de Chavigny à Son Eminence
Le Roy parla hier à monsieur de La Rivière aussi bien et aussi fcrtenenl qu'on le pouvait désirer. Jeluy lis meltre par escrit et signer toul ce qu'il luy dit delà part de Monsieur, ainsi que Son Kniinence verra par la copie que je luy envoyé : etlorsqu'il fil difliculté d'obûir aux commandements de Sa Majesté, elle luy parla enmaistre, et il eut si grand"peur qu'on l'arrestàt, qu'il luy prit presque une défaillance, et ensuite une espèce de choléra-morbus dont il a esté guary en luy rasseuranl l'esprit. Le Roy fui ravy de ce que Monseigneur n'eust pis la pensée de voir Monsieur. En parlant à Monsieur de La Rivière, je l'ai fait tomber insensiblement dans le dessein de proposer à Monsieur qu'il confesse ingénuëment toutes les choses par un escrit qu'il envoyera au Roy; pour, après avoir vu Sa Majes;é, s'en aller pendant un temps hors du royaume, avec ses bonnes grâces, et celles de Son Eminence.
11 m'a dit qu'il feroit celle pruposilion à Monseigneur, et qu'il luy demanderoit sa parole, pour la seurelé de Monsieur, au cas qu'en confessant toutes choses par escrit, il vinsl trouver le Roy, pour s'en aller par après hors de France.
En ce cas, son Eminence aura agréable de faire sçavoir à ses créatures si Venise n'est pas le meilleur lieu où puisse aller Monsieur, et quelle somme elle estime qu'on puisse lui accorder par an.
J'envoye à Monseigneur la réponse du Roy, qui doit estro mise au pied de la déclaralion de La Rivière, afin qu'elle soil corrigée comme il lui plaira, et de la mettre entre ses mains quand il passera.
Je scray jusques à la mort sa très -humble, très-obligée et trèsfidèle créature.
OtUYIG.NV A Monlffin, le dernier juin ISH.
Le Cardinal permet à Monsieur de sortir du royaume et d'aller à Venise, et stipule la pension qu'il aura, de façon à le rendre sage.
Blêmoires de MM. de Chavtgny et De» Noyers.
Je ne fais point de difficuilé, si le Roy le trouve bon, de donner parole à M. de La Rivière que, Monsieur, déclarant au Jioy tout ce qu'il sait par escrit, satis réserve, venant voir Sa Majesté avant que de sortir du royaume, selon la proposition que nous en a fait ledit sieur de La Rivière, Sa Majesté le laissera aller librement, sans qu'il reçoive mal, s'il sort du consentement du Roy. Venise est une bonne demeure, et en ce cas, il faut que la permission qu'il demandera au "Sloy de sortir porte : « Pour ne revenir en France que lorsqu'il plaira su Roy nous le permettre et nous l'ordonner. »
Quanta l'argent, je crois qu'il se doit contenter de ce que le Roy d'Esjiagne luy devoit donner, sçavoir : dix mille écus par mois. Car luy donner plus, c'est luy donner moyen de mal faire; et le Roy ne pouvant consentir qu'il meine avec luy les mauvais esprits qui l'onl perdu, il n'a pas besoin davantage pour luy et pour les gens de bien. Cependant, s'il faut passer jusqu'à quatre cent mille livres, je ne crois pas qu'il faille s'arrester pour peu de chose. Je suis entièrement à ceux qui m'aiment comme vous.
Le cardinal de Richelieu.
De Terascon, ce dernier juin 1(512.
Ou monsieur de La Rivière vient avec un simple compliment de parole et une confession de faute déguisée, ou il vient avec charge de descouvrir une partie de ce qui a esté fait :
Si le premier, le Roi doit adjouster foi (ou le témoigner) à ce qu'il dit, et respondre qu'il pardonne volontiers à Monsieur, et que M. de La Rivière luy rapporte ce qu'il a sur la conscience, qu'il n'en doit pas estre en peine :
Si le second, il doit encore lai tesmoîgner de croire que tout ca qu'il dit est tout, et responde : « Ce que vous venez de descouvrir me surprend et ne me surprend pas.
« Il me surprend, parce que je n'eusse pas attendu ce nouveau tcsmoignage de manque d'affection de mon Frère. Une me surprend pas^ parce que M. le Grand, estant pris, s'enquiert fort si on ne ''accuse point d'intelligence avec Monsieur.
a Monsieur de La Rivière, je vous parleray franchement : ceux qui ont donné ces mauvais conseils à mon Frère ne doivent rien attendra de moi, que la rigueur de la justice : pour mon Frère, s'il mo des-
couvre tout ce qu'il a fait sans réserve, il recevra des effelâ de ma bonté, ''omrce il en a déjà receu plusieurs fois par le passé. »
Quelque instance que La Rivière fasse d'avoir promesse d'un pardon général, sans obligation de descouvrir tout ce qui s'est passé, le Roy demeurera dans sa dernière response, luy disant qu'il ne voudroit pas luy-mesme le conseiller de faire plus que Dieu, quirequiert un vrai repentir et une ingénue reconnoissance pour pardonner;
Qu'il luy doit suffire qu'il l'asseure que Monsieur recevra les effets (lésa bonté, s'il se gouverne envers Sa Majesté commeil doit, c'està-dire ainsi qu'il est dit cy-dessus.
On voit que les rôles sont écrits mot pour mot, et que le Roi ne doit rien ajouter ni retrancher. Aussitôt l'agent de Monsielr (La Rivière) accourt, et le Cardinal l'envoie au Roi d'avance dicter sa réponse. Avec quelle souplesse c'oaque personnage obéit au directeur de celte sanglante comédie 1
Les observateurs politiques ne s'endorment pas : ils excitent Louis XIII par tous les moyens possibles contre le bouc émissaire sur qui tout péché doit retomber. On redouble de rigueurs avec le prisonnier.
Des Noyers écrit, le 30 juin 1642, au Cardinal :
Le Roy m'a dit qu'il croit que M. le Grand eût été capable de s? faire huguenot. J'y ai adjousté qu'il se fût fait Turc pour régner et oster à Sa Majesté ce que Dieu luy a si légitimement donné. Sur quoi le Roy m'a dit :
— Je le crois.
Sa Majesté m'a dit ce malin que Treville avoit entretenu M. le Marquis sur l'arrivé do M. le Grand à Montpellier, et qu'en entrant dans la citadelle "1 avoit dit :
— Ah ! Faut-il mourir à vingt-deux ans! Faut-il conspirer contre la pairie d'aussi bonne heure ! Ce qu'elle avoil très-bien reçeu.
M. Des Noyers à Son Éminence.
Paris, le ler juillet.
Sa Majesté est échauffée plus que jamais contre M. le Grand, car elle a seu que, durant sa maladie, ce misérable, que M. le premierprésident nomme fort bien le perfide public, a.yoil dit du Roy :
— Il traînera encore !
Rien n'est oublié pour irriter Louis XIII, quoiqu'il nous soit difficile de sentir le sel du bon mot du premier-président.
Le même homme (Des Noyers) écrit encore le i" juillet 1642, de Pierrelatte :
Sa Majesté continue dans de très-grandes démonstrations d'amou» pour Monseigneur, et dans une exécration non pareille pour r<i malheureux perfide public.
Ainsi le bulletin de la colère royale est envoyé au Cardinal heure par heure, et l'on a soin que la fièvre ne cesse pas. Les parents des deux jeunes gens veulent supplier, on les arrête» M. de Chavigny écrit le 3 juillet 1642 :
L'abbé d'Effiat et l'abbé de Thou venoient trouver le Roy, à ce qu'on nous avoit assuré. Sa Majesté a trouvé bon qu'on envoyast au-devant d'eux pour leur commander de se retirer.
