‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 84 sur 93 · IDE NN ED 20 TN · texte numérisé non relu

IDE NN ED 20 TN

Autrefois un enfant, fils d’un maître de maison, fit en l'honneur de Li-yue (Revata) une petite habitation qui pouvait tout juste le contenir lui-même; en outre il fit un promenoir. Plus tard, quand sa vie fut finie, il naquit en haut parmi les devas Trayastrimças ; il y fut en possession d’un palais précieux qui avait quatre mille de tour; tous ses désirs avaient leur satisfaction; avec joie il prit dans ses mains des fleurs célestes et les répandit sur la demeure de Li-yue (Revata). Ce deva dit : « C’est pour avoir fait une petite habitation de boue que jai obtenu un palais magnifique; en pensant au bienfait que j'ai reçu, je viens donc répandre ces fleurs. »

er

R Ar

Grip, AIX 7; pe 22 ve.)

Autrefois il y avait trois religieux qui se demandèrent l’un à l’autre : « Comment êtes-vous parvenu à la sagesse? » L'un dit: « Me trouvant dans le royaume du roi, je vis des raisins qui étaient très gros et fort beaux ; à l'heure du repas de l'après-midi (1), des gens vinrent les cueillir et les arracher; les raisins se trouvèrent tous à terre endommagés et dans le plus grand désordre ; à ce spectacle je compris l’impermanence, et c'est ainsi que je parvins à la sagesse. » Le second de ces hommes dit: « J'étais assis sur le bord d’une rivière lorsque je vis une femme qui agitait ses mains pour laver des ustensiles ; les bracelets de ses bras s'entre-choquaient et par une relation de cause à effet produisaient du bruit. C’est ainsi que je parvins à la sagesse. » Le troisième de ces hommes dit: « J’étais assis sur le bord d’un étang où il y avait des lotus et je voyais les fleurs épanouies et belles ; lors du repas de l'après-midi plusieurs dizaines de chars survinrent; hommes et chevaux se baignèrent dans l'étang, et, quand ils s’en allèrent, ils avaient arraché toutes les fleurs; telle est limpermanence de toutes choses ; quand j'eus compris cela, je parvins à la sagesse. » .

(1) Entre 3 ou 5 heures après-midi.

Nr 1421.

(Trip., XIX, 7, p. 22 vo.

Autrefois il y avait un brahmane qui était fort habile et très instruit ; il réfutait et discutait ; il mettait en honneur de faux principes; il altérait violemment le droit et l’essentiel ; il faisait paraître plein le vide; il amenait tous les êtres pour en tirer des comparaisons. Personne n’osait lui tenir tête et tous les gens de son pays le considéraient donc comme leur maître. Ensuite, il se rendit dans le royaume de Crâvasti (Chü-wei) et, en plein jour, se mit à marcher avec une lumière allumée. Les habitants de la ville lui demandant pourquoi il agissait ainsi, il répondit : « Ce royaume est plongé dans l'obscurité et dépourvu de clarté ; c'est pourquoi j'allume une lumière. »

Le roi du pays en fut fort mortifié ; il fit alors suspendre un tambour sous la porte de la ville afin de susciter quelque homme intelligent qui füt capable de vaincre ce personnage. En ce temps, un cramana entra dans te royaume et demanda pourquoi il y avait ce (tambour). On lui répondit que le roi, mortifié par le brahmane, avait fait cela pour que, si quelque sage se présentait, il frappât le tambour. Le cramana leva le pied et en donna un coup au tambour. En entendant (le bruit), le roi fut très joyeux; il pria alors le cramana et le brahmane de venir manger dans la salle du trône. Le çramana dit au roi: « Excellent est ce brahmane ; par la sagesse et la pénétration il est véritablement un sage ; il n’est ni de la catégorie des esclaves, ni de celle des soldats, ni de celle des porteurs de cadavres. » Le brahmane resta silencieux sans savoir que répondre. Les réjouissances éclatèrent alors toutes à

PPS ON ET Pet |

la fois ; on se saisit aussitôt du brahmane qu'on plaça dans un van à ramasser le fumier ; on balaya ses traces et on le chassa en toute hâte hors du royaume. Cette histoire fut transmise de l’un à l’autre.

