‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 56 sur 93 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Section quatrième, trailant de la pâramitäà d'énergie.

Cheb ND D bo 7 1279 0)

Quand on parle des exemples suprêmes de la pâramità d'énergie (virya), qu’entend-on par là ? (Voici ce que fait l’homme qui donne de tels exemples :) il conserve la sagesse de toutes ses forces et y progresse sans jamais se lasser ; qu’il soit couché ou assis, ou qu'il marche, il ne cesse jamais (de s’y appliquer), ne füt-ce que le temps d’une respiration ; ses yeux ont des visions et voient constamment les images surnaturelles de tous les Buddhas dont les manifestations diverses se dressent devant lui ; ses oreilles, quand elles entendent des sons, entendent constamment le son vertueux des instructions qui ont été répandues (sur les hommes) et qui sont correctes et vraies ; son nez ne sent que des parfums religieux ; sa bouche ne prononce que des paroles religieuses; ses mains ne travaillent qu’à des actes religieux ; ses pieds ne foulent que des salles religieuses, il ne se relâche de sa résolution pas même pendant le temps nécessaire à respirer une fois. Il est plein de compassion pour la multitude des êtres

vivants qui, pendant une nuit perpétuelle, sont ballottés sur la mer, qui sont emportés sans fin dans le cycle (de la naissance et de la mort) et qui sont atteints par la douleur sans trouver aucun secours. Le Bodhisattva s’attriste sur leur sort comme un fils d'une grande piété filiale qui est en deuil de son père ; cependant quand il s'engage sur la voie qui lui permettra de secourir tous les êtres vivants, il rencontre devant lui les périls de l’eau bouillante et du feu, les maux du fer tranchant et du poison ; il se précipite dans des périls mortels et se fait une joie de sauver les autres du danger. Mais ceux qui sont résolus à franchir les six obscurités obtiennent une gloire éclatante.

Autrefois le Bodhisattva était un homme du commun ; il entendit parler des noms du Buddha, de ses marques distinctives primaires et secondaires, de la force de sa sagesse ; il entendit raconter que ses actions méritoires et vertueuses étaient fort élevées, que tous les devas le vénéraient et que ceux qui prenaient pour règle sa noble conduite voyaient tous les maux s’anéantir pour eux. Le Bodhisattva, conservant dans son cœur cette pensée, sanglotait et pleurait sans relâche et disait : « Puissé-je obtenir de lui les règles sacrées du maître des devas pour m'y exercer par la récitation et pour les mettre en pratique afin que j'obtienne ainsi de devenir Buddha, que je guérisse tous les êtres de leurs maladies et que je les fasse revenir à la pureté primitive. » Or, en ce temps, le Buddha était loin du monde; il n y avait pas l'assemblée de ceux qui ont supprimé en eux les désirs (1); personne n'avait le moyen de recevoir des intructions.

Dans le voisinage (du Bodhisattva) se trouvait un homme du commun dont le caractère était avide et méchant ; voyant l’ardeur que le Bodhisattva mettait dans sa résolution de pratiquer l'énergie, il lui dit : « Je connais un paragraphe

(1) CFD. 069, n. €

Shin A dde Lu B Éd Tete ÉD: D Et ] Lé.(

ce à La PE

un À te

contenant trois défenses du Buddha ; désirez-vous le recevoir? » En entendant ces paroles, le Bodhisattva éprouva une joie sans limites, il se prosterna aux pieds de l’autre, et, étendu à terre, il implora de lui les défenses. Celui qui connaissait les stances lui dit : « C’est là un enseignement essentiel de l’anuttara samyaksambuddha, maître qui guide les devas et les hommes. Vous voudriez l’entendre sans qu’il vous en coûtât rien, comment serait-ce admissible ? » Le Bodhisattva répondit : « Veuillez me faire savoir quelle est la cérémonie religieuse qu'il faut L observer ? » L'autre lui dit: « Si vous êtes vraiment sin- : cère, dans chacun des trous de votre corps où il y a un x poil enfoncez une aiguille; si, quand le sang inondera : votre corps, votre cœur souffrant ne regrette rien, vous

serez digne d'entendre les vénérables enseignements. » Le Bodhisattva répliqua : « Si, pour entendre le Buddha, je devais mourir, je le ferais avec joie, à combien plus forte raison s’il ne s’agit que de percer mon corps tout en conservant la vie. »

