‹ Cinq conférences sur l'encyclique de Léon XIII de la condition des ouvriers [microforme]Chapitre 4 sur 80 · Pour l'individu, lequel, en travail · texte numérisé non relu

Pour l'individu, lequel, en travail

lant n'a qu'un but, conquéïir un bien qu'il possèdera en propre. Car lorsque un homme travaille pour autrui, ce n'est pas, sauf exceptions, pour autrui qu'il se dépense, mais pour lui-même, afin de pour voir acquérir un salaire dont il disposera pour la satisfaction de ses bei;oins et même de ses caprices. Ce salaire, c’est

QUESTION OUVRIÈRE Oi

son travail transformé: et, comme il est maître de ses puissances, ainsi doit-il être maître de son gain. Or, si avec son salaire il lui arrive d'acheter une terre, sa propriété, tout en changeant d'objet, n'en reste pas moins son salaire transformé.

Qu'importe, en effet qu'un travail soit payé en argent, en pain ou en terre ?

Personne n'en souffre, car on ne l'enlève à personne pour la donner à l'ouvrier ; c'est une compensation volontaire de son travail.

Que si, sous prétexte que la terre appartient à tous, vous enlevez à l'ouvrier le droit de l'acheter, vous lui ôtez, du même coup, tout espoir de bien être et d'un sort meilleur et tout motif d'économie.

Qu'est-ce, en eflet, ce qui distingue l'homme de la bête, sinon la prévoyance ?

La bête, obéissant aux suggestions de son instinct, vit au jour le jour et sous la pression de ses besoins. Mais l’homme;

loué d'intelligence et de réflexion, calcule. Il sait, par exemple, qu'en hiver la terre inféconde ne lui procurera plus d'aliments; c'est pourquoi il juge sage d'en amasser pendant l'été.

Or, c'est justement ce qu'il fait par l'économie ; car argent ou aliments c’est tout un. L'homme, en sa qualité d'être intelligent, prévoit dans l'avenir, et s’efforce, dans le présent, d'amasser assez de fortune pour être assuré de ne pas mourir de faim sur ses vieux jours, ou même simplement pour se procurer une existence plus douce.

Mais, un des moyens de parvenir à ce but légitime c'est de posséder définitivement la terre au lieu d'en être un usufruitier temporaire, c'est-à-dire précaire, “Les nécessités de l’homme, dit Léon XIII, ont de perpétuels retours. Satisfaites aujourd'hui elles renaissent demain avec de nouvelles exigences. Il a donc fallu, pour qu'il put y faire droit en tout

temps, que la nature mit à sa disposition un élément stable et permanent, capable de lui en fournir perpétuellement les moyens. Or, cet élément ne pouvait être que la terre avec ses ressources toujours fécondes.”

Et qu'on ne dise pas que l'Etat, s'il était seul à posséder la terre, fournirait à tous nos besoins; ce serait revenir à l'esclavage du temps des Pharaons, comme nous le verrons tout à l'heure.

La propriété est également de droit naturel pour la famille.

2. En effet, qu'est-ce que la famille sinon la prolongation de l'individu ? L'homme se survit dans cet autre lui-même qu'il appelle son fils.

L'homme, devenu père, a contracté.

de par Dieu et de par la nature, des obligations envers ses enfants. Il est tenu de les nourrir et de les élever de son mieux selon son rang, de pourvoir, autant qu'il est en lui, à leur bonheur. St

la prévoyance pour lui-même, dont nous parlions tout-à-l'heure, est une preuve de son intelligence, la prévoyance pour ses enfants devient un grave devoir. Ces petits enfants à qui il a donné la vie, il faut qu'il les accompagne à travers les écueils dont la vie est semée, c’est-à-dire, qu'il leur crée, autant que possible, un patrimoine qui leur rende facile cette traversée périlleuse. Voilà le devoir du père. La propriété lui devient, dès lors, non seulement permise mais nécessaire.

Quant à l'Etat, son devoir, loin de contrecarrer ce devoir antérieur de la famille consiste à le faciliter, à le suppléer au besoin, comme dans le cas des orphelins qu'il ne saurait laisser périr.

On ne prétend pas nier, sans doute, que le pouvoir de l’homme sur la terre soit limité. Dieu a sur toute créature le pouvoir suprême, domintum supremum ; il en fait ce qu'il veut. L'Etat, après lui, garde sur le sol un pouvoir de souve-

raineté, domintum allum, qui lui permet:

toujours d'en disposer en cas de force majeure et pour le bien public: cession de territoire, expropriation.

