‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 68 sur 93 · APT · texte numérisé non relu

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CONTES BOUDDHIQUES (N° 81) i 311

peuple sera tranquille et que les vieux parents seront pourvus de leur entretien ? » Le roi dit: « Fort bien, ce sera là un grand sujet de joie. » Il ordonna aussitôt qu’on donnât en mariage ses filles à ces sept rois. Les huit gendres firent des présents magnifiques ; princes et peuples furent très joyeux ; alors le roi, ainsi que ses ministres et son peuple, reconnurent pour la première fois que le prince héritier n’était autre que l’ancien mari de Clarté de Lune : on fit choix de conseillers excellents et de soldats pour servir d’escorte, eton renvoya chacun dans son pays respectif. Les neuf royaumes (1) jouirent de la concorde et du calme ; la multitude du peuple battait des mains et dansait; unanimement, les gens s’écriaient : « Le Ciel a fait descendre pour nous un père. Les artifices auxquels a recours un sage ne sont pas ceux que mettrait en lumière le premier venu; sa vertu s’accumule et ses actes méritoires réussissent: il est lumineux et on ne peut plus le critiquer. » — Quelques années après que (le prince) fut revenu dans son royaume, le grand roi mourutet le prince héritier lui succéda; il promulgua une amnistie générale de tous les crimes ; il transforma la multitude du peuple en lui enseignant les cinq défenses, les six pâramitâs, les huit abstinences, les dix actes excellents ; Les germes de calamités furent tous supprimés; le pays fut prospère et la population paisible ; la grande transformation se propagea ; tous révérèrent les trois Vénérables ; les actes de vertu furent abondants et le bonheur les paya de retour ; toutes les maladies furent anéanties. La physionomie (du prince) devint d’une beauté plus éclatante que celle de la fleur de pêcher.

Voici quelles étaient les causes de tout cela: Dans une existence antérieure, le Bodhisattva et sa femme s’occu-

(1) A savoir : le royaume du père de la princesse ; les royaumes des sept princes, maris des sept sœurs de la princesse ; le royaume du mari de la princesse.

paient tous deux de labourer ; il ordonna à sa femme d’aller chercher à manger ; il la vit de loin qui revenait; elle était en compagnie d’un Pratyeka Buddha avec qui elle se trouva cachée, dans sa marche, par un épaulement de la montagne ; comme ils s’attardaient et n’arrivaient pas, (le mari) conçut des soupcons; plein de colère, il saisit sa houe dans l'intention d’aller les frapper ; quand il arriva, il vit sa femme qui avait fait une offrande de sa part de nourriture au çramana, puis elle s'était retirée et se tenait debout les mains jointes; quant au çramana, lorsqu'il eut fini de manger, il lança son bol dans l’espace et s’éloigna, en s’envolant, dans un éclat éblouissant. Le mari conçut des sentiments de repentir ; il songea que sa femme devait être douée de vertu pour avoir fait venir ce vénérable personnage ; « quant à moi, pensait-il, dans ma lourde sottise, j'ai failli m'’attirer un grand malheur. » Il dit alors à sa femme : « Vous avez fait une offrande productrice de bonheur ; je veux y participer ; ce qui reste de nourriture, mangez-le avec moi: vous n'aurez plus de reproches à subir de ma part. »

Quand le mari et la femme eurent terminé leurs vies, ils naquirent tous deux dans des familles royales. La femme, par l'effet de sa charité sincère et bienveillante, fut belle de naissance ; le mari, qui avait été d’abord irrité et ensuite bienveillant, commença par être laid et fut ensuite beau.

Le Buddha dit aux bhiksus : « Quand un homme se montre dans sa conduite d’abord charitable et ensuite ravisseur, dans une vie ultérieure il sera à sa naissance puissant et riche, et, quand :ïl sera grand deviendra pauvre et misérable; s’il a été d’abord ravisseur et ensuite charitable, sa rétribution dans une existence ultérieure sera d’être d’abord pauvre, puis, quand il sera grand, de devenir riche et honoré. Le prince héritier, c'était moimême ; sa femme, c'était A’1eou-yt (Gopà) ; le roi, père (de

la princesse), c'était Le roi Po-{sing (Cuddhodana) ; sa mère, c'était ma mère, Chü-miao; GCakra, maître des devas, c'était Mi-le (Maitreya). Le Révélateur songe avec sollicitude, de génération en génération, à sauver les êtres de la boue et du feu. »

Telle est la manière dont la pâramità de sagesse universelle du Bodhisattva pratique l'exercice de l’intelligence. |

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