‹ Cinq mois au camp devant Sébastopol;Chapitre 4 sur 26 · PREMIÈRE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE

Devant Sébaslopol, 2 février 1855.

Les impressions que j'ai ressenties en arrivant en Crimée ne seront peut-être pas sans quelque intérêt pour ceux qui les liront; car elles sont en dehors de tout jugement fait à l'avance, de tout parti pris; ce sont celles d'un homme qui, au lieu de visiter les champs du passé où gisent les débris de plusieurs siècles, vient visiter les champs du présent où vit, s'agite et pense tout ce qui intéresse et préoccupe en ce moment le monde européen.

Quelques lignes sur Kamiesh, car Kamiesh, c'est

1. Ces lettres ont été adressées par l'auteur, pendant son sei jour en Crimée , à S. Exc le ministre de L'Intérieur.

l'âme, c'est la vie de ces milliers d'hommes débarqués sur une terre étrangère ; — c'est le trait d'union qui relie la Crimée à la France.

A côté de son port où arrivent chaque jour des approvisionnements de toute nature, et dans lequel séjourne la flotte de l'amiral Bruat prête à tout événement , Kamiesh a son port commercial.

Cette dénomination est peut-être bien orgueilleuse, lorsqu'il s'agit de quelques cabanes en bois et de tentes groupées les unes à côté des autres ; mais enfin , il y a des rues : — la rue Napoléon , la rue Canrobert, la rue de Lourmel, je crois, la rue du Commerce.

Belles rues , en vérité , sans asphalte , sans trottoirs, sans balayeurs, mais que voulez-vous? — A la guerre comme à la guerre. — Les beaux jours on a de la boue seulement jusqu'à la cheville ; les mauvais jours.... oh!., n'en parlons pas; Dieu qui est bon les fera rares, j'espère.

Les cantines de toute espèce abondent, les inscriptions les plus splendides s'étalent devant les huttes des marchands, et l'on vous demande bravement des prix fabuleux de la moindre petite chose. — Que voulez-vous? la mer Noire est mauvaise , les temps sont durs , et la Crimée a des nuits cruellement froides ! C'est le petit commerce qui vole en grand ; — il faut bien que tout le monde vive.

A quelques minutes du port les camps commen-

cent à s'échelonner, petits villages nomades qui s'élèvent comme par enchantement sous la main laborieuse de nos soldats.

C'est un spectacle étrange et curieux à la fois de parcourir ces plaines semées de boulets semblables à ces terrains rocailleux sur lesquels on ne saurait marcher sans heurter du pied une pierre. Le sol est effondré par les bombes. — De quelque côté que l'on se dirige, les terres déchirées offrent les mêmes traces , et cette semence de mitraille remplace les vignes chargées de grappes qui couvraient au mois de septembre une partie de ce plateau.

Ce qui m'a surtout frappé, c'est l'ignorance complète dans laquelle, ce que l'on est convenu d'appeler en France « l'opinion publique, » est de la réalité des événements qui se passent en Crimée. — Que les bons bourgeois, que les inquiets travailleurs de jeux de bourse , les semeurs de nouvelles certaines me permettent de le leur dire en toute conscience : « — ils ne savent rien du tout » et je conçois maintenant l'étonnement que devaient éprouver ici ceux qui lisaient les journaux en voyant ces bruits de source certaine tellement en dehors du plus petit reflet de la vérité.

Malheureusement , il faut le dire , on ne peut écrire ce qui se passe en Crimée; ce serait commettre une imprudence cruellement préjudiciable peut-être à l'intérêt général, et la vie d'un homme pourrait bien être le prix de chaque ligne écrite.

Les journaux ne s'arrêtent pas dans la circonscription des parties intéressées ; en instruisant ses amis , on instruit ses ennemis , on découvre ses propres ressources , on met à nu ses moyens d'attaque ; on éclaire ceux qu'il faut tromper, et l'on peut réduire à néant les conceptions stratégiques les mieux combinées.

