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jours sur ce véhicule (1); au-dessus de lui et au-dessous, en avant et en arrière, à gauche et à droite, il y avait des groupes de cinq cents perroquets qui, l’accompagnant dans ces six positions, étaient en tout au nombre de trois mille. On lui apportait en offrande tout ce qu'il y avait de précieux ; ses divertissements changeaient suivant les saisons. Après avoir réfléchi profondément, ce roi se dit: « La multitude des joies trouble la vertu, et il n’y a plus moyen de garder la fixité (de l’esprit). Je vais avoir recours à un artifice ; je prétendrai être malade; je cesserai de manger et je feindrai de mourir afin de quitter la foule.» (Aussitôt dit, aussitôt fait.) Les perroquets assemblés le recouvrirent avec des herbes, puis chacun d’eux l’abandonna et s’en alla.
Le roi (alors) se releva et se mit en quête de nourriture. La multitude des autres perroquets se rendit dans une autre montagne auprès d’un roi-perroquet; ils lui dirent: « Notre roi est mort ; nous désirons être vos sujets et vos serviteurs. » Il répliqua : « Si votre roi est mort, montrez-moi son cadavre ; s'il est vraiment mort, je vous accueillerai. » Ils revinrent en bande pour prendre le cadavre, mais celui-ci avait soudain disparu ; en le cher-chant de tous côtés, ils trouvèrent leur roi ; tous ensemble ils lui rendirent hommage et lui firent des offrandes comme précédemment.
Le roi leur dit: « Avant même que je fusse mort, vous m'avez abandonné. C’est un clair enseignement de tous les Buddhas qu’il faut considérer le monde comme n'ayant aucun objet digne d'affection, la sagesse seule méritant qu'on l’honore. Les cramanas estiment que la barbe et les
(1) Le trait du roi des oiseaux Kunâla porté sur un morceau de bois que deux autres oiseaux tiennent dans leur bec se trouve rappelé dans le commentaire de Buddhaghosha au Suttanipâta (trad. Fausbôll, dans les Indische Studien de Weber, t. V, p. 435), et dans le livre cinghalais intitulé Amâwatura (Cf. Spence Hardy, Manual of Buddhism, p. 309). Voyez aussi Benfey, Pantschalantra, t. TI, p. 241.
cheveux sont des souillures qui troublent la volonté ; c’est pourquoi ils y renoncentetmettent en honneur une conduite exempte de désirs. Vous autres, vous criaillez et vos voix. discordantes troublent ma volonté. Rester seul et sans compagnon, c'estune vertu égale à celle du saint suprême.» Quand il eut fini de parler, il s’envola et se retira dans un lieu solitaire ; 11 s’affranchit des désirs, cessa d'agir et ne songea plus qu'à la pratique de la fixité d'esprit. Toutes les souillures qui étaient en lui s’anéantirent et son cœur fut comme de l’or céleste.
Le Buddha dit aux bhiksus : «Celui qui en ce temps était le roi-perroquet, c’est moi-même. » |
Telle est la manière dont la pâramitä de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.
CPRIDEEN I CES De TON)
Autrefois le Bodhisattva était un roi-colombe ; avec ses cinq cents compagnons, il voltigeait dans le parc du roi en recherchant sa nourriture. Le roi les aperçut et ordonna aux gardiens de ses troupeaux de disposer un filet pour les prendre ; de toutes ces colombes, grandes et petites, il n'en resta pas une (en liberté) ; on les enferma dans une cage et on les nourrit avec du grain non glutineux ; quand leur chair était devenue grasse, le chef des cuisines s’en servait pour préparer un plat. Quand le roi-colombe se vit pris, il pensa de tout son cœur au Buddha, se repentit de ses fautes et conçut de la bienveillance en souhaitant que tous les êtres vivants qui seraient pris pussent s'échapper,
(1) Voyez plus haut le n° 29, p. 104-106.
se mettre promptement à l'abri des huit conditions difficiles (1) et n’être pas dans la situation où il se trouvait luimême. Il dit aux autres colombes : « Parmi les défenses que portent les livres bouddhiques, l’avidité est la première des choses interdites ; celui qui par son avidité fait venir à lui la gloire est comme l’homme affamé qui trouve une boisson empoisonnée; la joie de la réussite n’a pas pour lui plus de durée qu’un éclair, tandis que les tourments qui l’accableront dureront des centaines de milliers d’années. Si vous renoncez à manger, vous pourrez avoir la vie sauve. » Toutes les autres colombes lui répondirent : « Nous avons été prises et mises dans une cage ; quelle espérance voudriez-vous que nous ayons ? » Le roi leur dit : « Puisque vous transgressez les enseignements du Buddha et que vous vous laissez aller à vos désirs avides,
(1) Les huit conditions difficiles qui menacent un être dans le monde TE # A fe sont les suivantes astàv aksanâh :
(I. — Les trois voies mauvaises :)
l° Etre dans les enfers (narakàh).
