SCÈNE III
WAKl se levant .
Oh ! oh ! voyez donc cette mendiante ! Ah ! que sa décrépitude est effrayante ! Mais n'est-ce pas un stùpa sur quoi elle est assise? Je vais l'instruire et la faire partir de là. Il s'avance vers le shite, tandis que le u : passe
derrière celui-ci et va se placer a sa droite. Holà, mendiante ! Ce sur quoi tu es assise, n'est-ce pas un stùpa. le corps matériel même du Buddha. a qui est due toute révérence? Quitte cet endroit et va te reposer ailleurs.
SHITE.
vous parlez de la révérence due au corps matériel du Buddha; mais on ne voit ici aucun caractère, ni aucune forme sculptée. II semble bien que ce ne soit qu'un tronc d'arbre mort.
ua
Ne fût-ce plus qu'un arbre mort au fond des montagnes, L'arbre sur lequel se sont épanouies des tleurs ne saurait
être ignoré.
A plus forte raison, comment un arbre où a été sculpte le corps de Buddha n'aurait-il pas de signe "qui le révèle] ?
SHITE.
Je ne suis moi-même qu'un pauvre arbre enseveli Si mon cœur a encore des tleurs. "pourtant
Pourquoi ne pourraient-elles être une offrande [au
[Buddha]?
Mais pour quelle raison est-ce la le corps du Buddha ?
WAKI-ZURE.
Le stùpa, c'est Vajrasattva
Apparu sous une forme empruntée qui a établi ce symbole (').
SHITE.
Et quelle est la forme en laquelle il l'a établir
WAKI.
C'est la terre, l'eau, le feu, le vent, l'espace.
SHITE.
Les cinq éléments, les cinq cercles, c'est [aussij le corps
[humain ; Pourquoi donc vouloir ici une telle séparation (4j ?
TSURE.
La forme matérielle est la même sans doute,
Mais l'essence intime et la vertu sont bien différentes.
SHITE.
Et quelle est donc la vertu du stùpa?
WAKI.
« Un seul regard sur un stûpa écarte à jamais des trois
[voies malheureuses (s). »
« Une seule pensée fait naître au cœur l'illumination (*). » Comment ceci serait-il de moindre prix?
TSURE.
Si ton cœur a reçu l'illumination, pourquoi ne quittes-tu
[pas ce monde d'illusion ?
SOTOBA-KOMACHI 181
SHITE.
Par l'extérieur, je ne l'ai point quitté (*), Mais mon cœur, lui, l'a quitté.
WAKI.
De cœur tu n'en as point certes,
Si tu n'as pas reconnu le corps du Buddha.
SHITE.
C'est parce que j'ai reconnu le corps du Buddha, que je me suis approchée de ce stûpa.
TSURE.
S'il en est ainsi, pourquoi, au lieu de le vénérer, t'y es-tu
[assise?
SHITE.
Alors que ce stûpa est ainsi étendu, M'est-il donc interdit de me reposer?
WAKI.
Cela contrevient à la concordance des conditions (').
SHITE.
La discordance même des conditions peut sauver (*).
TSURE.
Et la malice de Devadatta (*)
SHITE.
[Vaut] la miséricorde d'Avalokiteçvara.
WAKI.
Et la stupidité de Ksudrapanthaka (s),
SHITE.
L'intelligence de Manjuçri.
TSURE,
Et ce qu'on appelle le mal
SHITE.
Est [la même chose que] le bien ;
WAKI.
Et ce qu'on appelle l'illusion
SHITE.
Est [identique à] l'illumination (*).
TSURE.
« L'illumination dans son essence
SHITE.
N'est pas un arbre,
WAKI.
Et de miroir brillant
SHITE.
11 n'est pas sur le support.
CHŒUR
En vérité puisqu'au fond rien n'existe » (*), Entre le Buddha et les êtres il n'est pas de distinction. Puisqu'assurémentil n'y a là(3) qu'un moyen détourné (bis) D'accomplir] le serment formellement juré De sauver les pauvres humains ignorants, La discordance même des conditions peut tirer de Ainsi elle parle avec douceur. [l'abîme.
SOTOBA-KOMACHI i83
« Vraiment cette mendiante possède l'intelligence »,
[disent Les moines, et courbant leurs fronts jusqu'à terre, Ils la saluent par trois fois.
Le waki et le waki-çure se prosternent devant le sbite.
SHITE.
Et moi maintenant enhardie,
J'ajoute une poésie plaisante ;
« Si c'était au paradis, certes se serait mal ; [t-il (') ?»
Mais hors de là, sur un stûpa, quel inconvénient y a-
Ah ! quel'enseignementde ces moines est difficile (*) ! (bis).
Le waki et le waki-çure reprennent leur place ordinaire au pied de la colonne.