‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 80 sur 93 · NT · texte numérisé non relu

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Il y avait autrefois un roi d’un royaume qui gardait fort étroitement ses femmes. Son épouse principale dit au prince héritier: « Je suis votre mère ; de ma vie je n'ai vu le royaume ; je désirerais sortir une fois : vous devriez

en parler au roi. » Elle lui adressa cette prière par trois fois et le prince héritier en parla au roi qui donna son consentement. Le prince héritier prit lui-même la conduite du char et sortit ; sur la route, tous les sujets s'empressaient d’accourir pour saluer l’épouse ; celle-ci sortit la main et ouvrit la tenture afin que les hommes puissent la voir. Le prince héritier, s’apercevant que telle était (la nature des) femmes, prétexta un mal de ventre et revint. L’épouse lui dit : « Je suis fort dépourvue de beauté. » Le prince héritier pensa à part lui: « Si ma propre mère est telle, que ne doivent pas être les autres femmes ? »

Pendant la nuit donc il abandonna le royaume et entra dans la montagne pour se promener et regarder ; or, sur le bord de la route, il y avait un arbre au pied duquel se trouvait une source de bonne eau ; le prince héritier monta sur l'arbre. Il aperçut soudain un brahmane qui venait seul ; (ce brahmane) entra dans l’eau et s’y baigna ; après en être sorti, il mangea ; puis il eut recours à un procédé magique et fit sortir un pot en le crachant ; dans le pot se trouvait une femme ; dans un endroit caché il s’unit à elle comme le mari à sa femme. Ensuite le brahmane se mit à dormir ; la femme alors eut recours à son tour à un procédé magique et fit sortir un pot en le crachant ; dans le pot se trouvait un jeune homme ; elle coucha encore avec lui, puis elle ravala le pot. Au bout d’un moment, le brahmane se leva, il remit la femme dans le pot, et, après avoir ravalé le tout, il prit son bâton et s’en alla.

Le prince héritier revint dans le royaume et dit au roi d'inviter ce religieux en même temps que tous les ministres ou subordonnés et de préparer, en la plaçant d’un côté (!), de la nourriture pour trois personnes.

- Quand le brahmane fut venu, il dit : « Mais je suis seul. » Le prince héritier lui répondit : « O religieux, vous devez

(1) C'est-à-dire du côté où devait être assis le religieux.

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faire sortir la femme pour manger avec elle. » Le religieux, ne pouvant résister, fit sortir la femme. Le prince héritier dit à la femme : « Vous devez faire sortir l’homme pour manger avec lui. » Il répéta cet ordre par trois fois et la femme, ne pouvant résister, fit sortir l’homme ; après qu'ils eurent mangé (tous trois) ensemble, ils se retirèrent.

Le roi demanda au prince héritier: « Par quel moyen

Saviez-vous cela ? » Il répondit : « Ma mère a désiré voir

le royaume ; je conduisais son char; ma mère a sorti la main afin de pouvoir être vue par les hommes ; j'ai pensé que les femmes étaient capables de concevoir beaucoup de désirs ; j'ai alors prétexté un mal de ventre et je suis revenu. Puis, je suis allé dans la montagne ; j'ai vu alors ce religieux qui cachait dans son ventre une femme, laquelle devait elle-même être luxurieuse ; c'est ainsi que la luxure des femmes ne peut être réprimée. Je désire, à grand roi, que vous laissiez les femmes de votre harem agir à leur fantaisie. » Le roi ordonna alors que parmi les femmes de son harem celles qui le voudraient pussent suivre leurs désirs.

Le maitre dit : « Dans le monde entier on ne peut se fier aux femmes. »

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(Prips ATK,7, p. 24 r°-21 v°.)