2 Etre dans la condition d'animal (tiryañcah). 3° Etre dans la condition de démon affamé (pretäh).
(II. — Dans la condition humaine :)
40 Etre aveugle, sourd ou muet (indriyavaikalya).
5° Avoir la sagesse, l’éloquence et l'intelligence mondaines (mithyâädarçana).
6 Vivre avant ou après le Buddha (tathâgatänâäm anutpâdah).
7e Etre dans le continent Uttarakuru (pratyantajanapada).
(III. — Dans la condition de deva :)
8 Etre dans la catégorie des devas qui sont parvenus à la pensée non différenciée (dirghäyuso devàäh). Les devas dirghayus parviennent jusqu'au quatrième dhyâna dans le rüpaloka, c'est-à-dire jusqu'au moment où la pensée rest plus différenciée ; mais ils s'arrètent là ; ils ne voient pas le Buddha et n’entendent pas la Loi ; c'est pourquoi on dit qu'ils sont dans une condition difficile.
(Cf. Trip., XXXVII, 38 b., p. 155 r° et 2, p. 42 re; Mahävyutpatti, ne 120 ; on remarquera que la liste chinoise et la liste sanscrite s'accordent pour le fond, encore que les termes ne soient pas rigoureusement synonymes de part et d'autre).
vous perdrez la vie toutes sans exception. » Quant à lui, il cessa de manger; son corps décharné devint chaque jour plus maigre et il put enfin sortir à travers les barreaux. Se retournant alors, il dit à celles qui restaient: « Bannissez l’avidité, renoncez à manger et faites comme moi. » Après avoir ainsi parlé, il s'envola.
Le Buddha dit aux bhiksus : «Le roi-colombe c'était moimême. »
Telle est la manière dont la pâramità de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.
CErIpA NE DIGG)
Le sûtra du roi-abeille.
Voici ce que j'ai entendu dire : Un jour le Buddha se trouvait à ÇCrâvasti, dans le Jetavana, dans le jardin d’Anâthapindada. Le Buddha dit aux disciples : «Il faut progresser avec ardeur dans la perfection, apprendre et réciter et ne jamais se lasser ni être accablé par l’obscurcissement de l'intelligence. Je me rappelle que, il y a de cela des kalpas innombrables, il y avait un Buddha nommé le Roi sauveur de tous les êtres, le Tathâgata, l’Arhat, le Samyaksambuddha. Un jour, en faveur d’une foule innombrable de devas et d'hommes, il expliquait la doctrine des livres saints ; or, dans l’assemblée, se trouvaient deux bhiksus, l’un nommé Tsing-tsin-pien (Virya...?), et l’autre Tü-lo-tche (Gunaruëi ?), qui écoutaient ensemble la doctrine des livres saints.
Tsing-tsin-pien, qui entendait les livres saints avec ra-
vissement, obtint sur-le-champ d'être dans la condition d'a-wei-yue-tche (avivartin) et fut doué au complet des pénétrations surnaturelles (abhijñà) ; quant à Tü-lo-tche, il s'endormit sans pouvoir rester éveillé ; aussi n’obtint-il
rien du tout. T'sing-tsin-pien dit alors à Tü-lo-tche : «Il
est difficile de rencontrer un Buddha, car, dans des générations qui se comptent par centaines de mille de centaines de mille, il n'en apparaît qu’un seul ; il vous faut déployer votre énergie avec continuité et, en faveur dela multitude des êtres, vous appliquer à l'occupation essentielle ; comment pouvez-vous vous endormir? s'endormir c’est commettre la faute d’obscurcissement d’esprit ; vous devez faire tous vos efforts et avoir un cœur bien éveillé.»