Mais, ces réserves faites, qui ignore que la terre n'a de valeur que par le travail de l'homme? Que vaut aujourd'hui le Sahara? Rien. D'où vient que dans cette Puissance du Canada, des acres de terre se vendent des centaines et des milliers de piastres, tandis que d'autres se donnent pour presque rien? Toute cette différence provient de l’industrie humaine.

Lorsque l'homme prend une terre vierge, elle est inculte et inféconde : elle ne produit rien, elle ne vaut donc rien.

Il la travaille, il l'arrose de sa sueur, il la transforme ; et voilà que, à la place des ronces et des fougères croissent de riches moissons. Ces moissons sont son bien le fruit de son intelligence et de ses bras.

Et vous voudriez que cette terre, ainsi

transformée et mise à point par lui, passât ensuite à un autre ?

Permettez-moi une comparaison plus sensible. Voici, par exemple, du minerai, du bois, de l’eau. Tout cela est à l'état de nature; je n'ai dessus d'autre droit que le droit commun. Fort de ce droit commun quine m'exclut pas, je prends du bois et je fais du feu, je prends du minerai que je fonds et que je transforme en rails et en locomotive: dans cette locomotive je verse de l’eau, laqueile, devenue vapeur, la pousse en avant sur ses rails à travers les campagnes. Qui prétendra que mon travail n’a pas transformé ma matière première et que cette machine n'est pas à moi ?

Cette propriété n’est point une usurpation, une injustice: elle découle de la loi naturelle, quoi qu'en disent les déclamateurs. C’est pourquoi tous les peuples, tous les siècles, toutes les lois civiles, la loi même de Dieu sont restés d'accord

sur ce point et ont promuloué ce précepte :

“ Tu ne convoiteras point le bien de ton prochain.”

Après avoir démontré la légitimité de la propriété, nous pourrions dès maintenant rendre notre jugement. Mais il vaut mieux étudier d’abord le fameux programme du socialisme et ses conséquences; sa propre absurdité le réfutera bien mieux que tous nos raisonnements.

Exposition et réfutation du système socialiste.

Nous ne prendrons pas au sérieux le socialisme naïf de ceux qui prétendent simplement diviser la fortune publique en autant de parts qu'il y a de citoyens.

I] faudrait évidemment recommencer tous les mois le partage, car les paresseux, les imprudents, les joueurs, les ivrognes perdraient tout; en ce cas, à quoi bon travailler ? Si, au contraire, le partage se

faisait une fois pour toutes, il arriverait qu'au bout de quelque temps, il y aurait des riches et des pauvres comme aujourd'hui. |

D'ailleurs les socialistes innocents qui parlent ainsi se font sans doute de grandes illusions sur la part de fortune publique qui leur reviendrait. Prenons, par exemple, la France, le plus riche pays du monde après l'Angleterre. Sa fortune est évalué à quatre-vingt milliards de francs. Savez-vous combien il reviendrait, tout partage fait, à chacun de ses quarante millions d'habitants, chiffre rond?

Deux mille francs, (quatre cents piastres) !

Voilà bien de quoi bouleverser le genre humain.

Parlons maintenant des socialistes sérieux. Leur système s'appelle le collectivisme.

D'après ce système tous les biens et tous les produits appartiendraient, non à

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l'individu mais à la collectivité: l'Etat, dispensateur officiel de ces biens, distribuerait à chacun selon ses nécessités.

D'un autre côté, chaque individu serait tenu de travailler pour l'Etat selon ses forces et ses aptitudes. De même pour les enfants. Elevés d'après les aptitudes qu'ils déploieraient, ils donneraient, dans l'avenir le summum de produits possible.

En un mot, la nation serait transformée en une gigantesque société coopérative dans laquelle chacun contribuerait pour sa part de travail et bénéficierait de sa part de revenus.

Voilà, exposé aussi sommairement et aussi clairement que possible, la théorie collectiviste.

Tout d'abord, il s'élève une petite difficulté. Dans une société coopérative ordinaire, s'il est vrai que chacun est rétribué selon son travail et touche sa part des bénéfices de la société, il s’en faut

que cette part soit égale pour tous.

L'ingénieur, par exemple, reçoit beaucoup plus que le simple manœuvre à cause de la plus grande valeur de son travail personnel.

En sera-t-il de même dans le plan de l'Etat socialiste ? Paiera-t-on d'avantage un supérieur & moins un employé subalterne ? Cela semble fort raisonnable.

Mais alors croule le grand principe de la satisfaction des besoins, et l'on revient au principe réactionnaire de la disproportion des salaires; on rétablit la hiérarchie, on fait de la nation une grande armée, une grande administration; on transforme tous les citoyens en fonctionnaires. Creusons cette idée, et établissons, si vous le voulez bien, une échelle des salaires plus ou moins vraisemblables.