La correspondance est pressante. Le lendemain (4 juilet 1642), le Cardinal écrit de Tarascon :
Les énigmes les plus obscures commencent à s'expliquer : le perfide public confessant, au lieu où il est, qu'il a eu de mauvais des» seins contre la personne de M. le Cardinal, mais qu'il n'en a point eu que le Roy n'y ait consenti; le mal est que la liberté qu'il a eue jusques à présent de se promener deux fois le jour, fait que ce discours commence d'être bien espandu en cette province, ce qui peut faire beaucoup de mauvais effet».
Une crainte mortelle agile le Cardinal qu'on ne vienne à savoir que le Roi a été de la conjuration : il rend la prison plus sévère. Il ajoute :
Ceton, lieutenant des gardes écossaises, âgé de soixante-six ans, a laissé promener M. le Grand deux fois le jour. Il n'y a que trois jours qu'il en usoit encore ainsi, ce qui me feroit croire que les premiers ordres ont été perdus,
M. de Bouillon n'a demandé qu'un médecin et deux valcls de cliambre; le perfide public a six personnes qui doivent être retranchées. Autrement, il est impossible qu'il ne fasse sçavoir tout ce qu'il foudra; jamais prince n'en eut davantage.
Vous parlerez adroitement de ce que dessus, sans vie mellre en jeu aucunement.
Comme il attend avec impatience un bon connnissaire, il dit :
J'attends M. de Chazé, que nous cssnycroiis par M. de Tliou. — Faites-le hâter par le Rhône, car le temps nous presse, et il est nécessaire que je sois icy pour l'aider à ses interrogations, que je lui donnerai toutes diijcrccs.
Comme il faut envenimer la plaie du cœur royal, il n'oublie pas un trait qui puisse porter :
Il est bon que le fideimarquis de Mort eniar dise au Roy comme le perfide public d\s^\i que Fonlrailles avoit dit un bon mot sur ses maladies, sçavoir, est :
— // n'est pas encore assez mal.
Pour montrer comme le perfide et ses principaux conlidcnis estoient mal intentionnez vers le Roy.
On voit que nulle légèreté do propos, nulle étourdorie du jeune favori, vraie ou supposée, n'i st omise par le rus? politique. Cliavigny répond sur-le-champ et dans lei mêmes termes :
Le fidèle marquis n'a pu encore prendre son temps pour dire ce
que M. leCardioa! a mandé : ce sera pour demain; nous verrons ce que le Roy en dira.
Puis, le Icn lemain, le môme Ghavigny écrit à la liàle :
Morlemar a dit tout au long au Roy le motdeM. le Grand. Le Roy n'a pas manqué, aussitôt ouy ce discours, de le rapporter à Ghavigny.
C'est-A-dire à lui-même : Il persifle ainsi Louis XIII sur s:: docilité I
Et je crois qu'il en fait de mesme à M. Des Noyers.
Le Roy m'a commandé expressément de le faire sçavoir à Son Éminence, et luy dire qu'il croyoil M. le Grand assez détestable pour avoir eu une si horrible pensée, et qu'il se souvient qu'il avoit à Lyon phis (le cinquante gentilshommes qui dépendoient de luy.
On n'a rien oublié pour entretenir Sa Majesté enbelle humeni\Le Roy a répété plusieurs fois que M. le Grand estoil le plus grand menteur du monde. Ainsi on peut espérer que l'amitié est bien usée dans le cœur de Louis Xlll.
Le 6 juillet 1642 (que l'on remarque celte rnpiditt'), les deux créatures du Cardinal-Duc, Chavigny et Des Noyers lui disaient le résultat de leurs insinuations :
Nous supplions très-humblement Monseigneur de se mettre l'esprit en repos, et de croire qu'il ne fut jamais si puissant auprès du Roy qu'il est, que sa présence opérera tout ce qu'elle voudra.
Le même jour, le Cardinal-Duc écrit au Roi trcs-humblompnt et sur le ton d'une victime et d'un prèlrc candide que le Roi fléïend.
Son Eminence au Roy.
Ayant sçeu dit-il, la nouvelle descouverte qu'il a pieu au Roy faire du mauvais dessein qu'avoit M. le Grand contre moy, contre nn Cardinal, qui depuis vingt-cinq ans a, par la permission de Dieu,
assez heureusement servi son maistre; plus la malice de ce malheureux est grande, plus la bonté de Sa Majesté paroist. Du septiesma juillet 1642.
El le 7, il fait venir M. do Thou dans sa chambre, l'envoyant chercher dans la prison de Tarascon. J'ai sous les yeux ce curieux interrogatoire, et le donne tel qu'il a été conservé mot pour mot. Il n'est pas superflu de faire remarquer le ton do politesse exquise des deux personnages, dont aucun n'oublie le rang et le caractère de l'autre, et qui semblent toujours avoir dans la pensée leur vieil adage : Un gentilhomme en vaut un nuire.
Interrogatoire et réponse de M. de Thou à Monseigneur le Cardinal Duc, qui l'envoya quérir en la prison du chasteau de Tarascon, (Journal de M. le cardinal de Richelieu, qu'il a fait durant le grand orage de la cour, en Vannée 1642, et tiré des Mémoires qu'il a escrits de sa main 31. DC. XLVIU).
M. LE Cardinal. Monsieur, je vous prie de m'excuser de vousavoir donné la peine de venir icy.
31. DE Thou. Monseigneur, je la reçois avec honneur et faveur.
Après, il lui fit donner une chaise près de son lit.
M. LE Cardinal. Monsieur, je vous prie de me dire l'origine des choses qui se sont passées cy-devant.
M. DE Tiiou. Monseigneur, il n'y a personne qui le puisse mieux sçavoir que Votre Éminence.
M. LE Cardinal. Je n'ai point d'intelligence en Espagne pour le sçavoir.
M. DE Tuou. Le Roy en ayant donné l'ordre, Monseigneur, cela n'a peu estre sans vous l'avoir fait connoistre.
M. LE Cardinal. Avez-vous escrit à Rome et en Espagne ?
M. de Tuou. Ouy, Monseigneur, par le commandement du Roy.
M. LE Cardinal. Estes-vous secrétaire d'Etat, pour l'avoir fait ?
M. DE Tiiou. Non, Monseigneur; mais le Roy me l'avoil commandé, je n'ai peu faillir de le faire.
M. LE Cardinal. Avez-vous quelque pouvoir de cela?
M. LE ThOL'. Ouy, Monseigneur, la parole du Roy, et un cor.imandement de !o faire par escrit.
M, LE Gakdinal. Si est-ce que M. de Cinq-Mars n'en a rien dilT
M. deThou. Il a eu tort, Monseigneur, de ne l'avoir dit; car il a receu le commandement aussi bien que moi.
M. LE Cardinal. Où sont ces coramaaJements?
JI. DE Thou.IIs sont en bonnes mains, pour les produire quand il en sera besoin.
Mais c'est là ce qu'il faut éviter. Le Gardin'il ne veut i)as savoir que le Roi a donné des ordres contre lui. Il demande à Paris des commissaires, un surtout qu'il désigne, M. de Lamon, pour aider M. de Ghazé à de nouveaux inlfrrogaloires dirigés contre ce de Thou si imposant, si forme, si grave, si loyal el si redoutable par sa verlu.
