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observa les défenses; dans les familles il y eut des fils doués de piété filiale; le royaume fut prospère; les influences malfaisantes s’évanouirent ; la multitude fut très joyeuse; quand leur destinée fut terminée, les hommes allèrent naître dans les cieux et furent pour toujours affranchis de toutes les misères. Quant au Bodhisattva, il déploya à travers des kalpas répétés son énergie sans jamais se lasser et parvint à obtenir la dignité de Buddha.
Le Buddha dit aux bhiksus : « Celui qui fit périr sa personne pour sauver les autres, c'était moi-même; Cakra, souverain des devas, c'était Maitreya; les cinq cents marchands, ce sont maintenant les cinq cents arhats de cette assistance. »
Telle est la manière dont la pâramità de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.
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Autrefois le Bodhisattva était le fils d’une veuve ; chaque matin il se rendait dans un temple bouddhique pour rejeter l'hérésie et honorer la vraie doctrine; il se prosternait devant les cramanas ; il acceptait les divines directions du Buddha ; le matin, il acquérait des connaissances nouvelles et, le soir, il s’y exerçait; son intelligence lumineuse augmentait de jour en jour ; il recueillait des notions dans la multitude des livres saints ; la conduite pieuse des anciens sages, il l’admirait et cherchait à limiter avec ardeur ; tel un affamé qui rêve de nourriture.
Dans le pays où il habitait, le roi se conduisait sans sagesse ; il était avide de richesses et altachait du prix à la volupté: il faisait peu de cas des sages et méprisait le
peuple. Ce roi, songeant à l’impermanence, se dit: « J'agis d’une manière qui n’est pas bonne et, à ma mort, j'entrerai dans la Grande Montagne; pourquoi ne rassemblerais-je pas de l'or pour en faire hommage au roi de la Grande Montagne (1) ». Alors donc il recueillit l’or de son peuple et rendit une ordonnance sévère en ces termes : « Si quelqu'un cache une once ou la vingt-quatrième partie d’une once d'or, il sera puni de mort ». Quand cette règle eut été appliquée pendant trois ans, l’or du peuple fut entièrement épuisé. Le roi fit, par supercherie un nouvel appel en disant: « Celui qui pourra se procurer un peu d’or pour en faire hommage au roi, je lui donnerai en mariage ma plus jeune fille et je lui conférerai une dignité élevée. » | Le jeune homme dit alors à sa mère : « Autrefois, à mère, vous avez mis une pièce d’or dans la bouche de mon père défunt, avec le désir qu'il pût, par le moyen de ce cadeau, gagner les bonnes grâces du roi de la Grande Montagne(2); maintenant, cette pièce doit encore exister; il faut la prendre pour l'offrir au roi. » La mère y ayant consenti, le fils alla prendre cette pièce et l'offrit; le roi ordonna qu’on fit une enquête pour savoir comment il s'était procuré cet or. Il répondit : « À la mort de mon père, on luimit dans la bouche cet or, pour qu'il pût gagner par ce présent (le roi de) la Grande Montagne; en vérité cependant, j'ai appris, à grand roi, que vous promettiez une dignité à qui vous procurerait de l’or ; je me suis donc mis à faire un trou dans la tombe ; j'ai écarté le bois (du cercueil) et j'ai pris l'or. » Le roi lui demanda: « Depuis combien d'années votre père est-il mort ? » « Depuis onze
(1) C'est-à-dire, au roi des enfers.
(2) La pièce d’or qu’on mettait dans la bouche du mort était donc destinée à faire un cadeau au roi des enfers : on sait que cette coutume se retrouve sous diverses formes dont la plus connue est celle de l’ « obole à Charon. » Cf. R. Andree, Totenmünze (Ethnogr. Parall., neue Folge) 1889, p. 24-29).
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ans », répondit-il. Le roi reprit: « Il n’a donc pas fait son cadeau au roi de la Grande Montagne ? » L'autre répondit : « D’après les écrits de tous les saints, il n’y a quela religion bouddhique qui soit véridique; or les livres sacrés du bouddhisme disent: Celui qui fait le bien, le bonheur l'accompagne; celui qui fait le mal, le malheur le suit; le malheur ainsi que le bonheur sont comme l’ombre et l'écho; si on fait courir son corps pour éviter l’ombre, ou si on pose la main sur la montagne pour empêcher l'écho, (1) y parviendra-t-on ? » Le roi ayant dit qu'on n’y parviendrait pas, il ajouta: « Le corps est composé des quatre éléments ; quand la vie prend fin, les quatre éléments se dissocient tandis que l’âme s’en va et transmigre; la condition où elle se retrouve est alors déterminée par ses actes ; à quoi lui servirait de faire des présents(2)? 0 grand roi, dans une existenceantérieure, vous avezété charitable et vertueux et c'est pourquoi maintenant vous avez obtenu d'être roi. En outre, vous mettiez en honneur la bonté et l'affection, et votre bienveillance s’étendait au loin et auprès; quoique vous n'ayez point encore atteint à la sagesse, dans une existence ultérieure, certainement vous serez roi encore une fois. » Le roi se réjouit dans son cœur ; il grâcia tous les prisonniers et rendit l’or qu'il avait ravi.
