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cinq cents brahmanes qui, réunis dans une salle de conférence, y avaient disposé un siège élevé, ainsi qu’une belle femme et cinq cents pièces d’argent; (ils avaient convenu entre eux que) celui qui monterait s'asseoir sur le siège élevé, tous les gens instruits s’uniraient pour lui poser des questions embarrassantes ; s’il manifestait des vues étendues et une sagesse profonde, la femme et l’argent lui seraient donnés en présent. Le Bodhisattva s’approcha pour regarder et il s’aperçut que leur science était peu solide et que, dès qu’on leur posait des objections, leur dialectique était à bout ; il dit donc à tous ces gens instruits : « Moi aussi je suis fils de brahmane. Puis-je prendre part à la discussion ? » Tous l'y ayant autorisé, il monta donc sur le siège élevé ; les objections que lui posèrent ces gensinstruits étaient superficielles et ses réponses furent d’une profonde sagesse ; les questions étaient mesquines et les explications furent d’une grande justesse. Ces gens instruits dirent : « C’est là un homme dont la sagesse est haute et dont l'intelligence est pénétrante ; il est digne d’être considéré comme un maître. » Tous donc descendirent et se prosternèrent la face contre terre; mais, quand le Bodhisattva se fut retiré, ils se dirent: « Quoique cet homme soit un savant éminent, il n’est cependant qu'un étranger ; il ne faut pas lui livrer une fille de notre pays; qu’on lui fasse présent d'une plus grande quantité d'argent. » (Quand ils lui firent cette proposition), le Bodhisattva leur répondit: « Celui dont la sagesse est haute, sa vertu est profonde ; je désire la doctrine du non-désir ; c’est là le seul désir qui ait de la valeur. Quand par la sagesse on transmet l'intelligence et que par la vertu on donne la sainteté, l'intelligence et la sainteté se propagent d'homme à homme, la conversion qui accompagne chaque personne comme son ombre ne cesse jamais; n'est-ce pas là ce qu'on peut appeler une excellente posté: rité ? Vous, cependant, vous voulez obstruerla source de la
sagesse et couper la tige de la vertu; n'est-ce pas là ce qu'on peut appeler la suppression de la progéniture ? (4) » Quand il eut fini de parler, il se retira ; les brahmanes rougirent de honte et furent couverts de confusion.
La femme dit: « Cet homme supérieur est mon seigneur. » Elle retroussa ses vêtements et se mit à marcher sur ses traces ; elle parcourut divers royaumes ; ses forces s’épuisèrent, ses pieds s’ulcérèrent et elle s'arrêta exténuée sur le bord du chemin ; elle était alors arrivée dans le royaume de Po-mo (Dipavati) ; le roi de ce pays se nommait Z'che-cheng; comme il parcourait son royaume pour inspecter le territoire, il aperçut cette femme qui était à bout de forces ; il lui demanda qui elle était et ce qu’elle faisait au bord du chemin. La femme lui raconta tout ce qui lui était arrivé. Le roi loua sa résolution et eut fort pitié d'elle: il lui donna cet ordre: « Revenez avec moi dans mon palais; je vous traiterai comme ma fille. » La femme répondit: « Pourrais-je manger, sans la mériter, la nourriture qui me serait donnée par un homme appartenant à une autre famille que la mienne ? Je désire que vous me chargiez de quelque travail et alors je vous suivrai, à grand roi. » Le roi lui dit: « Vous cueillerez de belles fleurs qui serviront aux décorations que je fais faire. » La femme y consentit avec empressement, et revint avec le roi dans le palais ; chaque jour elle cueillait de belles fleurs pour subvenir aux besoins du roi.
Jou-long, étant revenu dans son pays, vit sur la route des gens qui se donnaient beaucoup de peine pour égaliser le sol et pour balayer la poussière. Il demanda à un passant: « YŸ a-t-il quelque réjouissance publique pour que le peuple soit si joyeux? » On lui répondit: «€ Ting-kouang (Dipamkara), le Tathâgata, l'arhat, le
{1} En d’autres termes, le jeune homme déclare qu’il veut avoir des enfants pour transmettre sa doctrine.
samyaksambuddha, guide des devas et des hommes, va venir prêcher et convertir; c’est pourquoi tout lemonde est heureux ». Jou-Pong S'en réjouit dans son cœur ; il resta immobile et entra en extase; comme ses sentiments étaient purs et exempts de souillures il aperçut le Buddha qui allait venir. Sur la route, il rencontra la femme dont il a été question plus haut; cette femme avait cueilli des fleurs et tenait une cruche (ghata) sous son bras; Jou- Fong, lui demanda de ces fleurs et en obtint cinq.
