‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 66 sur 93 · FR · texte numérisé non relu

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haute vertu se nomme Fa-lai(Loi-venir — Dharmâgata); il est parmi tous les saints comme la lune parmi les étoiles; il possède en lui les règles de tous les livres saints; son intelligence est illimitée; il explique le livre saint des claires pâramitâs et à plusieurs reprises il l’a enseigné aux hommes; parmi tous ces Bodhisattvas, il y en a qui ont reçu ce livre saint, d’autres qui le récitent, d’autres qui l’écrivent, d’autres qui en déterminent l’origine. Allez voir ce Bodhisattva; certainement il deviendra votre maître et vous encouragera à chercher à devenir Buddha; rendezvous promptement auprès de lui. C'est lui qui devra, en votre faveur, expliquer la vertu brillante des pâramitâs tant à l’intérieur qu’à l'extérieur. » Quand le Bodhisattva, « Toujours-affligé », eut entendu un Buddha célébrer le nom et les vertus de ce Bodhisattva, son cœur entra dans la joie de la Loi et il obtint la contemplation présente (pretyutpanna samâdhi); toutes ses autres pensées s’éteignirent et il aperçut entièrement la multitude des Buddhas qui, en sa faveur, expliquaient la vertu des pâramitâs claires et louaient le mérite qu’il avait eu à déployer son énergie, pour tâcher de devenir Buddha; tous lui disaient : « C’est fort bien ! grâce à votre résolution de tâcher de devenir Buddha, vous parviendrez à ce but; nous aussi, autrefois, quand nous conçümes la même pensée, nous fümes tout comme vous; tous les Buddhas du passé, de l'avenir et du présent ont fait de même. Vous obtiendrez certainement de devenir Buddha et de sauver tous les êtres vivants. » Le Bodhisattva « Toujours-affligé » s’éveilla de son extase et regarda de tous côtés ; mais il n’aperçut plus les Buddhas; derechef son cœur s’affligea, ses larmes coulèrent et il dit : « Get éclat merveilleux de tous les Buddhas, d’où venaitil pour qu'il se soit évanoui ? »

Telle est la manière dont le Bodhisattva concentre son cœur par la pâramità de contemplation.

(Trip., VI, 5, p. 84 r°.)

Autrefois deux Bodhisattvas avaient une volonté pure et une conduite calme ; leurs sentiments intérieurs étaient pacifiés et ils n'avaient plus de désirs; leurs actes extérieurs étaient parfaits comme de l'or céleste; ils s'étaient éloignés de la foule des souillures et demeuraient dans les solitudes des montagnes; ils avaient creusé un rocher pour s’y faire une habitation; solitaires, ils apaisaient leur volonté; ils avaient des vêtements faits avec la plante kien et des nattes d'herbes; ils mangeaient des fruits et buvaient de l’eau; purs, calmes et ne se livrant à aucune action, leur volonté était comme vide; ils possédaient au complet les quatre contemplations ; ils avaient obtenu les cinq pénétrations de l'intelligence à savoir : 1° ils étaient capables de tout voir et il n’était rien de si éloigné qu'ils n’apercussent; 2° ils avaient une ouïe perçante et il n’était rien de si subtil qu'ils n’entendissent; 3° ils pouvaient aller et venir sans obstacle, en s’élevant et en volant dans les airs; 4° ils pouvaient connaître les pensées qu'avaient dans leurs cœurs tous les êtres vivants des dix régions; 5° ils pouvaient savoir quelles avaient été les vicissitudes de leurs propres existences antérieures à travers des kalpas sans nombre. Brahma, Cakra, les rsis, les saints, les divers devas, les nâgas, les démons se prosternaient sans exception devant eux. Ils demeurèrent dans les solitudes des montagnes pendant plus de soixante années; ils songeaient avec affliction que tous les êtres vivants roulent indéfiniment dans les ténèbres de l'ignorance, ne voyant pas que celui qui fait le mal subit ensuite des maux

terribles, tandis que, si quelqu'un maîtrise ses sentiments, rejette les désirs et sert avec respect les trois Vénérables, le bonheur lui écherra comme l'écho répond au son, et certainement il obtiendra une gloire appropriée.