Alors, Tü-lo-tche, ayant reçu ces admonestations, se mit à agir suivant la règle dans le Jetavana. À peine eutil commencé à agir suivant la règle que, de nouveau, il s'arrêta et s’endormit ; il fut ainsi tourmenté et troublé et ne put plus fixer son esprit; il se rendit auprès d’une source et s’assit avec l'intention de se livrer à la méditation ; derechef il s’endormit assis. Alors Tsing-tsin-pien eut recours à un artifice et vint pour le sauver, il se changea en un roi-abeille et vint en volant sur ses yeux comme s'il voulait le piquer ; Tü-lo-iche s'éveilla tout effrayé et s’assit, car il craignait le roi-abeille, mais, au bout d’un instant, il se rendormit. Alors le roi-abeille entra en volant sous son aisselle et lui piqua la poitrine et le ventre ; 7ü-lo-lche eut peur et, le cœur agité de crainte et d'émotion, il n’osa plus se rendormir.
Il y avait alors, dans l’eau de la source, des fleurs de diverses couleurs, yeou-l’an (udambara) et ktu-wen, qui étaient fraiches et pures de toutes facons ; or le roi-abeille se posa en volant sur une de ces fleurs et se mit à en manger le suc d’ambroisie ; Tôü-lo-lche, qui était assis correctement, le voyait, et, craignant qu’il ne revint en volant, n’osait plus se rendormir ; il médita sur le roi-abeille et
aperçut le principe de sa conduite : le roi-abeille mangeait le suc sans sortir de l’intérieur de la fleur ; au bout d'un moment, il s'endormit et tomba dans la fange ; après que son corps eut été lavé, il revint en volant se poser sur la fleur. 7'ü-lo-che prononça ces gâthàs en s'adressant au roiabeille
Celle alimentation d'ambroisie, — vous pouvez vous en salisfaire personnellement ; — mais il ne faut pas vouloir encore en emporter chez vous — pour en donner à la ronde à votre femme et à vos enfants.
Comment avez-vous fait pour tomber dans la fange — el pour souiller tout votre corps ; — par une telle imprévoyance, — vous avez gâlé le goût de l'ambroiste.
En outre, dans une fleur de cetle sorte — il ne faut pas sé- Journer longtemps ; — quand le soleil disparailra, la fleur se refermera — el quand vous voudrez sortir vous ne le pourrez plus.
Îl vous faudra attendre que le soleil ait recommencé de briller — et alors vous pourrez de nouveau sortir ; — les faligues et l'obscurité d'une longue nuit — vous auront ainsi causé de grandes peines.
Alors le roi-abeille répondit à Tü-lo-iche en prononçant ces gâthàs : |
Le Buddha est comparable à l’ambroisie ; — qu'on l'écoute sans se lasser ; — il ne faut pas se relâcher — et n'être d'aucune utilité à tous les êtres.
La mer des naissances el des morts dans les cinq voies — est comparable à la chute dans la fange ; — ceux qu'enserrent dans leurs liens l'amour et le désir, — c'est l’ignorance qui surtout trouble leur vue.
Les fleurs qui s'ouvrent loutes à l'apparition du soleil — symbolisent le corps matériel du Buddha;— les fleurs qui
se referment au coucher du soleil — sont comme le parinirväna de l'Honoré du monde.
Quand on se {rouve dans une génération où le Tathägata est visible, — il faut suns discontinuer accepler ses enseignements en progressant dans la perfection, — bannir l’obscurcissement du sommeil — el ne pas s’'écrier que le Buddha sera toujours là.
L'intelligence essentielle de la Loi profonde — ne s’acquiert pas par le moyen d'une forme matérielle ; — vous qui maintenant êles sage, — vous devez savoir que (cette forme malérielle prise par le Buddha en apparaissant dans le monde) n’est qu'un artifice excellent. |
Ceux que sauve cel arlifice excellent — y ont un avanlage qu’on ne saurait exagérer; — actuellement, celle conversion opérée (par le Buddha) — est d’ailleurs destinée à tous les êtres.
Quand Tü-lo-Îche eut entendu ces paroles, il obtint aussitôt la patience des dharmas de non production (anutpâdadharmaksânti) (1); il comprit le fondement de toutes les lois et parvint au l'o-lin-ni(?). Il sut alors que Tsing- {sin-pien avait eu recours au procédé d’un artifice excellent; constamment il pratiqua seul la conduite conforme à la règle sans jamais se relâcher ; en récompense, il obtint aussitôt de ne plus retourner dans le domaine des transmigrations (samsâra).
