SCÈNE IV
WAKI.
Voilà une mendiante d'une intelligence extraordinaire. Je veux lui demander quel fut autrefois son nom. Holà, mendiante! Dis-nous le nom que tu portais autrefois.
SHITE.
Eh bien, soit; malgré la honte que j'en éprouve, je vais vous dire mon nom.
Il se lève et fait un pas en avant.
Je suis la fille d'Ono no Yoshizane, chef de district
[du pays] de Dewa ; Voilà à quelle extrémité est réduite Ono no Komachi.
WAKI et WAKI-ZURE.
Ah î qu'elle est digne de pitié î Komachi
Autrefois fut une femme répandant la joie.
Sa beauté brillait comme une fleur,
Le croissant noir de ses sourcils avait des reflets bleus,
Et le fard [de ses joues] ne perdait jamais sa blancheur.
Ses robes de fin damas superposées nombreuses Débordaient les pavillons de bois précieux (*).
SHITE.
Les parures faisaient mon seul souci ;
CHŒUR
Hors de ma portée, elles excitaient mes regrets, Sous ma main, elles m'accablaient d'inquiétudes (").
SHITE.
Les bandeaux de ma chevelure se courbaient en vagues
[bleuissantes:
CHŒUR
Tels des nuages aux teintes vives entourant un sommet
[verdoyant.
SHITE.
Parée de l'élégance de mes robes,
CHŒUR
Je ressemblais à la fleur de lotus flottant sur les vagues
[au matin.
SHITE.
Je composais des chants, j'écrivais des poésies :
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CHŒUR
La coupe apportant l'ivresse
Mettait sur ma manche la tranquille image de la lune au
[ciel étoile ! (')
CHŒUR
Cet état si brillant
Quand donc s'est-il changé à ce point ?
Ma tête s'est couverte d'armoise blanche de givre (*);
Les deux bandeaux gracieux de mes cheveux
Se sont amincis sur ma chair ; leur jais s'est mélangé.
Mes [sourcils, ces] deux fourmis arquées ('),
Ont perdu leur teinte de montagnes lointaines.
SHITE.
« Ils ont cent ans,
CHŒUR
Il s'en faut d'un an, mes cheveux crê-
fpelés comme des algues » (*)
Pendant [le long de mes joues]. Voilà ce que sont mes
[pensées ; et dans la clarté de l'aube, Ah ! j'ai honte de mon propre aspect ! Dans le sac suspendu à ton cou Qu'as-tu donc mis?
SHITE.
Bien que la vie pour le jour présent même ne soit pas Pour apaiser ma faim demain, [assurée,
C'est une galette sèche de millet et de fèves Que j'ai mise et conserve en ce sac.
CHŒUR
Ht dans le sac que tu portes sur le dos?
SHITE.
Il y a un vêtement souillé de sueur et de poussière.
CHŒUR
Dans le panier de bambou suspendu à ton bras?
SHITE.
Il y a des sagittaires (') blanches et noires.
CHŒUR
Mon manteau de paille déchiré,
SHITE.
Mon chapeau tout rompu,
CHŒUR
Ne cachent même plus mon visage.
SHITE.
Comment [me défendraient-ils] du givre, de la neige, de
[la pluie, de la rosée?
CHŒUR
Et pour essuyer mes pleurs,
Je n'ai plus mes larges manches flottantes (*).
A présent, errant le long des chemins,
Je mendie auprès des passants ;
Et quand on me refuse, un mauvais sentiment,
Une folie même s'empare de mon cœur,
Ma voix change, et c'est horrible.
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