Tandis que ce jeune magistrat parle ainsi, Gaston d'Orléans, Monsieur, le frère du Roi, envoie sa confession et se met à genoux, en ces termes :
Gaston, fils de France, frère unique du Roy, estant touché d'un véritable repentir d'avoir encore manqué à la fidélité que je dois au Roy mon seigneur, et désirant me rendre di^'ne de la grâce et du pardon, j'avoue sincèrement toutes les choses dont je suis coupable.
Suivent les accusations contre M. le Grand, sur qui il rejette noblement toute l'affaire.
Puis une seconde confession accompagne la première , touchant l'autre péché :
Monsieur, frère du Roy à Son Éminence.
D'Aigueperce, le 7 juillet.
Gaston, etc. Ne pouvant assez exprimer à mon cousin le Cardinal de Richelieu quelle est mon extrême douleur d'avoir pris des liaisons e', correspondances avec ses ennemis... je proteste devant Dieu, e' prie M. le Cardinal de croire que je n'ai pas eu plus grande connoissance de ce qui peut regarder sa personne, et que, pour mourir, Je n'auroisjamais preste ny l'oreille ny le cœur à la moindre proposition qui eusl esté contre elle, etc., etc.
La politesse de la frayeur ne peut aller plus loin et plus bas assurément.
Mais le maître n'est pas content fncore de ces mensonges cl de ces humiliations.
11 envoie ses ordres sur ce qui doit être dit par Monsieur, s'il veut qu'on lui | crmelte de rester dans le royaume, et qu'oa lui donne de quoi vivre.
On confrontera Monsieur et M. de Cin^-Mars.
Instructions de Son Emiw.nce.
Quand on amènera M. le Grand au Lieu où sera la personne u9 Monsieur, Monsieur lui doit dire :
«Monsieur le Grand, quoyque nous soyons de différente qualité, nous nous trouvons en mesme peine, mais il faut que nous ayons recours à mesme remède. Je confesse notre faute et supplie le Roy de la pardonner. »
Ou M. le Grand prendra le mesme ch.3min et demeurera d'accord de ce qu'aura dit Monsieur, oii il voudra faire l'innocent ; en quel cas MoNSiELR lui dira :
« Vous m'avez'parlé en tel lieu, vous m'avez dit cela, vous vinstes à Saint-Germain me trouver en mon escurie avec M. de Bouillon (tel etmoy, tels et tels)»... Ensuite Monsieur dira le reste de l'iùstoire.
11 fera de mCme lorsqu'on luy amènera .^1. de Bouillon.
11 se contentera de la promesse de rester dans le royaume, sans jamais prétendre charge ny emploi.
Je dis ceci, après avoir bien pliilosophé sur cette affaire, qxii peut estre celle de la plus grande importance qui suit jamaiê arrivée en ce roijaume de cette 7iature,
Mais Monsieur fait beaucoup de difficultiî de se laisser confronter aux accusés ; il craint de manquer d'assurance devant eux. Le Roi n'ose l'exiger de son frère ; il faut trouver un biais; le chancelier Séguier le trouve et l'envoie bien vite :
J'ai proposé au Roy de mander MM. Talon, conseiller d'Estat et advocat général. Le Bret et du Bignon, qui ont tous grande conn oissince de matières criminelles, pour conférer avec moy sur toutes les propositions que je lui ferai.
L;ur advis est que l'on peut dispenser Monsieur d'être présent à la lecture de sa déclaration aux accusés.
Cet advis est appuyé d'exemples et de raisons ; quant aux exem-
pies nous avons la procédure faite de La Moleet de Coccna?, accusés de lèze-majesté. En ce procès, les déclarations du Roy de Navarre et du duc d'Alençon furent receues et leues aux accusés sans confrontation, encore qu'ils l'eussent demandée.
... Une déposition d'un témoin avec des présomptions infaillibles servent de preuve et de conviction contre un accusé en crime de lèze-majesté : ce qui n'est pas aux autres crimes.
On voit que le chancclk-r y met fort bonne volonté.
SuiU'avis donné par Jacques Talon et Ilicrosmc Bignon et Orner Talon, décidant « qu'aucun fils de France n'a este ouy dans aucun procès, et que leur déclaration sert de preuve sans confronialion. »
Le chancelier reçoit la déclaration de Monsii^ur, en compagnie des juges, sieurs de Laubardemont, Marca, de Paris, Champigny, iMiraunicsnil, de Cliazé et de Sèvo, dans laquelle le duc d'Orléans avoue : avoir donne deux blancs sigiie's à Fontrailles pour traiter avec le rui d'Espagne, à l'instigation de M. le Grand ; il le présente comme ayant séduit aussi M. de Bouillon.
Après ces écrits, le Cardinal est armé de toutes pièces, et sûr du succès, il peut partir. II se rend à Paris; et, tandis que l'on juge à Lyon Cinq-Mars et de Thou qu'il abandonne, il va remettre la main sur le Roi et faire grâce à Monsieur moyennant sa nullité politique, et à M. de Bouillon en échange de la place de Sedan.
Le rapport du procès est très-cuneux à lire et trop volumineux pour être copié ici; il se trouve à la suite des interrogatoires. Le rapporteur charge ainsi M. deCinq-Mars aprèsavoir passé légèrement sur Monsieur et le duc de Bouillon :
Quant à M. le Grand, i! est chargé non-seulement d'estre complice de celte conjuration, mais ensuite d'en estre auteur et promoteur.
M. le Grand empoisonne l'esprit de Monsieur par des craintes imaginaires et supposées par lui. Voilà un crime.
Pour se garantir de ses terreurs, il le porte à 'aire un parti dana l'Estat. Cn voilà deux.
nie porte i s'unir à l'Espagne. C'en est un troisième.
Il leporte à ruiner M. le Cardinal, et le faire chasser de» affaires. C'en est un quatrième.
// le porte à faire la guerre en France pendant le siège de Perpi gnan, pour interrompre le cours du bonheur de cet Estât. C'en est un cinquième.
Il dresse luy-mesme le traité d'Espagne. C'en est un sixième.
Il produit Fontraillesà Monsieur pour estre envoyé pour le traité, et envoyé à M. le comte dAubijoux. Ces 5\i\\.Q?, peuvent être estimée» un septième crime, ou au moins l'accomplissement de tous les autres.
Tous sont crimes de lèze-majesté, celuy qui touche la personne des ministres des princes estant réputé, par les lois anciennes et constitutions des enij)ereurs, de pareil poids que ceux qui touchent leurs propres personnes.
Un ministre sert bien son prince et son Estât, on l'oste à tous les deux, c'est tout de mesme que qui priveroit le premier d'un bras et le second d'une partie de sa puissance.
le livre ces arguments aux réflexions des jurisconsultes. Ils pen?°,ront peut-être qu'il y eût eu quelque réponse à faire si l'on eût regardé comme possible de répondre à ces absurdités d'un pouvoir sans contrôle. Le grand fait du traité d'Espagne suffisait, et je ne transcris ce que le rapporteur ajoute que pour montrer l'acharnement qui lui était prescrit contre l'ennemi, le rival de faveur du premier ministre ».
