‹ Cinquante années de la vie d'un peuple: ou Les Iles Sandwich transforméesChapitre 14 sur 26 · DERNIÈRE REVANCHE DU PAGANISME · texte numérisé non relu

DERNIÈRE REVANCHE DU PAGANISME

les pires instincts des naturels et des colons, ^affranchis de toute entrave , s'étalèrent avec le cynisme le plus eflfronté. Ce fut une anarchie indescriptible, tant civile que morale.

Le» écoles se vidèrent; les instituteurs retournèrent au paganisme ; le culte idolâtre se montra au grand jour; on brûla des églises; on tua des chrétiens. Tandis que les écoles et les temples se fermaient , les débits de liqueurs et les distilleries s'ouvrirent partout. LeR orgies de toute sorte , les jeux iniâmes^ les danses frénétiques, les rites féroces reparurent. Il n'y eut plus ni pudeur, ni liens de famille y ni propriété; l'archipel semblait transforma en une immense réunion de fous furieux. La torche mourante du paganisme jetait une dernière lueur, embrasant , avant de s'éteindre , tout ce qu'elle rencontrait sur son passage ; ce fut une courte, mais effroyable revanche du mal sous toutes ses formes. La régente , entourée de quelques fidèles, n'osait pas sortir du fort; les vrais chrétiens se cachaient en attendant la fin de cet orage impur. Quelques personnes , désireuses de remédier à tant de maux , conseillaient au roi de prendre les armes pour le rétablissement de l'ordre ; d'autres le per-

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siiadèrent , et c'était le ^ parti le plus sage, de laisser cette folie, qu'il avait déchaînée lui-même, s'user toute seule. Pour lui, il vivait retiré dans la partie occidentale de Honorourou , oïl le consul Charlton l'encourageait à la boisson et lui disait que les missionnaires américains seraient renvoyés chez eux par le premier navire ou vaisseau anglais qui aborderait aux îles. Plusieurs fois , M. Bingham essaya de ramener ce pauvre prince égaré , qui le traitait toujours avec respect bien quMl eût cessé de suivre ses conseils. Quant à la multitude , elle se fatigua de ses propres excès , et se dégoûta des scènes hideuses dont elle avait été témoin. Les auditeurs des missionnaires leur revinrent peu à peu ; on exprima le désir de voir l'ordre renaître et les lois reprendre leur cours. Involontairement on avait comparé l'époque où ni la famille , ni la vie , ni la propriété n'étaient plus respectées , où la soif de vengeance et l'amour du jeu créaient des désirs insatiables, avec l'époque où les ménages étaient unis , les écoles fréquentées , les entreprises commerciales florissantes.

En 1834, le roi sanctionna de nouveau les lois et restreignit le trafic des liqueurs. Mais

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