‹ Cinq nôChapitre 27 sur 49 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

WAKI.

Hola! Je voudrais demander quelque chose aux faucheurs qui sont là.

SHITE.

Est-ce à nous que vous parlez? Que désirez-vous savoir?

WAKI.

Est-ce l'un de vous qui jouait de la flûte tout à l'heure?

SHITE.

Oui, c'est l'un de nous qui jouait.

WAKI.

Ah! c'est charmant! C'est là un art qui n'est guère de votre condition, mais cela n'en est que plus charmant.

SHITE.

Un art qui n'est pas de notre condition, avez-vous dit! Mais ne lit-on pas quelque part : « N'envie pas qui est au-dessus de toi. ne méprise pas qui est au-dessous»?

TSURE.

Et de plus sous le nom de sbôha et de bohuteki ('),

SHITE et TSURE

La flûte des faucheurs, le chant des bûcherons Ont pris place dans les vers des poètes Et sont célèbres dans le monde. De notre flûte de bambou si vous avez entendu Les sons, ne vous étonnez donc point.

WAKI.

En vérité, en vérité, cela est juste.

Ainsi donc, le sbôha. le bokutehi,

SHITE.

La flûte des faucheurs,

WAKI.

Le chant des bûcherons,

SHITE.

[Sont comme une] musique qui [accompagne] la traversée de ce monde d'illusion (*).

Et le chant,

SHITE.

Et la danse,

WAKI.

Et la flûte (*),

SHITE.

Et la musique (')

CHŒUR

Sont passe-temps Que chacun choisit à son gré. De bambou flotté (bis) Sont faits le Rameau et le Bris-de-Cigale : et divers Et nombreux sont les noms des flûtes [célèbres] ; S'il s'agit de celles dont jouent les faucheurs. [mais

De celle-ci le nom.

Sachez-le, est la Feuille-Verte (3).

Au rivage de Sumiyoshi.

Ce sera la flûte de Corée (*).

Celle que voici, en bois des sauneries du Suma, C'est, sachez-le, le Tison-Inconsumé (s) des pêcheurs (bis).

Le isure se retire par la porte de service. Le sbite remonte, remet au kôken le bambou chargé d'herbes qu'il portait, prend son éventail et redescend.

WAKI (*).

Voilà qui est étrange! Les autres faucheurs s'en sont tous allés; vous seul restez ci. Quelle en est la raison?

Quelle en est la raison, dites-vous? Parmi les vagues du Je suis venu écouter une voix qui réconforte ('). fsoir. Veuillez faire pour moi les dix prières (8).

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WAKI.

C'est chose facile, et je ferai pour vous les dix prières. Mais, à ce propos, qui donc êtes-vous?

SHITE.

A vous dire le vrai, je suis un parent d'Atsumori.

WAKI.

Un de ses parents ! En i'entendant, mon cœur est ému, dit-il. et joignant les mains (') (il s'agenouille) : Adoration à Amitâbha Buddha!

SHITE et WAKI (agenouillés, les mains jointes).

« Si j'obtiens l'illumination, dans les mondes des dix

[directions,

Tous ceux qui m'invoqueront, je les sauverai et n'en

'rejetterai aucun (*). »

Ils se relèvent.

CHŒUR

Ah ! ne me rejetez pas !

Alors qu'un seul cri doit suffire (8), Tous les jours, toutes les nuits, ses prières Se sont élevées [pour moi]. O bonheur! Mon nom, Je ne vous l'ai pas dit ; mais celui dont, matin et soir. Tourné [vers le Buddha], vous avez demandé la délivrance, C'est moi. Et tandis qu'il laisse tomber ces mots. Sa forme s'évanouit et disparaît aux regards (bis).

Le shite rentre dans le kagami no ma.

ai (il se lève et s'avance sur la scène jusqu'au nanori-ça).

Moi que voici, je suis un habitant de la baie de Suma, dans la province de Tsu. Aujourd'hui, je veux m'en aller sur la grève et me donner quelque distraction . (Apercevant le waki.j Tiens! d'où vient donc ce moine et comment se trouve-t-il là?

WAKI.

Je suis un moine qui viens de la province de Musashi. Etes-vous de ce pays-ci ?

AI

Parfaitement, je suis de ce pays.

WAKI.

En ce cas, j'aurais quelque chose à vous demander. Veuillez vous approcher.