Le Buddha dit à Ânanda : « Celui qui en ce temps était Z'sing-lsin-pien, c’est moi-même ; Tü-lo-lche, c'était Maitreya ». Le Buddha dit à Ânanda : « En ce temps, moi et Maitreya nous écoutions ensemble la doctrine des livres saints ; or Maitreya s’endormit et fut seul à ne rien obtenir ; si, à ce moment, je n'avais pas eu recours à un
(1) Cette patience est celle qui permet de supporter les dharmas de telle sorte qu'ils perdent leur force de causalité. L'expression chinoise
est À LE
artifice excellent pour chercher à le sauver, Maitreya serait encore aujourd'hui dans le cycle des naissances et des morts et n'aurait pas atteint à la libération. Ceux qui entendent cette doctrine doivent constamment se perfectionner, encourager généralement tous les êtres ; je les invite tous à bannir l'obscurcissement du sommeil ; ils doivent créer en eux un principe de claire intelligence. » Au moment où le Buddha raconta cette histoire, des hommes innombrables concurent tous la pensée du salut égal pour tous et sans supérieur.
Voilà comment l’active volonté du Bodhisattva sauve sans limite et progresse dans la perfection.
CID NE NO DT Ne)
Sültra des trois choses qui provoquèrent le rire du Buddha.
Autrefois le Bodhisattva était un homme pur et croyant ; il confiait sa destinée aux trois Vénérables; sa bienveillance était grande et sa bonté universelle ; avec abnégaon il secourait tous les êtres vivants ; il observait la pureté et ne faisait tort à personne; sa libéralité atteignait également (tous les êtres); sa chasteté ne se permettait aucun écart; avec vigilance il détruisait la débauche dans son cœur ; sa foi était aussi constante que les quatre saisons, aussi ferme que le Sumeru ; il s’abstenait de vin et n’en buvait point ; il était respectueux et pieux (envers le Buddha) plus qu'envers un père; au premier mois il s’astreignait aux six (jours d'abstinence (1) et son énergie
(1) Les six jours d'abstinence sont pour chaque mois le 8, le 14et le
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ne se relâchait point; dans sa vie il rencontra le Buddha ; sa conduite vertueuse devint alors de jour en jour plus élevée et il devint Tathâgata, Arhat, Samyaksambuddha, chef et conducteur des devas et des hommes ; ses enseignements et les conversions qu’il opérait se répandaient à la ronde. |
Un jour, comme il traversait la place du marché, il aperçut un vieillard qui vendait des poissons au boisseau et qui s'écriait avec affliction : « IL me hait, le ciel souverain ; par quelle infortune mon fils a-t-il perdu prématurément la vie ? si mon fils était encore de ce monde, c’est lui qui vendrait ces poissons ; comment aurais-je à me donner de la peine? » En le voyant se conduire ainsi, le Buddha rit, et de sa bouche sortit un éclat de cinq couleurs. Un moment après qu'il eut traversé le marché, :l vit encore un grand porc qui avançait en se vautrant dans les excréments; le Buddha se prit à rire de nouveau.
Ânanda disposa en bon ordre ses vêtements, se prosterna et dit : « Lorsque vous avez ri précédemment, il y avait à beaucoup d'hommes et nous ne pouvions vous interroger avec respect. Maintenant cependant, vous avez ri une seconde fois ; c’est sans doute que vous avez quelque enseignement à nous communiquer. Je désire que vous dissipiez la foule de nos doutes en nous donnant une règle lumineuse pour la postérité. »
L’Honoré du monde répondit : « O Ânanda, mon rire a eu trois causes. Voici la première : j'ai considéré que la stupidité de ce vieillard était grande et générale ; chaque jour, en disposant ses filets, il détruit la vie d’une foule d’étres sans ressentir pour eux la moindre compassion ; mais, quand son fils ignorant vient à mourir, il s'irrite contre tous les devas et pousse des cris qui jettent l'effroi
15, le 23, le 29 et le 30. On ne voit pas bien pourquoi il n’est question ici que du premier mois seul.