Donc on n'est pas instruit à Paris ou en France des détails réels, parce qu'on ne doit pas en être instruit; mais lorsque les événements auront parlé, lorsque ce qui est encore l'inconnu aujourd'hui, appartiendra au domaine des choses accomplies , combien ceux qui s'empressent de porter des jugements seront étonnés! — et ils comprendront peutêtre pourquoi les armées alliées, entrées en Grimée depuis le 14 septembre, ne sont pas encore dans Sébastopol.

Certes, le hasard quand il réussit est une magnifique chose , on le couronne de lauriers et on le glorifie des noms les plus pompeux, mais le hasard n'en est pas moins le hasard, malgré sa couronne et ses triomphes, et faut-il imprudemment lui jeter en pâture la vie de milliers d'hommes et compromettre peut-être une position certaine? — Je voudrais voir seulement vingt-quatre heures au milieu des camps ceux qui , en ouvrant leur journal du soir, disent avec insouciance et mauvaise humeur en le rejetant sur la table : « Comment! Sébastopol n'est pas encore pris ? »

Attendez ; avec la volonté de Dieu et notre bonne armée, vous l'aurez! — Quand? — La curiosité est un vilain défaut, à la guerre surtout.

Ici l'on n'en sait pas davantage. On craint beaucoup plus les indiscrétions que l'on ne craint l'ennemi; on s'entoure de mystère avec raison. — On parle peu, ou on ne parle point dans les hautes régions ; à peine si le secret de la pensée se dévoile devant l'intimité la plus entière.

La veille du jour de l'ouverture du feu, on apprendra seulement la décision du général en chef; toutefois, ici comme à Paris, on se livre à de journalières conjectures que la réalité du lendemain détruit; mais ce que je puis vous dire, moi, qui ai moins le droit qu'un autre d'être indiscret, c'est que jamais peut-être expédition plus audacieuse, plus gigantesque n'a été entreprise; que jamais peut-être de plus grands , de plus formidables travaux n'ont été accomplis dans des conditions plus difficiles ; que jamais peut-être il n'a été donné à une armée de prouver , comme l'a fait celle-ci, ce que peuvent une bonne organisation intérieure, une discipline sévère, une résignation sans limite , une force de volonté au-dessus des plus rudes épreuves et des plus douloureuses privations.

Le courage qui fait affronter à un soldat la balle ennemie ou le canon chargé à mitraille, n'est rien auprès de ce calme passif qui fait braver les élé-

ments, les vents, la pluie, la neige, le froid qui gèle les membres et renverse inanimé à vos pieds le frère d'armes auquel vous serriez la main tout à l'heure. — Non , le courage qui donne sa vie, ne peut se comparer à cette énergie de race , à cette force suprême que rien ne démoralise, que rien n'abat et qui marche toujours la tête haute , le front calme dans la ligne du devoir et de l'abnégation.

Ce que je puis vous dire encore, c'est que 32 kilomètres de tranchées ont été ouverts , c'est que nous sommes sur certains points à 130 ou 140 mètres de la place , c'est que chaque pelletée de terre a été enlevée par le bras d'un homme , qu'elle ait été trempée par des pluies continuelles ou enfouie sous la neige amoncelée , que des batteries formidables sont établies et que le jour de l'ouverture du feu le plateau de Chersonèse tremblera jusque dans ses fondements devant ce volcan qui bondira de toutes parts.

Ce sera un affreux mais un sublime spectacle ! — Ce sera un orage des hommes plus terrible peut-être que les orages de Dieu.

Depuis que je suis arrivé ici, rien de très-important ne s'est passé.

Les Russes tirent environ trois mille coups par jour, voilà tout.

Le seul événement, c'est une sortie qu'ils ont faite dans la nuit du 31 janvier au 1er février.

Comme toutes les sorties se ressemblent, en

vous parlant de celle-là, c'est vous dire ce qu'ont été toutes les autres (j'en excepte celle du 5 novembre , qui avait pour but de faire diversion à la bataille d'Inkermann et d'empêcher le corps de siège de renforcer le corps d'observation).

