‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 69 sur 93 · IN · texte numérisé non relu

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(Trip, NE°b,:p: 86 N°87 1°)

Sûtra du Bodhisattva qui éloigna par son intelligence une femme-démon.

Autrefois, le Bodhisattva était un homme ordinaire ; il était âgé de seize ans ; sa volonté et son naturel étaient perspicaces ; il avait beaucoup étudié et beaucoup vu; il n'était pas de livre saint qu'il n’eût pénétré et pratiqué d'une manière très profonde. Réfléchissant aux livres saints et aux doctrines, il se demanda quel était le livre qui était le plus véritable, quelle était La doctrine qui était la plus sûre. Quand il eut ainsi réfléchi, il dit en soupirant : « Ce sont les livres du Buddha qui sont les plus véritables ; c’est la doctrine du non-composé qui est la plus sûre. » Il dit encore: «Je veux garder dans mon cœur cette vérité et placer en moi cette stabilité. »

Ses parents ayant voulu lui choisir une épouse, il fut navré et dit: « Pour le plein accomplissement des calamités, il n'y a rien de tel que la beauté féminine. Quand on est atteint par la fascination de ce mal, sagesse et

vertu sont perdues ; si je ne m'enfuis pas, ne serai-je pas dévoré par ce loup ? » Il se rendit donc dans un royaume étranger et loua ses services pour gagner sa vie; il y avait alors un vieux laboureur qui n'avait point d'enfants, mais qui, en marchant parmi les herbes, avait recueilli une fille ; celle-ci était d'une beauté qui l’emportait sur celle de toutes les filles du royaume ; tout joyeux il léleva et en fit son héritière ; il rechercha un jeune homme pour en faire son mari, mais ne trouva personne dans le royaume qui en füt digne ; quand ce vieillard eût eu le Bodhisattva à son service pendant cinq ans et qu'il eut observé toutes ses actions depuis leur début jusqu’à leur accomplissement, il le loua du fond du cœur et dit au jeune homme: « J'ai une fortune suffisante; je vous donne pour femme cette jeune fille; soyez mes descendants. » La jeune fille avait une vertu surnaturelle ; elle émut le cœur du Bodhisattva qui l’accepta pour épouse. Au bout de peu de temps, il se rendit compte de ce qu’il avait fait et dit: « Je considère que, d’après la claire doctrine de tous les Buddhas, la beauté féminine est une flamme et l’homme est un papillon qui vole ; comme le papillon, il convoite la beauté de Ia flamme et il se voit lui-même prülé. Ce vieillard a brülé ma personne avec le feu de la beauté féminine ; par ses richesses, il m’a pêché par la bouche comme avec un appât. Les souillures du mariage ont ruiné ma vertu. » Il s'enfuit secrètement pendant la nuit.

Quand il eut marché pendant plus de cent li, il s’arrêta pour passer la nuit dans un relais où il n’y avait personne. Le maitre du relais lui demanda: «Qui êtesvous ? » Il répondit : « Je veuxloger ici pour la nuit. » Le maître du relais l'ayant fait entrer, il aperçut un lit magnifique avec toute sa literie et des joyaux étincelants ; (sur ce lit)) se trouvait une femme dont le visage ressemblait à celui de sou épouse : elle émut le cœur du Bodhi-

CONTES BOBDDHIQUES (N° 82) | 315

sattva et l’invita à demeurer avec elle. Au bout de cinq années, le Bodhisattva se rendit compte, avec son cœur intelligent, de sa conduite ; il dit : « La volupté est un ver rongeur qui détruit le corps et qui met en péril la vie. C’est en voulant aller en toute hâte me cacher loin de la perdition que je l’ai rencontrée de nouveau. » Sans bruit, il s'enfuit donc promptement.

Il vit encore un palais avec des joyaux et une épouse comme précédemment; encore une fois, son cœur fut ému et il demeura avec cette femme dix années. Mais son intelligence comprit ce qu'il avait fait et il dit: « Le mal que j'ai attiré sur moi est grave; je m’enfuis sans parvenir à l’éviter. » Il fit. donc ce serment solennel: « Je ne séjournerai plus nulle part pour passer la nuit ». Il s'enfuit derechef.

- I'apercut de loin une grande habitation et l’évita en marchant parmi les herbes. Le portier lui cria : « Qui marche dans la nuit?» Il répondit: « Je me hâte pour atteindre le bourg qui est plus loin. » L'autre lui dit: « Il est interdit d'y aller. » L'homme qui était dans la maison l'ayant invité à entrer, il vit le même spectacle que précédemment. La femme lui dit: « Il y a de cela des kalpas innombrables, nous avons fait le serment d’être mariés ; où pourriez-vous aller (pour échapper à votre sort) ? » Le Bodhisattva songea : « Est-il à ce point difficile d’arracher la tige du désir ? » Il conçut alors la pensée des quatre impermanences et dit: « Je désire, par la fixité de l’impermanence, de la douleur, du vide et de la non-existence du corps, anéantir toutes les souillures des trois mondes. Comment serait-ce votre impureté seule que je ne pourrais pas détruire ? » Quand il eut concu les quatre termes de cette pensée, la femme-démon fut anéantie ; lui-même eut comme une illumination dans son cœur: il aperçut alors tous les Buddhas qui se tenaient debout devant lui et qui lui expliquaient la fixité du vide sans

désir et sans caractéristique ; ils lui donnèrent les défenses du çramana et il devint un maître invincible.

Telle est la manière dont la pâramità de sagesse universelle du Bodhisattva pratique l'exercice de l'intelligence. Ë

(FPIDS NE:9, D, 07 LV)

Le sûtra du Mänava.

Autrefois le Bodhisattva était né dans le royaume de Po-mo (Dipavati) et était un brahmatârin nommé Joul’ong (mânava) ; il s’instruisit auprès de son maître et observa en haut les constellations du ciel ; tous les livres traitant des diagrammes ou de la divination, il les avait compris en les entendant ou en les voyant. Il se conduisait avec sincérité et mettait en honneur la piété filiale; les gens instruits de tout le royaume le louaient. Son maître lui dit: « Votre sagesse est complète et vos connaissances sont suffisantes ; pourquoi ne prenez-vous pas la résolution de voyager pour que l’enseignement et la conversion aient un premier commencement ? » Il répondit: « Je suis dans une condition fort pauvre et je suis dénué de toute richesse ; comme je n’ai pas le moyen de payer de retour vos bontés, je n’osais pas me retirer. (Cependant,) ma mère est devenue plus gravement malade et je ne puis la traiter par la médecine; j'irai mendier et je me mettrai aux gages de quelqu'un afin de subvenir aux frais des remèdes. » Son maitre l’ayant fort approuvé, il se prosterna devant lui, puis se retira.

En parcourant tous les royaumes voisins, il aperçut

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