Alors il prit des aiguilles à coudre pour s’en percer le corps ; son sang jaillissait comme une source ruisselante, mais le Bodhisattva, joyeux à l’idée d'entendre la Loi, avait obtenu la contemplation qui fait qu'on n éprouve pas la douleur. Cakra, souverain des devas, apercevant l’ardeur de la résolution du Bodhisattva, eut de la compassion pour lui, et, par un miracle, il fiten sorte que, dans chaque trou de son corps où il y avait un poil, il y eût une aiguille ; l’autrehomme, en voyant cela, aperçut clairement la hauteur de sa résolution et alors il lui donna cet enseignement : « Veillez sur votre bouche, gouvernez votre pensée, que votre corps ne fasse pas le mal; si vous vous affranchissez de ces trois actions fautives, vous obtiendrez la sagesse et vous serez sauvé. Tel est l’enseignement véridique des défenses {qui produisent) l’illumination sans attachements, parfaitement vraie, vénérable et suprémement correcte de

tous les Tathâgatas.» En entendant les défenses,le Bodhisattva se réjouit et se prosterna ; puis, jetant les yeux sur son corps, il s’'aperçut que les aiguilles avaient soudainement disparu ; son visage était fort beau et sa vigueur était plus grande qu'auparavant. Les devas, les hommes, les démons et les nâgas étaient tous pénétrés de joie ; quant à lui, résolu à progresser et agissant avec noblesse, il avança sans discontinuer pas à pas et ainsi il parvint à la dignité de Buddha et put secourir tous les êtres.

Le Buddha dit aux bhiksus : « Celui qui enseigna au Bodhisattva les stances, c'est maintenant Devadatta ; quoique Devadatta eût connu avant lui les stances du Buddha, il était comme un aveugle qui s’éclaire avec une torche : puisqu'il ne pouvait voir, quel avantage en retirait-il pour lui-même ? » |

Telle est la manière dont la pâramità de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.

CErID, NE SD 7820)

Autrefois le Bodhisattva était un roi-singe ; constamment suivi de cinq cents singes, il allait s’ébattre de ci et de là. Une grande sécheresse survint et les fruits de toutes sortes ne furent plus abondants. La ville habitée par le roi de ce pays n’était pas éloignée de la montagne dont elle était séparée par une petite rivière ; le roi-singe, à la tête de sa bande, entra dans le parc (royal) pour y manger des fruits; le surveillant du parc en informa le roi qui lui dit : « Retenez-les secrètement, en sorte qu'ils ne puissent plus s’en aller. »

Le roi-singe comprit ce qui se passait et dit tout affli- |

ls À ÿ #

à ne %

gé : «Je suis le chef de cette bande, c'est moi qui suis cause des malheurs ou des bonheurs qui lui arrivent. Dans mon désir d’avoir des fruits pour sauver notre vie, j'ai induit en erreur toute ma troupe. » Il donna alors cet ordre aux siens : « Allez partout chercher des rotins. » L. Quand ils furent revenus en rapportant des rotins, ils se : mirent tous avec zèle à rattacher les rotins les uns aux autres, puis ils attachèrent une des extrémités de cette corde à la branche d’un grand arbre ; le roi-singe s’atta-

% cha lui-même (l’autre extrémité) à la ceinture, monta sur

| l'arbre et s’élança dans le vide (pour traverser la rivière) il empoigna une branche d’un arbre de l’autre (rive), mais la corde de rotin était trop courte et son corps resta suspendu en l'air ; il ordonna alors à sa troupe de passer en toute hâte le long de la corde; quand toute la bande eut passé, les deux côtés de son corps étaient complètement séparés l’un de l’autre, il tomba alors sur la berge de la rivière.

Quand il reprit ses sens, le roi qui était allé de bon matin inspecter les lieux, trouva le grand singe qui pouvait parler comme un homme et qui lui dit en se prosternant : « Les bêtes sauvages tiennent à la vie, et c'est pourquoi elles comptent sur votre bienveillance et sont attachées à votre royaume ; comme il y avait une sécheresse et que les fruits manquaient, nous avons violé l'entrée de votre parc; toute la faute vient de moi; pardonnez aux autres; ma mauvaise chair pourra fournir à un repas d’un matin pour votre cuisine. » Le roi, levant la tête, s’écria : « Si ce chef d'animaux a sacrifié son corps pour sauver sa troupe, c’est qu'il a la grande bonté des anciens sages; moi qui règne sur des hommes, pourrais-je en faire autant ? » Il se mit donc à verser des larmes, puis il ordonna qu'on délivrât le singe de ses liens et qu'on le mît dans un lieu tranquille ; il ordonna que, dans tout son royaume, on donnât à manger aux singes tant qu'ils voudraient ;

ceux qui contreviendraient à cette prescription seraient punis de la même peine que les voleurs.

À son retour, le roi se rendit auprès de la reine et lui raconta comme quoi ce singe avait eu une bienfaisance digne d’un homme : « Les actions des anciens sages, lui dit-il, n'ont point égalé cela ; ma propre bonté est comme un cheveu, tandis que la sienne dépasse le Xouen-louen. » La reine dit : « Voilà qui est fort bien. Admirable a été cet animal! O roi, vous devez lui donner à manger tout ce qu'il désire et ne pas permettre que personne de la foule lui fasse du mal. » Le roi répliqua : « J'ai déjà donné cet ordre. »

Le Buddha dit aux bhiksus : « Le roi-singe, c'était moi-

. , . EN . même. Le roi du royaume, c'était Ananda. Les cinq cents

singes, ce sont maintenant les cinq cents bhiksus. » Telle est la manière dont la pâramitâ de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.