Dans la nuit du 1er février on entendit du côté de la tranchée sonner le garde à vous que le clairon de garde au Clocheton répéta aussitôt. — Il était à ce moment quatre heures du matin.

Les sonneries des garde à vous sont souvent des éveilleurs importuns et inoffensifs, qui donnent l'alerte, agitent un instant les esprits, mais l'écho silencieux, en ne répétant le bruit d'aucune fusillade, démontre que chacun est resté chez soi et que tous peuvent reprendre non leur sommeil, mais leur veille tranquille. — Ce n'est quelquefois qu'un bruit inaccoutumé qui a frappé l'oreille attentive de la sentinelle, une ombre projetée aux clartés vacillantes de la lune, et qui peut recéler dans son sein l'approche lente et cachée de l'ennemi.

Mais cette nuit-là , l'alerte était réelle ; on entendait les coups de fusil, et par intervalle les hurrahs poussés par les Russes selon leur habitude; de plus, un planton accourait précipitamment annoncer l'attaque au major de tranchée qui, d'après les instructions reçues, conserve chaque nuit des bataillons en réserve.

Le point sur lequel l'ennemi tentait une sortie était à l'extrême gauche de notre troisième parai-

lèle, sur un boyau nouvellement ouvert , et contre lequel, depuis la veille, il avait fait un assez vigoureux feu d'artillerie.

Déjà des renforts étaient partis pour venir en aide aux troupes attaquées. Ces renforts ne peuvent jamais arriver à temps pour être de quelque utilité aux compagnies engagées dans ces sorties, qui ne sont à vrai dire qu'un coup de main dont la durée ne dépasse guère douze ou quinze minutes ; mais, s'ils ne servent point pour ces attaques sans importance , ils ont pour but d'apporter un secours efficace, dans le cas où le combat prendrait un caractère sérieux, comme cela est arrivé le 5 novembre.

Nous entendîmes de la petite maison du Clocheton, siège du major de tranchée, une assez vive fusillade pendant quelques minutes, puis quatre coups de canon chargés à mitraille annoncèrent clairement que l'attaque avait été repoussée et que notre artillerie de campagne envoyait ce salut d'adieu à l'ennemi qui regagnait à la hâte ses positions.

Il faut le dire : en règle générale, ces attaques nocturnes doivent presque toujours être à l'avantage des assaillants , non comme importance réelle , car ces sorties n'en ont aucune et ne déplacent pas un pouce de terre dans nos travaux , mais comme perte d'hommes ( dans une proportion relative , bien entendu); car quelques minutes se sont tou-

jours écoulées avant que les compagnies , nécessairement développées sur une certaine étendue, puissent se grouper et offrir consistance ; dès ce moment l'ennemi est vigoureusement repoussé. — Aussi, après avoir essuyé le premier choc , se garde-t-il bien de tenir pied.

C'est une grande erreur, et que Ton accrédite à tort, de dire que les Russes se battent mal et sans énergie ; d'abord cette assertion diminue le mérite de nos soldats qui, pris à l'improviste, lorsqu'ils sont le plus souvent trempés par la pluie ou transis de froid, sortent victorieux de ces combats inattendus, mais encore elle est entièrement dénuée de vérité.

Les Russes abordent nos tranchées très -vigoureusement, et ces petites escarmouches, pour être courtes, n'en sont pas moins fort meurtrières. — Ils vont même jusqu'à lancer des pierres qui, trèssouvent, blessent nos soldats. Ils ont de plus, dans ces derniers temps, imaginé un nouveau mode de combat qui , avec raison , a paru inusité et quelque peu sauvage. Ils s'arment de crocs en fer et de lacets au moyen desquels ils essayent, en opérant leur retraite , d'entraîner quelques-uns de nos soldats. — Plusieurs officiers m'ont assuré, que lorsqu'ils regagnent leurs retranchements, et qu'ils sont poursuivis la baïonnette dans les reins , des hommes se détachent subitement à la faveur de la nuit, s' éloignant à une vingtaine de pas dans

— iodes directions différentes, puis se couchant à terre, tiennent une corde tendue ; vous comprenez que nos soldats arrivant au pas de course, sont renversés par cet obstacle inattendu, ce dont l'ennemi profite de son mieux, soit pour nous faire quelques prisonniers, soit pour nous tuer quelques hommes en se retirant.