dans la place du marché ; c’est là la conduite d’un homme stupide et de bas étage ; ce n’est point une bonté comparable au ciel et à la terre, ni une abnégation digne d’un sage et d’un saint : voilà pourquoi j’ai ri. Autrefois le souverain volant jouissait d’un bonheur très élevé ; sa volonté devint arrogante et ses actes furent désordonnés; or maintenant il est le poisson qu’on vend au boisseau ; telle est la seconde cause (de mon rire). On ne pouvait supposer que cet homme céleste qui, pendant une longévité de 80.040.000.000 kalpas(!),appliqua sa pensée au vide, ne parviendrait pas à épuiser le vide et à atteindre à l’impersonnalité primitive ; cependant, quand sa part de bonheur fut terminée, il reçut un châtiment et maintenant il est dans ce boisseau ; telle a été la troisième cause de mon rire. »
Ânanda demanda : « Le souverain volant fut l’égal des devas vénérés et sa vertu fut fort haute; comment se fait-1l qu'il n'ait pas pu échapper au châtiment ? » L’Honoré du monde répondit : « Le malheur et le bonheur n'étant pas véritables, comment seraient-ils permanents ? Sans doute celui qui occupe une position noble et glorieuse, s’il répand autour de lui les quatre bienfaits et s’il parvient à l'intelligence claire des quatre impermanences, peut échapper à ces malheurs. Mais celui qui profite de sa haute situation pour s’abandonner à ses penchants et qui se plaît à se livrer au mal, recoit un châtiment après que sa part de bonheur est terminée; c’est là ce qui a eu lieu de tout temps ; les calamités poursuivent un tel homme comme l'ombre accompagne le corps et comme l’écho répond au son. Comment serait-ce à dire que le bonheur ou le malheur viennent de ce qu'un homme à occupé une position élevée ou basse ? Quant à moi, dans ma vie antérieure j'étais un homme pur et
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croyant; j'avais alors un voisin qui se plaisait à honorer
(1} Etup: 66, n°1,
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les démons trompeurs; avec d’autres malfaiteurs, il avait formé une bande qui, dans son incrédulité, s’adon-
nait au mal; de terribles maux les attendaient en retour ;
chaque fois qu’arrivait un jour de jeûne j'insistais pour faire entrer ce voisin dans le temple correct et sincère du Buddha afin qu’il y écoutât l'assemblée des çramanas préchant la doctrine pure, qu’il constituât ainsi à son profit un principe vertueux et qu’il écartât loin de lui d’affreuses calamités ; mais cet homme, usant de tromperies, mentait en me disant : « Je suis occupé ». J’allais donc dans le temple de Buddha, tandis que lui se rendait à ses pratiques déréglées. À partir de ce moment, dans toutes les conditions où je naquis, je rencontrai le Buddha, j'entendis la Loi et j’unis ma volonté à celle des cramanas ; ma conduite vertueuse s’'éleva de jour en jour; je devins ainsi un Tathâgata, Arhat, Samyaksambuddha, chef et conducteur des devas et des hommes ; je fus l'Honoré des. Trois mondes et mon surnom fut : Roi de la Loi. Quant à mon voisin, il aimait s’adonner aux pratiques démoniaques ; il nuisait à la foule des êtres vivants ; il se livrait à la débauche avec des femmes ; il s’enivrait et n'avait pas de piété filiale ; il prétendait atteindre ainsi le but de ses désirs ; or 1l transmigra dans les trois voies et y endura des souffrances sans limites ; moi je suis devenu Buddha tandis que lui est devenu un animal infect (1) ; voilà pour-quoi j'ai ri à son sujet. » Le Buddha dit à Ânanda : « Pendant plusieurs kalpas successifs, j'ai accepté les livres saints, j'en ai recueilli le sens ; je me plaisais en la compagnie des çramanas ; aussi ai-je obtenu maintenant cette très haute dignité. »
Telle est la manière dont la pâramità de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.
(1) Le porc dont il a élé question jdus haut, p. 237, lignes 15-17.
(Trip, VNT,:5, p. 77 v°-78 1°.)
Sûtra du jeune enfant qui, dès qu'il entendit la Loi, l’expliqua.
Autrefois il y avait un bhiksu qui avec énergie observait la Loi; depuis sa jeunesse il se conformait aux défenses et jamais il ne les avait violées; il pratiquait constamment une conduite pure; il se tenait dans un vihâra; le livre qu'il pouvait réciter était la Prajñâpâramità; sa prononciation du livre saint était excellente; personne ne pouvait l’égaler; tous ceux qui entendaient la voix de ce bhiksu étaient joyeux.