Si M. de Cinq-Mars eût été moins ardent, moins hautain et plus habile, il ne devait pas se mettre dans son tort en traitan» avec l'étranger. 11 pouvait renverser le Cardinal à moins de frais et sans s'allachcr au front l'écriteau d'o?/ic de V étranger, loujours détesté des nations monarchiques ou républicaines, celui du connétable de Bourbon et de Coriolan. Mais il avait vingt-deux ans et n'avait pas la tète tout entière aux grandes ;;ffaires. Il agissait trop vite, hâté par la passion, contre un
1 . Il 7 a peu de mots aussi involontnirement et cruellement comiques que jjelui-ci répété si souvent : Il le porte à, etc. Monsiecb se trouve ainsi présenté comme un écolier au-dessous de l'ilge de raison et irresponsatilc, que son gouverneur porte à quelques petites erreurs. Gouverneur de vingt-dtux ans, élève de Iretiie-qualre. Sanglant facétie !
homme d'expérience qui savait attendre avec froideur et mettre son ennemi dans son tort.
Sur l'interrogatoire secret.
(Extrait des registres).
M. de Cinq-3Iars advoua à M. le Chancelier que la plus forte pasàion qui Tavoit emporté à ce qu'il avoit fait estùitde mettre hors des affaires M. le Cardinal, contre lequel il avoit une adversion qu'il ne, pouvoit vaincre ny modérer.
Il disoit que six choses lui avoient donné cette adversion.
1. La première, qu'après le siège d'Arras, à la fin duquel il s'estoit trouvé, M. le Cardinal avoit parlé de luy comme d'une personne qui n'avoit pas tesmoigné beaucoup de cœur.
2. Qu'après l'alliance de M. le marquis de Sourdis et de son frère, le Cardinal avoit dit que M. de Sourdis avoit faict honneur à sa maison.
3. Qu'ayant souhaité d'estre faict Duc et Pair, M. le Cardinal en avoit deslûurné le Roy.
4. Qu'il s'estoit senti obligé de prendre la protection de M. l'archevesque de Bordeaux, lequel il avoit cru qu'on vouioit perdre.
5. Que luy parlant de la princesse Marie, il dit que sa mère voulait faire le mariage de luy avec elle; Son Éminence dict que sa mère, i/"'« d'E''liat, esioit une fulle, et que si la princesse }Iarie avoit cette pensée, qu'elle estait plus folle encore. Qu'ayant étépfopo-ée pour femme de Monsieur, il auroit bien de la vanité et de la présomption de la prétendre; que c'esloit chose ridicule.
6. Que le Cardinal avoit trouvéétrange quele Roy l'eust admis au conseil, et l'en avoit faict sortir.
Il se faisait tirer, dit un journal manuscrit, etc., etc.
Son bateau prit terre contre la balme de Bonneri. En cette ville, où quantité de noblessel'attendoit, entre autres M. le comte de Suze, Monseigneur de Viviers le salua à la sortie de son bateau; mais il fallut attendre de lui parler jusques à ce qu'il fust au logis qu'on lui avoit pré;:aré dans la ville. Quand son bateau abordoit la terre, il y
avoil un pont de bois qui du bateau allait aubord de la rivière; airèg qu'on avoit vu s'il s'estoit bien assuré, on sortoil le lit dans leijuel ledit seigneur estoit coucbé, car il esloit malade d'une douleur ou ulcère au bras. Il y avoit six puissants hommes qui portoientle lit ivec deux, banres; et les liens où les hommes mettoienl les mains îstoiepi rembourrés et garnis de buffleteries. Ils portoieni sur les Épaules et autour du cou certaines trapointes garnies en dedans de coton, et la main couverte de buffle; si bien que les sangles ou surfaix qu'ils mettoient au cou estuient comme une étole quidescendoit jusques aux barres dans lesquelles elles estoient passées. Ainsi ces hommes portoientle lit et ledit seigneur dans les villes ou aux maisons auxquelles il devoit loger. Mais ce dont tout le monde esloit étonné, c'est qu'il entroit dans les maisons par les fenêtres ; car auparavant qu'il arrivât, les maçons qu'ils menoitabattoient les croisées des maisons, ou faisoient des ouvertures aux murailles des chambres où il devoit loger, et en après on faisait un pont de bois qui venoit de la rue jusqu'auv fenêtres ou ouvertures de son logis : ainsi estant dans son lit porlalif, il passoit par les rues, et on le passoit sur le pont jusque dans un autre lit qui lui estoit préparé dans sa chambre, que ses officiers avoient tapissée de damas incarnat et violet, avec des ameublements très-riches. Il logea à Viviers dans la maison de Montarguy, qui est à présent à l'université de notre église. On abattit la croisée de la chambre, qui a sa vue sur la place, et le pont de bois pour y monter venoit depuis la boutique de Noël de Viel, sous la maison d'Ales, du côté du nord, jusques à l'ouverture des fenêtres, où le seigneur Cardinal fut porté de la manière expliquée. Sa chambre estoit gardée de tous côtés, tant sous les voûtes qu'es côtés et sur le dessus des logements où il couchoit.
Sa cour ou suite était composée de gens d'importance; la civilité, affabilité et courtoisie estoient avec eux. La dévotion y estoit trèsgrande ; caries soldats, qui sont ordinairement indévôls et impies, .'irent de grandes dévotions. Le lendemain de son arrivée, qui esloi{ un dimanche, plusieurs d'iceux se confessèrent et communièrent avec démonstration de grande piété ; ils ne firent aucune insolence dans la ville, vivant quasi comme dos pucelles. La noblesse aussi lit de grandes dévoilons. Quand on estoit sur le Rhône, quoiqu'il y cust quantité de bateliors, tant dans les barques qu'après les chevaux, on n'osait jamais blasphémer, qu'est quasi un miracle que de telles gens demeurassent dans une telle rétention ; on ne leur voyait proférer que les mots qui leur estoient nécessaire pour la conduite de eurs barques, mais si modestement, que toat le monde en estoit ravi.
Monseigneur le cardinal Bigni logea à l'archidiaconé. On avcit }>rcpnré la maison de M. Panisse pour monseigTieur le cardinal Mazarin ; mais au partir du bourg Saint-Andéol, il prit la poste pour aller trouver le Roy. Le dimanclie^o, ledit seigneur fut reporté dans son bateau avec le même ordre, {l'xlruil du journal manuscrit de J. de Daiuic.)
Sur les derniers moments de MM. de Cinq-Mars e' de Tltou, et leurs actes de dévotion,
La bravoure de M. de Cinq-Mars dlait froide, noble et élégante. Il n'y en a pas de mieux attestée. Si, après tant de détails historiques résumés dans le livre, il en fallait de nouvelles preuves, j'ajouterais, pour les confirmer, cette lettre de M. de Marca, et des fragments du rapport qui les suit, oii l'on pourra remarquer ce passage ;
( C'est une merveille incroyable qu'il ne témoigna jamais aucune peur, ni trouble, ni aucune émotion, etc. »
Le recueil intitulé : Journal de M. le Cardinal, duc de Richelieu, qu'il a faict durant le grand orage de la court, en l'an 1642, tire's de ses Mémoires qu'il a écrits de sa main, porte ces paroles à la relation de l'insLi-uclion du procès :
M. de Cinq-Mars ne changea jamais de visage, ny de parole; tou jours les mêmes douceur, modération et assurance.
Tallcmanl des Réaux dit dans ses Mémoires , tome I page 418, etc., etc. :
a. M. le Grand fut ferme, et le combat qu'il souffroit en luy-mème ne parut point au dehors. — Il mourut avec uno grandeur de courage étonnante, et ne s'amusa point à haranguer. Il ne voulut point de bandeau. Il avoit les yeux ouverts quand on le frappa, et tenoit le billot si ferme, qu'on eut de la peine à en retirer ses bras. Il estoit plein do cœur et mourut en galant homme. Quoiqu'on eût résolu de ne point lui donner la question, comme portoit la sentence, on na iaissa pas de la lui présenter; cela le toucha, mais ne lui fit rien faire qui le démentît, et il défaisoit déià son pourpoint quand on li.i £t lever la main seulement
Plusieurs rapports ajoutent que, conduit a la chambre de la torture, il s'écria : — Où me menez-vous ? — Qu'il sent mauvais ici ! en portant son mouchoir à son nez. Ce dédain me semble un de ces traits de bravoure moqueuse dont notre histoire fourmille.
