‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 72 sur 93 · LE TT | (ANT · texte numérisé non relu

LE TT | (ANT

seu aol À 1, ii

RE Le ch | t e bu d'damcet Le Éd,

AE A die di, 7 à à —

seur d’un fil ou d’un cheveu; qui pourrait les saisir? cependant, elles abandonnent leurs anciens corps pour

en prendre de nouveau et leurs migrations sont infinies. »

Ce roi donc chercha à éclairer l'esprit de tous ses sujets, en leur expliquant que le principe spirituel se transforme et n’a pas un corps toujours le même, que ses transmigrations à travers les cinq voies sont perpétuelles et ininterrompues ; cependant l'ignorance de tous ces gens était difficile à dissiper, ils conservaient encore des doutes disant : « S'il est vrai que, lorsque le corps meurt, l’âme renaisse en prenant un autre corps, nous avons eu déjà une multitude (de corps différents), et cependant nous ne savons guère dans quelles existences nous nous sommes trouvés. » Le roi répliqua : « Si, quand on discute, on ne se souvient pas des principes, comment connaîtrait-on ce qui s’est passé dans des existences successives ? si, quand on regarde un objet, on ne voit pas ce qui a été enlevé par l'usure, comment apercevrait-on les modifications que subit l'âme ? »

En un jour de loisir, le roi sortit par une porte secrète, vêtu d’habits grossiers, il marchait tout seul ; il se rendit chez un vieux savetier et lui dit en plaisantant: « De tous les gens de ce pays, qui est le plus heureux ? » Le vieux répondit: « C’est le roi qui est le plus heureux. » Et, comme son interlocuteur lui demandaiten quoi consistait ce bonheur du roi, il ajouta : « Les officiers des cent catégories le servent avec respect ; les millions d'hommes du peuple lui offrent des présents ; tous ses désirs sont aussitôt satisfaits ; n'est-ce pas là du bonheur ? » Le roi dit : « Sans doute vous avez raison. » Alors il l'enivra avec du vin de raisin ; puis, quand l'homme fut ivre et inconscient, il le fit emporter dans le palais. Il dit à son épouse principale : « Le vieux cordonnier a dit que le roi était heureux ; je veux maintenant lui jouer un bon tour. Je le revêtirai des habits royaux et je lui ferai diriger le

gouvernement du royaume ; que personne de vous tous n'en prenné de l’alarme. » La reine répondit qu'elle se conformerait à ses intentions.

Le jour où le savetier reprit ses sens, la concubine de service lui dit pour le tromper : « O grand roi, vous vous êtes enivré et les affaires se sont accumulées en grand nombre ; il vous faut les arranger et les examiner. » On le fit sortir pour qu'il allât diriger le gouvernement; les

fonctionnaires de toutes sortes le pressaient de donner

des décisions sur diverses affaires ; ahuri, et comme en rêve, 1l ne distinguait plus l'Est de l'Ouest ; les historiens officiels enregistrèrent ses erreurs ; les ministres d'Etat le critiquèrent et le corrigèrent ; il restait assis sur son trône la journée entière et son corps en était tout endolori ; quand il mangeait, il ne trouvait pas les mets agréables ; il maigrissait de jour en jour.

Une des femmes du harem, continuant la duperie, lui dit : « O grand roi, votre mine florissante s’altère; pourquoi cela ? » Il répondit: « J'ai rêvé que j'étais un vieux savetier ; je m'épuisais à gagner ma nourriture et j'endurais beaucoup de peines, c’est ce qui m’a donné la migraine. » (A ces mots,) il n’y eut personne dans l’assemblée qui ne se prit à rire secrètement.

La nuit venue, quand il se couchait, il ne pouvait dormir et se tournait et se retournait de tous côtés ; il dit : « Suis-je un vieux savetier, ou suis-je véritablement le Fils du Ciel? Si je suis Fils du Ciel pourquoi ma peau esteHe si rude? Si j'étais à l'origine un savetier, comment me trouvé-je dans le palais du roi ? Mon cœur est tout bouleversé et ma vue est troublée ; j'ai des corps dans deux conditions différentes et je n’aperçois pas distinctement lequel est le vrai. » L'épouse principale lui dit pour le tromper : « O grand roi, puisque vous n'êtes pas satisfait, on va vous offrir des réjouissances. » On lui fit alors boire du vin de raisin jusqu'à ce que son ivresse fût profonde

Page 1