S0T0BA-K0MACH
CHŒUR
Relevant mon hahama blanc, Ployant en coup de vent mon haut chapeau droit, Rejetant sur ma tête les manches de mon habit de Me cachant à tous les regards sur le chemin, [chasse('), Je vais sous la clarté de la lune, je vais à travers l'obscu- Par les nuits de pluie, par les nuits de vent, [rite,
Sous l'égouttement des feuilles, dans la neige épaisse,
SHITE.
Sous les gouttes d'eau tombant du bord des toits, vite,
[vite (*),
CHŒUR
Je vais, je reviens ; revenu, j'y retourne.
Une nuit, deux nuits, trois nuits, quatre nuits,
Sept nuits, huit nuits, neuf nuits,
Dix nuits (3) ; en la nuit même de la fête des récoltes,
Sans la voir, j'ai fait ce chemin. Aussi fidèlement que le
Marque les heures, chaque matin, [coq
J'ai fait mes marques au bord de l'escabeau.
Durant cent nuits je devais venir,
Et déjà la quatre-vingt-dix-neuvième était passée.
SHITE.
Ah ! quelle souffrance ! mes yeux s'obscurcissent (*)!
CHŒUR
Quelle douleur en ma poitrine ! Et désespéré,
Sans pouvoir atteindre la suprême nuit, il est mort.
Du général de Fukakusa
Est-ce donc la colère jalouse qui s'empare de moi (B),
Et me jette en une telle folie ?
Puisqu'il en est ainsi, pour l'existence future
igo
11 faut prier : là est la vérité.
Entassant les galets jusqu'à en faire un stupa. Je veux rendre mon corps brillant comme l'or ('); De mes mains tendues offrant des fleurs au Buddha, Je veux entrer en la voie de l'illumination (bis).
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NOTES
(') Montagne de la province de Kii, sur laquelle Kukai fonda le grand monastère Kongôbu-ji, qui fut le centre de la puissante secte Shingon.
(■) Le mot chûgen rappelle l'expression consacrée ni-Butsu chûgen, « l'intervalle entre les deux Buddhas », Çâkya-muni, celui du passé, et Maitreya, celui de l'avenir, auxquels le passage précédent faisait allusion.
(3) Ce sont, en effet, les conditions primordiales du salut. Il faut d'abord naître homme, et cela n'est pas aisé à obtenir parmi la multitude d'êtres de toute espèce que le tourbillon incessant de la vie et de la mort ramène à chaque instant à l'existence. Il faut ensuite avoir accès à la doctrine du Buddha, et c'est le lot d'un petit nombre parmi les hommes. Réunir ces conditions est aussi difficile, a dit le Buddha, qu'il l'est à une tortue aveugle de rencontrer un morceau de bois flottant en l'immensité des mers, et de passer sa tète par un trou ouvert dans cette épave.
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(') Pour qui connaît la succession indéfinie des existences, les liens de parenté les plus intimes n'ont qu'une valeur minime, temporaire et, pour ainsi dire, de circonstance ; comme toutes les conditions et relations où la vie nous engage, ils ne sont que des accidents momentanés, sans réalité foncière.
(*) Ces vêtements ont été décrits à l'occasion du nô d'Atsumori.
(s) Emprunt à une poésie de Komachi, insérée au 1. XVIII du Kokinshù. Invitée par Bunya no Yasuhide, autre poète célèbre de cette époque, à l'accompagner en Mikawa où il se rendait comme fonctionnaire, elle répondit :
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Wabinureba, Triste et seule".
Mi u-o uki-kusa no Je suis une herbe flottante
Ne ttfo taete, Dont la racine est brisée ;
Sasou mifu araba, Qu'un courant m'entraîne,
Injn to zo omou. Et je suis prête à partir.
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(') C'est-à-dire à reflets bleus, reflets qu'ont seuls les cheveux d'un noir brillant, particulièrement estimés de touttemps au Japon.
(*) La capitale et le palais impérial. Pour la première de ces expressions, cf. p. i53, n. 2 de la p. 137. La seconde est une image figurant la solidité inébranlable et la durée promises au trône impérial.
(3) Éminence boisée près de Ninna-ji, aux environs de Kyoto.
(*) D'après le Senz.iishû, 1. XVI, Minamoto no Yorimasa, connu depuis sous le nom de Gen Sammi, étant de service au poste de garde établi sur cette colline, vit de loin, par une nuit claire, passer le cortège impérial. Il exprima son regret de ne pouvoir s'y joindre par la poésie suivante :
Hito shirenu Ignorés des hommes,
Ouchi-yatna no Sur la colline Ouchi
Yamamori wa Gardes qui veillez, [arbres
Ko-gakurete norni Ce n'est que cachés sous l'ombre des
Tsuki wo miru k.ina. Que vous pouvez apercevoir la lune. Komachi s'applique à elle-même cette plainte. L'allusion est amenée par le mot Ouchi, qui est l'un des noms donnés au palais impérial.