Il rappelle le mot d'un gentilhomme qui, conduit à l'échafaud de 1793, dit au charretier du tombereau : « Postillon, mène-nous bien, tu auras pour boire. » Les Français se ventent de la mort en se moquant d'elle.
l'^agment d\ine lettre de Monsieur de Marca, conseiller d' Estât, a Monsieur de Brienne, secrétaire d'Estat, laquelle fait mention de tout ce qui s'est passé à l'instruction du proccz de Messieurs de Cinq-Mars et de Thou.
Monsieur,
J'ay creu que vous auriez pour agréable d'estre informé des choses principales qui se sont passées au jugement qui a esté rendu contre Messieurs le Grand et de Thou; c'est pourquoi j'ay pris la liberté de vous en donner connoissance par celle-cy. Monsieur le Chancelier commença par la déposition de Monsieur le duc d"Ûrléans, laquelle il receut en forme judiciaire à Ville-Franche en Beau-Jolois, où esloit lors Monsieur, dont lecture luy fut faite en présence de sept commissaires qui assistoient Monsieur le Chancelier. En cette action il déclara que Monsieur le Grand l'avoit sollicité de faire une Liaison avec luy et avec Monsieur de Bouillon, et de traiter avec l'Espagne ; ce qu'ils auroient résolu eux. trois dans l'hostel de Venise, au faubourg Saint-Germain, environ la feste des Rois dernière.
Fontrailles fut choisi pour aller à Madrid, où il arresta le traité avec le Comte-Duc, par lequel le Roy d'Espagne promcltoit de fournir douze mille hommes de pied ei cinq mille chevaux de vieilles troupes, quarante mille escus à Monsieur pour faire nouvelles le-
ées, etc., etc
La confession du traité, sans l'avoir révélé, jointe au preuves qui ?onl aa procez, des entremises pour la liaison des complices, et le emps de six semaines ou plus que M. de Thou avoit demeuré prés de M. le Grand, logeant dans sa maison près do Perpignan, le conseillant en ses affaires, aprës avoir eu conroissance que ledit sienr
ie graad avoit traité avec l'Espagne, et partant qu'il estoit criminel de lèze-majesté; tout cela joint ensemble porta les juges à le condamner, suivant les lois et l'ordonnance qui sont expressément contre ceux qui ont sceu une conspiration contre l'Estat et ne l'ont pas révélée, encore que leur silence ne soit point accompagné do tant d'autres circonstances qu'estoient en l'affaire dudit sieur d Tliau. Il est mort en vray chrestien, en homme de courage, ceh m rite un grand discours particulier. Monsieur le Grand a aussi lèmoigné une fermeté toujours égale, et fore résolue à lamort, avet une froideur admirable, une constance et une dévotion chrestienne. Je vous supplie que je quitte ce discours funeste, pour vous a^seu rer que je continue dans les respects que je dois, et le désir de pa'roistie par les effets que je suis.
Monsieur,
Votre très-lmmble et obéissant serviteur,
Marca.
Pe Lyon, ce 16 septembre 16i2.
A la suite de cette lettre de M. de Marca fui imprimé, en M. DC. Lxv, un journal qui, depuis peu, a été attribué légèrement à un greffier de la ville de Lyon. Ce rapport fut Ircsrépandu et publié, comme on voit, il y a cent soixante-douze ans. Une partie des détails a été reproduiie, en 1826, par moi, en le citant, et ses traits principaux sont épars, et, pour aiiir>i dire, semés dans le cours de la composition. Cependant quelques-uns de ces traits, qui ne pouvaient y trouver place, furent à dessein laissés de côté, et ont été omis dans les réimpressions qui ont été faites de ce rapport. II ne sera pas inutile de les reproduire ici. Ils complètent la peinture des caractères de ce livre, et montrent que j'ai été religieusement fidèle à l'histoire, et n'ai pas permis à l'imagination de se jouer hors du cercle tracé par la vérité.
« Nous avons vu le favori du plus grand et du plus justo des rois laisser sa tête sur l'échafaud, à l'âge do vingt-deux ans, mais avec une constance qui trouvera à peine sa pareille dans nos bistoires. Kous avons vu un conseiller d'Estat mourir comme un saint, après un crime que les hommes ne peuvent pardonner avec justice. — II n'y a personne au monde uL scachant leur conspiration contre l'Es-
.at, ne les juge dignes de mort, et il y aura peu de gens qui, ayant coniK.issance de leur cDndition et de leurs belles qualités naturelles, ne plaignent leur malheur.
« Monsieur de Cinq-Mars arriva à Lyon lo quatriesme septembre delà présente année 1642, sur les deux heures tiprèsmidy, dans un carrosse traisné par quatre chevaux, dans lequel il y avoit quatre Gardes du corps, ayant le mousquet sur le bras, et entouré de gardes à pied au nombre de cent qui estoient à Monsieur le Cardinal-Duc. Devant marchoient deux ce.'its cavaliers, la pluspart Catalans, et cstoient suivis de trois cents autres bien montez.
«< M. le Grand estoit vêtu de drap de Hollande, couleur de musc, tout couvert de dentelle d'or, avec un manteau d'escarlate àgro? boutons d'argent à queue, lequel estant sur le pont du Rosne, avant que d'entrer dans la ville, demanda à Monsieur de Coton, Lieutenant des gardes écossoises, s'il agréoil qu'on fermast le carrosse; ce qu" iuy fut refusé, et fui conduit par le pont Saint-Jean; de là au Change; et puis par la rue de Flandre jusques au pied du cbasteau de Pierre-Encise, se montrant par les rues incessamment par l'une et Taulre portière, saluant tout le monde avec une face riante, sortant demy-corps du carrosse; et me^me recsgneut beaucoup de personnes qu'il salua, les appelant par leurs noms.
« Estant arrivé à Pierre-Eiicije, il fut assez surpris quand on Iuy dit qu'il falloil descendre, et monter à cheval par le dehors de la ville, pour atteindre>.'.e cbasteau : Voicy donc la dernière que je fel'ay, dit-il, s'estanl imaginé qu'on avoit donné ordre de le conduire au bois de Vincennes. Il avoit souvent demandé aux g.irdes si on ne Iuy perniettroit pas d'aller à la chasse quand il y seroit.
« Sa prison estoit au pied dé la gian le tour du cbasteau, qui n'avoit pas d'autre vue que deux petites fenestres qui tomboient dans an petit jardin, au bas desquelles il y avoit corps de garde, dan^5 la chambre aussi, où Monsieur de Cetoncourhoitavcc quatre gardes dans l'arrière-cliambre, et à toutes les portes il en estoit de mesmc
« Monsieur le cardinal Bichy le fut visiter le lendemain cinquiesme, et Iuy demanda s'il lui agréoit qu'on Iuy en voyast quelqu'un avec qui il se pust divertir dans sa prison. Il respondil qu'il en seroit très-aise^ mais qu'il ne méritoil pas que personne prist ceti peine.
