‹ Cinq mois au camp devant Sébastopol;Chapitre 7 sur 26 · TROISIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LETTRE

Devant Sébastopol, 17, 18 et 19 février.

Ma lettre commence encore aujourd'hui comme les autres : rien de nouveau, et, pour me servir du langage officiel, « rien d'important n'a été tenté contre la place. »

Le temps est beau, du moins depuis quelques jours, mais le vent souffle avec violence et pousse devant lui les nuages amoncelés à l'horizon; — je ne vous parle pas du canon , des bombes, et de la fusillade; c'est le revenu de tous les jours , et nul n'y fait attention; le contraire étonnerait davantage et ouvrirait aussitôt le champ aux suppositions. — Le canon est devenu pour nous un véritable baromètre; on le consulte en l'écoutant, voilà la seule différence.

Seulement les Russes mettent de la fantaisie dans leurs feux : ils cessent tout à coup, lançant à peine quelques boulets, enfants perdus qui s'en vont dormir dans le fond d'un ravin , puis tout à coup sillonnent Pair de gerbes enflammées , et fatiguent les échos du bruit de leurs canonnades.

Ma lettre fmira-t-elle comme elle commence? — C'est un secret que nul ne peut pénétrer. C'est l'imprévu, volcan entr'ouvert sur lequel nous vivons chaque jour.

Ne faut-il pas mieux ne rien vous dire , que de vous envoyer quelques-unes de ces nouvelles étranges puisées dans le domaine de l'imagination , mais certes pas dans celui de la réalité?

Ainsi je lis dans un grand journal qui répète avec bonne foi d'après une correspondance particulière : « Que la place est endommagée sur plusieurs points et que nos hardis francs-tireurs pénètrent dans les faubourgs quand ils le veulent. >>

Certes, nos francs -tireurs sont hardis, mais jusqu'à présent leur hardiesse n'a pu leur servir à pénétrer dans aucun faubourg, vu que la ville n'est point endommagée , et que l'entrée en est fortifiée et gardée, comme le sont toutes les faces de Sébastopol. — Oui. nous y entrerons; oui, nous battrons en brèche des remparts bardés de fer, ces bastions si redoutables, lorsque nous vomirons notre pluie de mitraille, et que nous ouvrirons de tous les cotés à la fois nos cratères enflammés; alors nos baïonnettes se montreront irrésistibles comme à l'Aima, comme à Inkermann , et dussions-nous former des murailles humaines pour escalader les murailles de pierre, le drapeau de la France sera victorieux; — mais l'heure n'est pas venue: l'heure tant désirée, tant

attendue ! La voix qui seule peut dire : Partez ! se tait encore , et les chefs comme les soldats dévorent leur impatience.

Pour le moment, nous nous contentons d'augmenter nos travaux, d'avancer nos parallèles, d'armer nos batteries; labeur pénible, mais qui n'a pas été discontinué, quoique je lise le contraire dans les journaux.

Quant à présent, nos tranchées que j'ai parcourues presque tous les jours jusque dans leurs plus petites communications , resteront comme le souvenir du travail le plus gigantesque qui ait jamais été accompli et comme la trace vivante d'une infatigable volonté. — Mais ce qu'il faut admirer surtout, et ce que vous ne pouvez apprécier ni comprendre au sein de votre belle et grande ville , c'est le soldat dont le visage sourit au premier rayon de soleil, et qui, pour récompense de tant d'épreuves passées, de tant de souffrances, ne demande qu'à se faire tuer le plus tôt possible au cri de : Vive l'Empereur !

« — À la bonne heure, disait l'autre jour le général de tranchée à un chasseur dont il examinait le fusil; voilà une arme propre et bien tenue.

« — C'est ma maîtresse, mon général, répondit le soldat en riant; aussi je la soigne de mon mieux et je la caresse tous les jours.

« — Tu as dû souffrir à la dernière garde, car il faisait bien froid ?

« — Comme les autres, mon général, mais je n'en sais plus rien. »

La semaine dernière le général Canrobert portait à l'ordre du jour et décorait de la médaille militaire deux soldats pour le fait suivant.