Le roi, la reine et les gens du peuple étaient tous en personne occupés à arranger la route. Le Bodhisattva demanda qu'on lui donnât un petit morceau de terrain pour qu'il püt l’arranger lui-même. Les gens du peuple lui dirent : « Il reste encore un petit torrent dont le cours est rapide : aussi la terre et les pierres (qu’on y met pour l'endiguer) ne peuvent-elles rester ». Le Bodhisattva dit : « Ne serait-il pas bien que, par la force du dhyâna, je fisse tomber cette petite étoile (qui est là-haut) pour obstruer (la fissure) ? » Mais il réfléchit que, lorsqu'on fait une offrande, elle n’a de valeur que si elle est faite au prix d’un effort personnel des quatres éléments constituant le corps ; il renonça donc à se servir d'une étoile et transporta des pierres dont il combla la brèche à grand-peine et qu'il fit tenir par la force du dhyâna; il restait encore une petite rigole submergée, lorsque le Buddha arriva ; (le Bodhisattva) enleva la peau de cerf qui couvrait son corps et l’'étendit sur l'endroit humide, puis il répandit ses cinq fleurs au-dessus du Buddha; les fleurs restèrent rangées dans l’espace comme si une main les y avait plantées et comme si elles eussent eu une racine dans le sol. Le Buddha lui dit: « Dans quatre-vingt-onze kalpas, vous serez un Buddha; votre nom sera Veng-jen Jou-lai (Câkya Tathâgata), l’arhat, le samyaksambuddha, guide des devas et des hommes. En ce temps, le monde sera bouleversé ; les pères et les fils seront ennemis; le
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gouvernement royal opprimera le peuple comme s’il pleuvait une multitude de lames tranchantes ; quelques efforts que fasse le peuple pour échapper au malheur, il lui sera difficile de l’éviter ; vous serez alors celui qui secourra tous les êtres vivants et ceux qui obtiendront ainsi d’être sauvés seront en nombre incalculable. » Jou-long en conçut de la joie et bondit dans les airs ; il s’éleva à une hauteur de sept fois huit pieds, puis, redescendant de l'espace, il étendit sa chevelure par terre et invita le Buddha à marcher dessus. Quand l’Honoré du monde eut passé dessus, il dit aux bhiksus : « Ne foulez plus aux pieds cet endroit ; la raison en est que l’emplacement où on a recu une prédiction est digne de tout respect; si quelque homme sage y élève un temple, il participera aux mêmes avantages que celui qui a reçu la prédiction. » Les devass'écrièrent tous d’une voix unanime : «Nous établirons ce temple ». En ce moment, un enfant nommé ien-k'ien qui était le fils d’un maître de maison, planta dans cet endroit un petit morceau de bois et s’écria: « Mon temple est construit! » Les devas, observant cela, se dirent les uns aux autres: « Bien qu’étant un enfant ordinaire, il a eu une sagesse digne d’un saint de premier rang ! » Puis ils transportèrent des matières précieuses de toutes sortes et édifièrent un temple au-dessus de (ce lieu). Se prosternant la tête contre terre, ils déclarèrent: « Nousdésirons obtenir que le Buddha nous enseigne et nous convertisse présentement; celui qui a édifié maintenant ce temple, quel bonheur sera sa récompense ? » L'Honoré du monde dit (au jeune enfant) : « À l’époque où Jou-long deviendra Buddha, vous recevrez la révélation de votre destinée ».
Le Buddha dit à Câriputra: « Jou-l'ong, c'était moimême ; la femme qui lui vendit des fleurs, c'est mainte-
nant X'ieou-yi (Gopà); le fils du maître de maison, c’est
maintenant ce Fei-lo-yu qui est parmi les assistants. » Fei-
lo-yu aussitôt se prosterna en posant sa tête sur les pieds du Buddha, et le Buddha lui donna la révélation de sa destinée en lui disant qu'il deviendrait un Buddha nommé ÂXouai-kien (vue prompte).
Quand le Buddha eut fini de prononcer le texte saint, les disciples des quatre catégories, ainsi que les devas, les nâgas, les démons et les génies, tous sans exception se réjouirent et, après s'être prosternés, seretirèrent.
Telle est la manière dont la pâramità de sagesse universelle du Bodhisattva pratique l'exercice de l'intelligence.
(Trip. V1, 9, D287v2881)
Sûtra du roi Makhädeva.
Voici ce que j'ai entendu raconter : Un jour, T'chong-yeou (Bhagavat) était assis sous un arbre dans le royaume de Wou-yi; l'éclat que répandait la beauté de son visage l’emportait sur l’or rouge ; joyeux, il se prit à rire et sa bouche émit un éclat de cinq couleurs ; ceux qui alors en furent témoins sautèrent tous de contentementets’écrièrent tous ensemble : « En vérité, il est ce qu'on appelle un deva parmi les devas! » Ânanda, ayant ses vétements régulièrement arrangés, se prosterna la tête contre terre et dit: «Si Tchong-yeou(Bhagavat) a ri, c'est certainement parce qu'il désire sauver de l'obscurité la foule des êtres vivants. » Tchong-yeou (Bhagavat) répondit : « Fort bien ; il en est comme vous l'avez dit; je n’ai pas ri sans cause et je vais mettre en lumière la Loi. Voulez-vous savoir la raison pour laquelle j'ai ri ? » Ânande répondit : « Nous
avons faim et soif des saintes règles et, en vérité (2), nous ne saurions nous en rassasier. »
Tchong-yeou (Bhagavat) dit : «Il y avait autrefois un saint
roi dont le nom était Mo-f'iao (Makhâdeva) ; c'était un sou-
verain volant (éakravartin)etilgouvernait les quatre parties du monde ; ses sentiments étaient corrects et sa conduite
équitable ; le peuple n'avait aucune haine secrète; com-.
patissant et se plaisant à protéger, ilavait des dispositions d'esprit semblables à celles de Gakra souverain (des devas). En ce temps, la durée de la vie humaine était de quatrevingt mille années.
Ce souverain possédait sept joyaux, (à savoir) : une roue tournante en or rouge; un éléphant blanc volant; un cheval surnaturel de couleur brune ; une perle surnaturelle claire comme la lune ; une sainte épouse belle -comme une femme de jade; un sage ministre préposé aux trésors ; un sage ministre gouvernant les soldats.
