SCÈNE II
On enlève le rideau qui enveloppait la cabane. A l'intérieur, l'Impératrice-douairière, shite, est assise, et ses suivantes, sbiU-çure, sont accroupies à ses côtés. Toutes trois portent le costume très simple des nonnes bouddhiques, ont la tête enveloppée du hana no bôshi, grand voile qui retombe sur leurs épaules, et tiennent le rosaire à la main. Une corbeille à fleurs vide est posée devant elles.
SHITE.
« En ce recoin des montagnes la solitude a bien des tristesses; pourtant Bien plus qu'au milieu des tribulations du monde
SHITE et TSURE.
11 est doux d'habiter ici » (*), derrière cette porte aux
[rameaux tressés.
De la région de la capitale les bruits ont loin à venir Jusqu'à cette haie claire de bambous et de branches. Triste, à ces colonnes de bambous aux nœuds pressés Appuyée, je m'absorbe en mes pensées ; pourtant
Je suis dans la paix, car nul œil humain ne me voit.
Les seuls bruits qui parfois Viennent jusqu'à moi n'enveloppent aucun sentiment : C'est la hache taillant quelque pauvre fagot [bis), Ou le vent dans les rameaux, ou le cri des singes; Ou bien, si ce ne sont ces voix, Des lianes et des rotins
C'est le froissement. Rares sont les gens qui passent « Au sentier de Yen-yuan l'herbe [jusqu'ici.
S'est épaissie »; comme elles se pressent mes pensées Telle « la pluie sur la porte de Yuan-hien » ('), [qui,
Mouillent ma manche de pleurs, hélas (bis) !
SHITE.
Holà, Dainagon no tsubone ! Je vais aller sur la montagne qui est là, derrière, pour y cueillir de la badiane (*).
DAINAGON NO TSUBONE.
Je vous accompagnerai ; je couperai du bois et cueillerai des fougères pour préparer votre repas.
SHITE.
La comparaison est irrévérencieuse sans doute; pourtant Le prince Siddhârta, lorsqu'il eut quitté la capitale du roi
[Çuddhodana, S'épuisa à parcourir les sentiers abrupts du mont Dan-
[taloka, Y cueillant l'herbe, y puisant l'eau, y ramassant le bois,
CHŒUR
S'y livrant aux austérités de toute sorte, Et daignant y servir les ermites ;
OHARAGOKO 211
C'est ainsi, dit-on, qu'enfin il obtint [l'intelligence de] Et moi aussi, c'est pour le Buddha (*) ^la voie.
Que, portant en mes mains une corbeille à fleurs, Je vais m'enfonçant au plus profond des montagnes (bis).
Pendant ce chœur, la Nyôin est sortie de la cabane avec Dainagon no tsubone qui lui a remis la corbeille placée devant elle; puis toutes deux ont quitté la scène lentement et sont rentrées dans le kagami no ma.