Ne422

CPrIB NIX TS De 22000

Il y avait autrefois un cramana qui, après avoir mangé, allait mourir ; il orna son visage, arrangea bien ses vêtements et regarda devant et derrière. Ânanda dit au Buddha: « Ce bhiksu viole la Loi en agissant ainsi. » Le Buddha répondit : « C’est parce qu'il vient de parmi les femmes (1) et qu'un reste de coquetterie n’est pas encore entièrement anéanti. » Le bhiksu eut alors l'intuition de la sagesse d’arhat et s’en alla par parinirvâna.

Ne:

CPrIDA AIX 7 D 228%)

Autrefois, au-dehors de la ville de (Grâvasti) CAhü-wer se trouvait une femme mariée qui était une femme pure et dévote et qui menait d'une manière parfaite et complète une conduite conforme aux défenses. Le Buddha vint en personne à sa porte pour demander l’aumône ; cette femme

(1) C'est-à-dire : parce qu'il a été femme dans une naissance antérieure.

remplit un bol de nourriture et en outreluirendithommage. Le Buddha lui dit: « Quand vous sèmerez un, il produira dix; quand vous sèmerez dix, ils produiront cent ; quand | vous sèmerez cent, ils produiront mille, et ainsi de suite, se A produiront des dizaines et des centaines de mille. Vous pourrez apercevoir les vérités saintes et la sagesse, »

Le mari de cette femme ne croyait pas à la sagesse et à la vertu ; restant en arrière silencieux, il avait entendu le vœu prononcé par le Buddha; il dit: « O cramana Gautama, pourquoi dites-vous de telles exagérations ? pour avoir fait don d’un bol de nourriture obtenir un pareil bonheur et en outre voir les vérités saintes et la sagesse! » Le Buddha lui demanda : « De quel endroit venez-vous ? » IL répondit qu’il venait de la ville. Le Buddha lui dit : « Quelle est la hauteur de l'arbre ni-kiu-lei nyagrodha) que vous avez vu? » « Il est haut, répondit l’autre, de quarante li; chaque année :ïl laisse tomber plusieurs myriades de mesures de dix boisseaux de fruits. » Le Buddha lui ayant demandé quelle était la grosseur des pépins de ces fruits, il répondit: « Les pépins sont gros comme des graines de moutarde. » (Le Buddha lui ayant demandé combien il fallait de ces pépins pour produire un tel arbre,) il répondit : «Il en faut fort peu. » « En faut-il un dixième de boisseau ? » demanda le Buddha. L'autre répondit : « Un seul pépin suffit. » Le Buddha répliqua : « Pourquoi dire une telle exagération ? planter un seul (pépin gros comme) une graine de moutarde et (obtenir un arbre) haut de quarante /1 et produisant chaque année plusieurs dizaines de myriades de fruits ! » L'autre répondit: « C’est pourtant la vérité. » Le Buddha reprit: « Si la terre qui est dépourvue de connaissance a une telle force de rétribution, à combien plus forte raison quand une personne a pris avec joie un bol de nourriture pour l’offrir au Buddha, le bonheur qu’elle s'attirera défiera-t-il toute mesure. » Le mari et sa femme sentirent alors leur cœur et leur intelligence

s'ouvrir et en ce moment même ils obtinrent la voie de srotäpanna.

CÉPIR eXERS PN DA Ne

Autrefois, un çramana qui avait déjà obtenu la sagesse d'anâgâmin était sur une montagne en train de faire bouillir des herbes pour teindre ses vêtements. En ce temps, un homme qui avait perdu son bœuf le cherchait partout: 1l vit sur la montagne la fumée d’un feu et se rendit alors en cet endroit pour aller voir ce qui en était; dans la marmite se trouvaient tous les os d’un bœuf; le bol (du religieux) s'était changé en une tête de bœuf; son kasâya s’était transformé en une peau de bœuf. L'homme alors rattacha la tête aux os (1) et alla de côté et d’autre dans le royaume ; une foule d'hommes le virent tous.