Or un jeune garçon, âgé de sept ans, qui gardait une vache hors de la ville, entendit de loin le son de la voix de ce bhiksu récitant le livre saint; en se laissant guider par le son, il se rendit jusque dans l’ermitage; quand il eut adoré le bhiksu, il s’assit de côté et écouta sa récitation du livre saint qui en ce moment traitait du principe des formes ; en entendant cette doctrine, il la comprit aussitôt ; le jeune garçon en fut très joyeux et, quand les phrases du livre saint furent terminées, il interrogea alors le bhiksu ; comme les réponses du bhiksu ne satisfaisaient pas l'enfant, celui-ci se mit donc lui-même à donner des explications; son interprétation était fort subtile et depuis longtemps on en avait rarement entendu de pareille ; le bhiksu, en l’écoutant, fut heureux et se réjouit fort; il s’'étonna de ce que ce jeune garcon avait une sagesse qui n'était point celle d'un homme ordinaire. Cependant l'enfant partit et revint à l'endroit où était sa vache; le
veau de la vache qu'il gardait s'était égaré et était allé dans la montagne; le jeune garçon rechercha ses traces pour aller à sa poursuite; sur ces entrefaites survint un tigre qui fit périr le jeune garçon.
Quand le jeune garcon fut mort, son âme transmigra et alla naître en qualité de fils de la première épouse d’un notable; quand cette femme devint enceinte, sa bouche fut aussitôt capable de prononcer la Prajñâpâramità, et cela depuis le matin jusqu’au soir inlassablement, Chez ce notable, on n'avait jamais eu aucune connaissance de la Loi ; le notable s’étonna que cette femme prononçât des paroles inintelligibles et il pensa qu’elle avait une maladie qui lui faisait invoquer les démons; il consulta les sorts pour savoir comment conjurer ce mal funeste; il n’y eut personne auprès de qui il n’allât, mais nul ne put le renseigner. Le notable était fort affligé etne comprenait pas comment sa femme avait bien pu prendre cette maladie; dans sa demeure, ses parents et ceux qui ne lui étaient pas apparentés étaient tous plongés dans l’anxiété. Sur ces entrefaites, le bhiksu (1) entra dans la ville pour y quêter; s'étant rendu à la porte du notable, il entendit de loin le son du livre saint et son cœur en fut tout réjoui; comme il restait debout devant la porte, au bout d’un moment le notable vint à sortir, mais, en apercevant ce bhiksu, il ne lui rendit cependant point hommage; le bhiksu en fut surpris, car il pensait : « C’est ici la demeure d'un sage; on y prononce le son des livres saints de la façon merveilleuse que voici. Or maintenant le notable ne m'adresse pas la parole. » Il demanda alors au notable : « Quelle est la personne qui, dans cette demeure, récite ce livre au sens profond et le fait avec la voix merveilleuse que voici? » Le notable répondit : « C’est ma femme; on n'a dit qu'elle avait une maladie démoniaque; jour et nuit elle parle
(1) Le bhiksu dont il a été question au début de ce récit.
d'une manière inintelligible et sa bouche ne se repose jamais. » Le bhiksu comprit alors qu'on n'avait point expliqué la Loi en faveur de la famille du notable; il répondit : « Ce n’est point là une maladie démoniaque; c’est simplement l'explication de la grande doctrine des livres vénérables du Buddha; je désire entrer dans la maison pour avoir une entrevue avec cette personne. »
Le notable amena donc le bhiksu dans sa demeure et le fit pénétrer jusqu à l'endroit où se tenait sa femme. Dès que la femme eut aperçu le bhiksu, elle lui rendit hommage; le bhiksu exprima un vœu en lui souhaitant de rencontrer le Buddha; promptement alors cette femme et le bhiksu se posèrent l’un à l’autre des problèmes sur la ‘doctrine des livres saints et les résolurent alternativement; le bhiksu en fut très joyeux. Le notable lui demanda : « Quelle est donc cette maladie? » Le bhiksu répondit : « Cette femme n’est point malade; elle ne fait que réciter
des livres saints au sens profond; elle est parfaitement raisonnable.Je soupçonne que l'enfant dont elle est enceinte est un disciple du Buddha. » Le notable comprit ce qui en était; il retint donc le bhiksu et lui prépara à boire et à manger; après avoir bu et mangé, le bhiksu retourna dans son vihâra.
