‹ Cinq cents contes et apologues (volume 4)Chapitre 88 sur 93 · F : (CN · texte numérisé non relu

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rent, pour la nuit, dans le temple d'une divinité qu’ils rencontrèrent ; dans la chambre, il y avait les images de démons et d’esprits auxquelles les habitants du pays, tant

fonctionnaires que gens du peuple,rendaient un culte.

Quatre des voyageurs dirent : « Maintenant c’est le soir et il fait grand froid ; il nous faut prendre ces hommes de bois et les brüler pour faire cuire nos aliments. » Le cinquième voyageur dit : « Ce sont là des objets auxquels on rend un culte; il ne faut pas les détruire. » Alors ils renoncèrent à leur projet et ne brisèrent pas (les statues).

Dans cette chambre, il y avait des démons qui avaient l'habitude de manger les hommes; ils se dirent entre eux: « Il nous faut précisément dévorer cet homme-ci, car cet homme-ci nous craint, tandis que les quatre autres sont si méchants, qu'on ne saurait leur faire du mal. » L'homme qui avait fait ces remontrances pour qu'on renonçât à détruire les idoles, entendit pendant la nuit, les paroles des démons; il se leva et appela ses compagnons en leur disant : « Pourquoi ne pas prendre et briser ces idoles afin de faire cuire nos aliments ? » Ils les prirent donc et les brülèrent. Les démons mangeurs d'hommes s’enfuirent aussitôt en courant.

Un homme qui a étudié la sagesse doit toujours affermir son cœur et sa pensée et ne pas se laisser aller à la lâcheté et à la faiblesse qui permettent aux démons de prendre l'avantage sur les hommes.

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Autrefois, il y eut un roi qui abandonna son royaume et alla se faire cramana; au milieu des montagnes, il se livra

à des méditations excellentes; des herbes mao lui formaient une hutte; des herbes p'ong et hao lui faisaient une natte; il songea qu'il avait atteint son but et s’écria en éclatant de rire : « C’est merveilleux ! » Un religieux, qui était à côté de lui, lui demanda : « Vous vous émerveillez de votre joie; or, maintenant vous êtes tout seul, assis dans la montagne, à étudier la sagesse; quelle joie pouvez-vous avoir ? » Le cramana répondit : « Du temps que j'étais roi, j'avais beaucoup de soucis; tantôt je craignais qu'un roi voisin ne m’enlevât mon royaume; tantôt je craignais que des gens ne vinssent me dépouiller de mes richesses; tantôt je craignais d’être l’objet de la cupidité des hommes ; constamment je redoutais que mes sujets ne fussent avides de mon argent et de mes joyaux, et ne se révoltassent instantanément. Maintenant que je suis devenu cramana, il n’y a personne qui ait à mon égard des sentiments de cupidité. Je m'en émerveille plus qu’on ne le saurait dire. C’est pourquoi je dis : « C’est merveilleux ! »

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Autrefois, il y avait un roi qui aimait fort la sagesse et la vertu. Constamment il allait tourner cent fois autour d’un stüpa. (Un jour qu’) il n'avait pas terminé (ses tours), le roi d’un pays voisin vint l’attaquer pour lui enlever son royaume; les ministres qui étaient à ses côtés avaient grand'peur; ils vinrent dire au roi: « Des troupes en armes sont arrivées ; à roi, cessez cette (cérémonie de) tourner autour du stüpa; revenez aviser aux moyens de repousser ce puissant ennemi. » Le roi dit : « Laissez

venir ces soldats ; pour moi, je ne m'arrêterai pas. » Son cœur et sa pensée étant comme auparavant, il Cobdne à) tourner autour du stüpa. Avant qu’il eut terminé (ses tours),

les soldats se dispersèrent et se retirèrent. Ainsi, quand un homme a une résolution bien arrêtée qui remplit son cœur, il n’est aucun (obstacle) qui ne soit détruit.