« En suite de qiioy Monsieur le cardinal de Lyon Ct appeler le Pore Maiavalete, jésuiie .ruquul il donna commission de l'allor voir puisqu'il le aésiroil: lequel y fut le 6 dès les cinq iieures du matin, où il demeura jusques a huit brures- Il le trouva dans un lit de damas
Incarnat, incommodé, ce qui le reu loit fort pasle et débile. Le bon Père sceut si bien entrer dans son esprit, qu il le demanda encore sur le soir, puis continua à le voir soir et mutin pendant tous les jours de sa prison : lequel rendit compte puis après à Messieurs les Cardinaux-Ducs et dî Lyon, et à Monsii?ur le Cbancclier de tout ca qu'il lui avait dit, et demeura ce mesme père longtemps en conférence avec Son Émineace Ducale encore qu'elle ne se laissoit voir pour lors à personne.
« Le sepliesmo, Monsieur le Chancelier fut visiter Monsieur dj Cinq-Mars, et le traita fort civilement, lui disant qu'il n'avoit poip' sujet d'appréhender, mais bien d'espérer toute chose à son advanlage, qu'il sçavoit bien qu'il avoit affaire à un bon juge, qui n'avoil garde d'estre mesconnoissant des faveurs qu'il avoit receues de son bienfaiteur; qu'il sçavoit très-bien que c'esloit par bontez et son pouvoir que le Roy ne l'avoiî pas dépossédé de sa charge ; que cette faveur estoit si grande qu'elle ne môritoit pas seulement un souvenir immortel, mais des reconnoissances infinies : et que c'estoitdans les occasions qu'il les y feroit paroistre. Le sujet de ce compliment estoit pris sur ce que Monsieur le Grand avoit adoucy une fois le Roy, qui estoit en grande colère contre Monsieur le Chancelier; mais la véritable raison de ces civilitez estoit la crainte qu'il avoit qu'il ne le refusast pour juge, et qu'il n'appalasl au Parlement de Paris pour estre délivré par le peuple qui l'aynioit passionnément.
< Monsieur le Grand luy respondit que cette civilité le remplissoit de honte et de -confusion; mais pourtant, dit-il, je voy bien que dj la façon que l'on procède à mon affaire l'on en veut à ma vie ; c'ci>t fait de nioy, monsieur, le Roi/ m'a abandonné. Je ne me considcrt que comme une victime qu'on va immoler à la passion de mes ennemis et à la facilité du Roy. A quoy Monsieur le Gliancelier repartit que ses sentiments n'estûient pas justes, et qu'il en avait des expériences toutes contraires. — Dieu le veuille, dit Monsieur le Grand, mais je ne le puis croire.
« Le 8, Monsieur le Chancellier l'alla voyr, accompagné de si.\ aaistres des requestes, de deux Présidents et de si.x Conseillers df Grenoble, duquel après l'avoir interrogé depuis les sept heures du matin jusques à deux heures de l'après midy, ils ne purent jamai rien tirer des cas à lui imposez. »
Ce rapport qui, ainsi que je l'ai dit, fut imprimé à la suite de la lettre de JL de Marca, donne encore ce trait curieux, qui allesle la présence d'esprit incroyable de M. de Thou ;
474 rïOTEâ.
«< Après sa confession, il fut visité par le père Jean Terrasse, gardien du couvent de l'Observatoire de Saint-François de Tarascon, qui l'avoit visité et consolé durant sa prison de Tarascon. Il fut bien aise de le voir, il se promena avec lui quelque temps dans un entretien spiriluel. Ce père estoit venu à l'occasion d'un vœu que M. de Thou avoitfait à Tarascon pour sa délivrance, qui estoit de fonder une chapelle de trois cents livres de rente annuelle dans l'égiise des pères Cordeliersde cette ville de Tarascon; il donna ordre pour cette fondation, voulant s'acquitter de son vœu, puisque Dieu, disoit-il, le délivroit non-seulement d'une prison de pierre, mais encore de la prison de son corps; demanda de l'encre et du papier, et écrivit judicieusement cette belle inscription qu'il voulut estre mise en cette chapelle :
Christo liberatori,
votum in carcere pro llbertale
conceptum
Fran. Aurjust. Thuanus
e carcere vitœ jain jam
liberandus ri^erito solvil.
XII Septembr. M. D. C. XLII
confitebor tibi, Domine, quoniam
exaudisti me, et factus es mihi
in salutem.
« Cette inscription fera admirer la présence et la netteté de sob esprit, et fera avouer à ceux qui la considéreront que l'appréhension de la mort n'avoit pas eu le pouvoir de lui causer aucun trouble. Il pria M. Thomé de faire compliment de sa part à M. le Cardinal de Lyon, et lui témoigna que s'il eust plu à Dieu de le sortir de ce péril, il avoit dessein de quitter le monde et de se donner entièrement au service de Dieu.
11 écrivit deux, lettres qui furent portées ouvertes à M. le Chani slicr, et puis remises entre les mains de aon confesseur pour lesfaire tenir; ces lettres étant fermées, il dit : yoilà la der7iiére pen^ sée q%ie je veux avoir pour le monde, partons au paradis. Et dés
iors il reprit sans interruption ses discours spirituels et se confessa une seconde fois. Il demandoit parfois si l'heure de partir pour aller au supplice approchoit, quand on le devoit lier, et prioit qu'on l'avertisl quand l'exécuteur de la justice seroit là, afin de l'embrasser mais il ne le vit que sur l'échafaud. »
Sur la parajjhrase que fit M. de Thon.
Le père Montbrun, confesseur de M. de Thou, est cité dans ce rapport, et donne ces détails :
M. de Thou, étant sur l'échafaud à genoux , récita aussi le Psaume 115, et le paraphrasa en français presque tout du long, d'une voix assez haute et d'une action assez vigoureuse, avec une ferveur indicible, mêlée d'une sainte joie, incroyable à ceux qui ne l'auroient point vue. Voici la paraphrase qu'il en fit, et que je voudrois pouvoir accompagner de l'action avec jaquelleil la disoit; j'ai tâché de retenir ses propres paroles.
« Credidi, propter quod locutus sum. Mon Dieu, credidi; je l'ai cru et je le crois fermement, que vous êtes mon créateur et mon bon père, que vous avez souffert pour moi, que vous m'avez racheté au prix de votre sang, vous m'avez ouvert le paradis. Credidi. Je vous demande, mon Dieu, un grain, un petit grain de cette foi vive, qui onflammoit les cœurs des premiers chrétiens : Credidi, propter quod locutus sum. Faites, mon Dieu, que je ne vous parle pas seulement des lèvres, mais que mon cœur s'accorde à toutes mes paroles, et que me volonté ne démente point ma bouche : Credidi. Je ne vous idore pas, mon Dieu, de la langue : je ne suis pas assez éloquent; mais je vous adore d'esprit, oui, d'esprit, mon Dieu, je vous adore en esprit et en vérité! Ah ! ah! credidi. Je me suis fié en vous, mon Dieu, je me suis abandonné à votre miséricorde après tant de grâces que vous m'avez faites, propter quod locutus sum; et, dans cette confiance, j'ai parlé, j'ai tout dit, je me suis accusé.
u Ego autem humiiialus nimis. Il est vrai. Seigneur, me v^ilà extrêmement humilié, mais non pas encore comme je le mérite. Ego dixi in excessu meo : Omnii^ homo mendax. Ah ! qu'il n'est que trop vrai que tout ce monde n'est que mensonge, que folie, que vanité: ah! qu'il est vrai : Omnis homo mendix ! Quid relrihuam Doviim pro omnibus quœ rctribuit mihi ? Il répétoit ceci d'une grande véhémence : Calicem salutis accis^iam Mon uère, il faut boire coura-
reusemenl ce calice delà mort; oui, el je le reçois d'un grand cœur, et je suis prêt à le boire tout entier.