CPrIpR NTI 6 be 70040)

Autrefois le Bodhisattva était un roi-cerf ; sa force dépassait celle des autres cerfs; sa bienveillance s’étendait à tous. Un troupeau de cerfs lui obéissait et le suivait. Comme l'endroit où ils vaguaient était proche du parc (royal), un gardien en informa le roi qui, se mettant à la tête d’une multitude de soldats, les cerna étroitement. Quand le roi-cerf s’en aperçut, il versa des larmes et dit (à ses compagnons) : « Si vous êtes dans le péril, c’est à cause de moi ; je vais sacrifier ma vie pour vous sauver, vous tous qui êtes plus petits que moi. » Le roi-cerf se

rendit auprès de la corde (qui les enserrait) et, faisant retomber (par-dessus cette corde) ses deux pieds de devant. Il dit : « Montez sur moi et sortez en bondissant ; vous pouvez avoir ainsi la vie sauve. » La multitude des cerfs agit ainsi et tous purent échapper; (quant au roicerf,) la chair de son corps était toute déchirée et le sang en coulait comme une eau courante ; gisant à terre, c'est à peine s'il respirait ; ses souffrances étaient inexprimables, les autres cerfs pleuraient et gémissaient ; ils rôdaient dans le voisinage sans pouvoir s'éloigner.

Le roi des hommes apercevant le roi-cerf dont le corps était déchiré et dontle sang coulait en rougissant la terre etne voyant pas la troupe des autres cerfs, dit : « Pourquoi êtes-vous dans cet état? » Le roi-cerf répliqua :

« Parce que ma conduite (dans une existence antérieure} ; n'avait pas été parfaite, j'ai reçu dans cette vie une forme ; d'animal; en recherchant des herbes délicates pour soutenir mon humble vie, j'ai violé le territoire de votre royaume ; mon châtiment doit donc être sévère. Quoique la chair de mon corps soit détruite, mes deux hanches et mes cinq viscères existent encore au complet. Je désire: que le chef de vos cuisines trouve là de quoi faire le repas d’une matinée. »

Le roi dit : « Pour quelle raison êtes-vous dans cet état? » Le roi-cerf lui expliqua toute l'affaire depuis Le commencement jusqu à la fin. Le roi des hommes en fut ému et versa des larmes à ce propos, puis il dit : «Quoique n'étant qu’un animal, vous portez en vous une bonté grande comme le ciel et la terre ; vous avez sacrifié votre vie pour sauver la multitude. Quant à moi, qui suis un souverain des hommes, mon avidité fait que j'aime le meurtre et que je détruis les êtres doués de vie par le ciel. » Alors le roi promulgua un ordre dans lequel il avertissait son peuple que dorénavant les chasses cesseraient et qu’on ne devait plus désirer la chair des cerfs. On rompit les cordes (ser-

vant à cerner les animaux) et on prit les cerfs pour les placer dans un lieu tranquille. Quand les cerfs aperçurent leur roi, ils levèrent les yeux au ciel et jetèrent des cris de compassion; chacun d’eux s’avançca pour lécher ses blessures, puis ils se dispersèrent pour aller chercher des drogues médicinales, et, après les avoir mâchées, ils les appliquèrent sur son corps. En voyant ce spectacle, le roi des hommes se reprit de nouveau à pleurer et dit: « Quand un prince chérit et nourrit son peuple comme s'il était son enfant, le peuple est reconnaissant et admiratif envers son prince comme si celui-ci était son père. Un prince pourrait-il se dispenser de se conduire avec bonté ? » À partir de ce moment, le roi cessa de tuer et mit en honneur la bonté ; le ciel le combla de faveurs ; son royaume fut riche et son peuple fut prospère ; au loin et au près on louait sa bonté; les gens venaient se réfugier auprès de lui comme les cours d’eau (vont dans la mer).

Le Buddha dit à Çâriputra : « Le roi-cerf, c'était moimême ; les cinq cents cerfs, c’étaient les cinq cents bhiksus d’aujourd’hui; le roi des hommes, c'était Ânanda. »

Telle est la manière dont la pâramitä de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.

(CPRIp SNL, pro)

Autrefois le Bodhisattva était un roi-cerf ; son nom était Steou-fan (Perfectionné entre tous); son pelage était de neuf couleurs et rarement on en avait vu de tel dans le monde. Il allait en s’ébattant le long d’un fleuve lorsqu'il aperçut un homme qui se noyait et qui

Page 1