Autrefois il y avait deux hommes qui, à l'école de leur maître, étudiaient la sagesse; tous deux s’en allèérent dans un royaume étranger. Sur la route, ils virent les traces d'un éléphant. L'un des hommes dit: « C’est là un élé-

phant femelle; elle est grosse d’un petit du sexe féminin; cet éléphant est borgne. Sur cet éléphant se trouve une femme qui est enceinte d’une fille. » L'autre dit : « Comment le savez-vous ? » Le premier répliqua : «Je le sais par la réflexion; si vous ne me croyez pas, allons en avant et nous verrons de nos yeux (ce qui en est). » Quand les deux hommes eurent rejoint l’éléphant, tout était conforme à ce qui avait été dit, et, plus tard, l'éléphant femelle et la femme enfantèrent toutes deux. Comme il en était ainsi, le second de ces deux hommes se dit : « L'autre et moi avons tous deux étudié auprès du même maître; moi seul je n’ai pas vu les faits essentiels. »

Au retour, il dit à son maître : « Nous allions tous deux de compagnie; cet homme en voyant les traces d’un éléphant a distingué que tels et tels étaient les faits essentiels et moi je ne pus le comprendre.O maitre, je désire que vous me donniez à nouveau une explication afin que je ne sois plus désordonné. » Le maître appela alors l’autre homme et lui demanda: « Par quel moyen avez-vous vu cela ? » Il répondit : « C’est par le moyen de ce que, Ô maître, vous nous avez toujours enseigné. En regardant l'endroit où l'éléphant avait uriné, j'ai reconnu que c'était une femelle; en observant que son pied droit enfonçait profondément dans le sol, j'ai reconnu qu'elle était grosse d’un petit du sexe femelle (1); en voyant que les herbes sur le côté droit du chemin n'avaient pas été touchées, j'ai

(1) Ce passage est en contradiction avec le texte de l'Avadâna cataka oùilest dit: « Du moment où il connaît l'entrée du fœtus, il sait si ce sera un fils ou une fille; si c’est un fils, il repose sur le côté droit, si c'est une fille, il repose sur le côté gauche. (Trad. Feer, Ann. Musée Guimet, t. XVIII, p. 5). Les Chinois, pour qui le côté gauche est le plus honorable, admettent au contraire que la gestation d'un fils se fait à gauche. Nous avons une nouvelle preuve de ce fait dans un récit légendaire de la naissance de Lao seu qui est évidemment calqué sur le récit de la naissance du Buddha ; tandis que le Buddha sort par le côté droit de sa mère, c’est par le côté gauche que sort Lao fseu (Voyez le texte du Hiuan miao nei pien cité par Tchang Cheou-isie dans le commentaire au chap. LXIIT, de Sseu-ma Ts'ien).

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reconnu qu'elle était borgne de l’œil droit. En regardant l'urine qui se trouvait à l'endroit où l'éléphant s'était arrêté, j'ai reconnu que c'était une femme (qui était sur son dos); en observant que le pied droit appuyait fortement sur la terre j'ai reconnu que (cette femme) était enceinte d’une fille. C'est par des raisonnements subtils que je suis arrivé à ces conclusions. »

Le maître dit : « Dans l'étude, il importe de conclure par la réflexion ; par la subtilité, on comprend les choses; si l'homme superficiel n’y parvient pas, il n’y a point là faute de son maître. »

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Autrefois il y avait une femme mariée qui était riche en oret en argent. Elle entretenait des relations avec un homme. Prenant tout ce qu'elle possédait d’or, d’argent et de vêtements, elle partit à sa suite. Lorsqu'ils arrivèrent sur le bord d'une rivière impétueuse, l’homme lui dit : « Remettez-moi vos richesses; je les transporterai d’abord (sur l’autre rive), puis je reviendrai vous chercher. » L'homme alors partit, mais il ne revint pas. La femme mariée resta seule sur le bord de la rivière. Elle vit un renard qui avait pris un épervier, mais qui le lâcha pour saisir un poisson; il ne put attraper le poisson et avait cependant perdu l'épervier. La femme mariée lui dit : « Combien grande est votre sottise ! Pour avoir voulu prendre deux vous n'avez pas un. » Le renard lui répondit : « Ma sottise est encore admissible, mais la vôtre dépasse la mienne. »

382 CONTES ROUDDHIQUES (N° 1492)

(Trip., XIX, 7, p. 21 v°.