Le Buddha dit aux bhiksus : « En ce temps le roi voulait, parce qu'il était resté de l’or chez le peuple, faire périr des innocents ; le Bodhisattva, prenant en considération les plaintes du peuple, versa des pleurs à ce sujet, et exposa sa vie(aux caprices d’un) gouvernement cruel; il sauva ainsi le peuple du danger de l'enlisement ou des charbons
(1) Comme on pose la main sur une cloche qui vibre pour en arrêterle son. |
(2) Nous avons ici une indication fort intéressante puisqu'elle nous montre comment le Bouddhisme fut amené au nom des dogmes moraux qu'il professait, à condamner certaines coutumes populaires qui impliquaient des croyances différentes.
ardents (1). Touché de ses bienfaits, le peuple observa les excellentes défenses du Buddha et le royaume devint aussitôt prospère. Celui qui en ce temps était le jeune homme, à c'est moi-même. » .
Telle est la manière dont la pâramitä de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.
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Sûtra de Devadalla enseignant aux hommes à faire le mal.
Autrefois le Bodhisattva avait la dignité de devarâja. Avec diligence, il veillait à ses moindres actions; sa résolution progressait comme une eau qui coule; chaque fois qu'arrivait un jour d’abstinence, il montait sur son char tiré par des chevaux et parcourait les quatre régions du monde pour prêcher les règles profondes du Buddha et pour convertir tous les êtres vivants; il détruisait les défauts et les souillures (des êtres vivants); il les engageait à honorer le Tathâgata, l’Arhat, le Samyaksambuddha, deva des devas (devâtideva), Roi de la multitude des saints, Honorable de l’enseignement de la voie; ainsi ils pouvaient s'éloigner des trois conditions mauvaises et de la source de toutes les souffrances. Devadatta de son côté était le devaräja Mâra; 1l parcourait les quatre régions du monde en enseignant aux hommes à faire le mal et à se laisser aller à toutes les passions de leur cœur. Il leur enseignait
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(1) Le peuple était dans un péril aussi pressant que celui d’un homme qui s’enlise ou qui est sur des charbons ardents. Cette métaphore est tirée du Chou-king (chap. Tchong-houei tche kao).
qu'ils ne seraient pas punis par les calamités de la Grande Montagne.
Dans une de ses courses, il rencontra le Bodhisattva et lui demanda pourquoi il était.en tournée; il répondit : J’apprends au peuple àhonorer le Buddha et à pratiquerla vertu prescrite par le Saint supérieur.» Devadatta reprit : «J’enseigne aux hommes à se laisser aller à tous leurs désirs, leur disant que, ni dans ce monde,ni dans l’autre, ils n’en souffriront; je leur apprends que, s’ils font le bien, ils se donnent de la peine sans aucun profit pour eux-mêmes. » Le Bodhisattva lui dit : « Écartez-vous de mon chemin. » L'autre répondit : « Vous pratiquez le bien qui est comparable à l'or et à l'argent; moi, je mets en honneur le mal qui est comme l'acier et le fer; l'acier et le fer peuvent couper l'or et l'argent, tandis que l'or et l'argent ne peuvent pas couper l'acier et le fer; si vous ne me cédez
pas le chemin, je vous trancherai en deux. » Cependant, la perversité de Devadatta étant à son comble, sa punition se réalisa et il entra vivant dans la Grande Montagne.
Quand des hommes font le mal, tous, à leur mort, entrent dans les trois conditions (1); au contraire, ceux qui sont dans les trois conditions, s'ils s’attachent fermement au bien, monteront tous dans les cieux. Ainsi, quelque haute et glorieuse que soit la situation qu’on occupe, si on garde dans son cœur la perversité originelle, mieux vaudrait qu'on füt un être engagé dans les trois conditions, mais gardant dans son cœur une seule parole du Buddha.
