‹ Cinq lettres intimes de Roland de Lassus, commentéesChapitre 12 sur 14 · STRETTE · texte numérisé non relu

STRETTE

« Oser toucher à une gloire aussi pure !.. » vont m'objecter quelques pointus, toujours prêts à réclamer le bénéfice, inattaquable selon eux, de la pérennité.

Je réponds simplement :

Montrer Lassus s'avouant poltrone, buveur effréné, calembouriste, recruteur de baladins, amateur de grivoiseries... au même titre que l'exhiber se déclarant familier des ducs de Bavière, imprésario, librettiste, acteur, improvisateur delVarte, luthiste, pêcheur à la ligne, joueur à la balle, au

palamaglie... où est, en somme, le mal ? Et n'y a-t-il point là une série de constatations psychologiques précieuses pour l'étude approfondie des œuvres de l'artiste ?

Notre siècle, si friand de révélations, de dissécations, rejette absolument les à-peuprès énigmatiques des vieilles biographies. Il prétend voir le dessous des cartes en toutes choses — en arts spécialement, où l'appréciation d'un chef-d'œuvre appelle, d'absolue nécessité, la caractérisation multiface de son auteur.

Assurément, la réputation d'un artiste n'a rien à souffrir de cette épreuve; au contraire.

Lassus lui-même, s'il revenait parmi nous, s'insurgerait contre cette sorte de divinisation ne varietur vouée à sa mémoire. Il me semble l'entendre se débattant au milieu des nubes et sidéra, dont on s'est plû à l'envelopper, depuis trois siècles :

« Assez d'empyrées, assez d'olympes.

Prenez-moi donc tel que je suis, tel que je

dois être. Homo sum. Qu'ai-je à gagner à cet encens d'outre-tombe ? En vérité, en vérité, je vous l'affirme : l'équilibre moral d'un être humain réside entièrement dans le dicton du joyeux personnage dessiné tout à l'heure : Tutto 'l mundo è fatto corne la nostrafamiglia. » Je m'en tiens à cette courte prosopopée, et c'est par elle que je clôture les présents commentaires.

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