‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 85 sur 93 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CPI ADR 7 D29"E2)

Le Buddha expliquait les livres saints à ses disciples lorsqu'un chasseur, portant son arbalète sur son épaule, et ayant sur son dos plus de dix oiseaux morts, vint à passer et alla voir le Buddha ; animé de sentiments parfaits et empressés, il désira entendre l'explication des livres saints ; son cœur souhaitait entendre et recevoir (cet enseignement) ; mais le Buddha s'arrêta et ne lui expliqua point (les livres saints). Le chasseur se retira en disant: « Si je deviens Buddha, j'enseignerai la sagesse à tous les hommes sans distinction et je n’opposerai de refus à personne. »

Ananda demanda au Buddha: « Cet homme avait conçu le désir d’entendre les préceptes et la religion ; pourquoi lui avez-vous refusé (ce qu’il demandait)? » Le Buddha répondit: « Cet homme est un grand Bodhisattva qui conserve des sentiments profonds et fermes. Il était autrefois roi d’un royaume et n'était pas impartial à l'égard de toutes ses femmes; celles qu’il ne favorisait pas s’entendirent pour le tuer en l’empoisonnant. Ce roi naquit dans la condition de chasseur; ses diverses femmes tombèrent

ve $ s

ja “ns ,

toutes dans la condition d'oiseaux et d'animaux, Quand maintenant 1l aura terminé sa peine il atteindra ensuite à la perfection. Si je lui avais expliqué les livres, j'aurais craint que son esprit ne fût frappé d’effroi et qu’il ne tombât au degré de la voie déarhat; voilà pourquoi je ne lui ai pas expliqué (les livres saints). »

CEPIp,.s AK 7 p:23 1)

Autrefois, dans un temple du Buddha, il y avait une marmite d'or; on s’en servait pour faire cuire les aliments de cinq saveurs qu'on offrait aux religieux. En ce temps, un homme du commun entra (dans le temple) pour regarder ; il vit la marmite d’or et désira la dérober ; mais, n’en trouvant pas le moyen, il prétendit faussement être un çramana, et, revêtu de l’habit (religieux), s’introduisit dans l’assemblée des moines ; il entendit le supérieur qui dissertait sur les paroles des livres saints en donnant les preuves essentielles des peines et des récompenses, de la vie et de la mort, et en démontrant que la rétribution (suit l’acte) comme l'ombre (suit le corps) et comme l'écho (suit le son) sans qu'on puisse y échapper ; le voleur sentit sa conscience se réveiller et il se repentit ; il concut le désir d'appliquer son cœur (à la religion) et apercut alors les traces de la Voie; songeant à la cause (de sa conversion, il se dit que) c'était la marmite qui avait été son maitre ; il eut donc soin d’adorer d’abord la marmite en tournant trois fois autour d'elle et il expliqua toute cette affaire à l'assemblée des cramanas. Ainsi l'illumination a pour chaque homme ses causes particulières ; celui qui applique

son cœur à une seule d’entre elles ne peut manquer d’apercevoir les vérités saintes.

(Trip:, XIX, 7, p: 29 v*)

Autrefois Aniruddha, qui avait déjà atteint le degré d'arhat, avait entre tous les bhiksus un visage fort beau. et ressemblait à une femme. Un jour qu'il marchait seul dans les herbes, un jeune homme inconsidéré le vit et crut qu'il était une femme; ses désirs mauvais étant excités, il voulut lui faire violence ; quand il reconnut que c'était un homme, il vit son propre corps se transformer en celui d’une femme. Tout honteux et attristé, il s’exila au plus profond des montagnes et n’osa pas rentrer chez lui pendant plusieurs années ; sa femme et ses enfants ne savaient aucunement où il était, et, pensant qu'il était mort, se lementaient de tristesse sans trouver de consolation.

Aniruddha, en allant mendier, vint à passer par leur demeure ; l'épouse toute en pleurs lui dit que son mari n’était pas revenu et le supplia de le ramener à la vie par sa puissance bienfaisante ; Aniruddha garda le silence et ne répondit pas ; mais son cœur était ému de compassion; alors il se rendit dans la montagne et chercha à voir cet homme ; celui-ci aussitôt se repentit de sa faute et s’accusa lui-même ; son corps redevint celui d’un homme ; il put donc retourner dans sa famille et la revoir.

Quand un homme a obtenu la sagesse, on ne peut l’aborder avec de mauvaises intentions, car on éprouverait un malheur approprié.

GONTES BOUDDHIQUES (N° 130) 403

GÉRIDes MERE T, D DS)

Autrefois il y avait un bhiksu qui, assis au pied d’un arbre dans un enclos désert, se livrait à la méditation de la sagesse. Sur l'arbre se trouvait un singe qui, lorsqu'il voyait le bhiksu manger, descendait, et se placait à côté de lui; le bhiksu lui donnait les restes de son repas; quand le singe avait eu à manger, il allait aussitôt chercher de l’eau pour donner (au bhiksu) de quoi se laver.

Il en fut ainsi pendant plusieurs mois, mais un jour le bhiksu en mangeant oublia soudain de laisser aucune nourriture ; le singe, n'ayant pas eu à manger, fut fort irrité ; il prit le kasâya du bhiksu, et, remontantsur l'arbre, le déchira et l’abima entièrement ; le bhiksu en colère contre cet animal, donna un coup de bâton et, par mégarde, l’atteignit et le fit tomber à terre ; le singe mourut aussitôt.

Plusieurs autres singes vinrent tous en poussant de grands cris ; ils emportèrent ensemble le singe mort et allèrent dans un temple du Buddha ; les religieux bhiksus comprirent qu'il y avait certainement une cause (à leur conduite) ; ils réunirent alors tous Les bhiksus etfirent une enquête sur la raison de ces faits. Le bhiksu en question raconta tout ce qui s'était passé. Alors on formula le précepte que, à partir de ce jour, quand des bhiksus prendraient leurs repas ils devraient tous ménager quelques restes pour les donner aux êtres animés et n'auraient pas la permission de tout manger. Telle est l'origine de la charité qu'on fait à ceux qui demandent de la nourriture.

(Trip, XIX, 7, p. 23 ve.)

Autrefois il y avait une tortue qui se trouva en un temps

de sécheresse ; les lacs et les marais furent mis à sec et elle ne pouvait d'elle-même se rendre dans un endroit où elle aurait à manger. Or une grande grue vint se poser à côté d’elle. La tortue implora sa pitié et la supplia de la sauvér. La grue la saisit dans son bec; en volant, elle passa au-dessus d’une ville ; la tortue ne garda pas le silence et lui demanda: « Qu'est ceci ? Qu'est cela ? » et ainsi de suite sans s'arrêter. La grue alors voulut lui répondre; mais son bec s’ouvrit et aussitôt la tortue tomba sur la terre. Des gens la prirent, la tuèrent, la dépecèrent et la mangèrent. Aux hommes stupides et sans réflexion, qui ne veillent pas sur leur bouche et sur leur langue, s’applique cet apologue. |

CHrIDS RER 7 pe 28%)

Autrefois un cramana ordonna à un homme du commun de lui raser la tête ; quand cet homme eut fini de lui raser la tête, il se prosterna le visage contre terre en disant : « Je souhaite que, dans une vie ultérieure, on rende mon cœur pur etsage comme celui de cereligieux. » Le religieux dit : « Cet acte vous fera avoir une sagesse qui dépasse la

fete

Page 1