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Autrefois, il y avait un roi, qui, dans ses sorties, allait toujours rendre hommage au Buddha, sanséviter la boue, ni la pluie. Les ministres qui étaient à ses côtés en étaient chagrins et se disaient entre eux : « Quelle est l'idée qu’a le roi pour se tracasser ainsi ? » Le roi entendit leurs propos et, de retour dans son palais, il donna l'ordre à ses ministres d’aller lui chercher cent têtes d'animaux et une tête d'homme. Quand les ministres eurent dit au roi que c'était fait, le roi ordonna qu'on mit en vente (ces têtes) sur la place du marché; toutes se vendirent, à l'exception de la tête d'homme.

Les ministres vinrent dire : « Quand nous avons mis en vente les cent têtes d'animaux, elles se sont toutes vendues; mais cette tête d'homme puante et pourrie na trouvé aucun acheteur. » Le roi dit aux ministres qui l’entouraient : « Vous autres, ne comprenez-vous pas ? Auparavant, quand je passais à l'endroit où était le Buddha, et que je rendais hommage au Buddha, vous disiez : Le roi a des idées qui lui causent du tracas. Je désire que vous sachiez qu'il en est de moi comme de la tête; cette tête d'homme mort toute souillée est nécessaire pour rechercherle bonheur, et pour pouvoir obtenir (de naître) en haut parmi les

devas; mais vous autres, dans votre stupidité, vous ne le Re : comprenez pasetvousdites au contraire que je me donne du tracas. » Ses ministres qui l’entouraient lui dirent : « En

vérité, Ô grand roi, vous avez raison. » Ils se prosternèrent la tête contre terre et s’excusèrent de leur faute en A disant : « Nous vos sujets, dans notre stupidité, ne pou- … vions atteindre (à une telle sagesse). » Plus tard, quand le

roi sortit de nouveau, ses ministres descendirent tous de. ï cheval pour adorer le Buddha et prirent Le roi pour modèle. …

CEPIDSRAES.- 7, p'20E.)

Autrefois, il était un roi qui, lorsqu'il sortait pour se promener, descendait en toute hâte de son char toutes les fois qu'il rencontrait un çramana et lui rendait hommage. Un religieux lui dit : « O grand roi, n’agissez pas ainsi; vous ne devez pas descendre de votre char. » Le roi : répliqua : « Je monte; je ne descends pas; voici pourquoi | je dis que je monte et que je ne descends pas : en rendant maintenant hommage aux religieux, je devrai, quand ma vie sera finie, naître en haut parmi les devas; telle est la raison pour laquelle je dis que je monte et que je ne descends pas. »

CPP REX 7 D-0205 12)

Autrefois, un homme étant mort, son âme revenait carresser ses vieux 0s. Quelqu'un qui était près de là lui

demanda : « Vous êtes déjà mort; à quoi bon revenir carresser ces os desséchés ? » L'âme répliqua : « C’est là mon ancien corps; ce corps n'a pas tué d'êtres vivants, n’a pas dérobé, n’a pas commis de débauches avec autrui, n’a pas été déloyal, n’a pas proféré d’injures méchantes, ni prononcé des mensonges ou des paroles insidieuses; il n’a été ni jaloux, ni colère, ni insensé. Après sa mort, j'ai obtenu de naître en haut parmi les devas; tout ce que je désire se réalise spontanément et ma joie est sans limite; c'est pourquoi j'aime et j'estime (ce corps). »

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Autrefois, dans un royaume étranger il y avait un çramana qui, au milieu des montagnes, se livrait à la pratique de la sagesse. Un démon se transforma en un homme sans tête et vint se présenter à lui. Le çramana lui annonça : « Vous êtes dispensé de souffrir des maux qui proviennent de la tête; les yeux sont ce par quoi on voit les couleurs; les oreilles sont ce par quoi on entend les sons; le nez est ce par quoi on perçoit les odeurs; la bouche est ce par quoi on reçoit les saveurs. Être privé de tête, n'est-ce pas une joie unique ? »

Le démon, s'étant retiré, se changea derechef en (un homme) qui n'avait pas de corps, mais qui avait seulement des mains et des pieds. Le çramana lui dit: « Celui qui n'a pas de corps ne connaît pas les douleurs et les démangeaisons ; étant dépourvu des cinq viscères, il ne connait aucune maladie. N'est-ce pas là une joie unique ? »

Le démon se retira de nouveau et se changea derechef en un homme sans mains ni pieds qui, en se posant sur

