LA PARTICULE NOBILIAIRE
Je suis persuadé que le vrai nom de notre illustre artiste est de Lassas. Pourtant la particule de, dite nobiliaire, est omise aux signatures des lettres de Lassus parvenues jusqu'à nous. Elles embrassent la période 1573 à
Une exception y est faite, dans le billet aux calembourgs sur le mot envie. Ce billet, sans date, est-il postérieur à l'anoblissement du maître par l'empereur Maximilien?
La flatteuse distinction fut octroyée en décembre 1570. Chose singulière ! Le brevet
porte bel et bien Lassus ou Lasso. Cela a donc été une affaire de pure fantaisie que l'adoption tardive du de supplémentaire, inspirée vraisemblablement par le von allemand ?
J'ignore s'il existe un décret qui la sanctionne.
Remarquons cependant que les premières œuvres du compositeur, celles notamment de 1556, parues à Venise, portent le di, au frontispice. Cela pourrait s'expliquer par la manie, commune aux Italiens, d'appeler les étrangers eccelenza, et par le désir des éditeurs péninsulaires de donner une qualification ronflante à leurs auteurs préférés. Lasso tout court, signifiant fatigué, voire même misérable, deux simples lettres alphabétiques coupaient court à une terrible équivoque- La signature authentique de Lassus fera donc provisoirement foi, et servira de base aux discussions qui pourraient surgir à ce sujet.
J'allais oublier le cachet de l'artiste, preuve bien autrement démonstrative encore. Une
simple distraction ou négligence peut imprimer une imperfection temporaire à une signature. Le sceau, arrêté par une mûre réflexion et buriné dans l'acier, est chose immuable en quelque sorte.
Jadis, quiconque savait lire et écrire, avait, comme sûreté de ses correspondances, un petit cachet, auquel on donnait, quand on n'avait point de titres nobiliaires sérieux à exhiber, une physionomie plus ou moins héraldique, à l'aide d'un cartouche dont la forme se rapprochait quasi des blasons légaux et locaux.
J'en ai fait reproduire ailleurs quatre, ayant appartenu à des chantres flamands, faisant partie, en la deuxième moitié du XVIe siècle, de la chapelle archiducale d'Inspruck, au Tyrol. Je ne sache pas que ces humbles artistes fussent nobles, bien que leurs cachets offrent des choses assez héraldiquement coordonnées ; le tout surmonté de leurs initiales.
Le cachet de Lassus est agencé de la
même manière, avec deux rosettes ou étoiles sur la bande inférieure. Au-dessus, les initiales O. L., se traduisant par Orlando Lasso. L'absence du de ou di concorde parfaitement avec celle qui caractérise sa correspondance.
L'une des rosettes équivaut-elle au dièze figuré dans ses armoiries ? L'état fruste des empreintes, examinées par moi, ne permettent aucune solution décisive à ce sujet. Impossible aussi d'y reconnaître le sperone d'oro du pontife romain, la distinction dont il fut gratifié, remontant à 1575.
J'ai fait valoir, il n'y a pas longtemps, certaines raisons plausibles en faveur de l'origine noble de Lassus, et même — ne riez pas — flamande : ce qui n'exclut point, à vrai dire, son tempérament gaulois (1). Je n'y insiste pas ici. Adhiïc sub judice...
(1) Musique aux Pays-Bas, t. VI, p. 437 et sivu.