‹ Cinq lettres intimes de Roland de Lassus, commentéesChapitre 3 sur 14 · PLUIE DE FAVEURS · texte numérisé non relu

PLUIE DE FAVEURS

Son admission à la cour bavaroise ne fut point immédiate. Il dut se glisser peu à peu dans les faveurs des princes.

Un obstacle se mit en travers : la langue allemande. Wallon, se servant conséquemment d'un idiome diamétralement opposé à la langue germanique, il eut à subir un rude apprentissage.

A ne lire que ses dédicaces, le résultat en fut surprenant. Mais là, comme pour les dédicaces, latines et italiennes, une main complaisante s'interposa. Je pense même

que son allemand écrit sonnait bien plus désagréablement que son latin.

Il put observer, étudier. Chantre, il était de toutes les parties musicales, au salon comme à la chapelle. Sa voix d'enfant avait été ravissante ; peut-être s'était-elle transformée, depuis, en un ténor délicieux. Autre élément de séduction pour ses maîtres.

Bientôt, à la perfection du chant s'ajouta celle de la composition, qui l'éleva au premier rang. Le maniement de la langue nationale lui devint plus ou moins familier. Admis à enseigner les éléments de son art à la jeune famille bavaroise, il put commencer une série d'assauts, qui finirent par le rendre maître de la place.

Devenu Capellmeister, les faveurs pleuvent de tous côtés. Non-seulement, il a la confiance des ducs, mais il en est le compagnon assidu. Chargé de faire une levée de musiciens aux Pays-Bas, il parvient quasi à tenir en échec Philipe II, qui venait d'ordonner un recrutement semblable pour sa chapelle flamande à Madrid.

Il ramène un convoi d'artistes ai primo cartelio, après avoir profité de son séjour à Anvers, pour y faire éditer une série de compositions admirables.

Arrive le mariage de Guillaume, fils aîné du duc régnant Albert, avec Renée de Lorraine. Cela donne lieu à de splendides fêtes, où les virtuoses flamands et italiens font merveille. Ces derniers avait été recrutés également par les soins de Lassus, car son passage à Ferrare est signalé, quelques mois auparavant, dans un document officiel.

Bals, festins, tournois, cortèges, mascarades, messes et motets, ne discontinuent point, durant une semaine entière. Saisissons au passage un des divertissements scéniques où la musique eut une assez large part.

La parole est au familier du palais : Massimo Trojano. Son récit dialogué revêt ici une forme narrative. J'omets aussi, pour plus de clarté, maint détail oiseux.

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