Une bombe tombe dans la tranchée et blesse grièvement un soldat qu'elle renverse. La mèche fume ; la bombe va éclater et broyer le malheureux qui ne peut l'éviter. — Ces deux hommes n'écoutant que leur courage s'élancent, et avant que le projectile meurtrier ait éclaté, enlèvent leur camarade voué à une mort certaine.

Il y a une observation étrange à faire; c'est ce que produit l'habitude journalière du danger. — On en arrive à jouer avec la mort aussi tranquillement que s'il s'agissait d'une partie de cartes.

Nos soldats , du reste , sont maintenant tellement familiarisés avec les projectiles, qu'ils en reconnaissent au son la nature et la direction. — « Celleci est pour nous, >» disent-ils, en écoutant le sillage bruyant que trace la bombe dans son vol ; et quand elle tombe, ils s'accroupissent en riant derrière un épaulement ou un pli de terrain. Le plus souvent ils sont couverts de terre par les éclats ; « La malhonnête, disent-ils, elle a craché sur nous! » — Si un d'eux est touché, ils le ramassent, le placent sans rien dire sur un brancard et le portent à l'ambulance.

Puisque je suis en train de vous raconter toutes

ces petites scènes dont j'ai été témoin, en voici une que j'appellerai : « la scène du brancard, » et qui nous a grandement amusés.

L'ambulance provisoire, c'est-à-dire celle de la tranchée, est près du Clocheton, dont je vous ai fait l'historique dans ma dernière lettre; les blessés passent forcément devant notre porte , et lorsque nous en apercevons , nous avons l'habitude de nous approcher, pour nous informer du plus ou moins de gravité de la blessure.

Un blessé arrivait donc porté sur un brancard par quatre de ses camarades; tout à coup le brancard casse , et le malheureux soldat tombe fort rudement à terre en poussant des gémissements. — Les pauvres porteurs désolés courent au Clocheton qui était à vingt ou trente pas et en rapportent aussitôt un autre brancard ; mais quel est leur étonnement de trouver leur homme fort gaillardement debout et qui leur déclare catégoriquement qu'il aime beaucoup mieux aller à l'ambulance à pied que de risquer une seconde fois de se casser le cou; et joignant tout aussitôt la pratique au raisonnement, le voilà qui se met à marcher d'un pas alerte. — Les figures des quatre soldats étaient superbes de stupéfaction ; un instant ils se regardèrent entre eux pendant que l'autre s'éloignait; puis, d'un commun accord et comme s'ils eussent obéi à la môme pensée , ils saisirent les morceaux du brancard brisé et courant sur leur blessé qui faisait mine

de leur échapper, ils se mirent à frapper dessus à coups redoublés en criant :

« — Ah ! gredin , tu peux marcher et tu nous fais te porter à quatre depuis une heure; ah! gredin! »

Et ils tapaient si bel et si bien , que le malheureux criait à gorge déployée.

Un officier qui était proche intervint et ne parvint à leur faire lâcher prise qu'en leur disant :

— « Soyez tranquilles , il sera blessé plus grièvement la prochaine fois.

« — Si c'est comme ça , à la bonne heure, » répondirent-ils.

Et ils s'en allèrent.

L'histoire, n'est-ce pas, est amusante? Mais, hélas ! les brancards ne transportent pas souvent de semblables blessés.

21 février. — Le temps a complètement changé : de beau qu'il était, le voilà épouvantable ; le vent du nord continue à souffler avec une terrible violence, et il s'y est malheureusement joint une neige abondante qui déjà couvre entièrement le sol. La plaine, les collines, les montagnes et le ciel n'offrent plus qu'une pâle immensité dont l'horizon se perd dans le gris plombé du ciel. Les rafales fouettent au visage cette pluie en parcelles infinies, et soulevant avec la neige du ciel celle de la terre sur son passage, les entassent par intervalles, barrant les chemins, comblant les fossés, et effaçant la trace

des pas, aussitôt que le pied a quitté le sol sur lequel se marquait son empreinte.