Ce souverain avait mille fils qui étaient beaux et bons, qui comprenaient le passé et prévoyaient l'avenir ; tous les hommes doués d'intelligence les admiraient avec respect. »
Quand ce souverain désirait parcourir et inspecter (le monde) à l’est ou à l’ouest, au sud ou au nord, à peine en avait-il conçu la pensée dans son esprit que la roue d'or se présentait devant lui et allait partout où il voulait. Tous les sept joyaux étaient de même (à ses ordres) et guidaient en volant le saint roi. Les devas, les nâgas et les bons génies le protégeaient tous sans exception, répandaient toutes sortes de fleurs précieuses (sur son passage) et lui annoncaient une vie sans limites.
Le souverain ordonna à son chambellan préposé à ses bonnets et à ses peignes : « Quand vous verrez que, parmi mes cheveux,ils’en produit des blancs, avertissez-m en. En
(1) Au lieu de ik , lisez Et.
effet, la couleur blanche des cheveux est un indice de décré-
* pitude et de mort; je désire, alors, renoncer aux tâches
que m'impose la vie dans le courant du monde souillé, et me livrer à la pratique de la pureté et de la tranquillité. » Son chambellan se conforma à cet ordre, et lorsque, plus tard, il vit que des cheveux devenaient blancs, il en informa aussitôt le souverain ; celui-ci, se réjouissant dans son cœur, appela le prince héritier et lui dit: « Ma tête devient blanche ; le blanc est une preuve de limpermanence ; je ne dois plus disperser mes pensées dans le monde qui n’est point profitable. Je vous nomme maintenant souverain pour que vous gouverniez les quatre parties du monde. Les officiers et le peuple feront dépendre de vous leur destinée; vous,ayez compassion d'eux. Si vous prenez pour règle de vous conformer à ma propre conduite, vous pourrez éviter (plus tard de tomber dans) les voies mauvaises. Quand vos cheveux deviendront blancs, abandonnez votre royaume et faites-vous cramana. Dans les enseignements que vous donnerez à votre fils en le mettant sur le trône, placez en première ligne les quatre sortes (de bienfaisance), les cinq défenses et les dix actions excellentes. »
Dès qu'il eut terminé ces sages enseignements, le souverain abandonna le territoire de son royaume et, à l'endroit de sa hutte, sous un arbre, il fit tomber sa chevelure, revêtit les habits religieux et devint çramana. Tous ses officiers et les gens de son peuple tombaient à terre ou bondissaient de regret et d'admiration; avec des lamentations désolées leur émotion se formait.
Les descendants du roi de la Loi Mo-liao (Makoàdeva) se succédèrent pendant mille quatre-vingt-quatre 4, générations. À [a fin, quand la Loi correcte du saint souverain fut près de s’altérer, le saint roi A/0-liao (Makhi-
(LLCEND.0166, (11:
deva) abandonna de nouveau son séjour en haut parmi les devas et son âme descendit (sur la terre) pour naître en qualité de fils du roi de la dernière génération.
Encore une fois, il devint souverain volant, son nom fut Nan (Nami) (1). La loi correcte fut de nouveau en honneur ; il ordonna clairement à la reine et aux nobles concubines de son harem d'observer les six jours mensuels d’abstinence avec les huit défenses qui sont : 1° soyez affectueux et compatissant envers tous les êtres, aimez-les et maintenez-les en vie ; 2° ayez soin de ne pas voler les riches pour secourir les pauvres ; 3° maintenez-vous chaste et pur et préservez votre véritable essence ; 4’gardez la foi et discourez sur la religion bouddhique ; 5° soyez d’une absolue piété filiale et ne laissez pas le vin traverser votre bouche; 6° ne vous couchez pas sur un lit élevé avec des rideaux brodés ; 7° de trois à cinq heures, une fois l’obscurité venue, ne laissez aucune nourriture traverser votre bouche : 8° ayez soin que ni les parfums, ni les fleurs, ni les onguents n’approchent de votre corps ; que des chants débauchés et des musiques perverses ne souillent pas votre conduite. Ce que la pensée ne concoit point, la bouche ne le prononce pas et le corps ne l’accomplit pas. (Le roi Van) ordonna à ses sages ministres de guider dans leur conduite les hommes éminents de facon à ce que (cette direction) atteignit jusqu'au commun peuple. Tous, tant ceux de condition élevée que ceux de condition humble, recurent l’ordre d'observer les six jours d'abstinence et de lire habituellement les huit défenses dont ils porteraient sur eux-mêmes (un exemplaire écrit) pour le réciter trois fois par jour. Ils se montrèrent pieux et obéissants envers leurs pères et leurs mères respectifs ; ils honorèrent et servirent les vieillards; quand ils eurent consacré tout leur cœur à la vénération, le roi les invita à aller recevoir
1) En pâli, ce nom devient Nimi.
Es Se 2
l’enseignement des livres saints. Les célibataires, les veuves, les enfants, les gens faibles, les mendiants, il leur donna ce qu’ils demandaient. Les malades, il les secourut par des médecins et des remèdes, par des vêtements et de la nourriture. Ceux qui étaient misérables et dénués de tout, il les engagea à se rendre à la porte du palais pour réclamer ce qui leur manquait. Ceux qui ne se soumirent pas et ne se convertirent pas, il les accabla de corvées et de travaux; quand 1l y avait une famille de cette sorte il la plaçait au milieu de cinq familles de gens sages, en sorte que les cinq familles convertissaient cette unique famille ; ceux qui se soumirent les premiers, il les récompensa. Ses principaux ministres, il les choisit à cause de leur sagesse et non à cause de leur noble
‘extraction.