Le bruit se répandit de proche en proche que la femme d'un notable se trouvait être enceinte d’une façon fort merveilleuse; sa bouche récitait des livres vénérés; sa parole semblait couler de source; sa prononciation était excellente; elle expliquait la doctrine des livres saints d’une manière très profonde. À quelques jours de là, le notable invita de nouveau le bhiksu ainsi que toute l’assemblée des religieux pour qu'ils vinssent dans sa demeure; il avait disposé un banquet; au moment fixé, tous arrivèrent et prirent place; quand on eut fait circuler l’eau et quand on eut mangé, ils formulèrent le souhait qu'une récompense future füt assurée à leur bienfaiteur.
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Sur ces entrefaites, la femme sortit; elle rendit hommage à tous les religieux, puis se retira pour s'asseoir de côté; de nouveau elle se mit à expliquer avec joie aux bhiksus la doctrine des livres saints ; tous les doutes et les difficultés insolubles, elle en donna une solution satisfaisante aux bhiksus. Les religieux assemblés bondirent de joie, puis se retirèrent. |
Quand le terme fut arrivé et que la femme fit ses couches, elle enfanta un fils et n’eut aucune sécrétion impure. À peine cet enfant était-il né qu'il joignit les mains, se mit à deux genoux et récita la Prajñàpäramità ; quant à la femme, après qu’elle eut accouché, elle redevint ce qu'elle était autrefois et n’eut plus aucune connaissance; comme quelqu'un qui s’est éveillé d’un rêve, elle ne savait plus
rien. Le notable convia de nouveau l’assemblée des religieux; les bhiksus accoururent donc tous pour voir ce petit enfant qui récitait les livres saints sans la moindre
; difficulté et comme une chose habituelle. En ce temps, chacun des religieux s’efforça de tout son cœur d’apercevoir quelle était l’origine de ce petit enfant, mais aucun d’eux ne put la discerner. Le notable leur demanda : « Qui est cet enfant ? » Les bhiksus lui répondirent : « C’est véritablement un disciple du Buddha; gardez-vous de le tenir en suspicion; appliquez-vous à le bien nourrir et à le bien soigner; quand, plus tard, cet enfant sera devenu grand, il doit être un maître pour tous les hommes; nous autres, nous devrons tous suivre ses enseignements. »
L'enfant grandit, et, quand il eut atteint l’âge de sept ans, il comprenait les choses les plus subtiles et possédait également bien les connaissances religieuses et laïques; il l'emportait sur la multitude des hommes et son intelligence était infinie; tous les bhiksus et les autres gens recurent ses enseignements; quand il y avait dans les livres saints quelque erreur ou quelque lacune qui produisait
une imperfection, 1l corrigeait et fixait Le texte de manière
à remédier à sa défectuosité. Partout où allait cet enfant, en quelque lieu qu'il arrivât il convertissait aussitôt Les hommes et leur faisait adopter le Grand Véhicule. Tous ceux qui étaient dans la maison du notable, ses parents et ceux qui ne lui étaient pas apparentés, grands et petits, formant une multitude de cinq cents personnes, suivirent tous les enseignements de cet enfant, adoptèrent la doctrine du Mo-ho-yen (Mahâyäna) et pratiquèrent les actes qui sont dignes d’un Buddha. En répandant ses instructions dans les villes, les faubourgs, les places publiques et les ruelles, cet enfant révéla la vérité à quatre-vingtquatre mille hommes qui tous conçurent la pensée de la sagesse sans supérieure, correcte et vraie; il y eut cinq cents personnes qui adoptèrent le véhicule des disciples (cravakas). Lorsque les bhiksus eurent entendu les explications données par cet enfant, leurs idées primitivement inconsistantes devinrent nettes; ceux qui résolurent de rechercher le grand véhicule obtinrent tous la pureté de l'œil de la Loi.