Ce sont par moments d'étranges bourrasques qui s'engouffrent dans les ravins avec un bruit strident, et tourbillonnent dans l'espace, comme ces trombes mortelles qui enveloppent dans le désert les voyageurs égarés.

C'est un triste spectacle, je vous assure, et qui serre le cœur.

Les tentes sont couvertes de neige, et tout autour d'elles s'élèvent déjà comme des remparts de glace que le soleil heureusement, si Dieu nous l'envoie, fera fondre de ses premiers rayons. — Le soldat, enveloppé dans sa capote bleue et dans sa couverture grise, ne souffre pas trop, car en ce moment le bois ne manque pas, et le plateau, bouleversé dans ses entrailles, a donné à nos travailleurs infatigables ses racines les plus cachées, qu'il espérait bien, sans doute, dérober à notre vigilance. — Dieu merci, on en trouvera encore pendant longtemps pour combattre ces colères subites et inattendues du ciel.

Mais nos bataillons de réserve, nos soldats de garde, combien pour eux est rude cette épreuve ! à peine s'ils peuvent marcher pour réchauffer leurs membres engourdis. — Le feu est interdit, comme pouvant servir de point de repère aux ennemis, et ils doivent sans cesse veiller attentifs, vigilants; car c'est surtout pendant les mauvais

jours qu'il faut craindre les attaques. Heureusement que les parapets les abritent un peu contre la rage du vent.

Malgré ce temps affreux, ou plutôt, surtout à cause de ce temps affreux , le général commandant le siège est venu visiter les tranchées. — C'était beau de voir ces soldats calmes et debout, les visages blanchis par la neige , la barbe transformée en lourds glaçons qui glissaient le long de leurs capotes comme de froids serpents. Ils sont droits, fixes, le regard ferme, comme si le soleil rayonnait sur leurs têtes.

« — Allons, mes enfants, disait le général, encore une cruelle épreuve.

« — Ah bah! répondaient-ils, après la pluie le beau temps. »

C'est là, je vous assure, un noble et grand spectacle. — C'est là le vrai, le puissant courage; c'est la flamme du feu sacré, c'est la force de notre belle armée avec laquelle on conquerrait le monde.

Il faut les voir, soit qu'ils transportent péniblement sur leurs épaules de lourds boulets, soit qu'ils creusent la terre à coups de pioche , soit qu'ils restent toute une nuit les pieds dans une boue fangeuse. — Vous me direz peut-être que je répète souvent la même chose, c'est que les épreuves se répètent aussi, c'est que les souffrances n'ont pas qu'un seul jour, une seule heure, un seul moment. C'est que toutes les choses dont je vous parle, je les touche

du doigt, c'est que mes impressions sont celles de tous , c'est que le spectacle que j'ai devant les yeux est de ceux que l'on n'oublie jamais. — Et puis ici, dites-vous-le bien, sur ce théâtre de la guerre, ce sont souvent les mêmes décorations, et plus souvent encore les mêmes acteurs jouant les mêmes rôles.

Voilà une journée bientôt finie.

Hier, je me sentais en verve de gaieté, je vous racontais des histoires ; aujourd'hui, ce temps m'inquiète et m'attriste , et comme les oiseaux qui ne chantent que lorsque le soleil se montre à l'horizon lointain, je me tais et j'attends.

Les déserteurs que l'on vient d'interroger disent que quelque grand coup se prépare. — Règle générale, les déserteurs ont toujours dans leurs havre-sacs force nouvelles.

Le bruit du canon s'est beaucoup ralenti dans la soirée ; à peine quelques volées. — Sans doute le mauvais temps en est cause , la neige augmentant beaucoup le recul des pièces d'artillerie et rendant par conséquent le tir difficile et fatigant.

22 février, — Ces lettres sont presqu'un journal quotidien ; elles me semblent ainsi devoir être plus intéressantes, car elles participent de l'imprévu de cette vie dont les impressions se renouvellent et se contredisent souvent.