À partir du moment où les lois clairvoyantes du roi furent mises en vigueur, les habitants des quatre parties du monde se conduisirent, les uns à l'égard des autres, avec affection et concorde et tout désir de meurtre fut anéanti. En conséquence, on obtint une sécurité perpétuelle, et, pendant la nuit, on ne fermait plus les portes. Les hommes se conduisaient avec chasteté et pureté et ne désiraient aucune autre femme que la leur ; ils ne disaient pas que un
füt deux ; au dehors, ils enseignaient la bonté et la compas-
sion ; ils apercevaient la vérité de l’impermanence et leurs paroles n'étaient pas artificieuses. Quand ils assistaient à la joie et au profit d’un autre, leur cœur s’en réjouissait et
Teurs paroles étaient encourageantes. La grande doctrine
exerçait une action transformatrice ; les venins mauvais (de l’hérésie) étaient détruits et anéantis. On croyait au Buddha ; on croyait à la Loi; on croyait aux çramanas ; quand (le roi) avait parlé, on ne concevait plus aucun doute.
La bienveillance du roi Van faisait pénétrer partout ses bienfaits. Dans les huit directions, en haut et en bas, il
n’était personne qui ne louât sa vertu. Le souverain du second ciel(1) ainsi que les quatre devarâjas, le soleil, la lune, les planètes, les constellations, les nâgas de la mer et les divinités de la terre déclaraient unanimement que, dans le monde, le roi des hommes avait les bienfaisances des quatre sortes et que, par la portée de ses actes bons, il dépassaittousles devas. Cakra, souverain des devas, demanda aux devas: « Vous plairait-il de voir le roi Nan?» Ils répondirent : «C’est notre désir depuis de nombreuses années. Qu'il en soit vraiment comme vous le proposez! » Aussitôt le souverain Çakra, dans l'instant qu'il faut pour étendre le bras, arriva au-dessus de la ville, où le roi Van témoignait sa bienveillance. Il se présenta au roi Nan et lui dit: « O saint roi, votre parfaite vertu est telle, que les devas en ont faim et soif ; leur désir est de vous voir et il n’est pas de jour où ils n’en expriment le souhait. O saint roi, désirez-vous voir les dieux Trayastrimças ? Làhaut, tous vos désirs obtiendront spontanément leur satisfaction. » Le roi Van répondit : « Fort bien; je songeais précisément à m'aller promener pour mon plaisir.» Le souverain Gakra retourna chez lui et appela son cocher nommé Mo-leou (Marut) auquel il donna cet ordre : « Avec le char précieux à mille chevaux qui me sert habituellement, allez chercher le roi Nan et amenez-le. » Le cocher s’acquitta de cet ordre et vint chercher, avec son équipage céleste, le roi Van. Le char arriva et s’arrêta au pied de la porte du palais. Tous les ministres et la foule du peuple furent stupéfaits, s’écriant que jamais il n’y avait eu une marque de faveur surnaturelle telle que celle qui était accordée à ce saint roi ; (la nouvelle du prodige) fut annoncée de bouche en bouche, et en tous lieux on se réjouit (en disant): « Notre roi a une bienveillance universelle qui atteint la foule des êtres; les six abstinences men-
(CC Pp0267 ne
SL Ltée De
suelles et les huit défenses, illes pratique. En outre, c'est dans l’enseignement du peuple que sa vertu a été considérable. Cela a fait que le souverain des devas l’honore,
l'aime et vient le chercher. »
Le roi Van monta en char ; le char et les chevaux s’envolèrent ensemble, mais ils allaient lentement et en faisant des allées et venues pour que le peuple püt les voir. Le roi dit au cocher : « Menez-moi d’abord voir les enfers des deux voies réservées aux hommes méchants, à savoir
- les démons affamés et les endroits où les méchants sont
brûlés, bouillis ou battus de verges en expiation de leurs fautes dans leurs vies antérieures. Le cocher, ayant fini d’obéir à cet ordre, mena alors (le roi Van) en haut, dans les cieux. Le souverain Cakra, tout joyeux, descendit de son litet sortit à sa rencontre en disant: « Vous vous êtes appliqué à bien gouverner et vous vous êtes occupé de sauver tous les êtres vivants; par les bienfaisances des quatre sortes et les six pâramitâs, vous avez tenu la noble conduite d’un Bodhisattva ; (c'est pourquoi) les devas ont désiré vous voir. » (Cakra, souverain (des devas), s'avança lui-même, lui prit le bras et le fit asseoir avec lui. Le visage et le corps du roi Van devinrent plus parfumés et plus purs ; par l'éclat et la beauté desa figure, il fut tout semblable à Cakra. On fit alors une musique merveilleuse dont les accords étaient sans fin ; on répandait des fleurs précieuses comme il ne s’en est jamais vu dans ce monde. Cakra, souverain (des devas), répéta plusieurs fois cet avertissement (au roi Van): « Ayez soin de ne pas vous attacher à votre séjour dans le monde des hommes ; toutes les félicités des devas, Ô saint roi, sont en votre possession. » L'intention du roi Van était d’instruire el de convertir ceux qui étaient dans les ténébres de l'ignorance, de détruire en eux toutes les pensées perverses et de faire qu'ils connussent les trois Vénérables ; il répondit donc à Gakra, souverain (des devas) : « De
même que, quand on a fait un emprunt, le terme venu, on doit le restituer au propriétaire, ainsi maintenant le siège de deva n’est pas pour moi une résidence permanente ; j'ai hâte de retourner dans le monde des hommes pour y enseigner à mes descendants à rectifier leur cœur et à gouverner leur pays par la claire Loi du Buddha; je ferai qu'avec piété filiale et obéissance les fils succèdent à leurs pères, que les défenses soient au complet et que les actes soient élevés ; quand ils auront quitté ce corps humain, ils naîtront en haut parmi les devas et se livreront à la joie avec Çakra.
