‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 73 sur 93 · LL ARS · texte numérisé non relu

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et qu'il fût devenu inconscient ; on lui rendit ses vieux habits et on le replaça sur son lit grossier.

Quand les fumées du vin se furent dissipées et qu'il se réveilla, il aperçut sa misérable demeure et ses pauvres vêtements qui étaient comme auparavant ; toutes ses articulations lui faisaient mal comme s’il eût reçu la bastonnade. Quelques jours plus tard, le roi s'étant rendu de nouveau auprès de lui, le vieux lui dit : « Naguère, en buvant votre vin, je me suis enivré jusqu'à en perdre connaissance et ce n’est que maintenant que jai repris mon bon sens. J'ai rêvé que j'avais la dignité de roi et que je tranchaïs et examinais toutes les affaires ; les historiens officiels enregistraient mes fautes ; les divers fonctionnaires me critiquaient ; j'ai été dévoré d’anxiétés et toutes mes articulations ont été aussi douloureuses que si j'avais reçu la bastonnade ; s’il en est déjà ainsi quand il ne s’agit que d’un rêve, que doit-ce être quand on est véritablement roi! L'avis que j'ai émis l’autre jour était assurément inexact. »

Revenu dans son palais, le roi raconta à tous ses ministres ce qui s'était passé ; leurs éclats de rire furent tels qu'ils assourdissaient les oreilles. Le roi dit alors à ses ministres : « Pour avoir vu et entendu des choses différentes de l'ordinaire, cet homme, quoique conservant un seul et même corps, dès maintenant déjà ne sait plus où il en est ; à combien plus forte raison, quand, dans des existences différentes, on a abandonné son ancien corps pour en prendre un nouveau, quand on a évolué à travers toutes sortes de difficultés, de coups frappés par Îles démons et de tourments qui abattent l’homme et qui le contrarient, si on dit qu'on désire savoir où a été l’âme dans ses transmigrations et dans quels lieux elle à recu ses corps successifs, ne sera-t-il pas difficile qu'on le sache ? Les livres saints disent : « Le sot qui, tout imbu d’une foule d'opinions hérétiques, désire voir l'âme, est

comme l'aveugle qui, marchant dans l'obscurité, lèverait la tête pour voir les étoiles et la lune. Même en fatiguant son corps jusqu’à la fin de sa vie, parviendra-t-il jamais à l’apercevoir ? » Alors les ministres et la population de tout le pays comprirent pour la première fois que l’âme est unie au souffle primitif, que, dès qu’elle prend fin, elle recommence, et que le cycle qu’elle parcourt est sans limites ; ils crurent qu'il y avait pour elle des alternatives de vie et de mort, de malheur et de bonheur.

Le Buddha dit aux bhiksus : « Celui qui, en ce temps, était le roi, c’est moi-même. »

Telle est la manière dont la pâramitâ de sagesse universelle du Bodhisattva pratique l'exercice de l’intelliligence. |

CPrip;NL75 D. 00 PV)

Sütra du souverain Brahma.

Voici ce que j'ai entendu raconter: Un jour le Buddha se trouvait dans le royaume de Crâvasti, dans le Jetavana, dans le jardin d’Anâthapindada. Le Buddha dit aux bhiksus : « Vous tous, si vous perfectionnez votre vertu et si vous vous acquittez de toutes les actions bonnes, vous obtiendrez un grand bonheur. Tel le laboureur qui possède depuis longtemps un champ excellent, qui le laboure dans une juste mesure, qui voit la pluie fortifiante survenir d'une manière opportune, qui répand les semences en temps utile, de sorte qu’elles germentau moment voulu, qui arrache et écarte les mauvaises herbes et qui en outre ne subit aucun fléau ; pourquoi craindrait-il de n'avoir pas de récolte ? Autrefois, dans une vie antérieure, au temps