Aujourd'hui le soleil, ce radieux sourire du ciel,

est revenu dardant ses rayons sur la neige étonnée de son apparition subite ; aussi elle disparaît honteuse et humiliée. — Le retour du beau temps réjouit tous les cœurs ; c'est d'en haut que descendent îes plus douces heures, comme les plus cruelles épreuves.

L'ennemi n'a tenté aucune sortie ; sa sagesse peut s'appeler de la prudence, car maintenant nous sommes retranchés de telle façon qu'il ne peut dépasser notre troisième parallèle sans s'exposer gravement. La place s'en venge en se livrant à une luxueuse prodigalité en fait de bombes ; elle endommage quelques parapets de nos retranchements par son feu continuel ; mais profitant du froid qui a forcé les Russes à quitter leurs embuscades, nos soldats en ont détruit deux en plein jour. Ils les reconstruiront, comme nous, nous réparons les dégâts de nos épaulements.

Vous avez dû recevoir la nouvelle du combat des Russes contre les Turcs à Eupatoria.

Vous savez alors que le 17, les Russes commandés par le général Osten-Sacken en personne et au nombre de vingt- cinq mille hommes d'infanterie, plus quatre cents chevaux, dit-on, se sont présentés devant Eupatoria, avec quatre-vingts pièces en batterie pour enlever l'ouvrage à corne qui couvrait un des abords de la ville (ce qu'on appelle un ouvrage à corne est un front bastionné avec deux longues branches qui relient ce front à la place ) ; mais le

travail encore inachevé était d'un profil peu considérable.

L'attaque a été rude et vigoureuse, car les Russes évidemment voulaient en finir avec cette place et espéraient avoir bon marché de leurs ennemis; aussi avaient-ils apporté échelles, fascines, tout ce qui sert enfin à l'escalade dans un siège.

Les Turcs ayant à leur tête Orner-Pacha défendaient la ville, conjointement avec une faible garnison française confiée au commandant Osmond, chef d'escadron d'état -major.

Si à Balaclava, on reproche aux Turcs d'avoir abandonné trop précipitamment la redoute confiée à leur garde, ils tiennent bravement quand ils défendent des remparts ; aussi les Russes, après avoir fait une tentative infructueuse sur le front bastionné, ont tout à coup porté une forte colonne sur la droite nord-est. où l'armement de la place paraissait plus faible.

C'était là leur attaque sérieuse ; ils avancèrent protégés par les débris d'un ancien cimetière jusqu'à 400 mètres environ, puis lancèrent en avant deux bataillons; — ceux-ci, enhardis par le silence des Turcs et se sentant soutenus par de puissants renforts, approchèrent jusqu'à vingt-cinq ou trente pas du fossé de défense , mais reçus tout à coup par un feu violent et nourri ils se sont arrêtés , et, tourbillonnant pour ainsi dire sur eux-mêmes, se sont retirés.

L'on entendit alors les hurrahs des troupes massées en arrière qui excitaient cette petite colonne à retourner au combat, et au milieu de ces hurrahs, les cris des officiers qui , dans des tourbillons de fumée, et mêlés au désordre de cette retraite subite , animaient les soldats du geste et de la voix.

J'ai toujours dit que les officiers russes étaient de braves officiers qui se battent et se battent bien.

Ramenés en avant, ces bataillons éprouvèrent un nouveau feu de mousqueterie ; puis les Turcs , enhardis par le succès, s'élancèrent en dehors du fossé et chargèrent l'ennemi ; ils étaient en trop petit nombre pour lui faire essuyer de sérieuses pertes.

Pendant que ce combat avait lieu sur la droite , une vive canonnade continuait sur toute la ligne , et se concentrait particulièrement, dit la lettre du commandant Osmond, sur la couronne des Moulins. — C'est là que fut tué le général de division égyptien Sélim-Pacha, perte des plus regrettables, homme de guerre justement estimé; près de lui tomba le colonel égyptien Rusten-Bey.

La petite garnison française a fait bravement son devoir : canons et soldats ont brillamment combattu; un officier de marine a été tué.

Le chiffre indiqué varie tellement sur le nombre des morts de part et d'autre, que je ne vous en dis aucun; mais il n'a pas été, je crois, très-considérable.