Le Buddha dit aux bhiksus: « Le devarâja qui enseignait aux hommes à faire le bien, c'était moi-même; le deva Mära qui leur montrait à faire le mal, c'était Devadatta. »
Telle est la manière dont la pâramità de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.
(1) Habitant des enfers, animal, preta.
(Trip., VII, 5, p. 78 v°-79 r°.)
Sûtra (des Bodhisallvas) tuant un nâga pour sauver loul un royaume.
Autrefois, deux frères, l’un aîné, l’autre cadet, étaient Bodhisattvas, et, d’une même résolution, s'étaient mis à étudier la sagesse; ils admiraient et cherchaient à imiter la conduite difficile à égaler de tous les Buddhas ; ils récitaient les livres saints et en expliquaient le sens ; ils étaient des éclaireurs et des guides dans les six obscurités ; ils s’exerçaient à chasser les souillures internes; ils arrêtaient leur regard dans la contemplation calme ; chaque fois qu'ils apprenaient que quelque royaume était ignorant des trois Vénérables, ils s’y rendaient aussitôt pour le diriger et le convertir, pour l’inviter à observer la merveilleuse pratique correcte et vraie des six pâramitäs.
En ce temps, 1l y avait un grand royaume dont le roi se plaisait à la sagesse; mais une foule d’imposteurs l’avaient trompé et lui avaient inculqué de fausses théories; tout le pays, subissant son influence, acceptait des doctrines fallacieuses, aussi le vent et la pluie ne se produisaient-ils plus en temps opportun et des prodiges funestes se succédaient-ils sans discontinuer. Les deux frères Bodhisattvas se dirent l’un à l’autre : « Dans notre pays, la conversion aux trois Vénérables est accomplie; les hommes restent fidèles aux dix bonnes actions ; le prince est bon; les sujets sont loyaux; les pères sont justes; les fils sont doués de piété filiale; les maris sont fidèles ; les femmes sont chastes; les maisons où il y a des sages ont leurs portes
contiguës; qui pourrions-nous y convertir ? Dans cet autre royaume, au contraire, on ajoute foi à l'erreur; un nâga y réside qui dévore les habitants et ceux-ci implorent la pitié sans qu'on les secoure. Si nous avons formé la résolution de chercher à devenir Buddhas, c’est uniquement pour le plus grand bien des êtres de cette sorte ; il nous faut donc les guider par la sagesse et les instruire par la bonté. Quant au nâga qui est plein d’un venin funeste, nous le détruirons. » Le frère cadet dit : « D’après les dé-fenses du Buddha, le meurtre est la pire des méchancetés, tandis que le fait de conserver la vie aux êtres vivants est le premier des actes de sagesse. Comment donc allonsnous agir envers ce (nâga) ? » Le frère aîné répliqua : « Celui qui fait périr un homme, son châtiment dure pendant cent kalpas; or, ce nâga a dévoré un royaume entier, je crains que, même après que des kalpas aussi nombreux que les grains de sable du Gange se seront écoulés, ses peines ne soient point encore supprimées. Si vous désirez un avantage de médiocre saveur et de peu de durée et que vous ne voyez pas le malheur des fournaises de la Grande Montagne mon cœur s’en afflige. La condition d'homme est difficile à obtenir; la loi du Buddha est difficile à entendre. Si nous supprimons ce nâga pour sauver le royaume et le guider dans la noble pratique des six pâramitâs des trois Vénérables, le malheur qui en résultera sera mince comme un fil ou un cheveu tandis que le bonheur qui en sortira dépassera Le soleil et la lune. Changezvous en un éléphant; je me changerai en un lion; si nos deux vies ne sont pas détruites, ce royaume ne sera pas sauvé. » Ils se prosternèrent alors dans les dix directions en faisant ce vœu avec serment : « Si tous les êtres vivants ne jouissent pas du calme, c’est notre faute. Puissions-nous plus tard devenir Buddhas et sauver tous les êtres. »
L'éléphant se rendit à l'endroit où était le nâga et le
lion monta sur lui; le nâga déploya toutes ses forces; les éclairs brillèérent et Les coups de tonnerre retentirent; le lion bondissait et rugissait; la redoutable puissance du nâga et la force effrayante du lion faisaient trembler la terre entière; tous trois trouvèrent la mort (dans ce combat). Les devas proclamèrent que (les deux Bodhisattvas) avaient bien agi et ils célébrèrent tous leur bonté; les deux Bodhisattvas naquirent après leur mort dans le quatrième ciel. Le royaume entier se trouva sain et sauf; les gens prirent dans leurs bras les cadavres de (l'éléphant et du lion) et dirent en poussant des cris de douleur : « Ils étaient certainement des dieux; qui aurait pu avoir une telle bonté ? »
Cependantles disciples (des deux Bodhisattvas) étaient à leur recherche; ils constatèrent que leurs maitres, dans leur bienveillance universelle, avaient fait périr leur corps pour secourir la foule; émus de pitié, ils proclamèrent leur vertu; puis, chacun d’eux s’avançant de son côté, ils préchèrent les sages directions de leurs maîtres. Le roi, ses ministres et son peuple apprirent alors pour la première fois l'existence du Buddha; tous les gens du pays dirent : « La bonté et l’action réformatrice du Buddha vont-elles donc à un tel degré ? » Ils enterrèrent alors les deux cadavres; tout le royaume était pénétré de douleur. Le roi rendit un édit en ces termes : « Si quelqu'un ne s’acquitte pas des six pâramitâs et des dix actions excellentes du Buddha et s’il sert les démons trompeurs, son châtiment s’étendra à toute sa parenté. » À partir de ce moment, les temples s’élevèrent par milliers; les çramanas marchaient en se touchant les épaules (tant ils étaient nombreux) : dans le royaume, hommes et femmes tinrent tous une conduite élevée, pure etcroyante; les quatre parties du pays furent tranquilles et calmes et cela produisit une grande paix.