Le Buddha dit à Ânanda: «Le roi Van, c'était moi-même; pendant mille quatre-vingt-quatre générations, ses descendants se sont succédé, le fils montant sur le trône et le père allant se faire çramana. » Ânanda, tout joyeux, se prosterna et dit : « Puisque telle a été la manière dont Tchong-yeou (Bhagavat) eut compassion de la multitude des êtres et leur fit du bien, ses mérites sont impérissables ; maintenant, en effet, il a obtenu la dignité de Buddha et il est l'être Le plus vénérable qui soit dans les trois mondes. Les devas et les saints rsis l’honorent tous. » Les bhiksus, tout joyeux, adorèrent puis se retirèrent.
(Trip., VI, 5, p. 88, re-89 r°.)
Sätra de A-li-nien-mi.
Voici ce que j'ai entendu raconter: Un jour, le Buddha se trouvait à Crâvasti, dans le village de Yeou-li; or, tous les bhiksus, après avoir pris le repas du milieu du
(1; Le récit qu'on va lire n’est pas un jàtaka.
jour, s'étaient assis dans la salle d’explications et ils tenaient entre eux des discussions particulières sur le sujet suivant : La vie de l’homme est extrêmement brève ; la tranquillité de son corps est instable; il lui faut aller dans des existences ultérieures ; parmi tous les devas, les hommes et la foule des êtres, il n’en est aucun qui, étant né, ne doive mourir. Cependant, les hommes stupides sont avares etne font pas de libéralités ; ils n’acceptent pas la doctrine des livres saints ; ils prétendent que les bonnes actions n’attirent point le bonheur et que les méchantes actions ne sont point suivies de graves peines ; se laissant aller à tous leurs désirs et à toutes leurs fantaisies, il n’est aucun mal auquel ils n'arrivent; ils s'éloignent de la religion bouddhique et les remords qu’ils en auront plus tard seront inutiles.
Le Buddha, grâce à son ouïe céleste, entendit de loin les discussions des bhiksus sur l’impermanence et sur (la sagesse) sans supérieure. L'Honoré du monde se leva donc et arriva à l'endroit où se tenaient les bhiksus; il se rendit sur son siège, s’y assit et leur dit : « Sur quoi discutez-vous en ce moment ? » Ils lui répondirent à genoux : « Après notre dernier repas, nous avons discuté sur ceci : L'homme a une vie fugitive et peu durable ; il lui faut aller dans des existences ultérieures. » Leur réponse fut tout ce que nous avons dit plus haut. Le Buddha s’écria : « Fort bien! Fort bien! Cela est fort réjouissant. Il a fallu que vous quittiez le monde pour étudier la sagesse ; votre volonté a dû devenir pure; ce ne sont donc que d’excellents sujets sur lesquels vous pouvez méditer ; à bhiksus, quoi que vous fassiez, il vous faut songer à deux choses : en premier lieu, il vous faut expliquer les livres saints ; en second lieu, il vous faut vous livrer à la contemplation. Désirez-vous entendre un livre saint ?» Tous dirent que oui, qu'ils souhaitaient l’entendre et qu'ils s'en réjouissaient. L’'Honoré du monde parla donc ainsi :
Autrefois, il y avait un roi nommé ÆÂiu-lie; dans son royaume était un arbre qui était appelé l'arbre sieou-pohouan; cet arbre avait une circonférence de cinq cent soixante li; en bas, ses racines couvraient un espace de huit cent quarante li ; il était haut de quatre mille Li; ses branches s’étendaient à deux mille /{ dans toutes les directions. Cet arbre avait cinq côtés: sur le premier côté, c'était le roi et ses femmes qui se nourrissaient (de ses fruits) ; sur le second côté, c'étaient tous les fonctionnaires quisen nourrissaient; sur le troisième côté, c'était la foule du peuple qui s’en nourrissait; sur le quatrième côté, c'élaient les religieux cramanas qui s'en nourrissaient; sur le cinquième côté, c'étaient les oiseaux et les quadrupèdes qui s’en nourrissaient. Les fruits de cet arbre étaient gros comme une jarre d'une contenance de deux
boisseaux ; leur goût était doux comme le miel; il ny avait personne pour les garder et cependant nul ne les volait. En ce temps, les hommes vivaient tous quatre-vingtquatre mille années ; ils n'avaient que neuf sortes de souffrances, à savoir: le froid, le chaud, la faim, la soif, le besoin urgent d'aller à la selle et celui d’uriner, les besoins sexuels, les indigestions et l’affaiblissement corporel résultant de la vieillesse ; tels étaient les neuf souffrances qu'ils éprouvaient. Les femmes se mariaient à l’âge de cinq cents ans.