(5) Koi-zuka : tombeau de Kesa gozen. Poursuivie par les assiduités de son cousin, elle promit de lui céder à la condition qu'il tuât d'abord son mari, et lui indiqua dans quelle partie de la maison il reposait. Puis la nuit venue, elle se substitua à celui-ci et reçut le coup mortel à sa place. Désespéré, l'assassin se fit moine et acquit une grande célébrité sous le nom de Mongaku shônin.
(6) Endroit souvent chanté par les poètes pour la beauté du paysage.
(7) La croyance à l'existence d'un cannellier dans la lune est d'origine chinoise. Ce nom est ici employé à deux fins, et « reporté » sur celui de la rivière « du cannellier », katsura.
(8) Komachi craint d'être aperçue par des gens qui pourraient la reconnaître.
(9) Cette première phrase manque dans les textes du kamigakari.
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(*) Arbre tombé que les herbes, les feuilles mortes, la terre recouvrent et cachent aux regards ; comparaison fréquemment appliquée aux personnages tombés dans une condition misérable.
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(J) Voir à ce sujet ce qui a été dit plus haut, p. iGg.
(•) Quelle que soit sa sainteté, puisque ce symbole est fait des mêmes éléments que le corps humain, pourquoi serait-il inconvenant de s'en approcher ? Pourquoi tant élever l'un et tant rabaisser l'autre ?
(3) Citation du Nirvana- sûtra.
(*) Citation de VAvatatnsaka sûtra.
Page 181 :
(*) Je n'ai point pris l'habit religieux.
(*) Jun-en, et au vers suivant gyaku-en, expressions bouddhiques dont le sens général est : conformité ou non-conformité d'un acte avec les circonstances où il se produit, circonstances de lieu, de personnes, de but proposé, etc. Dans le cas actuel, le respect religieux témoigné au stupa aurait été « de condition concordante », normale, en juste rapport avec la sainteté de ce symbole ; le manque de respect est « de condition discordante ■>, anormale, ne convient pas à cette sainteté.
(•) Le bien peut sortir du mal, et le péché devenir par ses conséquences une cause de salut. Ainsi tout est indifférent, les apparences n'ont aucune importance et les distinctions fondées sur elles sont de nulle valeur. La seule réalité est l'essence du Buddha, la Bhûtathâtâ qui est en toutes choses.
(*) Cousin et disciple de Çâkya-muni, il s'efforça de lui nuire de toutes façons et fut englouti vivant dans les enfers ; mais il doit finalement obtenir l'illumination parfaite sous le nom de Devarâja Tathâgata (Tennô Nyorai), d'après VAvatamsaka.
(5) Disciple du Buddha parfaitement stupide et qui parvint à peine à retenir une seule stance. D'après la transcription la plus commune, on restitue souvent son nom sous la forme Çuddhipanthaka ; mais Yi-ts'ing déclare cette transcription incorrecte et en donne une autre, qu'il traduit « petit chemin ». Cela conduit à la forme Ksudrapanthaka, qui répond d'ailleurs au pâli Cûlapanthaka, et s'oppose exactement à Mahâpanthaka, nom du frère aîné de ce personnage.
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(') Citation du Nirvana sûtra : « l'illusion, c'est l'illumination; la vie et mort, c'est le nirvana. ■
(*) Chen-sieou, disciple de Hong-jen, cinquième patriarche du Dhyâna en Chine, composa un jour la stance suivante :
Le corps est [comme] l'arbre de la bodhi, Le cœur est comme un miroir brillant posé sur un sup- Soyez attentifs à l'essuyer fréquemment, [port.
Et ne laissez pas s'élever la poussière.
Mais son condisciple Houei-neng, réfutant ce grossier réalisme, riposta :
L'illumination dans son essence n'est pas un arbre ; Sur le support il n'y a point de miroir brillant. Au fond rien n'existe réellement ; D'où donc s'élèverait la poussière ?
La citation porte sur les trois premiers vers de cette seconde stance, le troisième formant le commencement de la réplique du chœur.
(3) Dans toutes les distinctions qu'on enseigne au vulgaire. — Il a été nécessaire ici d'intervertir l'ordre des vers dans la traduction.
Page 183 :
(*) Il y a ici un jeu de mots sur sotoba, « stûpa », qui peut se lire aussi soto wa, « hors de là ». Le sens est celui-ci : au paradis, il serait très mal de s'asseoir sur le corps du Buddha, mais hors de là et lorsque ce corps est simplement représenté par un stûpa, cela ne saurait tirer à conséquence.
(") Raillerie de Komachi à l'adresse des moines. La phrase est en effet susceptible d'un double sens : leur doctrine est difficile à comprendre, ou, il est difficile de leur faire comprendre la doctrine.