Le Buddha dit aux bhiksus : « Celui qui en ce temps était le frère aîné, c'était moi-même; le frère cadet c'était Maitreya ; le dragon venimeux, c'était Devadatta. »
Telle est la manière dont la pâramitâ de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.
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Sûtra de Maitreya ayant un corps de femme.
Autrefois le Bodhisattva était Cakra, souverain des devas; 1] occupait une position honorée et avait une gloire élevée : son esprit songeait constamment aux idées de l’impermanence, de la douleur et du vide, et de la nonexistence du corps; quand il était assis, il méditait;, quand Ù il se promenait, il préchait et faisait des conversions; il | avait compassion des ignorants et aimait les gens ins- : truits, 1l enseignait à tous la sagesse; il déployait son énergie sans relâche.
Il s'aperçut qu'un homme qui avait été son ami dans une naissance antérieure, avait reçu un corps de femme et était l'épouse d’un homme riche; éprise de sa fortune et de sa beauté, elle ne comprenait pas l’impermanence. Elle demeurait sur la place du marché où elle tenait boutique; Gakra prit l'apparence d’un marchand, et, feignant d’avoir à faire quelque achat, il alla vers cette femme et se tint debout devant elle; la femme, toute joyeuse, ordonna à son petit garçon de s’en retournér promptement chercher un banc à une place pour le faire asseoir. Le marchand regarda alors attentivement la femme et se mit à rire. Cette femme, qui observait une conduite digne, trouva bizarre l'attitude inconvenante du marchand qui se tenait debout devant elle en riant, et, comme l’enfant revenait avec trop
de lenteur en rapportant le banc, elle frappa l'enfant; le marchand se mit à rire derechef. Non loin de là, se trouvait un petit garçon qui sautait et jouait en agitant un tambou-
rin; le marchand se mit encore à rire à ce sujet. En outre,
un fils, dont le père était malade, offrait un bœuf en sacrifice à un démon; le marchand rit aussi à ce sujet. Puis, . une femme, tenant un enfant dans ses bras, traversa la place du marché en se. promenant; l'enfant lui lacérait la figure, et le sang qui coulait de ses blessures lui zébrait le cou; le marchand en rit encore.