AI

J'obéis. (Il vient s asseoir devant le "jcaki.< Et qu'est-ce donc que vous voulez me demander?

WAKI.

C'est là, sans doute, une demande bien extraordinaire, mais si vous connaissez l'histoire de la fin d'Atsumori en ce lieu, veuillez me la raconter.

AI

Quelle question inattendue vous me posez là! Pourtant, comme il serait difficile de vous dire que je n'en connais rien, je vais vous en raconter tout ce que j'en sais.

WAKI.

Eh bien! racontez donc.

ai (il se tourne vers le public).

Or donc, à l'automne de la 2e année Juei, les Taira se virent enlever la capitale par Kiso Sama no kami Yoshinaka et vinrent s'établir ici. Ils occupèrent avec de grandes forces tout l'espace entre le bois d'Ikuta et Ichino-tani, et s'y fortifièrent avec beaucoup de soin et de précautions. Fût-ce parce que les gens des Taira aimaient à s'amuser de chants et de poésies, tandis que les Minamoto des provinces de l'Est se livraient avec ardeur à la chasse, à la pêche, à [tous les exercices de] l'arc et des flèches? Toujours est-il que], avec plus de soixante mille cavaliers divisés en deux corps, ceux-ci attaquèrent à la fois le front et l'arrière et infligèrent [aux Taira] une défaite complète. Des gens du clan eurent la tête coupée après leur mort, d'autres furent faits prisonniers. Ceux qui restaient se jetèrent dans les bateaux et se réfugièrent au Shikoku et dans les pays de l'Ouest. Parmi eux [se trouvait] le mukwan tayu Atsumori ; voulant lui aussi s'embarquer, il vint au rivage. Mais un homme de la province de Musashi, Kumagai nojirô Noazane, l'aperçut : « Voilà un adversaire digne de moi », se dit-il; et il lui crie : « O vous qui vous enfuyez là-bas, vous devez être du clan des Heike. Revenez! » Et il le rappelle de son éventail déployé. Ainsi appelé, [Atsumori] revient; sur le bord de la mer, ils se saisissent à bras le corps et tombent lourdement de cheval. Mais Kumagai était un vieux guerrier très fort, il eut aisément le dessus, et tout en s'apitoyant sur lui, il lui coupa la tête. En examinant le cadavre, on trouva sur lui une flûte enveloppée dans un fourreau de brocart; on la montra au général en

chef, et tous ceux qui la virent versèrent des larmes, à ce que j'ai entendu dire. A la vérité, on dit bien que ce Kumagai a été touché d'un sentiment religieux et qu'il prie pour la délivrance d'Atsumori; mais c'est une chose invraisemblable. Et la raison, c'est que si son cœur avait été capable d'être touché par un sentiment religieux, il aurait dû alors épargner Atsumorf : puisqu'il ne l'a pas épargné, il n'a sûrement dû être touché d'aucun sentiment. En tout cas. en quelque état qu'il soit, qu'il vienne ici, ce Kumagai ! je le tue et je l'offre à Atsumori en gage de vénération ! (Il se tourne vers le waki. Mais je m'étonne fort de la question que vous m'avez posée tout à l'heure.

waki.

Vous m'avez parlé avec beaucoup d'obligeance: je vous remercie. Eh bien, je suis cet ancien Kumagai; j'ai quitté ma famille et je suis moine sous le nom de Rensei: et c'est dans l'intention de prier pour la délivrance d'Atsumori que je suis venu jusqu'ici.

AI

Oh! vous êtes le seigneur Kumagai d'autrefois? J'ignorais qui vous étiez: j'ai dit quelques petites choses sans importance, j'en ai grand regret. On dit que ceux qui sont puissants dans le mal sont aussi puissants dans le bien; cela doit sûrement être vrai de vous. Je pense qu' Atsumori doit être très heureux de vos dispositions et les avoir pour agréables. De plus en plus, veuillez prier pour lui avec ferveur.

waki.

Telle est bien aussi mon intention. Je veux m'arrêter ici quelque temps, et y prier avec ferveur pour Atsumori.

AI

Si vous restez ici, adressez-vous encore à moi pour ce dont vous aurez besoin.

WAKI.

J'aurai recours à vous.

AI

Je suis à votre disposition.

Il salue le waki, se relève et retourne à sa place, au pied de la colonne du fond, et de là rentre dans le kagatni no ma.

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