En ce temps, il y avait un maitre de maison nommé A-/inien-mi qui possédait des richesses incalculables. (A-/i) nien-mi fit cette réflexion : « La vie est fort courte ; il n’est point d’être vivant qui ne meure; les richesses ne sont pas une possession inhérente à la personne et souvent elles causent sa perte ; mieux vaut en faire des libéralités pour secourir les indigents. Quelque joie qu'on éprouve dans la gloire de ce monde, on ne peut la conserver longtemps ; le mieux est de renoncer à sa famille et d’abandonner la souillure, d'observer la pureté et de revêtir le
kasäya pour devenir çramana.» Il se rendit donc dans une assemblée de sages pour y recevoir les défenses des cramanas ; les gens du commun qui virent (A-/1) nienmi se faire çramana furent au nombre de plus de mille hommes ; en apprenant sa sainte conversion, tous s’apercurent de l’impermanence: ce qui est prospère tombe aussitôt en décadence ; rien n’existe qui ne périsse ; seule la Loi mérite d’être honorée. Tous devinrent çramanas et suivirent ses enseignements. (A-li-) nien-mi expliquait les textes saints à ses disciples en leur disant:
« La vie humaine est fort brève ; comme une lueur, elle est impermanente. Il faut renoncer à la vie présente pour ne s'occuper que des vies futures. Il n’estaucun être vivant qui ne meure ; comment pourrait-on être éternel? Ainsi donc, il faut supprimer les sentiments d’avarice et de convoitise et faire des largesses aux indigents, réprimer les passions, dominer les désirs et ne pas commettre les diverses fautes. Quand l’homme est dans le monde, sa vie s'écoule avec une extrême rapidité: la vie humaine est comparable à la rosée qui se dépose sur les herbes au matin et qui tombe en un instant; telle étant la vie humaine, comment pourrait-elle durer longtemps ? La vie bumaine est comparable aux gouttes de pluie qui tombent dans l’eau ; des bulles s'élèvent et crèvent aussitôt; plus vite encore que ces bulles passe la vie. La vie humaine est comparable à la lueur de l'éclair qui s'éteint en un instant ; plus promptement encore que l'éclair passe la vie. La vie humaine est comparable à l’acte de fendre l’eau avec un bâton ; dès que Le bâton est parti, l’eau se referme: plus vite encore que cela passe la vie. La vie humaine est comparable à un peu de graisse qu’on passe dans une friture faite sur un feu ardent; en un instant elle est entièrement grillée ; plus vite encore que ce peu de graisse disparait la vie. La vie humaine est comparable au fil qui traverse le métier à tisser ; petit à petit, il en arrive à diminuer et à
se terminer ; c'est ainsi que jour et nuit diminue la vie; nombreuses y sont les souffrances et lourdes les peines ; comment pourrait-elle durer longtemps ? La vie humaine est comparable à un bœuf qu’on traîne à la boucherie : à chaque pas que fait le bœuf, il se rapproche du lieu de sà mort; chaque jour est pour l’homme ce qu’un pas est pour le bœuf; plus courte encore que cela est la durée de la vie. La vie humaine est comparable à un torrent qui descend de la montagne et qui jour et nuit se porte en avant avec impétuosité sans jamais s'arrêter ; plus vite encore que cela s’enfuit la vie humaine ; jour et nuit, elle va vers la mort et s’en rapproche sans cesse. Quand l'homme est dans ce monde, ilendure de grandes peines et a beaucoup de soucis. La vie humaine étant chose insaisissable, c’est pour cette raison qu'il faut se conformer à la vraie doctrine, observer les défenses prescrites et n’y porter aucune atteinte, faire des libéralités aux pauvres. Des hommes qui naissent dans ce monde il n’y en a aucun quine doive mourir. » Tels étaient les enseignements qu’(A-li) nienmi donnait à ses disciples.
Il leur disait encore : « J’ai renoncé à la convoitise, à la luxure,àlacolère,auxsentiments insensés, aux chants et aux danses,aux réjouissances musicales, au sommeil, aux pensées perverses; j'ai recherché des sentiments purs. J'ai éloigné de moi les passionsde l'amour etj'airetranchélesdivers actes mauvais : à l’intérieur, j'ai purifié mon cœur de toute souillure et j'ai éteintles pensées profanes; je ne me suis plus réjoui du bien qui m'arrivait, ni affligé du mal qui survenait ; je n'ai plus fait de distinction entre la peine et la joie; la pureté a été ce que je pratiquais. Tout mon cœur étant inébranlable, je suis parvenu au quatrième degré de contemplation. J'enseigne aux hommes et aux êtres la compassion ; je leur fais connaître la bonne doctrine pour qu'ils montent naître en haut parmi les devas; je suis ému de pitié et de compassion, car je crains qu'ils
né
mette mn nd
ne tombent dans le mal. J'ai vu la quatrième contemplation et la fixité du vide universel et il n’est rien que je n’aie clairement pénétré ; mon cœur s’en est réjoui; ce que j'ai vu, je l'enseigne à tous les êtres, pour qu'ils apercoivent la Loi profonde et qu’ils contemplent avec fixité
les occupations prescrites par le Buddha. Si quelqu'un y
