SCENE II
Introduction instrumentale. Entrée du sbite. Il porte un masque de vieille femme et a la tète couverte d'un kasa, grand chapeau fait de rotin tressé et verni en noir. Il est vêtu du noshime et d'un mi{u-goromo (*) de couleur sombre. Il s'avance lentement en s'appuyant sur une canne et à plusieurs reprises s'arrête comme à bout de forces, pendant la traversée du pont.
SHITE.
Je ne suis qu'une herbe flottante que nul courant [bis) N'entraîne plus (sj. Ah ! quelle tristesse !
Le chœur répète ces vers en sourdine.
SHITE.
Hélas ! autrefois en vérité Mon orgueil fut extrême.
Aile de martin-pêcheur (l), ma chevelure soyeuse et
[luxuriante Ondulait comme le saule à la brise du printemps. Mes chants étaient ceux du rossignol Mouillés de rosée. Du lespedezza humide de rosée Les fleurs commençant à peine à s'ouvrir Sont admirées ; je l'étais davantage.
A présent aux plus humbles femmes du peuple je parais Et ma honte s'étale aux yeux de tous. [repoussante. Des jours et des mois de douleur se sont accumulés sur Et je suis devenue vieille et centenaire. [moi,
A la capitale, ah ! combien je redoute les regards ! Si quelqu'un allait dire : « Est-ce donc elle? » Et dans la
[nuit commençante, Avec la lune qui se lève, je quitte (bis) Le séjour des nues et le [palais] aux cent assises de
Les gardes qui veillent à la colline Ouchi (*) [pierre (*). N'interrogeront pas quelqu'un d'aussi misérable. Quelle douleur de devoir me cacher sous l'ombre des
[arbres (4) !
Voici Toba et la Tombe d'amour (8), la colline d'au-
[tomne (6), Et sous le cannellier de la lune (7), les bateaux de la ri-
[vière Katsura.
Ah ! qui sont ceux-là qui passent en ramant (8)? (bis)
C'est ici l'endroit qu'on appelle le bois de pins d'Abeno au pays de Settsu (9). Je suis trop lasse vraiment; je vais m'asseoir sur cet arbre mort et me reposer un moment.
Il se découvre, et va s'asseoir sur un siège qu'on apporte à ce moment et qu'on place au milieu de la scène, au
daishô-mae.
SOTOBA-KOMACHI