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un côté et en tournant à la façon d'une roue de char, vint M auprès du çramana. Le religieux lui dit: « C’estune grande joie de n'avoir ni mains ni pieds; on ne peut aller prendre le bien d’autrui. Quelle joie n’est-ce pas là ? » Le démon

dit: « Ce cramana conserve un cœur constant et inébranlable. »

Le démon alors se changea en un homme de belle apparence et vint mettre son visage sur les pieds du religieux

en lui disant : « O religieux, puisque vous avez su si bien.

garder la fermeté de votre pensée, maintenant l’objet de votre étude sera entièrement réalisé avant qu'il soit longtemps. » Le visage posé sur ses pieds, il l’adora, puis se retira.

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(Ep XC" 7,D25 10.)

Autrefois un çramana se livrait dans la montagne à la pratique de la sagesse. Son vêtement intérieur s'étant détaché et étant tombé à terre, il regarda avec soin tout autour de lui, attira doucement son vêtement etse rhabilla. Un esprit de la montagne sortitet dit au religieux : « Dans ces parages il n'y a aucun habitant; quand votre vêtement est tombé à terre, pourquoi vous êtes-vous tapi pour vous rhabiller ? » Le çramana lui répondit : « Les esprits de la montagne me voyaient; moi-même aussi je me voyais; en haut, le soleil, la lune et tous les devas me voyaient. Selon les convenances, il ne faut pas que le corps soit nu; celui qui n’a pas de pudeur n’est pas un disciple du

Buddha. »

(Trip., XIX, 7, p. 25 r°-ve.)

Autrefois il y avait six hommes qui étaient compagnons ; tous ensemble tombèrent dans les enfers et se trouvèrent dans une même marmite. Ils voulurent tous déclarer quelle était leur faute originelle. Le pre mier d’entre eux dit : cha ; le second dit : na; le troisième dit : che; le quatrième dit : chôü; le cinquième dit kou; le sixième dit l’o-lo. Le Buddha les vit et se prit à rire ; Maudgalyâyana lui ayant demandé pourquoi il riait, le Buddha luirépondit : « Il y avait six hommes qui étaient compagnons ; ils tombèrent ensemble dans les enfers et se trouvèrent réunis dans une même marmite. Chacun d’eux voulut déclarer quelle était sa faute originelle, mais, à cause des soubresauts de l’eau qui bout, ils n’ont pu prononcer chacun plus d'un mot: après avoir prononcé le premier mot, chacun d'eux est retombé au fond (de la marmite). Le premier homme a dit cha ; (cela signifie :) Une durée qui est dans le monde de soixante centaines de mille de myriades d'années n’est comptée dans (l'enfer) ni-li(niraya)que comme un seul jour; quand donc (ce tourment) prendra-t-il fin (1) ? Le second homme a dit na; (cela signifie :) Il n'y a pas de terme fixé et moi aussi je ne sais pas en quel temps je serai délivré (2) ; le troisième homme a dit che; (cela signifie :) Hélas! il me fallait avoir de quoi subvenir à mes besoins, et, dans ces circonstances, je ne sus pas maitri-

1) Le premier homme a dit cha, initiale de sasti, soixante (Sylvain

( Lévi

vi).

2) Le second homme a dit na qui est la négation (Sylvain Lévi.

ser ma pensée et dérober une part aux cinq personnes (1) pour la présenter en offrandes aux trois Vénérables ; mon avidité stupide n'était pas satisfaite ; maintenant, à quoi sert le repentir ? Le quatrième homme a dit chô ; cela signifie : Pour gagner ma vie, je n’eus pas une intégrité absolue; mes richesses appartenaient (en réalité) à d’autres hommes ; cela a fait que j'endure ces tourments. Le cinquième homme a dit ou; (cela signifie :) qui me prendra sous sa protection et me fera sortir du milieu des enfers(2)? Alors je ne violerai plus les défenses de la sagesse et je pourrai naître en haut parmi les devas et me réjouir. Le sixième homme a dit lo-lo; (cela signifie :) en ce qui concerne cette action, au début je ne l’ai point faite avec intention; je suis comme le conducteur de char qui a perdu sa route et qui s’est engagé dans un mauvais chemin; il brise l’essieu de son char et ses regrets ne peuvent y por- ter remède.

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