parvient, j'ai de mon côté la joie de l’y avoir aidé. Je nourris et je protège tous les êtres avec le même soin que je mettrais à protéger ma propre personne. En se livrant à ces quatre occupations, mon cœur est droit et équitable. Ce que mes yeux voient, ce ne sont plus que des formes de beauté grossière ; ce que mes oreilles entendent, ce sont des lamentations et des injures ; les parfums sont pour moi mal odorants, les saveurs excellentes sont âcres, les touchers moelleux sont rudes et déplaisants. Une satisfaction désirable est pour moi un chagrin contraire à mes sentiments. Ce qui est agréable, je ne m'en réjouis pas; ce qui est désagréable, je ne m'enirrite pas. C’est en pratiquant ces six sortes d'actes que je suis parvenu à la sagesse correcte, vraie et sans supérieure. Vous autres, il vous faut aussi pratiquer ces six sortes d’actes pour obtenir la sagesse qui est conforme au vrai. »
(A-li) nien-mi était le maître le plus vénérable entre tous les saints qui sont dans les trois mondes ; son intelligence était merveilleusement pénétrante ; rien n’était si obscur qui ne füt clair pour lui. Quant à ses disciples, quoiqu'ils n’eussent point encore obtenu la sagesse qui est conforme au vrai, tous, quand leur vie prit fin, naquirent en haut parmi les devas ; ceux qui avaient eu un cœur paisible, une volonté résolue et qui avaient mis en honneur la fixité de la contemplation, naquirent tous dans la condition de devas de Brahma; ceux qui venaient après eux naquirent dans la condition de devas vaçavartins ; ceux qui venaient après ceux-ci naquirent dans la condition de
devas nirmânaratis; ceux qui venaient après ceux-ci naqui-
rent dans la condition de devas tusitas ; ceux qui venaient après ceux-ci naquirent dans la condition de devas yâmas ; ceux qui venaient après ceux-ci naquirent dans la condition de devas trayastrimças ; ceux qui venaient après naquirent dans le premier devaloka ; ceux qui venaient après naquirent en ce monde dans des familles de princes ou de seigneurs; plus élevée avait été leur conduite, plus élevée fut leur situation ; ceux qui avaient agi de la manière la plus basse recurent les situations les plus basses. Leur pauvreté ou leur richesse, leur supériorité ou leur infériorité, la longueur ou la brièveté de leur vie furent entièrement déterminées par leurs existences antérieures. Comme ils avaient observé les prescriptions de (A-4i) nien-mi, aucun d’eux n'eut à endurer de grandes souffrances.
(Le Buddha dit): « (A-li) nien-mi, c'était moi-même. Les divers Çramanas qui travaillèrent avec effort à progresser dans l'excellence parvinrent à s'affranchir des maux de la naissance, de la vieillesse, de la maladie, de la mort et du chagrin : ils obtinrent la grande sagesse du nirvâna conforme au vrai; ceux qui ne purent pas pratiquer entièrement cette conduite, obtinrent la dignité d'anägâmin, ou celle de sakrdâgamin ou celle de strotâpanna (1).
« Celui qui est clairvoyant songe profondément que la vie humaine est impermanente et qu’elle n’est qu'une lueur fugitive. C'est à peine si elle dure cent ans; les uns atteionent d cet ane, les autres non. Ces cent années se subdivisent en trois cents saisons ; chacun des mois du printemps, de lété et de l'hiver se répète derechef cent fois et 1l y a donc douze cents mois; le printemps, l'été et l'hiver comptent chacun quatre cents mois. Cela fait trentesix mille jours, le printemps comptant douze mille jours, la chaleur de l'été et Le froid de l'hiver comptant aussi
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respectivement douze mille jours. Pendant les cent
années, on mange deux fois par jour, ce qui fait un total de soixante-douze mille repas, soit vingt-quatre mille repas pour les jours respectifs du printemps, de l'été et
de l'hiver ; il faut en défalquer l’époque où, encore en bas
âge, on a été allaité et on ne prenait point encore de repas, et les occasions accidentelles où on n'a pas pris de repas, pour cause soit de maladie, soit de colère, soit de contemplation, soit de jeûne, soit de misère et diseite d'aliments, car tous (ces repas non effectivement pris) ont été compris dans le total de soizante-douze mille repas. Dans les cent années, le sommeil de chaque nuit nous fait retrancher cinquante années ; pour l’époque de l’enfance, nous retrancherons dix années ; pour les moments de maladie, dix années; pour les préoccupations familiales et autres affaires, nous retrancherons vingt années ; ainsi, sur les cent années de la vie humaine, c'est à peine si nous en trouvons dix de joie. »
Le Buddha dit aux bhiksus : « Je vous ai exposé ce qu'était la vie humaine et quelle était sa durée par années, par mois, par jours et par nombre de repas. Ce que j'avais à vous expliquer, à bhiksus, je vous l’ai entièrement expliqué; ce que je voulais faire, je l'ai entièrement accompli. À votre tour, 6 bhiksus, ce que vous avez Île désir de faire, il faut le réaliser. Il vous faut, dans les solitudes des montagnes vous conduire comme si vous étiez dans le temple ancestral, expliquer les livres saints et songer à la sagesse sans jamais vous lasser. Ceux dont le cœur s’abandonne au plaisir ne manquent jamais par la suite de s’en repentir. » Quand le Buddha eut prononcé ce livre saint, les bhiksus furent tous joyeux; ils adorèrent le Buddha, puis se retirèrent.
(Trip., VI, 5, p. 89 r°-v..)