Le çcrâmanera (2), constatant que le milieu du jour était déjà passé et qu’il avait frappé la gantha sans voir venir son maître, entra dans la chambre et s’assit en méditation; il aperçutalors son maître que deshommes outrageaient(3); il alla aussitôt vers lui et, posant la tête sur ses pieds, il lui demanda pourquoi cela arrivait. Son maître lui répondit : « C’est à cause d’une faute que j'ai commise dans des temps fort lointains. » Le crâmanera lui dit: « Vous devriez pour le moment revenir manger. » Tous deux eurent recours à un moyen surnaturel et s’en allèrent.

Le crâmanera, qui n'avait pas encore atteint à la sagesse,

(1) Il reconstilua ainsi son bœuf et, croyant que le çramana le lui avait dérobé, il se saisit de lui comme d'un voleur et le fit emprisonner. Comme on le lira à la fin du conte, dans une existence antérieure, le cramana avait été un tueur de bœufs ; c'est pour cette raison que présentement se produit le fâcheux miracle qui le fait passer à tort pour avoir volé un bœuf.

(2) Le disciple du éramana qui avait été emprisonné.

(3) I était obligé de <e livrer dans la prison à des travaux serviles,

conservait toujours une irritation dont il ne pouvait se débarrasser; considérant d’une part l’homme pur et dévot (qu'était son maître), et d’autre part les gens du royaume, (il se dit): « Puisque les gens du royaume ont pris mon maître pour le traiter ainsi; je ferai qu’un nâga envoie une pluie de sable et de pierre qui ébranlera ce royaume et le frappera de terreur. » A peine eut-il achevé cette pensée que de tous côtés il plut du sable; les remparts et les murs, les habitations et les demeures furent entièrement détruits. Le maitre dit (au çrâmanera): « Dans une naissance antérieure j exerçais la profession de tueur de bœufs et c’est pourquoi j'ai subi ce malheur. Pour quelle raison avez-vous commis une telle faute? Allezvous-en; vous ne devez plus me suivre. »

Le maitre dit: « Telles étant les peines et les récompenses, ne doit-on pas être fort attentif ? »

CD RTA TD 287)

Il y avait autrefois le roi d’un royaume etses cinq grands ministres. Un de ces ministres avait depuis longtemps invité le Buddha (à venir chez lui); le Buddha n’ayant pas accepté, il s'en retourna. Il invita le Buddha au nom du roi (1). Le Buddha dit : « La vie de ce ministre va maintenant certainement finir ; demain qui se chargera de faire encore cette œuvre qui procure le bonheur ? »

Ce ministre demanda à un devin de prononcer son horoscope ; celui-ci lui dit: « Vous devez mourir par une arme deguerre ; gardez-vous toujours avec une armede guerre. » (Ce ministre) tira donc son épée et la prit en main ; quand la nuit fut avancée il désira se coucher et remit son épée

(1) Cette phrase parait inutile.

EE PS PO Vu Va

F) PU RES UT De.

à sa femme pour qu'elle la tint dans ses mains; la femme s'endormit et laissa tomber l’épée qui coupa la tête de son mari; elle vint alors pleurant et criant annoncer que son seigneur était mort. Le roi convoqua les quatre autres grands ministres et leur dit: « C'était à vous à monter la garde auprès de lui pour avoir la chance de prévenir toute perfidie. Sa femme l’a suivi et soudain voici quel crime a été commis. Qui donc de vous était à côté de lui ? » Alors il coupa la main droite à ces quatre ministres.