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où je n'étais pas encore Buddha, mon cœur était animé d'un amour universel, et secourait avec compassion tous les êtres ; telle une mère affectueuse qui donne ses soins à son enfant nouveau-né. Quand j'eus tenu cette conduite pendant sept années, le mérite de ma bonté fut glorieusement évident ; lorsque ma vie prit fin, mon âme monta en haut et devint le souverain Brahma ; mon nom fut Fan-mo (Brahma). Etant dans cette dignité de deva, j'assistai sept fois à la formation et sept fois à la destruction du ciel et de la terre ; au moment où leur destruction était imminente je m'élevais chaque fois jusqu’au quinzième ciel yo-lsing ; après quoi, lorsqu'il y avait un nouveau commencement de l'univers, je revenais dans le ciel de Brahma. Pur, calme et sans désirs, je restais immuable à ma place. Plus tard, je descendis et je fus à trente-six reprises un des devas Trayastrimças ; des palais faits avec les sept substances précieuses, des aliments, des vêtements, de la musique, j'avais tout cela naturellement. Ensuite je revins dans le monde où je fus un souverain volant; les sept joyaux m'escortaient : le premier était la roue tournante d’or rouge ; le second était la perle divine claire comme la lune ; le troisième était l'éléphant blanc volant; le quatrième était le cheval brun à crinière rouge ; le cinquième était l'épouse belle comme le jade ; le sixième était le ministre gardien des trésors; le septième était le sage premier ministre ; de chacun de ces sept joyaux, j'avais quatre-vingtquatre mille exemplaires. Ce roi (qui n'était autre que moi) avait mille fils qui étaient tous beaux, irréprochables, affectueux et vaillants ; un seul d’entre eux pouvait tenir tête à mille hommes. En ce temps, le roi gouvernait en se conformant aux cinq préceptes et il ne faisaitaucun tort au peuple ; ces cinq préceptes sont: 1° Etre affectueusement bon et s'abstenir de tuer ; avoir une bienfaisance qui s’'étende à tous les êtres vivants ; 2° être pur et déférent et ne pas voler; faire preuve d’abnégation pour secourir la foule

des êtres ; 3° être chaste et ne pas se livrer à la débauche; ne pas commettre les fautes que causent les diverses passions ; 4° être sincère et ne pas tromper ; ne pas farder ses paroles ; 5’ observer la piété filiale et ne pas s’enivrer ; tenir une conduite sans tache. En ce temps donc, aucune prison n'avait élé établie ; le fouet et le bâton n'étaient pas appliqués ; le vent et la pluie se produisaient en temps opportun ; les cinq sortes de céréales mürissaient ; les cataclysmes ne survenaient pas ; cette époque jouissait d'une grande paix; les habitants des quatre parties du monde s’exhortaient les uns les autres à la sagesse ; ils croyaient que celui qui fait le bien obtient le bonheur, et que celui qui fait le mal subit de terribles peines ; à leur mort, tous montaient au ciel et il n’était aucun d'eux qui entrât dans les trois voies mauvaises. »

Le Buddha dit aux bhiksus : « Autrefois dans une existence antérieure, j'avais mis en pratique les dispositions bienveillantes des quatre sortes ; après avoir eu ce mérite durant sept années, je montai pour être le souverain Brahma, puis je descendis pour être le souverain Cakra ensuite je revins dans le monde pour y être le souverain volant (cakravartin); (en cette dernière qualité), je gouvernai les quatre parties du monde pendant plusieurs centaines et milliers d’années ; mes actes méritoires s’accumulèrent et ma vertu fut complète ; tous les maux furent détruits et tous les biens se produisirent simultanément. (En ce moment), je me trouve dans le monde en qualité de Buddha ; seul je parle, solitaire je marche et je suis celui qu'on vénère uniquement dans les trois mondes. »

Les bhiksus, ayant entendu ce texte saint, furent joyeux ; ils se prosternèrent devant le Buddha puis se retirèrent.

Telle est la manière dont la pâramitâ de sagesse universelle du Bodhisattva pratique l'exercice de lintelligence.

(Fin du Lieou tou {si king).

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