Le Buddha dit à Ânanda : « Celui qui en ce temps était le petit enfant, c'est moi-même; celui qui en ce temps était le bhiksu, c’est Kâçyapa Buddha. Ainsi, Ô Ânanda, dans les temps passés j'entendis une fois de ce bhiksu la doctrine du Mo-ho-yen (Mahâyäna); j'en louai les excellentes explications et mon cœur et ma pensée furent joyeux; sans m'en détourner, je m'y appliquai avec énergie etne l’oubliai point; j'eus la connaissance approfondie de mes naissances antérieures et je produisis pour moi l'intelligence correcte sans supérieure et égale. Puisque telle est l'efficacité d’une seule audition, quel avantage ne trouvera pas celui qui tout le long du-jour pratique avec respect la sagesse ? »
Telle est la manière dont la pâramità de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.
PE AS ? due
à 2 : dé vols:
ts ati call. ‘ js dl
Sd) mis
(ÉrDeNL 0; p 762:
Sûtra du Bodhisatlva sacrifiant sa personne pour sauver des marchands.
Autrefois le Bodhisattva était allé sur la vaste mer avec cinq cents marchands, afin de recueillir toutes sortes de
4 denrées précieuses. Plusieurs mois après être entrés en ; mer, 1ls se trouvaient avoir amassé des objets précieux en : Si grande quantité que leur bateau en était plein ; ils se à disposèrent alors à retourner dans leur pays; en route, ils | furent surpris par une tempête ; Les coups de tonnerre et les éclairs ébranlaient la terre; les dieux des eaux se rassemblaient nombreux comme des nuages et formaient comme une muraille de tous côtés; de leurs yeux jaillissaient des vagues de feu qui bondissaient en arrosant les montagnes. Tous ces hommes se lamentaient en criant : « Nous allons mourir. » Saisis de terreur, ils changeaient de couleur et levaient les yeux vers le ciel en demandant pitié; le Bodhisattva, pénétré de tristesse, conçut alors un plan et dit : « Si je cherche à devenir Buddha, c’est uniquement en vue du bien de tous les êtres vivants; ce que les dieux de la mer redoutent le plus, c'est un cadavre; exposer sa vie pour secourir les autres, c'est là la noble action d’un homme éclairé ; si je ne verse pas sur la mer le sang de mon corps de manière que les dieux de la mer aient cela en horreur, il est à supposer que les gens qui sont sur le bateau n'atteindront jamais l’autre rive. » I dit alors à tous ces hommes : « Formez une chaine en vous tenant par la main et soutenez tous ensemble mon
corps (1). » Ces gens ayant obéi à cet ordre, le Bodhisattva tira son épée et se coupa la gorge; les dieux de la mer eurent horreur de cela et firent flotter le bateau jusque sur le rivage; tous ces gens furent donc sauvés.
Les gens du bateau, tenant dans leurs bras le cadavre poussaient des lamentations et disaient : « Cet homme est certainement un Bodhisattva; ce n'était pas le premier venu. » Tantôt se jetant à terre, tantôt bondissant, ils invoquaient le ciel, disant : « Il eût mieux valu faire que nos vies fussent détruites dans cette occasion, et ne pas causer la mort de cet homme de vertu supérieure. »
Comme leurs paroles étaient d’une absolue sincérité, elles émurent en haut les devas; Cakra, souverain des devas, vit que la grande bienveillance du Bodhisattva avait été telle qu'on en rencontre rarement de pareilles dans le monde; le souverain Çakra descendit donc en personne et dit: «Ce Bodhisattva de parfaite vertu doit devenir un saint héros. Maintenant, je vais le rendre à la vie. » IL versa alors dans sa bouche une drogue divine dont il oignit en même temps tout son cadavre; le Bodhisattva aussitôt ressuscita; soudain il se redressa, s’assit et se mit à demander à tous les autres des nouvelles de leur santé; le souverain Gakra remplit leur bateau d'objets précieux mille fois plus nombreux que ceux qu’ils avaient auparavant; le Bodhisattva retourna alors dans sa patrie et, quand ses parents aux neuf degrés le virent, ils furent tous joyeux; quant à lui, il secourut tous ceux qui étaient dans la misère et sa bonté s'étendit à tous les êtres vivants; il prêcha les livres saints bouddhiques; il éclaira et convertit ceux qui étaient dans les ténèbres de l'ignorance; le roi de ce pays, reconnaissant la vertu du Bodhisattva, alla recevoir ses directions pures; le prince fut bon et les sujets loyaux; tout le pays
{1) De manière à ce que son corps se trouvât suspendu au-dessus de l'eau.