‹ Cinq nôChapitre 16 sur 49 · X. — PIÈCES ET TEXTES · texte numérisé non relu

X. — PIÈCES ET TEXTES

Le genre nô a constitué une littérature considérable. Les << listes de titres » données en divers ouvrages mentionnent plus d'un millier de pièces, et ne sont pas présentées comme complètes. Il en subsiste environ la moitié; mais, pratiquement, on n'en exécute plus que le quart à peine. Dans la masse de celles qui furent composées, chaque école se choisit une sorte de répertoire, divisé en deux sections, l'une ordinaire et courante, l'autre extraordinaire, et comprenant chacune environ une centaine de pièces. De là l'expression consacrée, naigwai nihyaku ban, « les deux cents pièces ordinaires et extraordinaires ». Ces répertoires pouvaient être modifiés suivant les préférences des chefs d'école ; mais en fait ils semblent avoir assez peu varié depuis deux

cents ans. Ils coïncident dans leur majeure partie, et ceci tendrait à prouver que de bonne heure l'accord s'était fait à peu près sur les pièces les plus intéressantes et qui méritaient de rester à la scène. Ils présentent toutefois quelques différences qui portent le nombre des pièces actuellement exécutées à 250 environ. Les collections Yôkyoku tsûkai et Yôkyoku byôshaku publiées par Owada Tateki en contiennent un nombre un peu supérieur. D'autres textes nous ont été conservés par divers ouvrages, notamment le Bangwai niai byakuban, le Gojûgo-ban utai-bon, etc. D'autres encore subsistent dans quelques collections particulières.

A quelques exceptions près, et pour la plupart modernes, les textes courants de nô se présentent sous une forme spéciale et dont il est bon de dire quelques mots. Les « livres d'utai» (utai-bon), pour leur donner leur nom traditionnel, sont en général des fascicules contenant chacun cinq pièces rangées dans l'ordre d'un programme d'exécution. Le texte comporte une forte proportion de kana, dont les formes, les caractères généraux, a tendances archaïques, varient suivant les écoles. Pour les passages chantés, les signes d'inflexion, sorte de notation rudimentaire, sont placés à la droite du texte : c'est ce qu'on appelle fushi-bakase. Fusbi est proprement la ligne du chant coupée d'inflexions montantes et descendantes, divisée ainsi en sections assimilées aux articles du bambou; bahase désigne surtout le rythme, le « battement ». qui règle et gouverne le chant. Le fusbi-hakase consiste en points, en traits de diverses formes et diversement inclinés, en indications données en kana ou en caractères chinois de forme simplifiée. Il est comparable dans une certaine mesure à la notation neumatique des plus anciens manuscrits de

chant grégorien : mais aucune clef, aucune portée n'en a jamais livré le secret ni rendu la lecture possible sans le secours d'un maître.

Les utai-bon ne donnent pas le texte des intermèdes; d'une manière générale, ils ne donnent pas non plus celui des rôles de kyôgen qui sont mêlés intimement à certaines pièces ; les répliques de ces acteurs, quelle que soit leur importance, sont indiquées simplement par l'expression shiha-jiha, « ceci et cela », ou encore, notamment dans les livres de l'école Kongô, par serifu ari, « ici il y a du parlé ». On n'y trouve non plus aucune indication de mise en scène, ni même de liste de personnages.

Chaque école a naturellement ses éditions spéciales, offrant entre elles d'assez nombreuses variantes de texte, généralement légères et ne portant guère que sur les passages parlés. Elles diffèrent aussi par le nombre de volumes dont elles se composent. L'édition deHôshô en a 42, celle de Kwanze 41 ; Kongô et Kita ont tous deux 40 volumes ; Komparu n'en a que 30.

Les textes ne furent imprimés qu'à une époque relativement récente, au commencement du xvne siècle, alors que la tradition des différentes écoles y avait déjà introduit des variantes au milieu desquelles il ne nous reste aucun moyen de retrouver le texte primitif.

Vers le milieu du xvme siècle, le quinzième des Kwanze, Motoakira, s'inspirant de quelques indications dont la tradition de la famille faisait remonter l'origine à Seami Motokiyo, revit le texte de toutes les pièces du répertoire, et sous prétexte de les ramener à leur état originaire, y introduisit d'importantes corrections qui les modifièrent sensiblement. C'est ce qu'on appelle, du nom de l'ère pendant laquelle cette tentative fut faite, la

« réforme de Meiwa ». Mais ces corrections furent jugées excessives, et la réforme fut abandonnée.

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