Alors la femme de l’homme riche lui demanda : « Vous vous tenez debout devant moi en riant sans vous arrêter: si je viens de frapper mon petit garçon, c'est à cause de vous que j'étais irritée. Pourquoi riez-vous ?» Le marchand répondit : « Vous et moi, nous avons été d'excellents amis; maintenant m'avez-vous oublié ? » La femme, toute déconcertée, sentit s'augmenter son déplaisir et trouva étranges les propos du marchand. Celui-ci répondit : « Si j'ai ri quand vous avez frappé votre petit garcon (en voici la raison) : ce petit garçon était (autrefois) votre père; son âme, entraînée dans le cycle des transmigrations, est devenue maintenant votre propre fils; dans le temps d’une seule génération vous ne reconnaissez plus celui qui fut votre père; combien plus (ignorante serez-vous) quand il s'agira de fort longues périodes de temps. Quant à l'enfant qui agitait un tambourin, il était précisément un bœuf; quand ce bœuf fut mort, son âme passa dans le corps du fils du maître du bœuf; or, on s’était servi de la peau de ce bœuf pour la tendre en travers decetambourin; maintenant cet enfant qui joue en agitant le tambourin, en sautant et en s'amusant, ne s'aperçoit pas que cette peau est celle de son ancien corps; c’est pourquoi j'ai ri. Quant à l’homme qui sacrifiait en tuant un bœuf, c'était pour demander que la viefüt laissée à son père malade; mais, chercher à obtenir la vie au prix de la mort, c’est ce qu’il y a
de plus funeste; c'est comme si on voulait guérir un malade en lui faisant prendre du vin empoisonné. Ce père vient de mourir; à sa mort, il est devenu un bœuf et pendant de multiples générations il sera mis à mort et subira des malheurs sans fin; s'agit-il (au contraire) de ce bœuf qu’on a sacrifié, à la fin de sa vie son âme s’en retournera; elle va recevoir le corps d’un homme qui sera exempt de tous les chagrins et de tous les maux; voilà pourquoi j'ai ri encore une fois. Quant à l’enfant qui lacérait le visage de sa mère, cet enfant était autrefois la con-
cubine, tandis que sa mère était l'épouse principale; celle- C1 était portée à la luxure et était animée de sentiments jaloux; aussi était-elle dure et cruelle pour la concubine, qui en avait conçu un ressentiment haineux; à la mort de la concubine, son âme est devenue le fils de l'épouse principale; maintenant elle vient se venger de son ennemie, la saisit au visage et lui déchire le corps tandis que l’autre n'ose pas s'irriter; voilà pourquoi cela m'a fait rire. En effet, les sentiments dont sont animés les êtres vivants n'ont rien de constant; ce qu’autrefois ils haïssaient, maintenant ils l’aiment; comment y aurait-il là de la permanence ? Dans tous les cas dont il vient d’être question, il s'agit de gens qui, pendant la durée d’une seule vie voient (ceux qu'ils ont connus auparavant dans cette même existence) et ne les reconnaissent pas; à combien plus forte raison (ne reconnaîtra-t-on pas ceux qu’on à connus) quand des kalpas multipliés se seront écoulés. Les livres saints disent : « Ceux qui se bouchent (la vue) en considérant les formes sensibles sont aveugles pour la grande. sagesse ; ceux qui n'écoutent que des voix perverses n’entendenl pas l’écho de la parole de Buddha. Voilà pourquoi j'ai ri. La gloire de ce monde est comme l'éclair; c’est une lueur qui s'éteint aussitôt; il vous faut comprendre l’impermanence et ne pas rester dans la catégorie des ignorants; il vous faut mettre en honneur et pratiquer une conduite ver-
tueuse et les six pâramitâs agiront d’une manière mystérieuse. Maintenant, je m’en retourne. Dans quelques jours je ne manquerai pas de revenir chez vous. » Ayant ainsi parlé, il disparut soudain; la femme s'en retourna toute contrite et, jeünant et observant une attitude respectueuse, elle attendit avec espoir (la venue de son visiteur). Tous les gens du pays apprirent ce qui s'était passé ; le roi et ses officiers exprimèrent toute leur admiration.
À quelque temps de là, le marchand se trouva, en effet, à la porte de la maison; son visage était affreux et ses vétements étaient en haïllons. Il demanda : « Mon ami est-il chez lui ? Appelez-le pour qu'il vienne. » Le portier entra et vint dire à la femme ce qu'il en était : celle-ci sortit et s’écria : « Vous n’êtes pas mon ami! » Çakra rit et dit : « Parce que j'ai modifié mon aspect et changé mes vêtements, vous ne me reconnaissez déjà plus. À combien plus forte raison ne me reconnaîtrez-vous pas quand, après plusieurs générations, nous aurons quitté cette condition pour en prendre une autre ! » Il ajouta : « Appliquez-vous à servir le Buddha; l’époque où vit le Buddha est difficile à rencontrer; il est malaisé de trouver des bhiksus de noble conduite pour leur faire des offrandes. La vie tient dans un souffle; ne vous laissez donc pas troubler comme les gens de ce monde. » Quand il eut achevé de parler, il disparut. Tous les habitants du pays s’émerveillèrent ; chacun observa la pratique haute et belle des six pâramitâs. Le Buddhà dit à Çâriputra : « Celle qui alors était la femme, c'était Maitreya; Cakra, souverain des devas, c'était moi-même. »
Telle est la manière dont la pâramità de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.
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(Trip. VI, 5, p. 79 v°-80 r°.)
Sûtra de la femme qui exprima des vœux.