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(*) Un des luxes de cette époque consistait à porter un grand nombre de robes très fines, comme le montrent d'anciennes peintures où la femme semble ensevelie dans leurs longs plis multicolores, ceux-ci « débordant » en effet le seuil alors qu'elle est assise à l'intérieur de l'appartement.
(*) Tel est du moins le sens que l'on peut trouver à ces deux
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vers dans l'ignorance de la poésie chinoise à laquelle manifestement ils sont empruntés. Le second doit s'entendre de la crainte qu'avait Komachi de ne pas être assez élégante.
Page 185 :
(*) La traduction suit le sens du texte original, le Tamatsukuri Komachi sôsui sho, auquel il faut recourir ici, car l'auteur du nô l'abrège et le modifie de telle façon que sa phrase est peu intelligible par elle-même.
(*) Ses cheveux embroussaillés et qu'elle ne soigne plus sont comparés aux filaments raides et emmêlés de l'armoise.
(3) Les femmes se rasaient les sourcils et s'en peignaient d'autres plus haut sur le front, pour accentuer l'étroitesse du haut du visage qu'amincissaient les cheveux séparés en deux bandeaux tombant sur les joues et ramenés sur les épaules. L'expression sùg.i, «deux fourmis», est d'origine chinoise; elle ne paraît répondre à rien de spécial dans la forme de ces faux sourcils, tels au moins qu'on les dessinait au Japon.
Pai Lo-t'ien avait dit dans un charmant petit poème :
« Les deux bandeaux gracieux de ses cheveux sont des ailes de cigale d'automne ; ses deux fourmis arquées ont la teinte des montagnes lointaines. •
(*) Expression tirée d'une poésie de Vise monogatari, mais n'ayant rien ici du sens désobligeant de l'original. Le héros, s'apercevant qu'une femme par laquelle il s'est laissé aimer, le guette à travers une haie, la prend en pitié et, pour lui faire perdre un espoir ridicule, murmure de façon à être entendu d'elle :
Momo tose ni Ils ont cent ans,
Hito tose taranu II s'en faut d'un an,
Tsukumo-gami, Ces cheveux crêpelés comme des algues ;
Ware wo kou rashi, Elle semble me désirer;
Omok.ige ni miyu. Je crois l'apercevoir devant moi.
(*) Petit tubercule qui pousse dans les rizières et les endroits marécageux.
(*) Le grand développement de la manche permettait de s'en servir pour se voiler le visage et cacher les larmes, comme d'ailleurs aussi le rire.
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Page 187 :
(*) Cette division n'a d'autre raison d'être que d'indiquer le commencement de la deuxième partie de la pièce au point de vue dramatique ; scéniquement, cette partie ne commence qu'un peu plus loin.
Page 188 :
(') C'est un costume de cour masculin, celui que portait le général de Fukakusa, dont il évoque le souvenir et matérialise pour ainsi dire la présence.
(s; Large pantalon dont on relevait l'extrémité pour faciliter la marche.
(3; Voir l'explication de ces mots dans l'Introduction, p. 5i-52.
Page 189 :
(*) L'acteur exécute les gestes et les mouvements que le texte décrit.
(*) L'onomatopée du texte imite le bruit des gouttes d'eau, et c'est en même temps un adverbe s'appliquant à la rapidité de la marche du général.
(s) Cette énumération n'a d'autre but que d'amener, par le « report» des mots to yo, « dix nuits », la mention de la «fête des lumières de l'abondance », toyo no akari no sechie. Ce nom, qui s'appliquait d'une manière générale à toutes les fêtes de la cour, désignait plus spécialement celle qui se célébrait de nuit, à la lumière des torches, après le Nii-name matsuri ou Shinshùsai, lorsque l'empereur, après avoir goûté le riz nouveau, le faisait goûter à toute la cour à laquelle il donnait un festin. Pour se rendre à l'endroit fixé par Komachi qu'il ne devait pas voir, le général a manqué cette fête. Les mots c sans la voir » s'appliquent à la fête et à Komachi.
(*) Rappel des souffrances des derniers moments du général.
(B) Komachi est revenue à elle.
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(*) Citation d'un passage du Dôjikyô, petite collection de maximes religieuses et morales composée au ixe siècle par le moine Annen, principalement à l'aide d'extraits des livres sacrés du bouddhisme et des classiques chinois. Elle fut longtemps employée dans les terakoya, écoles ouvertes par les temples, et d'ailleurs les seules qui existassent autrefois pour
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le peuple ; elle était, pour cette raison, très connue et jouissait d'une grande autorité. M. Chamberlain en a donné une traduction dans le volume IX des Transactions of the Asiatic Society of Japan. Le passage cité ici semble inspiré d'une stance du Saddharma pundarika sûtra : cf. Burnouf, Le Lotus de la bonne loi, p. 32, stance 81. D'après les commentateurs, les galets symbolisent ici les actions vertueuses ; et on sait qu'au paradis les corps des bienheureux brillent d'un éclat doré.
OHARA GO KO