Prenant pour base le salaire d'un ouvrier ordinaire, nous aurons à payer annuellement :

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FOUT OUVHÉEE ss ei, 630 ” “UD COMMIS sara ses). 0006:

‘un employé supérieur..... 1,200, F HIPSÉMEUT ES ee 2000:

“un grand entrepreneur.... 6,000, “un député ministre......,. 8,000, FU ANS ss series re 10000:

Pour un roi ou un président bien d'avantage.

Mais alors où est l'évalité, et quelle différence d'avec aujourd'hui? Poursuivons néanmoins.

Chaque samedi sir, les trente-huit millions de citoyens français s'en iront frapper aux innombrables ouichets de l'Etat pour toucher leur paie. L'Etat d'ailleurs devra tenir partout des bureaux et des magasins de toute espèce, comme il tient déjà en France des débits de poudre, de timbres et de tabac. C'esi avec le produit de ses ventes qu'il effectuera ses paiements.

Vous le voyez, Messieurs, de beaux jours sont réservés au fonctionnarisme et à la bureaucratie. Pourquoi se plaindre alors de la multitude déjà trop grande des fonctionnaires ? Pourquoi demander que les fournitures publiques soient commandés à l'industrie privée qui travaille mieux et moins cher que l'industrie officielle ? Mais cela est peu de chose auprès des inconvénients que je vais vous signaler. Dans l’état actuel de la société lorsqu'un employé est mécontent de sa situation il peut la quitter; lorsque au contraire il déplait on peut le congédier ; mais dans le système préconisé il n’y à point de place pour de telles options: on ne peut faire ce qui plaît parce qu'il plairait à tous de ne rien faire; on fait ce pour quoi votre aptitude est reconnue. D'autre part, lorsque vous êtes paresseux ou inc:pable on ne peut vous chasser; où iriez-vous, en exil? ni vous mettre en prison ; la prison pour incapacité ? Je vois

donc là comme conséquence nécessaire :

pour l'Etat, l'emploi forcé et pour l'individu, le travail forcé; quelque chose de pire que les work-houses d'Angleterre. Où est alors la liberté ?

Si du moins l'égalité y gagnait: mais cest tout le contraire; vos supérieurs seront organisés en hiérarchie comme une armée dont vous seriez un humble membre.

Il faut donc abandonner ce plan des salaires gradués et de la hiérarchie et en chercher un autre meilleur.

Revenons, s'il vous plaît, aux vrais principes socialistes, donnons à chacun, non d’après la valeur de son travail, mais selon la mesure de ses besoins. C'est ainsi qu'on agit dans les Ordres religieux.

Voilà bien l’évalité, n'est-ce pas ?

Mais ici surgit une nouvelle difficulté.

Ces besoins, qui les mesurera ? Les supposerez-vo'is uniformes, ou varieront-ils selon les positions? S'ils varient, vous

reconstituez à nouveau l'échelle des salaires et vous retombez dans la vieille ornière dont il faut à tout prix se tirer:

un ministre qui a des frais de représentation, recevra bien plus qu'un ouvrier. $;, au contraire, vous les supposez uniformes pour tous, il vous faudra nécessairement tomber dans l'absurdité contraire ; donner à un ministre une piastre par jour comme à un ouvrier: et alors commet fera-t-il face à ses obligations ?

Ce serait le véritable moyen assurément d'éteindre cette soif d'ambition qui dévore l'humanité. Donnez à tous les citoyens un salaire unique ; et aussitôt les écoles se videront. Plus de lettres, plus de sciences, plus d'arts; plus même de ministres, ce qui est un comble. Plus de généraux dans les armées. Il faudra Îles recruter comme de simples fantassins par le tirage au sort.

Quél spectacle curieux se présente à mon #nagination ! Je vois déjà abandon-

nés tous les métiers dangereux ou pénibles; je vois les navires enchainés au rivage faute de matelots, les maîtres assis à la porte de leurs écoles vides, les champs désertés. La grande ambition des gens prudents sera d'obtenir une douce sinécure, celle de garde-barrière par exemple, sur le bord d'une voie ferrée où les trains ne marcheront:plus faute de cornmerce et que les voitures ne traverseront plus faute de marchandises. Voilà le nouvel] idéal socialiste.

Qui ne sait, en effet, que le travail a le profit pour mobile et qu'il est proportionné au gain qu'on espère. Travailler pour l'amour de Dieu est toujours bien rare chez les chrétiens. Comment le demander à des socialistes qui ne croient pas en Dieu ?