Autrefois le Bodhisattva était une femme dont le mari était d’un tempérament cruel, sot et jaloux. Chaque fois qu’il partait pour aller faire le commerce, il confiait sa femme à une veuve du voisinage ; celle-ci observait les défenses du Buddha et tenait une conduite pure et dévote. Un jour le Buddha entra dans le royaume ; le roi, ainsi que ses ministres et les gens du peuple, reçurent tous de lui les défenses. La veuve entendit les livres saints, et, à son retour, elle les expliqua à la femme qui s’écria toute joyeuse : «(Celui qui parle ainsi) est l’illuminé parfaitement correct, qui possède la sagesse droite et vraie sans supérieure (anuttara samyaksambuddha). Ayant entendu parler du Buddha parla veuve, elle se prosterna de loin (en son honneur). Le jour d’abstinence étant venu, la veuve dit: « Vous devriez aller entendre la Loi.» La femme y consentit avec joie ; elle sortit donc de la ville avec elle ; mais soudain elle se souvint de la jalousie de son mari ; toute mortifiée et attristée, elle s’en retourna chez elle en s'humiliant elle-même (et en disant): « Le malheur que j'ai attiré sur moi est grave ! »
Quand la veuve revint, elle lui raconta que les devas, les nâgas, les démons, les génies, les souverains, les ministres et le peuple avaient entendu les livres saints ; il en était parmi eux qui avaient atteint les quatre degrés de sagesse des çramanas, d’autres qui avaient été prédes-
tinés à être Bodhisattvas. « L'époque où vit le Buddha, ajoutait-elle, est difficile à rencontrer ; la doctrine des livres saints est difficile à entendre. Pourquoi vous en êtes-vous retournée? » En entendant parler de la vertu du Buddha, la femme, versant des larmes, raconta ce qui en était de la jalousie de son mari. La veuve lui dit: « Vous devriez essayer d'aller une fois. » La femme y consentit avec empressement, et, le lendemain, elle alla à la suite de la veuve voir le Buddha ; elle se prosterna tout de son long, puis elle se tint debout avec un cœur calme ; elle contempla les marques distinctives primaires et secondaires du Buddha; elle songea que, par sa pureté, le Buddha était vénérable entre tous les devas. Le Buddha demanda à la femme : « Quel est votre désir en venant ici? » Elle lui répondit en se prosternant la tête contre terre : « J’ai entendu dire que le Buddha est l’anuttara samyaksambuddha, le chef conducteur des devas et des hommes, que ses vertus étaient nombreuses comme les grains de sable du Gange, que sa sagesse était vaste comme l'espace, qu'il avait les six facultés (abhijñàs), les quatres connaissances (pratisamvid) et qu'il avait obtenu l’omniscience. Je suis donc venue implorer le Vénérable, dans le désir que le Buddha ait compassion de moi. » L'Honoré du monde lui déclara: «Le Buddha est le protecteur de tous les êtres ; il vous procurera ce que vous désirez. » La femme dit, en se prosternant la tête contre terre: «Les femmes qui vont dans le monde, et qui n’ont point encore atteint l’impersonnalité primitive, sont toutes, à cause de leurs désirs sensuels, appariées à un homme ; puissé-je, de génération en génération, être appariée à un homme de haute vertu, qui sera animé des mêmes intentions que moi, et qui se conduira sans jalousie. Mon second vœu est que les actes de mon corps, de ma bouche et de ma pensée soient d’une beauté qui l'emporte sur tout ce qui est au monde. Mon troisième vœu est que, de génération
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en génération, je serve avec diligence les trois Vénérables, que les souillures de mon cœur diminuent chaque jour, que je progresse dans la sagesse sans relâche, que tous les Buddhas me donnent leur appui, que la multitude des êtres malfaisants ne puissent me faire obstacle, et que j'obtienne l’omniscience pour tirer de peine tousles êtres vivants. » Le Bienheureux (Bhagavat) s'écria : «Très bien ! Très bien! Je terai que vous obteniez cela. » La femme fut très joyeuse ; elle se prosterna la tête contre terre, puis retourna dans sa demeure. |
Cependant son mari revenait après avoir fait son négoce; il était monté sur un bateau et voguait sur l’eau ; ildevait arriver en ce jour-là même. Mais le souverain des devas, considérant que cette femme avait tenu une noble conduite
et qu’elle avait formulé des vœux sans rivaux, participa à FE. sa joie et loua sa perfection ; il suscita du vent et des nuages qui arrétèrent le bateau danssa marche. Le lendemain seulement le mari arriva.