Ânanda demanda au Buddha pour quelle cause (cela s'était passé); le Buddha lui dit : « Dans une vie antérieure, ce mari était un jeune garçon qui gardait des moutons et sa femme était une brebis blanche. Les quatre ministres, | dans une naissance antérieure, étaient des brigands; voyant | ce jeune garçon qui gardait ses moutons, ils l’appelèrent | et levèrent tous la main droite pour lui montrer la brebis blanche qu’ils lui ordonnaient de tuer et de faire cuire pour eux cinq. Le jeune garcon, tout en larmes et ému de compassion, tua la brebis et la donna à manger aux brigands. Ainsi, dans la série des naissances et des morts, ils se sont trouvés réunis ensemble dans la génération actuelle et c'est pourquoi ils ont reçu complètement les peines méritées dans leurs vies antérieures. »

CÉRID ENTER 7 D 40)

Autrefois un gros personnage (çresthin) avait une richesse qui se comptait par myriades de millions ; il se plaisait constamment aux libéralités et ce qu'on lui demandait il ne le refusait pas. Plus tard, il engendra un fils qui n'avait ni mains ni pieds et qui ressemblait à un

poisson; on le nomma Corps-de-poisson. Après la mort de son père et de sa mère, (ce fils) hérita de leur fortune; il restait couché dans sa chambre et personne ne le voyait. En ce temps, il y avait un homme fort qui comptait pour se nourrir sur la cuisine du roi, mais qui toujours . souffrait de la faim et de la pénurie; à lui seulil tira seize charretées de bois de chauffage qu'il vendit pour subvenir à ses besoins; mais il n'avait jamais assez.

Il se rendit chez ce gros personnage pour lui demander de lui donner ce dont il manquait et lui dit: « Pendant plusieurs années, j'ai compté sur le roi pour me faire boire et manger; mais jamais on ne m'a fourni (des vivres) en suffisance et je souffre constamment de la faim. Ayant appris que votre fortune se chiffrait par myriades de millions, je suis donc venu vous demander l’aumône. » Corpsde-poisson l’invita à venir le voir et lui montra comment était fait son corps. Cet homme fort se retira et pensa en lui-même : « Quoique ma force soit si grande, je suis loin de valoir cet homme sans pieds ni mains qui puise constamment dans ses richesses. »

Il alla auprès du Buddha pour lui exposer ses doutes, (en lui disant): « Dans le monde il peut se trouver un homme qui est puissant et honoré à l’égal du roi et qui jusqu'à sa mort n'a ni mains ni pieds ; tant est grande la richesse qu'il a amassée ! (D'autre part), il n'y a dans tout le royaume aucun rival qui puisse approcher de moi pour la force musculaire; cependant je souffre constamment de la faim et je n'ai pas assez à boire et à manger. Pourquoi en est-il ainsi ? » Le Buddha lui dit : « Autrefois, au temps du Buddha Kâcyapa, Corps-de-poisson, et le roi actuel voulaient offrir ensemble à manger au Buddha. Vous, en ce temps, vous étiez un pauvre homme qu'ils pressèrent de les aider (1). Corps-de-poisson, s’étant pro-

(1) Sous-entendez : vous vous y êtes refusé.

curé tout ce qu'ilfallait, se mit en route avec le roi, mais

il dit au roi : « Aujourd’hui, j'ai quelque affaire qui m'empêche d’aller avec vous; si je manquais cette affaire ce serait comme si on me coupait les mains et les pieds. » Celui qui en ce temps alla (jusqu’auprès du Buddha), c’est le roi actuel ; celui qui n’alla pas et qui manqua de parole c'est Corps-de-poisson ; le pauvre homme qui fut invité à Les

aider (1), c'est vous-même. » L'homme fortsentit alorsson

cœur et son intelligence s'ouvrir; il se fit çramana et obtint la sagesse d’arhat.

(1) Le texte chinois signifie : « Le pauvre homme qui les aida. » Mais, si tel était le sens, on ne voit pas pourquoi ce pauvre homme aurait reçu

un châtiment dans une vie ultérieure; il faut au contraire qu'il ait refusé de

rendre le service qu'on lui demandait.

Page 1