De ces deux brahmanes, l’un se nommait Ti-k'i-lo et le second se nommait /Va-lai (Nârada). Il arriva que T'i-k'i-lo, s'étant levé de nuit pour réciter les livres saints, se trouva épuisé de fatigue et perdit connaissance en s’endormant ; or, en ce même temps, /Va-lai lui aussi récitait les livres saints; par mégarde, il marcha sur la tête de T'i-k'i-lo; celui-ci s’éveilla aussitôt et dit : « Qui a marché sur ma tête ? demain, dès que le soleil se lèvera, un bâton brisera votre tête en sept morceaux ; ne sera-ce pas bien ? » Na-lai répliqua : « C’est par mégarde que j'ai marché sur votre tête, pourquoi votre imprécation est-elle si terrible ? Même les ustensiles qui sont une catégorie d’êtres qui ne se meuvent pas, s’entrechoquent; à combien plus forte raison, quand des hommes demeurent ensemble pendant des années entières, ne leur arrivera-t-il pas de commettre quelque inadvertance ? Cependant vos paroles se réalisent toujours ; demain matin, quand le soleil paraîtra, ma tête certainement se brisera en sept morceaux; je vais donc maitriser le soleil de manière à ne pas lui permettre de paraître. »

Ainsi donc le soleil ne parut pas durant cinq jours ; tout le royaume fut plongé dans l’obscurité ; on se cherchait avec des torches; les diverses administrations ne fonctionnaient plus ; le prince et son peuple vivaient dans la crainte et la confusion. Le roi réunit tous les fonctionnaires et invita des religieux, puis illeur dit: « Sile soleil ne paraît plus, où se trouve la cause de ce mal? » Parmi ces religieux, il en était un qui était doué des cinq pénétrations et qui répondit: « Les deux religieux qui sont dans la montagne ont eu une petite dispute ; c’est pourquoi ils ont interdit au soleil de paraître. » Le roi s'étant

informé de la cause de cette dispute, le religieux lui expliqua ce qui était arrivé, puis, comme le roi demandait . ce qu'il fallait faire, il ajouta : « O roi, emmenez avec vous vos officiers et les gens de votre peuple, grands et petits, et allez en toute hâte auprès de ces personnages pour vous prosterner devant eux et les réconcilier ; eux certainement, par bienveillance, s’accorderont. »

Le roi donna aussitôt des ordres pour qu’on agît comme l'avait dit le religieux ; il se rendit dans les solitudes des montagnes et dit en se prosternant: « Si mon pays est prospère et si mon peuple est heureux, c’est grâce à votre influence bienfaisante, Ô deux Vénérables ! Mais maintenant, vous n’êtes plus d'accord et tout le royaume est bou leversé. Le mal vient de moi; mais le peuple est innocent; je désire que vous lui fassiez grâce. » Na-lai répliqua : « O roi, allez avec instance éclairer la pensée de mon collègue ; quand sa pensée se sera détendue, je relâcherai le soleil. » Le roi se rendit donc auprès de 1'1-k'i-lo pour lui exposer les intentions de Va-lai; (T'i-k'i-lo) dit alors au roi(1): « Invitez mon collègue à s’enduire la tête de boue puis à lâcher le soleil. » (Ainsi fut fait): la tête de boue éclata en sept morceaux, mais Va-lai lui-même n'eut aucun mal;le roi, ses ministres et les gens du peuple furent tous transportés de joie. Les deux religieux exposérent au roi que, pour bien gouverner le royaume, il faut appliquer les bienveillances des quatre sortes que rien ne dépasse ; ils l’exhortèérent à agir en observant les cinq défenses, et en mettant en honneur les dix actions excellentes. Le roi, ainsi que ses ministres et son peuple, reçurent d’un commun accord les défenses ; quand il fut revenu dans son royaume, le roi fit un décret aux termes duquel tous les habitants, que leur situation füt élevée ou basse, devaient mettre en pratique les cinq défenses et les dix

(1) Nous rectifions l'erreur évidente du texte chinois qui écrit : « Le roi dit alors... »

actions excellentes, et les livres saints devaient servir à gouverner.

À partir de ce moment, la bienfaisance du roi atteignit jusqu'aux herbes et aux arbres ; les ministres fidèles furent sincères et en même temps désintéressés et modestes ; les pères, agissant suivant la règle et les mères observant la convenance, chaque famille mit en honneur ces vertus ; comme on se conformait à la raison, à l'intégrité et à la bonne foi, dans chaque maison il y eut des fils doués de piété filiale. — Le Bienheureux (Bhagavat) dit: « Ces deux Bodhisattvas avaient remarqué que le souverain de ce royaume ne connaissait pas les trois Vénérables, que les ministres et le peuple avaient l'esprit troublé et se laissaient aveugler par de fausses opinions, comme quelqu'un qui marcherait les yeux fermés au milieu des ténèbres ; ils eurent pitié de ces gens qui ne faisaient que naître et mourir sans voir les livres saints du Buddha, et c’est pourquoi ils accomplirent ce phénomène afin de leur éclairer la vue. » |

Le Buddha dit aux bhiksus : « Va-lai, c'était moi-même ; T'i-k'i-lo, c'était Maitreya (Mi-le). »

Telle est la manière dont le Bodhisattva concentre son cœur par la pâramitä de contemplation.

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