Plus tard, quand la femme mourut, son âme renaquit dans la condition de fille d’un homme sage ; elle avait une beauté éclatante. Quand elle fut devenue grande, elle se maria et épousa un homme éminent du royaume ; tous les gens du pays louaient sa dignité et sa sagesse. Un jour, le mari partit en mer pour aller recueillir des denrées précieuses, car il désirait venir en aide aux pauvres gens; la femme resta chez elle; s1 pratique des ritesla protégeait comme un rempart protège contre les brigands. La reine et les concubines du roi, ainsi que les épouses etlesfemmes secondaires des principaux ministres, admirarent toutes le modèle qu’elle leur donnait ; elles accouraient à sa porte comme des nuages quiserassemblent, afin d’être instruites sur les devoirs des épouses. Une nuit, cette femme s'éveilla de son sommeil et songea à l’impermanence de ce monde ; (elle se disait) : « Gloire et richesses sont fallacieuses ; qui Les conserverait longtemps? Le corps est une
barque calfatée avec de la terre, et notre âme est mise dedans; (celui qui tient à la vie) est comme quelqu'un qui voudrait saisir le reflet de la lune ou qui convoiterait les joyaux qui sont dans le ciel ; il fatigue son cœur et épuise son corps sans aucun profit pour lui-même ; rêves et illusions, tout cela est vide ; même la gloire mondaine des devas et des génies aboutit en définitive à cela. Demain matin, il faudra que je me mette en quête du deva entre tous les devas qui est correct, vrai etsans supérieur, pour qu'il soit mon maître. » Au matin, ellese leva et aperçut un stüpa de pierre dans la cour de sa maison ; la statue du Buddha (qui s’y trouvait) avait un éclat d'or et-une beauté de jade poli ; comme les livres saints louent le Buddha en disant qu’il estle maître de tous les saints et qu’il s'avance seul dans les trois mondes, cette femme dit toute joyeuse : « Voici donc le Tathâgata, l’'Arhat, le Samyaksambuddha.» Alors elle se prosterna tout de son long, puis elle fit trois fois le tour du sanctuaire ; elle répandit des fleurs, brüla des parfums, alluma des lampes, suspendit des étoffes de soie ; depuis le matin jusqu’à la nuit, elle témoignait son respect, se prosternait et adorait. La reine et les épouses des hauts dignitaires, demandèrent à recevoir son influence pure; elles s’éloignèrent du mal pour honorerle vrai.
Dans le voisinage, il y avait un méchant homme qui, en allant commercer, rencontra le mari de cette femme et lui dit: « Votre femme a imaginé des choses étranges et vaines et elle a élevé un temple consacré aux démons; jour et nuit elle brüle des parfums, fait des invocations et pratique des sortilèges ; son dessein est de causer votre mort; c’est là une chose très funeste. » Le mari revint auprès de sa femme et celle-ci lui dit : « Une de ces dernières nuits, j'ai compris l’impermanence de ce monde ; quand vint le matin, j'aperçus l’image de celui qui à un pouvoir surnaturel, vénérable, qui est plus que tout autre
merveilleux, droit, vrai et sans supérieur ; je lai vu, disje, venir au milieu de la cour de la maison ; maintenant, je lui fais des offrandes, je brüle des parfums, j'allume des lampes, je suspens des pièces de soie, je présente des fleurs ; matin et soir je l’adore et je lui remets ma destinée en me prosternant la tête contre terre. Il vous faut le servir,etcertainement vous vous conformerezainsi à la sainte règle. » Le mari fut très joyeux ; de tout son cœur, il témoigna son respect. Les habitants du pays, grands et petits, reçurent tous son influence. Il en fut ainsi pendant plus de quatre-vingt-quatre mille années.
Le Buddha dit à Câriputra : « La personne, qui en ce temps-là, était la femme, c’est moi-même; celui qui était alors le mari, c’est Maitreya ; la veuve, c’est Câriputra : le voisin méchant, c'est Devadatta.
Telle est la manière dont la pâramitä de line ardente du Bodhisattva est énergique.
CTP NET 9: D. S0Ér9)
Sûtra du (Bodhisativa qui), ayant allumé une lampe, reçut une prédiction.
