quelle avait été l’origine des catastrophes qui avaient atteint ces deux royaumes; il exprima le désir que tous les doutes fussent éclaircis, afin que tous les êtres vivants vissent clairement d’où provenaient les malheurs et les bonheurs. |
Le Buddha dit à Ânanda : « Autrefois il y avait trois rois qui régnaient dans des royaumes voisins. En ce temps le Buddha était loin du monde depuis longtemps et les règles des livres saints n'étaient pas appliquées. Dans celui de ces trois royaumes où habitait le Bodhisattva, il y avait un lac où on prit des poissons en quantité innombrable ; les gens du royaume le plus voisin apprirent cela et, tout joyeux, vinrent avec de l’argent pour en acheter ; les poissons subirent tous leur lamentable sort. Quant au royaume qui était le plus éloigné, il n’en fut point informé etn'eut donc point l'intention d'acheter des poissons. Le royaume où on captura les poissons, c’est maintenant celle (des trois villes) des Câkyas dont les trois cent mille habitants ont été mis à mort; le royaume qui se réjouit et qui désira acheter des poissons, c'est maintenant (celle des trois) villes (des Çâkyas) dont les habitants, par crainte des soldats, ont dû livrer toutes leurs richesses; quant au royaume plus éloigné qui ne fut pas informé de la capture des poisssons, c’est maintenant (celle des trois) villes (des Câkyas) dont les habitants ne surent même pas que le roi était venu (attaquer les Câkyas). Moi-même, en ce temps, je vis qu’on brisait la tête à un poisson, et par inadvertance J'approuvai cet acte ; maintenant que j'ai obtenu la dignité de Buddha et que je suis l'être le plus vénérable dans les
trois mondes, je n'ai pu cependant éviter le tourment du
mal de tête; combien plus souffriraient des gens ordinairs ! O disciples, rectifiez vos sentiments, concevez une bienveillante compassion, assurez le calme à tous les êtres, renoncez à vous-même pour secourir les autres ; gardezvous de tuer des êtres vivants, ou de voler le bien d’'autrui, ou de vous livrer à la débauche avec une femme d'autrui qui n’est point la vôtre, ou d’être fourbe, ou d’être injurieux, ou d’être menteur, ou d’être artificieux dans vos discours, ou d’être jaloux, ou d’être colère, ou de parler mal des trois Vénérables ; il n'y a pas de plus grand malheur que ceux qui résultent de ces dix mauvaises actions. Quant au bonheur et à la gloire, ceux-là seuls sont estimables qui accompagnent les dix actions excellentes. Tuer les êtres vivants c'est se tuer soi-même; conserver la vie à un être, c'est se la conserver à soi-même. Plutôt que d'occuper son cœur à de mauvaises pensées, sa bouche à de mauvaises paroles et son corps à de mauvaises actions, mieux vaudrait occuper son cœur à penser à la sagesse, sa bouche à parler de la sagesse, son corps à mettre en pratique la sagesse. Celui qui fait le bien, le bonheur l’accompagne ; celui qui fait le mal, le malheur le suit; c’est ainsi que l'écho répond au son et que l’ombre suit l’image. Après avoir élé témoins de ces événements, ayez soin de ne jamais vous départir d’une bonté digne du ciel printanier et de ne pas garder la férocité des loups. »
Quand le Buddha eut achevé ce texte saint, les disciples des quatre catégories, les devas, les nâgas, les démons et les dieux se réjouirent tous grandement, se proster-
nérent, puis se retirérent.