« El nonieii Domini invocabo. Vous m'aiderez, mon Vix<\ à implo • cr l'assistance divine, alln qu'il plaise à Dieu de fortifier ma foi- Messe, et me donner du coura^'e autant qu'il en faut pour avaler co 'alice que le bon Dieu m'a préparé pour mon salut. »
Il passa les deux versets qui suivent dans ce P sainte , et s'écria i'une voix forte et animée : « Dirupisli, Domine, vincula mea! Ah! pion Dieu, que vous avez fait un grand coup! vous avez brisé ces liens qui me tenoient si fort attaché au monde! Il falloit une puissance divine pour m'en dégager. Dirupisli, Domine, vincula mea!» Voici les propres mots qu'il dit ici : « Que ceux qui m'ont amené ici m'ont fait un grand plaisir! que je leur ai d'obligations! Al> ! qu'ils m'ont fait un grand bien , puisqu'ils m'ont tiré de ce monde pour me loger dans le ciel. »
Ici son confesseur lui dit qu'i! falloit tout oublier, qu'il ne falloit pas avoir de ressentiment contre eux. A cette parole il se tourna rers 1 père tout à genoux , comme il estoit, et d'une belle action : « Quoi! mon p're, dit-il, des ressentiments? Ah! Dieu le sait, Dieu m'est témoin que je les aime de tout mon cœur, et qu'il n'y a dans mon âme aucune aversion pour qui que ce soit au monde. Dirupisli, Domine, vinculamea; libi sacrificabo hosliam laudis. La voila l'hostic. beigneur (se montrant soi-même), la voilà cette hostie qui vous doit être m -intenant immolée : Tibi sacrificabo hosliam laudis et nomen Domini invocabo. Vola mea Domino reddam (étendant les deux bras et la vue de tous côtés, d'un agréable mouvement, le visage enflammé) in conspeclu omnis populi ejus. Oui, Seigneur je veux vous rendre mes vœux , mon esprit, mon cœur, mon àme, ma vie, in conspeclu omnis populi ejus, devant tout ce peu[)le, devant toute cette assemblée! In alriis domus Domini in medio lui Jérusalem. In alriis domus Domini. Nous y voici à l'entrée de la maison du Seigneur. Oui, c'est d'ici, c'est de Lyon, de Lyon qu'il faut monter làhaut (levant les bras vers le ciel). Lyon, que je t'ai bien [ilus d'obligation qu'au lieu de ma naissance, qui m'a seulement donné une vi« misérable, et tu me donnes aujourd'hui une vie éternelle! tu medio lui Jérusalem. Il est vrai que j'ai trop de passion pour cette mor'.. N'y a-t-il point de mal , mon pèro? dit-il plus bas en souriant, sa tournant à côté vers le père. .T'ai trop d'aise. N'y a-l-ii n,Jnt de vanité? Pour moi je n'en veux point.
Détails du supplice de M. de Cinq-Mars.
(Fragment du même rapport.)
C'est une merveille incroyable qu'il ne témoigna jamais aucune peur, ni trouble, ni aucune émolion, ains paru toujours gai, assuré, Inébranlable, et témoigna une si grande fermeté d'esprit, que tous ceux qui le virent en sont encore dans l'étonnement.
M. de Cinq-Mars, sans avoir les yeux bandés, posa fort proprement son col, dit le narrateur, sur le poteau, tenant le visage droit, tourné vers le devant de l'échafaud , et embrassant fortement de ses deux bras le poteau, il ferma les yeux et la bouche, et attendit le coup que l'exécuteur lui vint donner assez pesamment et lente n.ent, et s'étant mis à gauche et tenantson couperet des deux mains. lin recevant le coup, il poussa une voix forte, comme : AU 1 qui fut étouffée dans son sang ; il leva les genoux de dessus le bloc, comme pour se lever, et retomba en la même assiette qu'il estoit. La tête n'estant pas entièrement séparée du corps par ce coup, l'exécuteur passa à sa droite par derrière, et, prenant la tête par les cheveux de la main droite, de la gauche il scia avec son couperet une partie de la trachée-artère et de la peau du cou, qui n'estoil pas coupée: après quoi il jeta la tète sur l'échafaud, qui de là bondit à terre, où l'on remarqua soigneusement qu'elle fit encore un demi-tour et palpita issez-long'emps. Elle avoil le visage tourné vers les religieuses de saint-l'icrre, elle dessus de la tète vers l'échafaud, les yeux ouverts, son corps demeura droit contre le poteau, qu'il tenoil toujours emarassé, tant que l'exécuteur le tira pour le dépouiller, ce qu'il fit, et puis le couvrit d'un drap et mit son manteau par-dessus ; la tète lyant été rendue sur l'échafaud. elle fut mise auprès du corps, sous 0 inêmo drap.
L'exécution de M. de Thou ressemble, comme celle de si. de Cinq-Mars, à un assassinat ; la voici telle que la donne ce nême journal, et plus horriblement minutieux que la lellre de Monlr«5sor .
l/cxécutour vint pour lui bander les yeux avec le mouchoir; mais jomme il lui faisoit fort mal, mettant les coins du mouchoir en bas, qui couvroicnt sa bouche, il le retroussa et s'accommoda mieux. Il adora le crucifix avant que de mettre la tète sur le poteau. Il h.oisa
le sang de M. de Cinq-Mars qui y estoit resté. Après, il mit son co? sur le poteau, qu'un frère jésuite avait torché de son mouchoir, parce 'ju'il estoit tout mouillé de sang, et demanda à ce frère s'il esloi; bien, qui lui dit qu'il falloit qu'il avançast mieux sa tète sur le devant, ce qu'il lit. En même temps, l'exécuteur, s'apercevant que les cordons de sa chemise n'estoient point déliés et qu'ils lui tenoient le cou serrés, lui porta la main au col pour les dénouer; ce qu'ayant senti, il demanda : « Qu'y a-t-il ? faul-il encore oster la chemise ? » et se disposoit déjà à l'ostor. On lui dit que non, qu'il falloil seulement dénouer les cordons ; ce qu'ayant fait il tira sa chemise pour décourrir son col et ses épaules, et, ayant mis sa tête sur le poteau, il prononça ses dernières paroles, qui furent : Maria, mater graliœ, mater misericcrdiœ..,; puis lu manus tuas... et lors ses bras commencèrent à trembloter en attendant le coup, qui lui fui donné tout en haut du col, trop près de la tête, duquel coup son col n'étant coupé qu'à demi, le corps tomba du costé gauche du poteau, à la renverse, le visage contre le ciel, remuant les jamLes et haussant foihlemen' les mains» Le bourreau le voulut renverser pour achever par où i! avoit commencé; mais effrayé des cris que l'on faisoit contre lui, il donna trois ou quatre coups sur la gorge et ainsi lui coupa la tète, qui deaieura sur l'échafaud.