Sûtra du roi « Face de miroir » (Âdarçamukha)
Voici ce que j'ai entendu raconter: Un jour le Buddha se trouvait dans le royaume de Chü-wei (Crâvasti), dans le bois de Jeta, dans le jardin d'Anâthapindada. A l'heure du repas, les bhiksus prirent les bols à offrandes et se rendirent dans la ville pour demander de la nourriture. Cependant, comme il n'était pas encore midi, ils se dirent : « Il est encore trop tôt pour entrer dans la ville ; le mieux est d’aller nous asseoir un moment dans la salle de conférences des brahmanes hérétiques.» Tous ayant approuvé ce projet, ils se rendirent donc là. Après avoir échangé des compliments de bienvenue avecles brahmanes, ils prirent des sièges et s'assirent. En ce moment, les brahmanes discutaient entre eux sur leurs livres saints et il s'était formé une contestation qu'ils ne parvenaient pas à résoudre; ils en étaient venus à se blâmer et à se haïr les uns les autres, disant: « Ce que nous savons est la loi; ce que vous savez, comment serait-ce la loi ? Ce que nous savons est d'accord avec la doctrine ; comment ce que vous savez serait-il d'accord avec la doctrine ? Notre doctrine doit-être mise en pratique; votre doctrine il serait difficile de s'y attacher. Ce qu’il faut dire avant, vous le dites après : ce qu'il faut dire après,
(1) Ce récit esl tiré du Yitsou king Æ JE # (Trip, XIV, 5, p. 59r°-vo: sur cet ouvrage, voyez Nanjio, Catalogue, n° 674, qui fut traduit en chinois au troisième siècle de notre ère. — Cf. JULIEN, les Avadânas, t. I, p. 47-50.
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vous le dites avant. Pour beaucoup de lois, ce que vous dites est faux. Comme un fardeau trop lourd qu'on ne peut soulever, ainsi les sens que vous prétendez discuter vous ne pouvez les expliquer. Votre science est vaine et vous n'avez pas la moindre connaissance. Si on vous presse de questions, qu'aurez-vous à répondre ?» (C’est ainsi qu’ils se portaient des coups les uns aux autres avec l’arme de la langue, et, pour une blessure recue, ils en rendaient trois. Les bhiksus, entendait les deux partis s’injurier ainsi réciproquement, n’approuvèrent pas les paroles d’un des partis et n’attestérent pas l'exactitude des opinions de l’autre parti, mais ils se levèrent de leurs sièges respectifs et se rendirent à Chü-wer (Crâvasti) pour y mendier de la nourriture. Quand la nourriture eut été recueillie, ils serrèrent les récipients et revinrent dans le jardin de Jeta ; après avoir rendu hommage au Buddha, ils s’assirent sur un rang et lui racontèrent tout ce qui s'était passé, disant : « Nous songeons que ces brahmanes ont fait effort pour étudier ; quand donc devront-ils comprendre (la vérité) ? »
Le Buddha dit aux bhiksus : « Ce n’est pas seulement dans la vie présente que les hérétiques sont inintelligents et enténébrés. O bhiksus, il y a de cela fort longtemps, dans cette région du Jambudvipa, il y avait un roi nommé
Face de miroir (Adarçamukha) (1) ; il récitait les livre:
essentiels du Buddha; ses connaissances étaient noni:breuses comme les grains de sable du Gange. Quant à se; sujets, ministres ou gens du peuple, pour la plupart ils ne lisaient pas les (écrits bouddhiques) et portaient avec eux des livres mesquins ; ils avaient foi dans la clarté du ver luisant et mettaient en doute l’éclat qui se projette au loi: du soleilet de la lune ; (le roise servit) d’aveugles pour en tirer un apologue, car 1l désirait faire que ces gens renoncassent à aller sur des mares et naviguassent sur la grande
(1) Dans un autre coïte (voyez plus loin) le roi Face de miroir est luiméme aveugle.
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mer ; il ordonna donc à ses émissaires de parcourir le royaume pour rassembler ceux qui étaient aveugles de naissance et les amener à la porte du palais ; ayant recu cet ordre, les officiers prirent tous les aveugles ‘du royaume et les firent venir au palais, puis ils annoncèrent qu'ils avaient trouvé tous les aveugles et que ceux-ci étaient maintenant au bas de la salle.
Le roi dit: « Allez leur montrer des éléphants. » Les officiers obéirent à l’ordre royal ; ils menérent les aveugles auprès des éléphants et les leur montrèrent en guidant leurs mains; parmi les aveugles, l’un d’eux saisit la jambe d’un éléphant ; un autre saisit la queue; un autre saisit la racine de la queue ; un autre toucha le ventre ; un autre, le côté ; un autre, le dos; un autre prit une oreille ; un autre, la tête; un autre, une défense; un autre, la trompe. Les aveugles, se teuant auprès des éléphants, se disputaient tumultueusement, chacun d’eux disant qu'il était dans le vrai, et les autres non.
Les émissaires les ramenèrent alors vers le roi et le roi leur demanda : « Avez-vous vu les éléphants ? » Ils répondirent : « Nous les avons entièrement vus. » Le roi reprit : « À quoi ressemble un éléphant ? » Celui qui avait tenu une jambe répondit: « O sage roi, un éléphant est comme un tuyau verni ». Celui qui avait tenu la queue dit que l’éléphant était comme un balai; celui qui avait tenu la racine de la queue, qu'il était comme un bâton; celui qui avait touché le ventre, qu’il était comme un tambour; celui qui avait touché le côté, qu'il était comme un mur: celui qui avait touché le dos, qu'il était comme une table élevée ; celui qui avait tenu l’oreille, qu’il était comme un van; celui qui avait tenu la tête, qu'il était comme un gros boisseau ; celui qui avait tenu une défense, qu'il était comme une corne; quant à celui qui avait tenu la trompe, il répondit : « O sage roi, l'éléphant est comme une grande corde. » Et, de plus belle, ils se mirent à se disputer en