Le général en chef, en ayant eu connaissance, s'est plaint par lettre de ce mode de guerre peu usité, ajoutant « qu'il croyait devoir porter à la connaissance du général Osten-Sacken ces faits que sans doute il ignorait, qu'il lui laissait le soin de les apprécier, mais que dans notre vieux langage français cela s'appelait : « combattre à armes peu courtoises. »

Le général Osten-Sacken répondit : « qu'en effet il l'ignorait, mais que souvent les travailleurs entraînés par un élan subit se joignaient aux volontaires qui allaient la nuit attaquer l'ennemi , et qu'alors il était naturel qu'ils prissent pour se défendre les objets à leur portée pour s'en faire des armes offensives et défensives. » — C'est une réponse comme une autre.

Somme toute, ces sorties des Russes doivent leur coûter autant qu'à nous ; seulement le fait est difficile à constater, car ils sont maltraités surtout pendant leurs retraites et ils enlèvent, autant qu'ils le peuvent, leurs morts et leurs blessés.

Si l'on envisage le point de vue militaire, ces at-

taques sont très-bonnes pour nous ; elles habituent nos soldats aux agressions subites, inattendues, et leur montrent la nécessité impérieuse d'une veille assidue dans les tranchées.

Les Russes en ont sans doute compris l'inutilité , car ils ne les renouvellent que très-rarement.

Du 20 janvier au 1er février rien n'avait été tenté par eux.

Mais dans quelques jours la lune, cette protectrice céleste , va nous abandonner et peut-être profiteront-ils de l'obscurité* de la nuit pour recommencer leurs attaques. En tout cas, ils peuvent être assurés d'être bien reçus.

Le revers de la médaille, c'est l'ambulance où arrivent un à un des brancards portant des blessés ; c'est ce petit coin de terre où gisent étendus les morts que la mitraille a broyés.

Le jour de la dernière sortie, je suis allé visiter l'ambulance.

Je n'oublierai jamais l'impression profonde que j'ai ressentie en entrant dans ce triste séjour de la douleur et de la mort.

Il était cinq heures environ. Les premières clartés du jour se montraient à peine ; devant la porte de l'ambulance provisoire étaient rangés des blessés étendus sur les brancards, et attendant une place vide, soit dans l'endroit qui sert de salle d'attente, soit dans celle où se font les pansements. — Peu se plaignaient; à peine si l'on entendait quelques

gémissements ; ce silence était plus triste que ne l'eussent été des cris ou des plaintes.

Je m'étais arrêté, et je regardais avec une émotion profonde tous ces hommes qui, un instant auparavant, étaient pleins d'audace et de courage. En vain, parmi eux, je cherchais à découvrir un mouvement qui décelât la vie ; tous étaient immobiles. Cependant, sur l'un des brancards les plus rapprochés de moi se soulevait faiblement une capote , et le bras du blessé cherchait à atteindre le brancard que l'on avait placé à côté du sien ; un instant après, deux mains se touchaient. Celui qui le premier avait cherché cette étreinte fraternelle, rejeta tout à coupla capote dont on l'avait couvert, et aux premières lueurs du jour je le vis lever la tête, essayer de se soulever, puis retomber. — Je me penchai sur lui; le pauvre soldat était mort. — Cette main étendue, qui voulait presser une autre main, avait été le dernier adieu du mourant à un frère d'armes.

J'entrai précipitamment dans l'ambulance.

Le chirurgien venait d'achever de panser un jeune capitaine du génie qui avait eu la cuisse broyée par une balle; jamais je n'ai vu plus de calme, de résignation et de froid courage.