Autrefois le Bodhisattva avait un corps de femme; c'était une jeune veuve qui gardait la chasteté et qui avait confié sa vie aux trois Vénérables; elle était dans une condition pauvre et se plaisait à la sagesse; elle déployait son énergie sans relâche; renonçant à tous les gains illicites, elle
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s occupait à vendre de l’huile. En ce temps, il y avait un çramana qui était sur le déclin de son âge; il appliquait sa
volonté à se conduire noblement, mais il n’avait pas eu le loisir de s’instruire ; les gens superficiels le déclaraient un ignorant; aussi ne lui accordait-on que partiellement les marques de politesse et de respect; lui d’ailleurs ne s’en plaignait jamais; il alla quêter de l'huile de chanvre pour faire une offrande devant le Buddha; la veuve comprit clairement (l'importance de cet acte) et elle lui apporta en don (de l'huile) sans y manquer un seul jour; il y eut alors un religieux (1) qui se prosterna aux pieds du Buddha, joignit les mains et demanda : « Ce vieux religieux, bien qu’il ait peu d'intelligence, observe toutes les défenses et tient une conduite élevée. Pour avoir allumé une lampe en offrande, quel bonheur obtiendra-t-il plus tard ? » L'Honoré du monde s’écria : « Excellente question ! Ce vieux religieux, après d'innombrables kalpas, doit devenir le Tathâgata, l’Arhat, le Samyaksambuddha ; sur la nuque il aura un double éclat qui guidera les trois mondes; la foule des êtres qui obtiendront ainsi d'être sauvés sera innombrable ». La veuve ayant été informée de cette (prédiction), se rendit en toute hâte auprès du Buddha, et, se prosternant, elle dit : « L'huile dont s’est servi l’ascète pour allumer sa lampe, c’est moi qui lui en ait fait don. Vous avez dit qu'il obtiendrait plus tard de réaliser en lui la sagesse sans supérieure, correcte et vraie et qu'il guiderait tous les êtres pour les faire revenir à l’impersonnalité surnaturelle et primitive; les devas, les hommes, les démons et les nâgas se sont tous réjouis (en vous entendant dire cela). Mon unique désir est que, par pitié pour moi, vous donniez encore la prédiction qui me concerne. » Le Buddha dit à la femme : « Avec un corps de femme on ne peut parvenir à réaliser en soi la sagesse de Buddha ou de Pratyeka Buddha. De même, les dignités des devas Brahma, Cakra, Mâra ou celle de souverain volant (cakra-
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dit, 27e
vartin) sont trop élevées pour qu'une femme puisse y atteindre. Si donc vous désirez parvenir à de tels buts, il vous faut abandonner ce corps souillé et recevoir un corps pur. » La femme se prosterna et dit : « Maintenant je vais l’abandonner ». Revenue chez elle, elle se purifia et se baigna, fit des prosternations de loin et dit : « Le corps n est qu'un composé des quatre éléments; ce n’est pas une chose que nous puissions garder perpétuellement. » Elle monta sur une tour et fit ce vœu : « Ce corps souillé, maintenant, j'en fais don à tous ceux des êtres vivants qui ont faim ou quiont soif. Puissé-je obtenir un corps d'homme et recevoir la prédiction que je deviendrai Buddha. Tous les êtres vivants qui, dans ce monde troublé sont aveuglés, tournent le dos au vrai, se portent vers l'hérésie et ne connaissent pas le Buddha, puissé-je dans cette autre condition les secourir. » Elle se jeta alors du haut de la tour en bas; ceux qui la virent en eurent un frisson de terreur. Cependant le Buddha, qui connaissait les intentions parfaites de cette femme, fit un miracle en sorte que le sol s’amollit et devint comme un filet céleste (pour la recevoir). Elle s’apercut alors que son corps n'avait aucun mal, mais qu’il était soudain devenu du sexe masculin; elle en eut une joie infinie ; elle se rendit en toute hâte auprès du Buddha, et, bondissant de plaisir, elle dit : « Grâce à la bienfaisance de l’Honoré du monde, j'ai obtenu un corps pur; je désire maintenant que, par pitié, vous me donniez la précieuse prédiction qui me concerne. » Ea Buddha la loua en disant : « Votre vaillance est chose rare dans ce monde; certainement, vous deviendrez Buddha ; ne conservez aucun doute à cet égard. Au temps où le religieux qui a allumé la lampe obtiendra de devenir Buddha, il vous décernera le nom (sous lequel vous apparaîtrez plus tard comme Buddha). » Les devas, les hommes, les démons et
les nâgas, entendant que cette personne devait devenir
Buddha, allèrent la saluer et la féliciter; revenus chez eux, * L:. ils l’acclamèrent et chacun d’eux redoubla d'énergie. La foule des êtres vivants qui en ce temps furent convertis ne saurait être calculée. (52
Le Buddha dit à Çâriputra : « Celui qui en ce temps était le vieux bhiksu, c’est Dipamkara Buddha; la veuve c'est moi-même. » è
Telle est la manière dont la pâramità de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.
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