Autrefois, la fille d’un roi-dragon (nâgaräja), étant sortie pour se promener, fut chargée de liens et battue par un gardien de bœufs. Le roi du royaume, étant sorti pour parcourir son territoire, apercçut cette fille, la délivra et lui permit de s’en aller. Le roi-dragon demanda à sa fille : « Pourquoi avez-vous pleuré ? » Sa fille lui dit : « Le roi du royaume m'a injustement battue. » Le roi-dragon dit : « Ce roi est habituellement bon et doux; comment battraitil les gens d’une manière déraisonnable ? » Le roi-dragon se changea, lorsque l'obscurité fut venue, en un serpent, et, (caché) sous le lit, écouta (ce que disait) le roi; le roi dit à sa femme : « J'ai vu dans ma promenade une petite fille qui était battue par un gardien de bœufs; je l’ai délivrée et je lui ai permis de s’en aller. »

Le lendemain, le roi-dragon sous la forme humaine vint se présenter au roi et lui dit : « Vous m'avez rendu un orand bienfait. J'avais permis à ma fille d'aller hier se promener; elle fut battue par un homme; mais elle a eu le bonheur que vous, ô roi, soyez venu la délivrer. Je suis un roi-dragon : ce que vous désirerez, vous l’obtiendrez. » Le roi dit : « Des objets précieux, j’en ai moi-même beaucoup. Je désire comprendre le langage de tous les animaux. » Le roi-dragon lui dit : « Il faut vous purifier pendant sept jours; quand ces sept jours seront terminés, venez me parler (1). Mais prenez bien garde que personne ne le sache (2). »

(1) Au lieu de « venez me parler », on altendrait plutôt une phrase telle que : « vous comprendrez le langage {des animaux) ».

(2) Il faut entendre que le roi sera en péril de mort, s’il révèle jamais à personne qu'il comprend le langage des bêtes.

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Les choses étant ainsi, le roi était en train de manger avec sa femme, lorsqu'il vit des papillons dont la femelle disait au mâle de lui prendre de la nourriture; le mâle lui répondit que chacun devait en prendre pour soi; la femelle répliqua que son ventre l’en empéchait. Le roi éclata de rire. Sa femme lui demanda : « O roi, pourquoi riez-vous ? » Le roi garda le silence. Une autre fois, le roi se trouvant assis avec sa femme, vit des papillons qui se rencontraient le long du mur, se disputaient et tombaient tous deux à terre en se battant. Le roi de nouveau éclata de rire. Sa femme lui dit: « Pour quelle cause riez-vous ? » Il en fut ainsi par trois fois, (le roi répondant toujours) : | « Je ne vous le dirai pas. » Sa femme lui déclara (alors) : | «O roi, si vous ne me le dites pas, je me tuerai.» Le roi lui | répondit : « Attendez que j'aie été me promener et je revienà drai vous le dire. » Le roi alors sortit pour se promener.

Le roi-dragon produisit par transformation un troupeau de plusieurs centaines de moutons qui traversaient une rivière. Une brebis pleine cria au bélier : « Revenez me chercher. » Le bélier lui répondit : « Je ne saurais absolument pas vous faire traverser (la rivière). » La brebis reprit : « Si vous ne me faites pas passer, je me tuerai.

Ne voyez-vous pas le roi du royaume qui va mourir à cause de sa femme ? » Le bélier lui répondit : « Ce roi est un sot de mourir pour sa femme. Vous pouvez bien mourir; serace à dire que je n’aie plus de brebis? » Le roi, l'ayant entendu, fit cette réflexion : « Tout roi que je suis d’un royaume entier, je n’atteins pas à la sagesse de ce bélier. » Lorsque le roi fut de retour, sa femme lui dit : « Si vous ne m'expliquez pas (pourquoi vous avez ri), je me tuerai. » Le roi lui répliqua : « Libre à vous de vous tuer; ce sera fort bien; j'ai dans mon harem beaucoup d’épouses; qu'aije besoin de vous ? »

Le maître dit: « Bien sot est l’homme qui veut se tuer

à cause d’une femme. »

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