J'étais avec un chef d'escadron d'état-major qu'il connaissait; aussitôt qu'il l'aperçut, fl lui serra la main et se mit à lui raconter les détails de la sortie qui venait d'avoir lieu avec autant de calme que s'il

eût été assis sur un lit de camp, causant avec des amis d'un fait auquel il eût été lui-même complètement étranger. — Un quart d'heure après on lui amputait la cuisse.

J'ai vu un soldat qui avait les deux jambes brisées et qui chantonnait un refrain militaire pendant que le chirurgien retirait les morceaux de sa double blessure.

Un autre qui avait eu le bras emporté par un boulet se contentait de répéter, en secouant la tête avec un mouvement de mauvaise humeur marquée : « Et dire que c'est pour faire enrager papa et maman Gibert que l'on s'est engagé ! »

Quel contraste étrange , même dans ce dernier asile de la souffrance et de la mort!

Je vous le disais tout à l'heure , c'est le revers de la médaille ; mais ce revers a un cachet d'énergie et de patriotique résignation qui m'a frappé. — C'est pour cette raison que je vous ai parlé peut-être trop longuement de ce triste sujet.

La mort qui frappe un soldat à son poste n'est pas semblable à cette mort qui vient vous chercher dans le foyer domestique. Personne, parmi ceux qui travaillent à la tranchée au milieu des balles qui sifflent et des bombes qui éclatent, ne pense à plaindre celui qui tombe; ses camarades suivent du regard le brancard qui l'emporte jusqu'à ce qu'il ait disparu, puis le travail recommence.

Je ne mets aucun nom quand je vous parle des

blessés ondes morts, pour ne pas être, à mon insu peut-être, le messager d'un malheur.

Le lendemain de cette sortie, les clairons du côté des Russes annoncèrent un parlementaire. Le drapeau blanc fut hissé, le feu cessa des deux côtés, et un aide de camp du général Osten-Sacken s'avança vers le lieu désigné pour les entrevues. — Je vous parlerai plus tard de cet endroit et de la façon dont se passent les choses.

Cet aide de camp avait une lettre du général russe pour le général en chef de l'armée française.

Après avoir remis ce pli cacheté, il dit à notre parlementaire :

« — Voici une lettre qui a été dictée par deux officiers français blessés qui sont à l'hôpital de la ville. »

En effet, deux officiers avaient disparu dans la sortie de la veille. — Quel avait été leur sort? On l'ignorait. Les soldats se rappelaient bien les avoir entendus crier : « En avant!... » et se précipiter sur l'ennemi, mais ils avaient disparu dans la mêlée. Tous deux étaient tombés blessés grièvement.

Cet écrit, je l'ai vu, et je ne puis vous dire l'impression profonde que j'en ai ressentie. — C'était de la part des deux mourants un adieu à la vie et à leurs amis.

Voici ce que j'ai lu :

« Je suis à l'hôpital de Sébastopol; je vais mou-

rir : j'ai été blessé d'abord d'un coup de feu au bras droit , puis d'une pierre à la tempe qui m'a renversé, et à terre d'une balle à la hanche et d'un coup de baïonnette; c'est fini pour moi ; adieu mes bons amis , je vous serre à tous la main ; adieu mon beau régiment que j'aimais tant et qu'il me faut quitter si tôt ; adieu ma sœur ; ne pleure pas, ma bonne mère, je suis mort en soldat; je t'attends là-haut. »

Au bas était la signature.

Au-dessous de la signature, il y avait :

« Je meurs en soldat et en bon chrétien. »

Puis une seconde signature.

Et au bas de la page :

« Ceci a été dicté par les soussignés à un interprète, pour que cet écrit fût porté au camp français. »

Je ne sais rien de plus à leur égard. Dieu veuille qu'ils n'aient pas succombé à leurs blessures 1 !

Peut-être ai-je tort de vous entretenir de ces tristes épisodes, mais je vous écris mes impressions comme elles m'arrivent, selon les faits dont je suis le spectateur. — Ce serait faillir à la vérité

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