IT est inutile d'insister plus longtemps :

vous comprenez clairement l'absurdité de leur système. Je n'ajouterai qu'un mot.

Parmi les socialistes il en est beaucoup de plus adroits et de moins candides.

Ceux-là ne se font pas d'illusions sur le succès de leurs théories. Ils se réconcilieraient volontiers même avec la société ; à une condition, cest que de pauvres qu'ils sont ils devinssent riches. Si Messieurs les millionnaires consentent à leur passer leurs millions ils consentiront de leur côté à tolérer la richesse. Voilà pourquoi ils prêchent la révolution. Que peuvent-ils perdre ? rien ; que peuventils gagner ? beaucoup; car ils savent bien

Le ,

que c'est dans des eaux troublées que le pêcheur habile fait ses meilleurs coups.

C'est, hélas! pour la plupart, le dernier mot des revendications sociales.

Qu'est-ce à dire? Les socialistes ontils tous les torts ? Cette propriété dont nous avons montré le caractère juste e:

sacré, n'a-t-elle pas, par quelque endroit prêté le flanc à des attaques fondées ?

Assurément, Messieurs.

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Il y a aujourd'hui deux sortes de propriétés : la propriété légitime qui a droit à tous nos respects, et la propriété mal acquise que nous abandonnons volontiers aux revendications populaires.

C'est par cette dernière étude que nous terminerons notre conférence.

La propriété usuraire.

Au commencement de son Encyclique le St- Père a prononcé des paroles extrèmement graves. Il a parlé de maîtres inhumains et cupides qui drainaient la fortune publique par le monopole et l'usure, et réduisaient la multitude des travailleurs à une condition presque servile.

C'est qu'en effet, Messieurs, les diffcultés déjà 5i considérables de la question sociale, en elle-même, ont été terriblement agoravées par le fait des mauvais riches.

Il faut l'avouer, la plupart des plaintes des ouvriers sont fondées ; leurs maux

surpassent mème souvent leurs plaintes, comme dans le cas du travail du dimanche. Je crois pouvoir affirmer sans exagération que l'oppression qui pèse actuelement sur la classe ouvrière est plus lourde au'elle n'a jamais été depuis loagtemps et certainement qu'elle n'était à l'époque de la Révolution française. Je n'en veux qu'une preuve qui me semble péremptoire. A la veille de la Révolution, il y a cent ans, la noblesse était ruinée, ses biens passaient au peuple, le clergé seul tenait bon, quoique entamé,

Aujourd'hui, après cent ans de liberté et d'un progrès matériel qui ont fait grandir le commerce dans des proportions inouies, c'est le peuple qui se ruine et la bourgeoisie qui s'enrichit. Les fortunes de quelques particuliers s'enflent d'une façon colossale au dépens des masses.

Dans chaque pays, une centaine d'homm?s détiennent à eux seuls, la moitié de Îa fortune publique. Voïià des faits indiscu-

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tables et plus éloquents que de longs discours.

Comment cela se fait-il, me direz-vous ? Ecoutez-moi, je vais vous énumérer quelques-uns des nombreux moyens dont se servent les princes de la finance pour piller le peuple et arnondir leur fortune.

Commençons par le coup de Bourse.

Supposez-vous en France, à l'époque de l'expédition du Tonkin. Sa rente 5 p. c.

est montée à 109. Tout-à-coup arrive par le câble la nouvelle d'un désastre, l'armée expéditionnaire est obligée de battre en retraite devant quarante mille Chinois; il faut envoyer des renforts ou évacuer le pays. Grande panique à la Bourse ; la rente tombe de 109 à 102 ; les Provinciaux envoient l'ordre de vendre à tout prix. Les Juifs dela haute Banque achètent pour cent millions, à crédit, bien entendu.

Quelques jours après des nouvelles plus rassurantes arrivent; les Chinois ont

été facilement contenus. La Bourse, reprenant confance, d'un bond remonte-à

Ovelle est la morale de tout cec” Messieurs? c'est que, grâce à un petit télégramme, les Juifs ont fait sur l'épargne française une rafle de huit millions.

Continuons par le coup du Panama.

On fonde une société pour l'ouverture du canal. Les ingénieurs font un rapport favorable. L'argent abonde. Chaque semaine le journal officiel de la Compagnie donne Îe compte-rendu de l'état des travaux. Tout marche à merveille. Les inspecteurs, ayant à leur tête le Grand Français, se transportent sur les lieux ; en reviennent ravis et déclarent que la France n'a jamais fait si bonne et si gloricuse affaire. Pendant ce temps les emprunts continuent ; huit cent mille actionnaires souscrivent treize cent millions de francs.

