SCÈNE V
CHŒUR
Si les fleurs du printemps montent à la cime des arbres, Cest pour nous inviter à chercher l'illumination qui élève ; Si la lune d'automne descend au fond des eaux, C'est pour nous montrer l'image de la conversion des
[êtres (').
Or, tout le clan allongeant les lignes de ses murs, Se parait du feuillage touffu de branches entrelacées (').
[Mais cet éclat
CHŒUR
Fut semblable à celui des fleurs de convolvulus qui ne
[brillent qu'un jour.
A la doctrine qui enseigne le bien Atteindre est difficile; [le moment favorable] n'est que
[l'instant Où brille l'étincelle de la dure pierre à feu, et ils ne l'ont Que leur sort en vérité fut digne de pitié! [pas su.
SHITE.
Au sommet de la puissance, ils ont fait souffrir les
[humbles;
CHŒUR
Dans la prospérité ils n'ont pas connu leur superbe.
Le sbite se lève : le kuse qui suit est dansé, ou plutôt mimé.
Ainsi donc, le clan des Taira Posséda la puissance pendant plus de vingt ans. En vérité une génération passe en l'instant d'un rêve. Les feuilles de l'automne de Juei ('), Emportées aux quatre vents de la tempête, Se sont dispersées de tous côtés. Pauvre feuilles [tombées], Leurs bateaux (s) étaient ballottés sur la mer ; et eux, dans [leur sommeil sur les vagues agitées.
Pas même en rêve ne se voyaient revenir. Oiseaux prisonniers, ils regrettent les nuages; Oies sauvages regagnant leur pays, leurs files sont
[rompues.
i5o CINQ NÔ
Au cours de leur voyage sous des deux incertains.
Les jours se succèdent, les mois, l'année
Passent, et au retour du printemps,
Retirés à Ichi-no-tani.
Un moment ils demeurent ici. à la baie de Suma.
De la montagne d'arrière (4) le souffle du vent tombait.
CHŒUR
Et la lande était glacée. Au rivage de la mer agitée Les bateaux étaient attachés: et de nuit et de jour. La voix des oiseaux de mer et nos manches Étaient trempées (*) par les vagues. Sur un oreiller de
[galets.
Dans les huttes des pêcheurs, nous dormions parmi eux. Ne connaissant (3) plus que des gens de Suma. Entre les
pins allongés sur la grève (*), Voici s'élever la fumée du soir (5); nous cassons et éten- [dons la bourrée, comme on l'appelle (•), Plongés dans nos tristes pensées. C'est en ce pays sau- Que nous avions établi notre demeure, [vage de Suma Et nous étions à la fin devenus vraiment des gens de
[Suma :
A quelle triste extrémité était réduit notre clan !
SHITE.
Or. c'était le soir du sixième jour du second mois: mon père Tsunemori nous avait réunis, et nous chantions des imayô {') et nous dansions des danses.
Ah! c'était donc là la fête qui fut donnée ce soir-là! Et
ces délicieux sons de flûte qui. de l'intérieur du fort, se firent entendre jusqu'au camp des assiégeants,
SHITE.
Oui, de la flûte de bambou qu' Atsumori porta jusqu'à sa dernière heure,
waki.
C'étaient les sons : et [on entendait] des chants, de la musique.
SHITE.
Des imayô, des rôei:
waki.
De voix nombreuses
CHŒUR
A l'unisson s'élevaient les chants.