L'exécuteur, l'ayant dépouillé, porta son corps, couvert d'uu drap, dans le carrosse qui les avoit amenés ; puis il y mit aussi celui de M. de Cinq-Mars et leurs têtes, qui avojent encore toutes deux les yeux ouvert?, particulièrement celle de M. de Thou, qui sembloit être vivante. De là, ils furent portés aux FeuiUans, oh M. de Cinq-Mars fut enterré devant le maître-autel, sous le balustre de ladite église, par la bonté et autorité de M. du Gay, trésorier de France en la généralité de Lyon. M. de Thou a été embaumé par le soin de madame sa sœur et mis dans un cercueil de plomb, pour être transporté en sa sépulture.
Telle fut la fin de ces deux personnes, qui certes, doivent laisser à la postérité une autre mémoire que celle de leur mort. Je laisse à chacun d'en faire tel jugement qu'il lui plaira, et me contente de dire que ce nous est une grande leçon de l'inconstance des choses de ce monde et de la fragilité de notre nature.
Les dernières volontés de ces deux nobles jeunes gens nous sont demeurées par des lettres qu'ils écrivirent après la prononciation de leur arrêt. Celle de I\L do Cinq-Mars à la maréchale d'Effiat, sa mère, peut paraître froide à quelques par-
sonnes, par la difticu lé de se reporter à celte époque où, dans 'es plus graves circonstances, on s'allachait à contenir plus lu'à exprimer chaleureusement ses émotions, cl où le grand monde, dans les écrits et les discours, fuyait le pathétique autant que nous le cherchons.
Lettre de M. le Grand à madame sa mère, la ynarquise d'Effiat^
Madame ma très-chère et Irès-honorée mère, je vous escris, puisqu'il ne m'est plus permis de vous voir, pour vous conjurer, madame, de me rendre deux marques de votre dernière bonté : l'une, madame, en donnant à mon âme le plus de prières qu'il vous sera possible, ce qui sera pour mon salut; l'aulre, soit que vous obteniez du Roy lebien que j'ai emplojédansma charge de grand-escuyer, et ce que j'en pouvois avoir d'autre part auparavant qu'il fust confisqué, ou soit que cette grâce ne vous soit pas accordée, que vous uyez assez de générosité pour satisfaire à mes créanciers. Tout ce qui dépend de la fortune est si peu de chose, que vcss nedevezpas me refuser cette dernière supplication, que je vous fais pour le repos de mon âme. Croyez-moi, madame, en cela plutôt que vos senfiments s'ils répugnent en mon souhait, puisque, ne faisant plus un pas qui ne me conduise cà la mort, je suis plus capable que qui que ce soit de juger de la valeur des choses du monde. Adieu, madame et me pardonnez si je ne vous ay pas assez respectée au temps que j'ai vescu, et vous assurez que je meurs.
Ma très-chère et très-honorée mère,
Votra très-humble et très -obéissant et très-obligé fils et serviteur,
Henri d'Effiat de Cinq-Mars.
Le manuscrit original est à la Bibliothèque royale de Paris, manusc. n" 9327), écrit d'une main ferme et calme.
Sut la dernière lettre de M. François-Auguste de Thou.
On a vu que, laissé seul un moment d^ns sa prison, M. de Thou écrivit une lettre qui fut remise à son confesseur. Voilà, disais-
il, la dernière pensée que je veux avoir pour ce motTde. On a vu ses elforls pour se dc^lachor de celle dernière pensée, l\ ce redoublement de prières ferventes qu'il prononce en se frappant la poitrine. Il prie Dieu d'avoir pitié de lui ; il repous-p. tout le monde ; il s'enveloppe déjà dans son linceul. Celte icrnièrc pensée était déjà la plus cruelle qui puisse faire saigner le cœur d'un homme; c'élail un dernier regard jelé sur une femme aimée; c'élait un adieu à sa maîtresse, la princesse de Guéménée. Le ton est grave, et le respect du rang ne s'y perd pas, non plus que celui de sa dignité personnelle et du moment solennel qui s'ap|)roche. J'ai retrouvé dcrnicremont celle lettre précieuse. (Bibliolhôque royale de Paris, manuscrit n" 927G page 223.) La voici :
Copie de la lettre de M. de Thou, escrile à madame la princesse de Guéménée après la pronoyiciation de Varrest.
Madame,
Je ne vous ay jamais eu de l'obligation en toute ma vio qu'aTijoui d'huy qu'cslanl près de la quitter, je la pers avec moins de peyne pa.v.ô que vous me l'avez rendue assès malheureuse ; j'espère que celle de l'autre monde sera bien différente pour moy de celle-cy, et que j'i trouveray des félicités autant parde-sus l'imagiiiation des hommes qu'elles doivent estrc dans leur espérance : la mienne, madame, n'est fondée que sur la bonté de Dieu et le mérite de la pas< sion de son Filz, seule capable d'effacez mes péchez dont j'estois redevable à sa justice, et qui sont à un tel excez qu'il n'y a rien qui les surpasse que ccluy de sa miséricorde. Je vous demande pardon de tout mon cœur, madame, de toutes les choses quej'ay faictes qui vous ont pu desplaire et fais la mesme prière à toutes les personnei que j\ty haies à vostre occasion, vous proli^stant, madame, qu'atilanl que la fidélité que je doibs à mon Dieu me le doit p 'rmettre je meurs trop asseurcmeni, madame, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
Da Thou.
De Lion, ce 12'' septembre lGi2.
Quel reproche amer et quel mélancolique retour sur sa viej
ifOîss. 481
Si celte femme (îlaii digne de lui, comment reçut-elle une tello lettre sans en mourir? Ful-elle jamais consolée de mériter un lel adieu?
La vie de madame la princesse de Guéménéc ne permet guère (le penser que ses rigueurs aient causé lani de tristesse et une douleur si profonde. Tallemant dos Réaux dit, on plusieurs endroits, que M. de Thou était son amant. On dit, ajoute-t-il, (t. I, p. 418), qu'il lui écrivit après avoir clé condamné C'est cctle lettre qu'on vient de lire. Elle me semble écrite par un homme ici que le misanlhrope de Molière, avec plus de pitié, et ces mots : toutes lespersonncs que f ai haïes à votre occasion, ressemblent douloureusement à :
C'eal que tout l'univers est bien reçu de tocs.
Mali ne cherchons pas à devancer des peines que rien ne Irahit, s; ce n'est ce dernier soupir au pied de récliafaud. Le souvenir Ù3 M. de ïhou nous doit représenter une autre pensée et conduit ù d'autres rdfloxions. Elles suivront la copie de ce traité avec l'Espagne qui fait la base du procès criminel.
Articles du traité fait entre le Comte- Duc pour le Roy d'Espagna et monsieur de Fontrailles pour et au nom de Monsieur, à Madrid, ie 13 mars \Ç,i1, dont Monsieur fait mention dans sa déclaration du 7 juillet dudit an. Au tome /e' des Mémoires de Fontrailles.
Le sieur do Fontrailles aiant esté envoie par monseigneur le duc d'Orléans vers le Roy d'Espagne avec lettres de Son Altesse pour Sa Majesté catholique et monseigneur le Comte-Duc de San Lucar, datées de Paris, du 20 janvier, a proposé, en vertu du pouvoir à iuj donné, que Son AJtesse, désirant le bien général et parUculier de Is France, de voir la noblesse et le peuple de ce royaume délivré dea oppressions qu'ils souffrent depuis longlonips par une si sanglante guerre pour faire cesser la cause d'icelle, et pour eslablir une paix générab cA raisonnable entre l'Empereur et les deux couronnes, au ■bénélice ir'. la chrestienté, prcndroit volontiers les armes à cette fin ■s: Sa MajeSjô Catholique y vouloit concourir de son coslé avec les