QUESTION OUVRIÈRE sl

Puis, soudain tout s'écroule. Le peuple se réveille ruiné. Quelque centaines de millions avaient été engloutis dans ces marais de Panama, mais autant ou plus s'étaient égarés dans les coffres-forts de la finance parisienne.

Passons au coup du monopole. On achète toutes les mines de cuivre du monde, puis on suspend la vente pour faire monter les prix. Le monde entier est volé. Il est vrai que cette fois le peuple a eu la consolation de voir les voleurs se voler les uns les autres.

Mais laissons ces exemples fameux pour d'autres moins éclatants mais d'un intérêt plus vif et plus personnel.

Voici la saison des affaires qui commence. Les grandes maisons qui dominent le marché font savoir là-bas dans les campagnes appauvries qu'elles ont de l'ouvrage en abondance. Aussitôt les chemins se couvrent de multitudes pressée comme des bataillons de sauterelles, et

affimées conme elles. Elles arrivent, mais, Ô désespoir! de travail presq.< point. Il faut manger pourtant. Alors les prix baissent. Je travaillerai pour une piastre, pour trois shellings! Ceux qui trouvent emploi à ce prix s'estiment encore heureux. En revanche, si les salaires ont baissé les heures de la journée ont augmenté jusquà près de douze.

N'est-ce pas une ingénieuse compensation ? Qu'en pensez-vous ?

C'est là, Messieurs, ce qu'on appelle le coup de l'offre et de la demande.

Eh bien, écoutez la réponse du Pape à une consultation sur ce sujet : “ Recruter, dit-il, des ouvriers à un taux inférieur à ses nécessités en profitant de la misère de ces ouvriers pour le leur imposer en vertu de la loi de l'offre et la demande est contraire à la justice commutative.”

Vous êtes maintenant édifiés, et vous saurez bien désormais que si l'Eglise catholique protège la propriété, c’est de la

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vraie propriété qu'il s'agit. Quant aux millions si criminellement acquis par les procédés que je viens de décrire en quelques mots, ce n’est pas la propriété, c'esé le vol.

Ah! je comprends pourquoi, dans nos orandes villes d'Europe où s'étale un luxe scandaleux, le nombre des vols et des assassinats augmente chaque année, Si ces misérables qu'on traîne devant les juges savaient parler, écouter ce qu'ils diraient au bourgeois qui les accuse.

“ Je suis un homme comme toi; j'ai la même âme, le même cœur. Tu es né dans un palais et moi dans une chaumière.

Ton enfance a été entourée des soins de maîtres savants ; moi j'ai appris à voler mon pain. J'avais une sœur, tu l'as débauchée. Un prêtre un jour me rencontra ; il fit passer sous mes yeux une vision ravissante ; il me promit, si J'étais bon, un bonheur éternel. Tu vins, tu insultas ce prêtre. Tu me dis qu'il mentait, que

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le bonheur est ici-bas pour les habiles, que la mort est l'éternel oubli... Je te crus,... Je regardai ton ventre rebondi, tes joues vermeilles, les diamants de tes doigts, ta vourse pleine, et puis je me vis nu, affamé....

C'est toi qui l'as dit: Le bonheur est ici-bas au plus hatile ; la mort est l’éternel oubli.... Jmbécile! meurs, va-t-en dans l'oubli et donne-moi ton bonheur!

Ma tâche est terminée, Messieurs laissez-moi conclure en vous lisant les paroles mêmes du Pape.

Conséquences funestes de la théorie

sotaliste.

“Mais, en dehors de Finjustice de leur système, on en voit que trop toutes les funestes conséquences : la perturbation dans tous les rangs de la société, une odieuse et insupportable servitude pour tous les citoyens, la porte ouverte à toutes

les jalousies, à tous les mécontentements, à toutes les discordes ; le talent et l’habileté privés de leurs stimulants, et comme conséquences nécessaires, les richesses taries dans leur source; enfin, à.

la place de cette égalité tant rêvée, l'égalité dans le dénuement, dans l’indigence et la misère. |

“Par tout ce que Nous venons dedire, on comprend que la théorie soczaliste de:

ja propriété collective est absolument à répudier, comme préjudiciable à ceux-là.

même qu'on veut secourir, contraire aux.

droits naturels des individus ; comme dénaturant les fonctions de l'Etat et troublant la tranquillité publique. Qu'il reste donc bien établi que le premier fondement à poser par tous ceux qui veulent.

sincèrement le bien du peuple, c’est l'inviolabilité de la propriété privée.” A présent, expliquons où il convient de:

ch :rcher le remède tant désiré.

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