Le côté le plus important de ce combat, c'est l'insuccès des Russes, qui pensaient s'emparer d'Eupatoria par ce vigoureux coup de main.

Voulant sans doute profiter de cette diversion du général Osten-Sacken , le général Bosquet, à la tête d'une très-forte colonne, à laquelle s'était jointe une partie des troupes anglaises , est parti pendant la nuit du 20 au 21 dans le but de rencontrer les Russes et d'engager une action avec eux.

Vers minuit, on s'est mis en marche dans l'ordre indiqué ; mais un ouragan subit s'est abattu sur la terre. — C'étaient de tous côtés des tourbillons qui vous enveloppaient ; on était aveuglé. — Une heure s'était à peine écoulée, que déjà le sol était recouvert en entier , cachant sous les neiges subitement amoncelées les inégalités de terrain.

L'ordre de revenir sur ses pas fut aussitôt donné, et on l'exécuta au plus vite. Néanmoins des fractions de troupes furent momentanément perdues, ne pouvant conserver une direction exacte. — L'obscurité était si intense , la tempête si violente * qu'il ne fallait pas songer à retrouver * avant le jour, ses campements; aussi les colonnes revenues successivement vers le lieu du départ, marchèrent afin d'éviter les congélations , jusqu'aux premières clartés du jour, successivement au vent et sous le vent, en décrivant des cercles.

Précaution très-bonne, et qui a évité de graves accidents.

On ne peut se figurer la rapidité des changements atmosphériques ici ; en quelques heures , tout est bouleversé. — Aux temps les plus sereins succèdent , sans transition aucune , les bourrasques les plus terribles , qui, elles aussi , cessent comme par enchantement.

Ce sont comme des accès de folie dans les airs.

La tourmente avait rendu en peu d'heures le camp si méconnaissable , que les soldats ne savaient où aller ; les tentes étaient presque ensevelies.

A six heures et demie , toutes les troupes étaient rentrées au bivouac.

Vous jugez dans quelle inquiétude nous avons été toute la nuit. — Les désastres que l'on doit à la fureur des éléments sont les plus terribles, car ils sont le plus souvent inévitables.

Je ne pouvais m' empêcher de penser que cette même nuit du 20 était celle du mardi gras, et qu'à Paris , où vous recevrez cette lettre , pendant que Forage faisait fureur ici, les danses joyeuses, les travestissements de toute nature, la folie, les rires , les orchestres bruyants et les chants de fête enterraient bruyamment cette dernière nuit du carnaval.

Étrange et perpétuel contraste des choses de ce monde !

Les Anglais avaient déjà refoulé les avant-postes russes qu'ils avaient rencontrés dans leur direction, lorsque l'ordre de retour donné aux troupes leur fut transmis.

Cet ouragan, il faut l'avouer, est venu bien mal à propos : sans ce vent furieux et ces monceaux de neige, j'aurais aujourd'hui à vous raconter quelque vigoureux fait d'armes et quelque éclatant succès, qui eussent peut-être précipité les événements et hâté le dénoûment du siège de Sébastopol.

Du reste, le plus grand secret avait été gardé sur cette expédition; les chefs seuls qui devaient en faire partie en avaient été instruits ; et le but réel, presque tous l'ignorent encore : — aussi je ne vous rapporte que les bruits qui ont circulé relativement à ce fait maintenant accompli , sur lequel chacun s'empresse, comme de raison, d'entasser conjectures sur conjectures. — C'est déjà un grand mérite d'avoir pu garder un secret contre les atteintes de la publicité, et pour ma part, j'en félicite le général en chef comme d'une véritable victoire; celle-là est plus difficile qu'on ne le croit ; — c'est la clef d'or qui ouvre bien des portes.

Le temps s'est remis au beau, mais il fait froid. — Est-ce le second hiver de Crimée prédit, dit-on, par un vieux moine du monastère de Saint-Georges?

C'est une habitude du pays, a-Ml assuré.— Voilà un pays qui a de bien mauvaises habitudes*

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